R-wing «Sullust's eye», en orbite autour de Mimbres.

Jay était plongée dans le manuel intégré du vaisseau et testait les différents modes de pilotage et de détection. Elle aurait pu tout demander à l'unité astromech placée derrière le poste de pilotage mais elle n'avait pas une confiance totale dans le droïde républicain.

Elle fit le point pour s'assurer que la navigation avait été respectée et fut satisfaite. Cela n'échappa pas au droïde.

-La trajectoire était parfaite. Vous perdez votre temps.
-La confiance n'exclut pas le contrôle, Uriel.
-Et ensuite ?
-Nous sommes seuls en orbite ?
-Oui.
-Met-toi en écoute toutes bandes. L'astroport de secours est situé dans l'hémisphère sud, entre les parallèles 32 et 34.

Elle observa les écrans de droite s'animer, puis la voix d'Uriel résonna :

-Je ne capte rien, mais il y a des signatures thermiques dans ces zones.
-Actives ?
-Oui. Ça se déplace. Lentement.

Elle réfléchit. Le fait qu'il n'y ait pas d'activité radio semblait indiquer qu'il n'y avait pas de troupes républicaines sur place. Mais quoi alors ?

-Comment est l'atmosphère ?
-Nuageuse. Plafond 500 mètres.
-Bien. Descends et fait une passe radar au dessus des nuages.

Le vaisseau débuta la manœuvre. L'espace libre céda la place à l'atmosphère de Mimbres. Le vaisseau déplia ses ailes pour passer en vol atmosphérique et Jay en observa la cinématique.

« Ça ne manque pas d'élégance » pensa-t-elle brièvement.

Elle avait redressé le dossier de son siège et scrutait avec attention ses instruments. Elle vit qu'elle arrivait sur la zone en rasant le sommet de la couche nuageuse. Le R-wing donnait l'impression de surfer sur une mer écumeuse rose pâle.

Elle fronça les sourcils. Des symboles venaient d'apparaitre sur les écrans en même temps que la voix d'Uriel.

-Scanner terrestre en action. Je déclenche les brouilleurs.
-Quel modèle ?
-Unité mobile Tokol mark 7. Matériel obsolète.

Elle vit sur son écran que le système de détection était situé juste à côté de la base, ce qui ne signifiait rien de bon.

-Elle est en mode automatique, annonça Uriel.
-Attends, tu veux dire qu'il n'y a personne sur place ?
-Effectivement. Il n'y a pas de présence autour ou en dedans.
-Et les signatures thermiques ?
-Pas autour du scanner.

Jay réfléchit un moment puis se décida.

-Uriel, je prends la main.
-C'est à vous.

Elle fit faire demi-tour au vaisseau et amorça la descente au travers des nuages.

« Sacré inertie » pensa-t-elle en tâtant les commandes. « Ça me rappelle mes classes en planeur spatial… »

-C'est la première fois que vous pilotez un R-wing major ? demanda le droïde.
-Oui. J'ai déjà évalué des T65 et 70, mais on n'a jamais réussi à capturer un vaisseau comme le tien.
-Vous êtes douée. Vous ne fatiguez pas la structure…
-Les astromech se passent des avis sur les pilotes ?
-Bien sûr. On nous prend pour des tas de cuivre muets, mais nous avons notre propre monde…

Elle déboucha sous les nuages. Un paysage de mangrove de couleur ocre apparut. Le sol était zébré de canaux dans lesquels stagnait une eau rosâtre.

«Pas terrible comme décor» se dit-elle. «Ça devait sans doute être plus facile à protéger…»

-Je fais d'abord une passe au-dessus du scanner.

Au bout de deux minutes de vol, elle vit le radar mobile. Le shelter avait été posé toutes antennes déployées sur une petite éminence juste à la limite des marécages. Elle joua doucement du manche et du palonnier pour cercler au-dessus.

Des traces de véhicule sur roues partaient du scanner pour s'enfoncer dans le marécage.

«Juste dans la direction de la base… » Pensa-t-elle.

Elle était sourdement inquiète. Les choses tournaient bizarrement.

«Peut-être une station de surveillance laissée là par les républicains… Mais il aurait été plus simple de tout faire sauter…»

-Ça peut fonctionner combien de temps tout seul ce truc-là ?
-Il y a des panneaux générateurs. Environ deux ans sans maintenance.

Ça ne menait à rien. Il fallait y aller ou repartir. Elle trancha.

-On y va.

Et elle prit le cap et arriva au-dessus de la base après un bref survol des marécages. Elle avait été construite sur un quadrilatère cerné par de larges canaux. L'endroit était désert.

-Toujours rien, Uriel ?
-Rien.

Elle augmenta la puissance et se mit en vol stationnaire au-dessus de ce qui pouvait passer pour un emplacement d'atterrissage. Il ne devait pas avoir servi depuis longtemps, car de hautes herbes avaient poussé.

« J'espère ne pas mettre le feu à la zone », pensa-t-elle. « Ca n'arrangera pas mes affaires… »

Elle déplia les atterrisseurs et sentit un léger choc. Le R-wing venait d'atterrir. Elle poussa un profond soupir qu'Uriel entendit.

-Détendez-vous. Tout s'est bien passé.
-On en est ou en carburant ?
-72%. Nous avons largement de quoi repartir.
-L'atmosphère ?
-Respirable. Environ cinq heures d'acclimatation.

« D'ici là, je devrais être repartie » pensa Jay.

-Il y a des armes à bord ?
-Oui, un blaster compact approvisionné dans le compartiment gauche du siège éjectable. Il fait partie de l'équipement de survie…

Jay se tourna, fouilla à l'endroit indiqué et sortit l'arme. Elle la glissa à sa ceinture et prit aussi une lampe torche. Les sabres laser qu'elle avait récupéré sur Dvar étaient dans les multiples poches de sa combinaison.

Elle actionna le levier d'ouverture et déplia l'échelle d'accès intégrée.

Juste avant de descendre, elle vit le blaster de précision dans le compartiment, ce qui la fit hésiter.

«Je le prendrais bien… mais il risque de me gêner…»

Elle pesa le pour et le contre et finit par le laisser, puis elle donna ses dernières consignes :

-Uriel, je sors. Reste en veille.
-Je garde les propulseurs chauds ?

Jay hésita. A priori elle n'avait plus besoin du R-wing, mais il était préférable d'économiser le carburant.

-Non. Coupe et reste en veille.
-Il y a une oreillette de communication dans le compartiment droit.

Elle hésita encore. Cela permettait au droïde de la suivre à la trace et de l'écouter…

«Je pourrai toujours le détruite en cas de besoin» pensa-t-elle.

Elle la mit et donna ses dernières consignes :

-Si tu détecte un danger, redémarre et décolle tout de suite.
-Seul ?
-Oui.
-Je resterai en écoute jusqu'à la limite de carburant, conclut le droïde.

Elle enjamba le seuil du cockpit et descendit l'échelle.


Nuba–class «Gontchard», périphérie planétaire de Dvar.

Le compte à rebours du passage en hypervitesse était déjà bien avancé lorsque la chose arriva.

Tout se passa alors tellement vite qu'elle eu l'impression de se regarder d'une autre dimension.

La carlingue résonna sous les impacts. L'éclairage s'éteignit immédiatement pour être remplacé par les veilleuses d'urgence. Le sas avant se referma automatiquement avec un claquement sec tandis que retentissait le sifflement de l'air s'échappant des impacts sur la coque.

Elle porta la main à sa gorge tandis qu'elle ouvrait désespérément la bouche pour tenter d'absorber l'air qui se raréfiait. Elle devina plus qu'elle ne vit vraiment les autres occupants de la carlingue faire de même dans la pénombre.

Elle se repliait sur elle-même tandis qu'elle décollait de son siège. La gravité artificielle avait été coupée. Tout devenait de plus en plus sombre. Elle avait mal à la tête, aux bras, au ventre…

Le temps passa. Minutes, secondes, elle n'en avait aucune idée. Certainement pas des heures.

Elle toussa.

«J'ai mal… mal… mal…», cette seule pensée tournait comme une toupie sombre dans sa tête.

La Force, l'orgueil ou la rage la fit se reprendre.

«Si tu as mal, c'est que tu vis encore ! Les cadavres ne souffrent pas ! Debout !»

Elle serra les dents et déplia son ventre. La nausée la saisit, mais elle continua à se redresser.

Elle écarquilla les yeux et essaya de percer l'obscurité. Elle vit des taches se déplacer et comprit que les prisonniers étaient dans le même état qu'elle.

Elle était maintenant droite sur son siège. Ses oreilles semblaient remplies de coton. Tout semblait étouffé, mais des sons lui parvenaient. Les taches se précisèrent et elle comprit que Loth s'était détaché et se trouvait devant elle.

-Comm… va ?...
-C'est bon, répondit-elle, ou du moins c'est ce qu'elle voulut dire.

Elle détacha à son tour sa ceinture, et se rapprocha des prisonniers en se tenant à tout ce qu'elle pouvait saisir. Petit à petit ses sens revenaient l'un après l'autre. L'odeur écœurante de la mousse d'auto-obturation saturait la cabine.

Ce fut le pilote impérial qu'elle comprit le premier.

-Torpille à concussion… On a voulu juste nous immobiliser.
-Et ensuite ?
-Ils vont certainement nous arraisonner.

La cabine bougea en bloc. Shi reprit :

-Rayons tracteurs. Ils nous ramènent.
-On ferait peut-être bien de se rendre… hasarda Yil au fond.

Bujac répliqua du tac au tac :

-Vous mourrez tous. C'est moi qu'ils veulent. Et moi seul.
-Pour savoir où est Jay, n'est-ce pas ? Intervint Thérésia.
-Oui.
-Elle a tant de valeur que ça ?
-Peut-être… En tout cas, eux le croient.

Loth intervint.

-Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?
-Le panneau est opérationnel ? demanda Yil.
-Oui. Le copilote s'en en est servi avant le grand saut.
-Détachez-moi.

Sans réfléchir, Thérésia défit le lien qui liait le prisonnier au siège. Yil se leva sans un mot, s'assit devant la console et en observa les commandes. Cela dura un temps qu'elle trouva interminable. Enfin il releva la tête et annonça :

-Ça peut coller.

Il mit la console sous tension.

-Que voulez-vous faire ? demanda Thérèsia.
-Quand nous serons proches du vaisseau tracteur, je déclencherai un flash radar à puissance maximale.
-Et qu'est-ce que ça leur fera ?
-Ça va les secouer un peu et certainement griller une partie de leurs circuits. Il faudra aller tout de suite au poste de pilotage et fuir. Si c'est encore possible.
-Je ne savais pas que tu avais servi dans les détections, nota Julius.
-Ça aussi t'en a fait trafic ? ajouta Blom.

Yil haussa les épaules avec un sourire entendu.

-Il faut tous passer des combinaisons, dit Loth. On ne connait pas l'état du poste de pilotage.

Il ouvrit la porte de la soute derrière Thérèsia.

-Equipez-vous.

La jedi et le convict enfilèrent une combinaison tandis que Loth détachait les autres prisonniers à l'exception de Bujac.

-On avance l'exécution ? demanda celui-ci d'un ton ironique.
-Non, mais tu passeras en dernier. Je préfère t'avoir à l'œil.

Loth était encore en train d'enfiler sa tenue lorsque la carlingue fut secouée à nouveau.

-Ça y est, dit Yil. On va entrer en soute.

Shi et Julius se postèrent près du sas du poste de pilotage, prêts à bondir dans le cockpit. Loth et Thérèsia firent assoir Blom et Bujac.

L'espace clos bougea encore. Ils sentirent leurs poids augmenter.

-On est proche de leur vaisseau maintenant, dit Yil concentré devant ses écrans.
-Préparez-vous ! ajouta-il en se tournant vers Shi et Julius.

Encore un choc. Yil actionna un interrupteur et cria :

-Maintenant !

Ils sentirent leurs oreilles bourdonner et une sensation de nausée leur saisit la gorge, mais ce n'était que des réflexions parasites.

«Ils doivent déguster dehors…», se dit Thérésia en baissant la visière de son casque.

Le sas était déjà ouvert et Julius trainait le cadavre du pilote dans le couloir tandis que Shi prenait les commandes. L'air s'échappait, tous pouvaient le sentir.

Le temps fila et rien ne se passait.

«Bon sang !» pensa Thérésia, «Le poste de pilotage est HS !».

Elle se rua vers le sas pour tenter une sortie et au moins mourir en combattant lorsque la voix de Shi retentit dans ses écouteurs :

-Accrochez-vous !

Elle était près du levier d'ouverture, devant le poste radar, et n'avais aucun point d'appuis possible. Elle fit donc la seule chose à faire : elle se jeta de tout son long sur le plancher. Elle recula dans le couloir sous l'effet de l'accélération et son coude gauche heurta durement le bas de la console.

Enfin l'accélération cessa et elle put se relever. Elle vit Loth qui continuait de surveiller les prisonniers. Le corps du pilote s'était tassé au fond contre la cloison de la soute. La pressurisation n'était toujours pas revenue.

«La section avant doit être une vraie passoire» pensa-t-elle.

Le vaisseau continuait néanmoins à filer droit devant.

-Ils ne vont pas tarder à se ressaisir ! dit Loth en se levant.
-Surveille-les ! ajouta-t-il à Thérèsia en se dirigeant vers le poste de pilotage.

Elle s'assit sur son siège en se massant le coude.

«Surveiller quoi ? Ils ne vont pas se rebeller maintenant, on est dans le même bateau…» pensa-t-elle. «Où dans la même galère en fait…»

Loth. Encore lui dans ses écouteurs.

-Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Ils vont se mettre à notre poursuite !
-J'ai un amas d'anneaux planétaires en visuel. Il faut l'atteindre et se planquer dedans, répondit Shi.

Le vaisseau fut secoué. Shi faisait certainement des manœuvres d'évitement.

«Nos agresseurs commencent à se réveiller…»

La voix de Yil maintenant. Un peu nerveuse.

- Torpilles ! Salve de trois !

Encore des secousses et encore Yil.

-Contact dans quinze secondes !
-On arrive dans les anneaux. Accrochez-vous ! cria Shi.

La carlingue vibra et un grand vacarme retentit. Le vaisseau entrait dans les anneaux et percutait les gravats qui les composaient.

«Si ce n'est pas les missiles, ce seront les astéroïdes qui nous détruiront» pensa-elle.

-Contact ! cria Yil.

Là ce fut l'apothéose. Tout s'éteignit et elle fut rudement projetée contre le siège de Bujac. Heureusement le casque amortit le choc. Elle se remit à flotter au-dessus de son siège. Soit le vaisseau était totalement désemparé, soit le pilote avait coupé les propulseurs.

Elle entendit à nouveau la voix de Shi dans ses écouteurs :

-Plus un bruit maintenant. Coupez vos comlink, On attend.

Elle obéit, et se retrouva plongée dans le noir.