Isse était de bonne humeur. Cette opération spatiale le changeait des combats qu'il avait eu à diriger depuis la destruction de l'étoile noire. Certes, il soupçonnait que les pertes devaient être très importantes, mais marquer enfin un point contre les républicains devait être dégusté à sa juste valeur.

«Un abordage réussi, ça va certainement remonter le moral du haut conseil» pensa-il en déroulant un tapis de sol.

«Et quelques badernes du commandement central vont en crever de jalousie…» ajouta-il pour lui-même avec un large sourire.

Un Death trooper était déjà allongé à côté. Il reconnut un des centurions qu'il avait désigné pour mener l'assaut.

-Et bien Peters ? Ça s'est passé comment en bas ?
-Tous des chèvres ! déclara le soldat d'élite avec une grimace de dégoût.
-Hum…
-A Yavin au moins j'avais des hommes… ajouta le sous-officier avec une pointe de nostalgie dans la voix.

«Et cela fait bien longtemps qu'ils sont tous morts…» ne put s'empêcher de penser Isse.

Il répondit :

-Certes, mais on fait la guerre avec ce qu'on a, pas avec ce qu'on souhaite.
-C'est vrai qu'ils peuvent couper l'air ?

Isse dressa l'oreille. Ça n'aurait normalement pas du s'ébruiter.

-Qui t'as dit ça ?
-Les gars de la sécurité intérieure qui ont pris le poste.
-Et bien, ils auraient mieux fait de fermer leurs grandes gueules ! Oui c'est vrai.
-Ils vont le faire ?
-Ne t'en fait pas. S'ils le font, ils meurent avec nous.

Le soldat d'élite grogna et s'allongea sur son fin matelas. Il marmonna avant de se retourner :

-Je préfère. Une bonne décharge de blaster, ça va, mais finir étouffé…

Il ferma les yeux et s'endormit immédiatement.

Isse fit de même et sombra rapidement. Il savait gérer sa fatigue et sa récupération.


Frégate d'assaut républicaine «Hoth's Revenge II», passerelle de commandement.

Autour de la table des cartes se tenait le commandant, Kern, son officier de navigation et le sous-officier du LRSS qui avait assuré l'écoute radio de l'«Emancipator» et récupéré les deux rescapés du poste de commandement.

Les trois hommes étaient en contact avec les commandants des autres vaisseaux par écrans interposés.

L'ambiance était morose mais concentrée.

-Voilà le cap qu'ils ont pris pour fuir, dit Kern en traçant une ligne sur l'écran de la table. Ils ont pu s'arrêter là, là… ou encore ici, ajouta-t-il en entourant des zones de son stylet.
-Ou peut-il bien vouloir aller ? demanda le commandant.
-Sur Dvar peut-être ? répondit le sous-officier.
-C'est peu probable. Le destroyer ne doit plus être pleinement opérationnel. Je ne le vois pas chercher tout de suite le combat.
-Il va nous faire courir partout, abonda Kern. En tout cas à sa place c'est ce que je ferai.

La voix nasillarde du comlink rompit le silence :

-Il nous reste le réseau Autovon…

C'était le commandant de la «Space Queen IV». L'officier de navigation répondit :

-Bien vu ! Il va certainement éviter les zones couvertes ce qui va réduire l'étendue des recherches.

Il se repencha sur la table.

-Ça n'élimine qu'une région. Il nous en reste encore quatre à explorer…
-Attendez… Nous avons une antenne du LRSS dans ces deux là, nota le sous-officier. Je vais les contacter immédiatement.

Et il quitta la passerelle.

Le commandant et Kern restèrent seuls devant la table, perdus dans leurs pensées. Enfin, l'officier de navigation demanda :

-Et l'amiral ? Où est-t-il ?
-Son excellence se repose de ses émotions…
-A-t-il donné des instructions ?
-Oh oui, et plutôt deux fois qu'une ! Silence total auprès du quartier général !

Kern, stupéfait, regarda son commandant avec des yeux rond :

-C'est une blague… vous me faites marcher commandant…
-J'aimerai bien ! Mais «Monsieur» ne veux pas perdre la face ! Il veut qu'on se débrouille tout seul pour récupérer ce qu'il a perdu…

Kern repensa à l'officier de liaison qui venait de sortir de la pièce.

-Et le scorpion ? Il est au courant ? Il va aller actionner ses antennes…
-Pas de soucis. Il était avec nous lorsque l'amiral nous a briefés. Il inventera bien quelque chose.
-Et si on retrouve l'«Emancipator», qu'est-ce qu'on fera ? On le reprendra à l'abordage comme les impériaux ?
-Je n'en ai encore aucune idée. On verra d'abord s'il reste encore des nôtres à bord. Après on avisera.
-Hum…

Le commandant entendit du bruit au bas de la passerelle, tourna distraitement la tête et dit au nouvel arrivant qui montait l'escalier :

-Infirmière, vous devez vous tromper. Tous les blessés de la passerelle vous ont déjà été envoyés…

Une voix autoritaire lui répondit un peu sèchement :

-Je ne suis pas une infirmière. Je suis le colonel Youlia Ashrod, de la sécurité intérieure de l'«Emancipator».
-Mais…
-Mon uniforme a été détruit par vos services sanitaires. Pour l'instant c'est ce… déguisement ou me balader à poil dans vos couloirs.

«La deuxième option ne manquerait pas d'intérêt…» pensa Kern malgré son âge avancé. Il resta néanmoins sérieux devant l'expression de l'arrivante.

-Nous avons quelques humaines à bord, répondit le commandant. Nous leurs demanderons de vous prêter des pièces d'habillement. Pour les galons, bien sûr il faudra improviser un peu…
-Ça sera très aimable à vous, répondit Youlia d'une voix plus amène.
-Voici Kern, mon officier navigation. Nous faisions le point avant votre arrivée.
-Et qu'est-ce que ça donne ? demanda la pseudo-infirmière.
-Nous avons pu prendre son cap et déterminé ses régions possibles d'apparition. Nous allons maintenant explorer ces différentes zones.
-Combien y en a-t-il ?
-Au plus quatre. Peut-être deux avec un peu de chance.

Youlia se pencha sur la table en silence et la scruta attentivement. Sans se relever elle dit aux deux officiers :

-Il doit rechercher une zone peu surveillée pour en finir tranquillement avec le reste des nôtres…
-Ils n'auraient donc pas conquis tout le vaisseau ? demanda Kern.
-Certainement pas ! J'ai été blessée dans une opération commando, mais le bas du château tenait encore et nous avions même réussi à les repousser.

Le commandant hocha la tête.

-Si c'est le cas et qu'il espère en finir, il choisira certainement un coin ou il pourra débarquer les nôtres. Je ne le vois pas s'encombrer de prisonniers à bord…
-Il peut les balancer en bloc dans le grand noir, hasarda Youlia.
-Je ne crois pas… Louchké n'est pas un fanatique et il ne l'a pas fait lorsqu'il nous a faussé compagnie.

Kern soupira.

-Il ne reste plus qu'a faire l'inventaire de toutes les planètes habitables de ces régions. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin…

Il salua et s'apprêtait à descendre de la passerelle lorsqu'il aperçut le sous-officier du LRSS de retour des transmissions. Il le laissa monter. Le sergent du LRSS Klaus Gravil effectua un impeccable salut devant le commandant, puis prit la parole :

-Commandant, j'ai le retour des nos antennes. Ils n'ont rien détecté dans les deux régions concernées.
-Bien. Le filet se resserre.

Il retourna à la table.

-Maintenant, il va falloir aller au contact. Nous allons devoir diviser nos forces…


Destroyer RSV115 «Emancipator», hangar principal.

Crebs avait finit par se réveiller et était descendu au hangar faire le point sur la situation tactique. Il y avait eu une accalmie dans les combats, et les infirmiers avaient pu ramener les morts et les blessés. Dans un vaisseau, toute matière organique est une source potentielle d'infection encore aggravée par le recyclage permanent de l'air, aussi l'évacuation rapide des cadavres était une préoccupation majeure des belligérants.

Il y avait toute une ligne de corps à attendre le largage dans le grand noir après une brève cérémonie à la gloire de l'Empire et du sacrifice du héro. La rangée faisait toute la largeur du sas principal et il ne put s'empêcher de remarquer d'autres tas aux extrémités.

«Les pertes ont été terribles», se dit-il. «Est-ce que nous pourrons seulement conserver nos positions ?»

Il marcha le long des bâches informes, certaines plus bosselées que d'autres et reconnut le colonel du régiment de sécurité intérieure à ses bottes qui dépassaient du drap.

«Hier maître ; aujourd'hui cadavre», pensa-il.

Une estafette vint interrompre le cours de ses pensées.

-Excellence, l'amiral vous demande.

Il suivit le soldat jusqu'à la porte d'un sas de transfert. C'était le seul moyen pour accéder au poste de commandement en contournant les républicains assiégés.

Trois harnais de treuillage avaient été prévus. Ils s'équipèrent et l'estafette appela pour donner l'ordre de traction.


Au même instant, une cérémonie identique se répétait à échelle réduite du coté républicain, les principales différences se situant dans l'absence de linceul et dans les corps dépouillés de tous leurs vêtements, l'équipage assiégé ne pouvant se permettre de gaspiller quelque équipement que ce soit.

De ce fait, la scène était particulièrement sinistre et les hommes de corvée opéraient en silence. Esan en faisait partie. Il s'était porté volontaire pour ne plus penser à Diane.

Ou diable pouvait-elle bien être en ce moment ?

Même en faisant ce travail, il ne pouvait s'empêcher de penser à l'enchaînement des événements.

« Un sacré désastre », se dit-il. Et c'est loin d'être terminé…

Le sergent à l'autre extrémité de la ligne lui fit signe. Il fallait sortir du sas avant la décompression. Seul un soldat restait en combinaison pour pousser dehors les éventuels corps bloqués. La porte coulissa et les témoins de verrouillage passèrent du vert au rouge.

-C'est dur… murmura une voix fatiguée à coté de lui.

C'était le sergent avec lequel il avait aligné les corps. Il était blessé au bras gauche, la manche de son uniforme avait été coupée pour laisser passer le bandage.

-Ouais… mais il faut tenir. La flotte finira bien par nous retrouver et alors rira bien qui rira le dernier.

En lui-même, il n'en était pas si sûr. Le haut commandement pouvait tout aussi bien vouloir effacer toutes les traces de cette affaire. Mais il était officier et devait maintenir le moral de la troupe.

Les voyants repassèrent au vert. La porte s'ouvrit et le soldat repassa le seuil. Il retira son casque et sa combinaison et la rangea dans le casier prévu à cet effet.

-Fini pour le moment… C'était la dernière fournée.

Les combats s'étaient calmés et les pertes avaient quasiment cessé. Les lignes de front s'étaient stabilisées et les belligérants épuisés se toisaient… pour quoi ? Personne ne le savait encore.

Le soldat se rhabilla rapidement. Tout le chauffage avait été coupé et le froid de l'espace envahissait lentement le vaisseau.

Ils se mirent en route vers le quartier des équipages deux étages plus haut. Les turbolifts étaient hors service, aussi durent-ils se servir des tubes d'évacuation. Ces dispositifs n'avaient pas été prévus pour la montée, aussi l'ascension était-elle longue et fatigante.

Les impériaux avaient été stoppés juste après la cloison du hangar principal. Deux nivaux avaient d'abord été envahis, mais les républicains avaient réussi à les repousser au prix de lourdes pertes. Le premier étage du château, déserté par les belligérants, servait pour l'instant de no man's land.

Au dessus d'eux, seul le niveau de commandement était aux mains des troupes impériales. Une attaque en force était quasiment impossible car elle aurait amenée la destruction inéluctable du vaisseau.

Esan sortit le dernier de la cage et pris pied dans le couloir. Sven l'attendait, un large sourire aux lèvres.

-Qu'est ce qui se passe ? demanda Esan. Double dessert à la cantine ?
-Mieux que ça, répliqua son ex-commandant de bord en éclatant de rire. On vient de récupérer notre bombardier !

Esan le regarda, stupéfait.

-Mais comment... ?
-Elle te racontera. Elle a réussi à nous rejoindre avec une dizaine de blessés en passant par l'extérieur.
-Punaise…
-Autre chose encore : le scorpion est toujours vivant.
-Hein ! On l'avait laissé pour mort !
-Faut croire qu'ils ne sont pas faciles à tuer. Mais lui, les impériaux ont réussi à le capturer.

Esan se rappela. Le lieutenant des LRSS abattu à bout portant par un trooper, lui-même descendu par Sven, puis l'ultime assaut des impériaux, l'évacuation précipitée par le monte-charge…

Tout cela ne datait que d'une vingtaine d'heures.

-Ou est-elle ?
-Au réfectoire. Dès que je l'ai su, je suis parti t'attendre.
-On y va ! Bon sang, ça fait du bien une bonne nouvelle !

Sven rit à nouveau et lui administra une grande claque dans le dos. Puis ils se mirent en route pour rejoindre Diane.