Il y eut d'abord un moment de panique. Même en pleine débâcle les troupes d'élites de l'Empire inspiraient toujours une crainte quasi-superstitieuse auprès des troupes républicaines.

Aucun des protagonistes n'était en condition de combat. Le seul qui portait un blaster immédiatement utilisable était l'armurier et encore, il le portait à l'épaule sécurités en place. Pour tous les autres, les armes étaient à la ceinture ou posées contre la barricade.

Avant que quiconque ait pu faire le moindre geste, une ombre noire surgit de l'ouverture et s'effondra de tout son long au pied de la caporale.

Tout le monde resta figé sur place, dans un silence de catacombe.

Le moment de saisissement passé, le soldat qui avait manœuvré le levier se baissa sur le corps étendu et lui toucha l'épaule.

-Il est froid, froid ! Complètement froid !

L'armurier se joint à lui et ils retournèrent le corps. Il était raide comme une statue.

-Il est mort… gelé dans l'espace…

La chef de section, qui sentait son cœur reprendre un rythme normal, s'écria :

-Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Ça tape encore ! dit le soldat qui était resté à l'écoute de la paroi. Trois coups !
-Merde ! Le lieutenant ! On l'avait oublié ! Tirez le corps et fermez le sas !

Les ordres furent promptement exécutés et le groupe attendit le retour de l'officier. Enfin, l'indicateur mécanique passa au vert et Judd franchit le seuil.

Il retira son casque et le tendit sans un mot à un des soldats.

-C'était un test, chef ? demanda l'armurier.
-Vu vos têtes, j'ai pas l'impression que vous l'ayez réussi…
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda la caporale.
-Il était pris dans une antenne. C'est pour ça que ça tapait contre la paroi.
-Comment est-il arrivé là ?
-Il a du être éjecté et assommé par une explosion. Il n'a pas repris connaissance et son armure a fini par arriver à cours d'oxygène…

Un lourd silence tomba sur l'assemblée.

-Sale mort quand même… dit l'armurier.
-Ouais… sans ses camarades, seul dans le grand noir…
-Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on va en faire ?

Judd réfléchit un moment et finit par dire :

-De toute façon, il ne faut pas garder le corps. Mais on récupère l'armure.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas encore. On la fera porter au poste de commandement.

Il tourna la tête vers la barricade ou le soldat en faction observait le front adverse.

-Et planquez-le ! Je ne veux pas que les impériaux sachent qu'on a récupéré l'un des leurs !
-A vos ordres ! répondirent les soldats en train de dépouiller le corps de son armure. Le casque résista.
-Il doit être collé sur son visage. Réchauffe l'écran avec ta main, dit l'armurier.

Ainsi fut fait, la visière fut relevée et le visage du Death trooper apparut. Un visage jeune, régulier, plutôt beau. Tout le côté droit était noir et du sang gelé maculait ses oreilles et ses narines.

-Il n'a pas du souffrir, commenta sobrement la caporale.

Un des soldats défit les attaches du casque et le retira.

-Bon voila c'est fait. Reste plus que…

Il bloqua net. Des voyants venaient d'apparaitre à l'intérieur du casque et tous entendirent la voix synthétique émise des écouteurs :

« Terry de Dara, t'en es où sur la barricade ? »

Un blanc, puis la réponse :

« Dara de Terry, En place, rien ne bouge en face… »

Judd mit tout de suite son doigt devant sa bouche pour que personne ne parle. Tous comprirent.

L'armurier prit le casque en silence, le retourna et l'observa attentivement sous toutes ses coutures. Il finit par trouver un petit interrupteur sur le côté de la mentonnière qu'il l'actionna et les lumières s'éteignirent.

-On peut capter leurs comlink… dit-il.
-Intéressant ça, répondit Judd. Terminez le déshabillage et emmenez tout ça au centre de défense.
-Et le corps ?

Judd regarda le soldat tombé.

-Trouvez-lui un linceul et amenez-le au sas bâbord. On le rendra au grand noir à la prochaine cérémonie.

Il avait failli dire « fournée », mais s'était retenu juste à temps.


Dvar, base républicaine de «Biem Hoa», quartier général.

Le clipper était stationné sur l'emplacement E7 de l'astroport de la base. Cet emplacement, normalement destiné aux atterrissages d'urgence avait été choisi pour pouvoir prendre facilement en charge le prisonnier. Les deux pilotes restèrent près du vaisseau pour refaire les pleins tandis que les trois passagers se mirent en route vers le quartier général dans le speeder de liaison.

L'officier de renseignement, qui les avait accueillis dès leur atterrissage et qui conduisait le véhicule, prit la parole :

-Nous avons reçu le rapport d'analyse de ce qui à saboté nos génératrices…

Loth, qui était assis à coté de lui, l'interrompit :

-Je m'en fous !

Il continua :

-Pourquoi ne l'avez-vous pas mis tout de suite au secret ?
-Euh… il y a eu un afflux de prisonniers suite à la dernière offensive et on a manqué de place…
-Merde ! Il fallait l'enchaîner dans votre chambre ! Sa tête est mise à prix depuis dix ans !
-Hum…

L'officier de renseignement ne savait plus où se mettre. Quand à Bujac, assis sur la banquette arrière, il regardait le paysage défiler comme s'il faisait une promenade touristique en taxi.

-Ça a donné quoi les analyses ? demanda Thérèsia pour détendre un peu l'atmosphère.
-C'est organique. Ça a été synthétisé dans la bordure extérieure. Certainement quelque part dans le système Horuset.
-Au cœur du domaine Sith…
-Oui.
-Au moins on sait qui est en face, conclut sèchement Loth.

Le speeder arriva au cœur de la base et s'arrêta devant les bungalows qui abritaient les bureaux. Tous descendirent.

Ils entrèrent dans la salle de briefing. Le commandant était déjà là, accompagné d'un homme assez âgé. Lorsqu'ils se rapprochèrent de l'estrade, Thérèsia reconnut l'insigne du corps médical sur sa poitrine.

Le prisonnier fut assis en bas de l'estrade tandis que les salutations étaient effectuées. Le commandant fit ensuite son rapport.

Ceci fait, Thérèsia prit la parole :

-Commandant, ces événements datent maintenant de deux jours. Avez-vous des faits nouveaux depuis ?
-Non. Les opérations tactiques suivent leurs cours.

Au ton du commandant, Loth devina que les choses ne se passaient pas comme prévu. Mais ils n'étaient pas venus pour ça, aussi demanda-il :

-Vous avez parlé d'un commando dans votre message…
-Effectivement, le prisonnier n'était pas seul. Nous avons aussi capturé quatre soldats qui l'accompagnaient, un cinquième étant décédé.
-Et vous avez repris tout le monde ? demanda Thérèsia.
-Non. Un sixième membre a réussi à s'emparer d'un R-Wing et à prendre la fuite.
-C'était donc un pilote ?
-Oui. Une femme. Jay Hawkers, as de la flotte impériale.
-Et les autres ?
-Des gens sans intérêt. Un pilote de TIE et trois Trooper des sections pénales. De la raclure de pénitencier.

Un silence.

Loth se tourna vers l'officier de renseignement :

-Nous avons l'ordre de ramener toutes les pièces de cette affaire au haut conseil pour analyses.
-Toutes ?
-Absolument. Cadavres et débris inclus.

Le commandant se retourna alors vers le médecin.

-Toubib, qu'avez-vous en magasin ?
-Trois cadavres… non en vérité neuf corps et un pied. L'impérial tué à été inhumé.
-Vous pouvez expliquer ? dit Thérèsia.
-Il s'agit de siamois. Trois corps unis par le dos. Je ne suis pas capable de vous dire si c'est naturel ou provoqué, mais ces organismes contiennent aussi des implants, qui eux sont artificiels.
-Quel genre d'implants ?
-Renforcement musculaire, capteurs intégrés… Ce sont des outils de guerre.
-Ça ne les a pas empêché de mourir, crut bon d'ajouter Loth.

Il continua.

-Les corps sont transportables ?
-Oui, tout a été placé en caisson cryogénique.
-Bien. Faites-les charger et amenez-nous les quatre prisonniers encore vivants. Nous les prenons en charge.

Le commandant appela le planton et donna ses ordres.

-Vous allez repartir ?
-Dès que vous nous aurez ramené les prisonniers.
-Vous pouvez les scanner ? demanda Thérèsia.
-Oui, nous avons l'habitude de ce genre de transfert.

L'officier de renseignement, qui était resté muet jusqu'alors prit la parole :

-Un dernier détail. Jay Hawkers est défigurée. Elle poste un masque.

Loth se retourna vers lui, étonné. Il allait demander pourquoi, mais l'officier fut plus rapide.

-Elle a été blessée en détruisant notre frégate de blocus. Nous l'avons capturée dans cet état.

Il ajouta :

-Elle a été hospitalisée pendant sa détention. Nous avons pu recueillir à cette occasion toutes ses données biométriques.

Et il tendit à Loth un holocube.

-Ça devrait faciliter sa traque.
-Qu'est-ce qui vous dit que c'est elle que nous pistons ?
-Vous, je ne sais pas, mais lui je n'ai aucun doute, répondit l'officier en désignant Bujac toujours muet.

Thérèsia se tourna vers le prisonnier :

-C'était elle ?

Bujac sourit. D'abord en silence, puis il dit simplement :

-Vous auriez fini par comprendre.
-Et où est-elle allée ?
-Je n'en sais rien.

Loth sortit de ses gonds :

-Tu mens ! Arrête de nous prendre pour des cons !

Thérèsia fit un geste discret à son attention pour rétablir le calme puis dit au prisonnier :

-Nous en reparlerons. En attendant pas de blagues Wolfgang !


Ils saluèrent le commandant et sortirent du bungalow toujours accompagné de l'officier de renseignement. Les sarcophages avaient déjà été chargés dans le speeder. Ils montèrent en silence.

Pendant que le véhicule planait en silence vers leur vaisseau, Thérèsia réfléchissait.

«Pourquoi Bujac a-t-il pris le risque de quitter Coruscant et d'être capturé ? Pourquoi s'être sacrifié pour exfiltrer cette femme ? Pourquoi les Siths ont-ils pris le risque de bouger ?»

Elle n'avait pour l'instant aucune piste, mais elle essayait de mettre en ordre tout cela pour interroger plus efficacement les prisonniers.

Elle n'était qu'une enfant lors de l'avènement de l'Empire. Sensitive mais trop jeune encore pour être novice, elle était d'abord passée au travers des mailles du filet. Puis il avait fallut se cacher, apprendre à mentir, apprendre à se défendre, apprendre à tuer…

«Notre mère : la Force. Notre père : la Guerre». Tel était le mantra des rares padawan encore en vie. Elle n'avait jamais rien connu d'autre et cette paix qu'elle sentait proche lui causait une sourde inquiétude. Qu'est-ce qui se passera ? Qu'est ce que ça sera d'exister dans ce nouvel univers ? C'est quoi une vie normale ?

Sa pensée dériva sur celle qu'ils devaient traquer. A quoi pense-t-elle en ce moment ? Quelle avait été sa vie ? A quoi ressemblait-elle avant cette mission ?

Le speeder s'arrêta au pied de l'échelle d'accès du «Gontchard» et interrompit sa rêverie morose. Elle descendit et vit que les quatre autres prisonniers avaient déjà été amenés.

Loth sortit avec Bujac. Il le confia à la garde de l'officier de renseignement et s'approcha des quatre prisonniers enchaînés. Il s'adressa au premier, un géant à face de brute :

-Ton nom.
-Samuel Blom.

Loth passa au suivant et leur posa à tous la même question. Puis il recula de deux pas et dit d'une voix forte :

-Vous allez retourner sur Kuat pour interrogatoire. Si vous ne voulez pas passer le reste de la guerre dans un pénitencier vous aurez intérêt à vous mettre à table !

Thérèsia grimaça intérieurement.

«Quel bourrin ! Mais pourquoi m'a-t-on collé une poutre pareille à trainer ?», se dit-elle.

Ils étaient sur Fondor, près de la ligne de front de Kuat, occupés à remettre en état les chantiers spatiaux lorsqu'ils avaient été convoqués par le conseil volant en pleine nuit pour y recevoir leurs instructions. Elles étaient lapidaires : aller chercher Wolfgang Bujac et ses complices et les ramener à Kuat pour enquête.

Ça, c'était l'ordre de mission officiel.

Un avenant oral y avait été ajouté : toute piste devait être exploitée sur le champ.

On leur avait bien fait comprendre que cette affaire était de la plus haute importance. Le fait même qu'un clipper leur avait été attribué levait tout les doutes à ce sujet. Les pilotes attendaient au pied de l'échelle, un peu pâteux. Manifestement, ils avaient du être interrompu dans une partie fine, car un fort remugle d'alcool fort l'avait saisi lorsque le copilote leur souhaita la bienvenue à bord.

Et maintenant elle était là, à nouveau près de l'échelle prête à repartir… où au fait ?

«Ça dépendra de lui» se dit-elle en observant Bujac du coin de l'œil.

Elle regarda les pilotes.

«J'espère qu'ils n'ont pas remis ça» pensa t'elle en se rappelant leur haleine à l'embarquement.

Les pilotes républicain avaient en effet une réputation de noceur invétérés qu'ils s'appliquaient consciencieusement à entretenir. On disait dans l'armée que l'Ambrostine était la meilleure arme secrète de l'Empire.

Loth fit monter l'échelle aux prisonniers l'un après l'autre. Il termina par Bujac et ne redescendit pas.

C'était à son tour.

Elle salua l'officier de renseignement et lui dit :

-Merci de votre accueil. Et ne vous en faites pas pour Bujac, vous avez fait au mieux.
-Faites bien attention à vous. Ce type n'est pas un premier communiant.

Et elle franchit le sas d'entrée.


Les Nuba–class étaient des vaisseaux rapides destinés aux liaisons, à la reconnaissance et à la guerre électronique. Le «Gontchard» en était le trente-et-unième de la première série et avait été gréé en détection. Sa carrière avait été jusque-là sans histoire, ces vaisseaux n'étant pas destinés à opérer sur la ligne de front.

Dès réception du message codé en provenance de «Biem Hoa», le conseil volant avait décidé d'envoyer des représentants. Bujac, jedi renégat, était un gros poisson, le maître des Sabres dans le jeu de Sabacc qui servait de liste des criminels de guerre aux troupes républicaines.

Le clipper avait donc été immédiatement réquisitionné pour cette mission, son équipage rappelé en urgence tandis que les mécaniciens démontaient les équipements inutiles pour faire de la place dans le fuselage, le volume intérieur de ces vaisseaux étant mesuré et le confort spartiate.

Seule la console radar avait été conservée, son démontage aurait pris trop de temps du fait de la quantité de câbles à débrancher.

Il y avait deux rangées de sièges de chaque côtés d'une étroite allé centrale. Les quatre prisonniers avaient été attachés à gauche tandis qu'à droite Loth, dos au poste radar, faisait face à Bujac.

Thérèsia remonta toute l'allée pour atteindre son siège, tout au fond, derrière Bujac et à coté de Yil.

L'équipage contrôla la bonne fermeture des sas et tandis que le copilote s'installait aux commandes et lançait les propulseurs, le commandant de bord vint saluer Loth et demanda les consignes.

-Retour direct à Kuat, répliqua celui-ci sans un regard à sa camarade.

«Quel abruti ! Les ordres, rien que les ordres…» pensa-elle.

-Nous naviguerons deux heures environ avant de passer en hypervitesse, ajouta le pilote. Ça simplifiera la navigation, nous émergerons directement à Kuat.

-Faites, faites… répondit Loth.
-Les sarcophages ont bien été chargés ? demanda Thérèsia.
-Oui madame.

Le pilote repartit vers l'avant du vaisseau et prit son poste. Une légère vibration emplit la carlingue et bientôt Dvar ne fut plus qu'une petite sphère brune.

Thérèsia se détendit un peu malgré sa frustration. Les prisonniers étaient muets et semblaient somnoler. Elle regarda l'heure sur l'afficheur de la cloison. Le temps filait.

Elle se pencha un peu et parla à l'oreille de Bujac :

-Bientôt la fin de la piste. Où est-elle allée ? Une fois arrivés à Kuat, ça sera trop tard.
-Un sursis, hein ?
-Ouais, un putain de sursis qu'on t'offre ! s'exclama Loth.

Elle fit un geste de la main pour le faire taire.

-On est des jedi comme toi…

Le prisonnier éclata de rire.

-Le retour du fils prodigue ! Vous croyez vraiment à ce que vous dites ?
-Non. Mais tu peux partir en laissant une meilleure trace dans les mémoires.
-Qu'est-ce qui t'as obligé à tout exterminer sur des planètes entières ? La Force peut-être ? Intervint Loth.

Le prisonnier haussa les épaules.

-Passage en hypervitesse dans deux minutes ! annonça le copilote.