Mimbres. Astroport de campagne impérial.
Les herbes arrivaient aux deux derniers échelons. Jay mit pied à terre et sentit un sol spongieux se tasser sous ses semelles.
« Au moins je ne risquais pas de mettre le feu à la base » se dit-elle.
De son cockpit elle avait estimé la direction qui menait aux bâtiments aussi se mit-elle en route sans tarder. La marche était fatigante car le sol était instable et les hautes herbes masquaient la vue.
« J'espère ne pas croiser de bestiole agressive » pensa-t-elle un peu inquiète en serrant la crosse de son blaster.
Le silence était absolu, ce qui la rassura.
Enfin les sommets des premiers containers apparurent dans son champ de vision ce qui la détendit un peu. Elle pressa le pas et se retrouva dans la partie aménagée de la base.
Il n'y avait plus d'herbe. La zone avait du être décapée et stérilisée lors de la construction de l'astroport.
Elle tourna prudemment le coin du premier bâtiment préfabriqué et s'arrêta net.
Une odeur pestilentielle la saisit. Elle était tellement forte que même avec son odorat dégradé elle la ressentait comme un mur invisible.
Elle leva son blaster et essaya d'estimer d'où venait la puanteur. C'était du bungalow voisin. Elle mit un mouchoir sur son masque pour essayer de se protéger du plus possible et se dirigea vers le bâtiment.
La porte était grande ouverte. La serrure avait été forcée, le lecteur de code pendait arraché de son logement.
Elle noua son mouchoir devant son masque et entra prudemment, le blaster dans une main et la lampe torche dans l'autre.
Le préfabriqué était assez petit. Elle entra dans une pièce qui faisait toute la largeur et qui comportait un bureau, deux chaises et quelques caisses d'outillage. Tout semblait intact.
De chaque coté une porte était ouverte. Elle avança et regarda à l'intérieur de la première pièce. Elle était sombre. Elle alluma sa torche et éclaira des étagères. Des cartons de rations de combat y étaient empilés. Certaines étaient tombées par terre, mais à ce détail près, elle ne constata rien d'anormal.
Elle ferma et verrouilla la porte et se retourna vers la dernière pièce. Il fallait y aller.
A la différence du magasin qu'elle venait d'explorer, la pièce n'était pas sombre, les volets des fenêtres avaient du être levés.
Elle pointa néanmoins sa torche.
Au début elle ne comprit pas tout de suite ce qu'elle voyait. La pièce devait être un réfectoire, deux grandes tables l'occupaient avec de nombreuses chaises. Les tables avaient été poussées en désordre contre les murs, et beaucoup de chaises étaient renversées.
Quand elle commença à comprendre, ce ne fut plus les tables, les chaises ou les murs qu'elle regardait, mais le sol.
Une gelée mousseuse couvrait une partie du plancher. Elle reconnut une main serrant encore un blaster, ce qui devait être un bout de colonne vertébrale, encore d'autres débits inidentifiables…
Enfin, sous une chaise renversée, dépassant un peu du magma, le dôme blanchâtre d'un crane décapé…
Elle resta figée sur place. La nourriture liquide qu'elle avait absorbée dans le cockpit remonta dans sa gorge et elle dut serrer les dents pour ne pas vomir.
« Qu'est-ce qui a bien pu faire ça ? » pensa-elle. « Qui sont ces corps ? »
Elle avait distingué trois têtes dispersées dans la pièce, mais elle n'en était pas sûre, les cadavres étaient tellement abîmés qu'il y en avait peut-être plus.
Elle eut envie de parler, de se débarrasser d'une partie de ça.
-Uriel, je viens de trouver des corps. Tu ne détecte rien ?
-Non. Tout est calme.
Cela la détendit un peu. Elle souffla lentement à fond, sortit et se mit à avancer entre les bâtiments.
Elle arriva enfin aux hangars. Ils avaient l'air intact. Elle s'approcha de la large porte et en lut les inscriptions.
« Navette de secours à capacité hyperdrive »…
«Tout usage non autorisé par les autorités impériale fera l'objet de poursuites et de sanctions en accord avec la sous-section 7-563 du code spatial»
« Qualification de pilotage minimum requise : 4-82 avec option navigation 2-98 »
L'étalage des spécifications la ramena à un univers connu, mais là encore le boitier avait été brisé.
Elle poussa la porte, alluma sa lampe torche et observa le vaisseau qui remplissait le hangar. Il avait l'air intact.
Elle ne sentit aucune odeur, ce qui la rassura un peu.
Elle en fit le tour et vit tout de suite ce qui n'allait pas. La trappe d'accès avait été forcée, et le panneau gisait à terre charnières et verrous découpés.
«Du travail de sagouin. Cette navette ne retournera jamais dans l'espace… »
Elle n'avait plus rien à faire à cet endroit.
«Allons voir les autres containers…»
Elle se dirigea vers la porte pour sortir lorsqu'elle entendit un frottement à l'intérieur du vaisseau.
Elle sursauta et braqua son blaster.
-Sortez de là ! dit-elle en se plaçant sur le coté du sas éventré.
Nuba–class «Gontchard», amas planétaire de Dvar.
Dans l'obscurité glacée de la carlingue, Thérèsia avait fini par perdre tous ses repères. Haut, bas, droite, gauche, même le temps ne signifiait plus rien dans le néant ou elle était plongée.
«Combien d'autonomie encore ?» pensa-t-elle.
Instinctivement elle ralentit sa respiration. Elle avait froid. Illusion ou épuisement de ses batteries de chauffage ? Elle pensa à la Force.
«Soutiens-moi, donne-moi des sens…»
Rien ne vint.
«Je suis une sacrée jedi à la noix…»
Le néant continua à prospérer, puis brusquement le projecteur d'un casque s'alluma. C'était Shi. Elle le vit refermer le sas avant, rétablir la pressurisation puis retirer son casque.
Elle fit de même avec tous les autres et le pilote impérial dit alors :
-Yil, rallume la console et met-toi sur écoute. Ça fait deux heures maintenant.
Deux heures ! Si court et long à la fois !
Yil était resté assis devant le poste. Il bascula des interrupteurs selon une séquence compliquée, se pencha sur les écrans sans un mot. Enfin il parla, toujours rivé sur les afficheurs.
-Il a disparu.
Loth prit la parole.
-Hein ? Pourquoi nous avoir attaqués alors ?
-J'ai quatre spots sur mes écrans, deux X-wing et deux Y-wing. L'attaque a du être détectée depuis Dvar.
-C'est plausible, répondit Loth. Que font les chasseurs ?
-Ils cerclent. Ils le recherchent.
-Sortons des anneaux maintenant ! Ils nous escorteront !
Shi ne bougea pas. Yil non plus.
La voix de Bujac retentit alors:
-Je ne pense pas que cela soit une bonne idée…
-Pourquoi ? demanda Thérèsia qui se doutait de la réponse.
-Dans l'état du vaisseau, ils nous feront retourner vers Dvar. Retour à la case départ et perte de temps, sans compter une possible nouvelle embuscade.
-Que proposes-tu alors ?
-D'aller ou l'on doit aller. Mais à certaines conditions…
-Lesquelles ?
Un silence, puis Bujac repris :
-D'abord la liberté et des armes pour moi et mes compagnons.
«Tiens tiens, on est promus semble-t-il» pensa Julius.
-Ensuite, lorsque nous auront rejoint le major Hawkers, vous la prendrez en charge et vous nous laisserez partir.
-Toi aussi ? répliqua Loth.
-Oui. Moi inclus.
Le sabre laser jaillit du poignet droit de Loth et tout prit une teinte bleue dans l'espace confiné du vaisseau.
-Tu peux toujours rêver !
Le dard pointa d'abord vers Bujac puis se tourna vers Yil.
-Toi, appelle les chasseurs ! Qu'ils viennent nous chercher !
-C'est une console radar, pas radio… répondit Yil d'une voix tendue.
-Alors toi le pilote, reprends ton poste et va à leur rencontre !
Shi ne bougea pas.
-Vas-y tout de suite ou je le tue ! cria Loth en approchant la pointe de la lame de lumière du visage de Yil.
Sans un mot, le pilote reprit son casque et se mit en route vers l'avant du vaisseau.
La voix posée de Thérèsia retentit alors.
-Loth, éteins ce sabre.
-Comment ?
-Je t'ai dit d'éteindre ton sabre. Fais-le.
-Tu n'as pas d'ordre à me donner !
-Oh que si ! Je suis enquêtrice hors cadre, j'enquête ! Et je te rappelle les ordres : toute piste doit être explorée sur le champ. Maintenant pour la dernière fois éteins ce sabre !
-On en reparlera !
Mais la lame s'éteignit.
La jedi se tourna alors vers Bujac :
-Je n'ai pas encore accepté. Parle.
Bujac se cala contre le dossier de son siège, regarda Thérèsia et son compagnon et commença :
-Ce n'est pas la première manifestation spontanée de la force…
-Ça, on le sait déjà. T'as intérêt à avoir mieux en magasin.
Le jedi défroqué ne releva pas.
-Il y en a déjà eu cinq. Jay Hawkers est la sixième.
-Et alors ?
-Chaque fois qu'il y a eu une apparition de force brute, les Sith sont intervenus.
-Comment le savez-vous ?
-On a craqué leur code. Enfin, une partie, la logistique…
Elle réussit à rester impassible. Hacker le cryptage Sith ! L'Empire avait encore de la ressource !
Elle menait l'interrogatoire, mais en vérité elle ne savait pas grand-chose. Oui, elle avait entendu parler de choses étranges, de manifestation inhabituelle de la Force, mais cela s'arrêtait là. La priorité était de défaire l'Empire, les Sith venaient après, loin derrière...
Elle reprit la main :
-Que s'est-il passé ?
-On n'a rien pu faire pour les trois premiers. C'était juste après Endor, et tout le monde était sur la brèche…
-Ça veux dire quoi rien pu faire ?
-On a sous-traité l'affaire à des collaborateurs locaux. Ça n'a rien donné. Les personnes concernées avaient déjà disparues. Tout ce qu'on a appris, c'est que les Sith avaient des complicités sur place.
-Et ensuite ?
-A la quatrième alerte, on a envoyé l'un des nôtres, mais son vaisseau n'est jamais arrivé.
-C'était où ?
-A Ord Mantell.
-Il y a combien de temps ?
-Environ un an.
Thérèsia réfléchit un instant.
-Ce n'était pourtant pas encore une zone de guerre à l'époque…
-Non. On n'a rien compris. Peut-être un vaisseau-mère Sith en embuscade…
-Et la cinquième fois ?
-Là on a mis le paquet. On a désigné trois de nos membres les plus expérimentés et on a réussi à mobiliser un croiseur léger avec une escouade de Trooper sous couvert d'opération antiguérilla.
-Attends… Ça s'est fait à l'insu de l'Empereur ?
Bujac haussa les épaules.
-L'Empereur savait pour la Force mais il laissait faire. Il avait d'autres chats à fouetter. Et puis c'était un Sith comme eux…
-Mais vous n'étiez pas d'accord…
-Exact. Nos canaris commençaient à devenir bruyants. Le Conseil Restreint flairait quelque chose de vraiment grave.
-C'est quoi le Conseil Restreint ? Le coupa Loth.
-Là vous m'en demandez trop !
Agacée, Thérèsia reprit tout de suite la parole. Elle ne voulait surtout pas couper le fil de la discussion.
-Et qu'est-ce que ça a donné ?
-Au début ça a bien commencé. Nos gars ont déployé les Trooper et récupéré le sujet sur Randon. Un Iktotchi qui n'avait pas pu retourner sur sa planète après l'avènement de l'Empire.
-Et ensuite ?
-Tout le monde est retourné dans le croiseur. Et ils ne sont jamais revenus.
-Disparus ?
-Non. On a retrouvé l'épave en dérive. Tous les corps étaient encore dedans, sauf celui du sujet.
-Encore foiré donc…
Un silence, puis encore Bujac.
-Pas tout à fait. Un de nos gars avait déclenché un enregistreur et a pu le cacher avant d'être tué. On a pu voir que l'assaut avait été effectué par des guerriers Sith, des téraplites, les mêmes que vous avez embarqué dans les sarcophages.
-C'est tout ?
-Non. Il avait enregistré le sujet aussi. Avant l'attaque. Les Iktotchi sont doués de précognition, et celui-ci était véritablement fou de terreur. Il a supplié nos gars de le tuer en disant que ce qui l'attendait était bien pire…
Un certain malaise se répandit dans la carlingue. Thérèsia reprit :
-Mais ils ne l'ont pas fait…
-On voulait en savoir plus.
-Pas facile la prémonition dans ce genre de situation…
-Effectivement. Tout ce qu'ils ont pu en tirer, c'est qu'il allait être sacrifié, mais il a été incapable de dire comment et pourquoi.
Encore un silence. Thérèsia à nouveau :
-Et puis la sixième alerte est arrivée…
-Il y a trois mois. Mais là c'était différent.
-Pourquoi ?
-D'abord, c'était plus près de nous, sur Kuat qui n'était pas encore tombée. Ensuite, on a vite compris que c'était dans nos rangs et que les Sith allaient avoir plus de mal à intervenir. Enfin, le départ du «Destiny Blade» a tout bouleversé. Leurs plans et les nôtres aussi…
-C'est pour ça que tu t'es porté volontaire ?
-Oui.
Thérèsia eut un mouvement de tête vers les autres prisonniers.
-Et eux ? Ils font partie de ton équipe ?
-Non. Je les ai rencontrés sur Dvar. Mais ils sont assez efficaces…
«Effectivement», pensa la jedi. «Si on ne les avait pas eus…»
Loth intervint :
-Bon, il faut conclure. Où est-t-elle allée ?
-Le marché tient ?
-Oui, répondit Thérèsia sans hésiter.
-Dathomir. Elle doit rejoindre votre temple jedi contre le centre de détention impérial.
Thérèsia sourit.
-Malin…
Mâchoires crispées, Loth restait muet.
