Navette Sith de classe Herald, secteur Kessel.
Ergon était encore allongé sur la table d'opération, sa jambe droite immobilisée dans une rigole tandis que deux droïdes chirurgiens DD13 posaient les sutures finales. Un peu à l'écart un MD4, sa tâche de microchirurgie accomplie, passait ses mains-outils au désinfecteur.
Il regarda sa jambe. Le greffon standardisé, presque transparent, contrastait violemment avec la peau mate du Sith. Cela ne m'inquiéta pas, son propre ADN allait progressivement coloniser les cellules de son nouveau pied. Seule subsisterait un anneau blanc au milieu du mollet, trace ultime de son amputation par le fouet laser de Bujac.
Le silence régnait dans l'unité médic du vaisseau, troublé de temps en temps par le cliquetis des agrafes chirurgicale.
Un bruit de pas se fit entendre, suivi par deux coups secs au seuil du bloc.
-Entrez, répondit Ergon d'une voix sèche.
Un Cathars en tenue de pilote entra et annonça :
-Un appel de l'Ordre. J'ai fait le sourd au début, mais ils ont insisté…
Ergon fit la grimace et répondit.
-Passe-les sur l'intercom. Je ne peux pas encore bouger.
Le pilote repartit. Après quelques instants, un grésillement se fit entendre dans la pièce suivi d'une voix déformée par
le décodage :
-Ici l'Ordre. Ergon vous m'entendez ?
-Fort et clair.
-Nous n'avons toujours pas reçu votre rapport !
-Il n'est pas encore terminé. L'opération court toujours.
-Ergon, il est dangereux de se moquer de nous...
-Je ne me moque de personne. Mais il y a eu des problèmes…
-Lesquels ? Quelles sont vos pertes ?
Le Sith serra les poings. Mais il ne pouvait pas mentir.
-Trois téraplites. Le quatrième est vivant au deux tiers.
-Que s'est-il passé ?
-La proie était protégée. Le Jedi Bujac était aussi là…
-Hum… Et ou êtes-vous ?
Ergon répondit sans hésiter :
-Autour de Kuat. Nous guettons son départ.
-C'est tout ?
-Le contact n'est pas perdu. Je reste en embuscade.
-Vous n'avez pas été à la hauteur ! Nous vous envoyons des renforts.
-J'en remercie l'Ordre.
-Vous vous mettrez sous leurs ordres.
-Bien entendu.
-Et nous voulons votre rapport. Dans l'heure. Fin de communication.
Le silence retomba. Le pilote entra à nouveau dans la pièce, sans frapper cette fois.
-Darklord, nous devons partir. Le brouilleur va finir par fondre…
-Et bien partons donc…
-Sur Kuat ? demanda le pilote avec un large sourire.
Une fleur de mépris s'ouvrit sur le visage du Sith.
-Ces blattes… laissons-les un peu courir…
-Où allons-nous alors ?
-Je ne sais pas encore exactement. Elle est en route… trouve-toi un coin tranquille dans le tronçon ouest. C'est là que ça se passera.
-Entendu. Je pars faire la navigation.
Le pilote retourna au poste de pilotage, laissant Ergon seul dans la cabine. Leur tâche terminée, les deux droïdes s'écartèrent de la table d'opération et le Sith retira sa jambe de la gouttière.
-Bujac… tu me le payeras au centuple…
Il descendit de la table d'opération et posa prudemment son pied nu sur le plancher. Le résultat dut être satisfaisant, car un mince sourire apparut sur ses lèvres.
-Allons donc rédiger ce rapport… puisqu'il le faut…
Il remit sa botte et sortit pour rejoindre le poste de pilotage et sa console de transmission.
Destroyer RSV115 «Emancipator», passerelle de commandement.
L'estafette qui avait prévenu Crebs s'arrêta devant la porte de la salle de conférence. Les deux trooper de la sécurité intérieure qui montaient la garde les reconnurent et les laissèrent passer. Il toqua, à une cadence précise et entra directement dans la pièce suivi du représentant de l'Empire.
Il salua sans un mot l'amiral, qui lui fit signe de sortir.
Louchké était debout, à coté du siège du commandant, la même place qu'il avait occupé sur le « Destiny Blade ». Crebs ne
put s'empêcher de s'en rendre compte et lui dit :
-Finalement rien n'a changé…
L'amiral sourit et lui répondit :
-Si, en mieux, l'éclairage fonctionne !
L'envoyé du conseil impérial dévisagea discrètement l'amiral. Louchké avait l'air fatigué, ses yeux semblaient s'enfoncer dans leurs orbites comme des prédateurs s'embusquant dans le sable.
« La décompression après le stress de l'abordage… » Pensa Crebs.
-Pourquoi m'avez-vous appelé, amiral ?
-Pour faire le point. Isse doit arriver d'un instant à l'autre.
Crebs s'assit. Il se sentait encore un peu vaseux après son sommeil forcé et appréhendait l'ironie mordante du commandant des Death trooper.
Enfin la porte s'ouvrit et Isse entra dans la pièce. Au grand soulagement du représentant impérial, il ne fit aucun commentaire. Louchké prit la parole :
-Voila ou nous en sommes. Cela fait trois heures que nous avons stoppé dans cette région. Nous n'avons pas encore été détectés.
-Comment cela est-il possible ? demanda Crebs. Un destroyer ne peut pas passer inaperçu…
-Nous sommes dans une région non stratégique. Les Réps n'y ont pas déployé de matériel de détection.
-Et si les assiégés envoient un message ?
-Nous tenons toutes les antennes. Ils n'ont rien pour émettre.
-Pas de postes individuels ?
-Peut-être, mais ils ne seront de toutes façons pas assez puissants.
L'amiral s'adressa alors à Isse qui n'avait toujours pas prononcé un mot.
-Commandant, quelle est la situation tactique ?
-Stabilisée. Les Réps sont assiégés dans le château. Le no man's land passe par le premier étage.
-Peut-on les déloger ?
-Négatif. Nos pertes ont été très élevées, même dans la garde noire.
Crebs reprit la parole.
-L'armement est-il opérationnel ?
L'amiral se tourna en silence vers le staff technique qui était assis à sa droite, à la place des chefs d'escadrilles partis pour Dvar.
Le chef support comprit l'ordre implicite.
-Tous les canons ioniques sont opérationnels. Pour les turbolaser, on y travaille encore, mais je peux dire qu'au moins un quart des tubes sera bon de tir dans deux heures. Seulement…
-Seulement quoi ?
-Toutes les commandes de pointage passent au travers du château. Si les Réps se rendent comptent qu'on se sert des armes, ils sectionneront sûrement les câbles…
-Et on n'a plus les effectifs pour utiliser les tourelles en local…ajouta le chef soute.
Le silence retomba, rompu par Louchké.
-Voila ce que nous allons faire. Premièrement rester encore une douzaine d'heures dans cette région. Si nous sommes repérés d'ici-là, nous passerons directement à la seconde étape.
-C'est-à-dire ? demanda Crebs.
-Sauter en hyperdrive jusqu'à Wayland.
-Pourquoi Wayland ?
-C'est là qu'aura lieu la prochaine bataille. Il y a déjà des forces en cours de concentration et nous trouverons des troupes fraiches pour nettoyer le vaisseau.
-Et pourquoi attendre douze heures ?
-Pour que la flotte républicaine se disperse à notre recherche. Quand nous arriverons à Wayland nous serons immédiatement repérés.
-Astucieux… reconnut l'envoyé impérial.
«Sans compter l'impact pour la propagande… Un destroyer capturé se joignant aux défenseurs…» ajouta-il pour lui-même.
Louchké reprit la parole en s'adressant à Isse.
-Commandant, d'ici-là il faut que ça tienne !
-Les consignes seront données. On resserrera tous les boulons.
-Des questions ? demanda l'amiral à l'assemblée.
Personne ne prit la parole.
-Bien. La séance est levée. Tous à vos poste !
La pièce se vida en silence.
Vaisseau amiral RSV115 «Emancipator», couloir du hangar principal.
Judd se tourna vers ses compagnons de barricade. Il y avait deux mécaniciens, un armurier, une caporale de la sécurité
intérieure avec trois soldats. Il leur dit :
-On en est où en munition ?
-Deux chargeurs par homme, répondit l'armurier.
-Tout le monde en rafale courte ! répliqua Judd. Je ne veux pas de gaspillage !
-Bien lieutenant ! répondirent les soldats en réglant leurs armes.
La caporale qui se tenait contre la paroi extérieure du vaisseau se figea soudain, les sens en éveil. Judd le remarqua et lui demanda :
-Qu'est-ce qui se passe Yeff ?
-J'ai senti un choc. On dirait qu'on tape contre la paroi extérieure…
Judd fit un signe aux autres de faire silence et s'approcha de la paroi. La cloison intérieure avait été retirée par endroits pour contrôler si les impériaux ne se faufilaient pas dans l'intervalle entre les deux peaux. Toujours sans un bruit, il passa sa main entre deux plaques d'isolant et toucha la froide paroi en contact avec le vide spatial.
Un moment s'écoula puis, d'un seul coup, il perçut très nettement un petit impact.
-Je l'ai senti aussi, lui dit à voix basse un des mécaniciens qui avait passé la main entre deux plaques voisines.
« Et je viens juste de leur ordonner de brider leurs armes ! » se dit Judd.
-Ils préparent un assaut par l'extérieur ? demanda l'autre mécanicien d'une voix un peu inquiète.
-Il y a un sas proche ? demanda Judd aux soldats.
-Pas vraiment lieutenant, répondit l'un d'entre eux. Juste une trappe d'urgence comme il y en a tous les vingt mètres. On ne peut y passer qu'un à la fois. Inadapté pour un assaut.
-Et elle est où cette trappe ?
Le soldat montra un panneau entouré de rouge cinq mètres plus loin.
-Ici lieutenant.
-Ça vient encore de taper ! annonça le mécanicien qui était resté à l'écoute contre la paroi.
-Retire ta main, elle va finir par geler ! lui ordonna Judd.
Il réfléchit un court instant et finit par dire :
-Faut aller voir. Je vais sortir. Trouvez-moi une combinaison.
La troupe s'affaira, un peu soulagée qu'il n'ait pas désigné l'un d'entre eux. Le mécanicien qui avait pris l'écoute lui ramena une combinaison légère. Judd l'enfila et donna ses dernières consignes :
-Je taperai contre la paroi. Un coup tout va bien. Deux, alerte. Trois, je rentre. C'est compris ?
-Oui lieutenant, répondit la caporale.
-Si je ne reviens pas, vous prenez le commandement de la barricade. Envoyez immédiatement un messager prévenir le centre de résistance.
-A vos ordres.
Il se plaça devant le panneau cerclé de rouge et baissa le levier d'ouverture. La porte coulissa sans un bruit et un seuil obscur apparut. Il alluma le projecteur de son scaphandre et vit les deux bras de commande à l'intérieur de la bouche d'évacuation. Le sas était vraiment très exigu, seule une personne pouvait s'y tenir debout.
«Effectivement, on ne pourrait pas y rentrer avec un blaster lourd» pensa-il, et cela le rassura un peu.
Il franchit le seuil sans un regard sur la troupe qui l'entourait et actionna le premier levier. Le panneau intérieur coulissa dans son dos. Il était maintenant piégé dans une espèce de placard sombre, les bras d'ouverture à sa droite. Il actionna la commande du panneau extérieur et sentit sa combinaison se gonfler. L'air du sas se dispersait dans le vide du grand noir.
La troupe de Judd restait dans le couloir, le mécanicien avait repris l'écoute contre la paroi, à l'emplacement ou les premiers chocs avaient été ressentis. La caporale avait renvoyé un des soldats en sentinelle à la barricade. Tout le monde attendait dans un silence tendu. Soudain le mécanicien à l'écoute annonça :
-Un coup ! Très net ! Tout va bien !
Quelques soupirs de soulagement se firent entendre.
-Encore un coup !
Un temps s'écoula, puis encore le mécanicien :
-Trois coups ! Il rentre !
Le groupe composite se posta en face du sas.
-Au fait ça marche dans les deux sens ce truc-là ? demanda l'armurier.
-T'étais où quand t'as fait tes classes ? répliqua un des soldats. Bien sûr que ça marche dans les deux sens ! Comment tu ferais entrer les équipes de secours autrement ?
-Bouclez-la ! Intervint la caporale. Il y aura peut-être d'autres signaux !
Ils entendirent le panneau extérieur se fermer.
-Il est dans le sas, crut bon de dire un des soldats.
Ils attendirent la suite logique, l'ouverture du panneau de leur coté, mais rien ne se produisit. Le temps passait et la tension commença à monter. Ce fut encore l'armurier qui parla le premier :
-Qu'est-ce qu'il fabrique ?
-Pas de signal envoyé ? demanda la caporale.
-Si ! Encore trois coup !
-Bouse ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Il a peut-être un problème avec les leviers… hasarda le soldat.
La caporale hésitât un instant puis finit par ordonner :
-Ouvrez !
Le soldat baissa le manche rouge et le panneau coulissa, dessinant en silence un rectangle sombre sur la paroi du couloir. Il y eu un petit choc que tous entendirent lorsque la porte arriva en butée.
La chef de section bondit alors en arrière et hurla :
-Alerte ! Death trooper !
