Mimbres. Astroport de campagne impérial.

Le R-wing continuait à cercler lentement au-dessus d'eux, nez dressé vers le ciel, comme une toupie en fin de course. Le décrochage était imminent.

Jay, dos à la cloison, arriva à la porte, dont les voyants étaient passés au vert. Elle actionna la clenche et le panneau tourna sans un bruit.

-Rapplique ! Je te couvre !

Le Balosar ne se fit pas prier. Il fonça tête baissée et passa sous le bras qui portait le sabre pour disparaître dans le container.

C'était maintenant à son tour. Elle recula dos à l'ouverture, mais juste à ce moment-là une vague se forma et déferla droit sur elle. Le sabre trancha dans la masse et elle referma la porte du plus vite qu'elle put.

Mais quelques lambeaux du nuage avaient pu entrer.

Elle s'adossa à la porte et la verrouilla. Soudain, le panneau métallique trembla. Elle sentit dans ses reins la force de l'impact.

«Ça s'est ressaisi… pourvu que la porte tienne»

Le container était plongé dans l'obscurité. Seul son sabre générait un halo de sang devant elle.

«C'est passé où ?»

Elle pensa au Balosar et une pensée fulgurante traversa son esprit.

«Pourvu qu'il ne tire pas !».

Elle cria :

-Ou es-tu ? Rejoins-moi !

Elle entendit du bruit, puis l'humanoïde apparut dans la sphère rougeâtre. Elle ne put s'empêcher d'émettre un soupir de soulagement.

-Reste derrière moi ! Je vais ouvrir la navette !

Elle lui tendit la torche.

-Un peu de cette chose a pu rentrer.
-Je sais. J'étais couché au sol et c'est passé au-dessus de moi.
-Éclaire vers le haut. Le sabre suffit pour le reste.

Ils longèrent la paroi du vaisseau jusqu'à la porte d'accès. La puce de Jay fut détectée, et à nouveau les verrous claquèrent.

«C'est trop facile… Où est-ce maintenant ?»

-Baisse le levier ! Je te couvre !

Elle sentit la porte coulisser et la courte échelle d'accès tapa contre ses mollets.

-Monte ! Continue d'éclairer !

Un coup de gong retentit. La porte d'entrée venait d'être frappée à nouveau.

Le pillard passa à coté d'elle torche braquée vers le plafond. D'un seul coup, la brume apparut, d'abord amorphe comme un essaim, puis en un éclair, elle format un trident et fonça sur eux.

Jay comprit immédiatement. Elle cria à l'humanoïde :

-Tes yeux ! Couvre tes yeux !

Elle entendit la torche tomber au sol tandis qu'elle se couvrait le visage de sa main droite, la gauche manœuvrant le sabre en éventail.

La douleur envahit sa main, comme si on avait déployé un rideau rouge devant ses yeux. Elle la laissa en place et passa lentement la lame de lumière devant son visage. Elle sentit la chaleur rayonner, et la douleur devint plus sourde.

«Ça marche…»

Elle regarda prudemment par terre et vit la torche. Elle se baissa, la ramassa et vit alors l'état du dos de la main qui avait servi de bouclier. Une myriade de petites plaies saignaient doucement. Elle pouvait encore bouger les doigts, mais l'engourdissement commençait à peser sur son avant-bras.

«Faut pas traîner»

Elle grimpa l'échelle et vit le corps du Balosar allongé sur le plancher. Il avait couvert son visage de ses deux mains, et Jay put enfin observer ce qui les avait attaqués.

Cela tenait à la fois de la sangsue, de la méduse et de la feuille morte. On ne distinguait ni tête ni yeux, juste un corps aplati qui semblait respirer par une série d'orifices que l'on voyait se dilater en cadence.

Elle approcha la lame de lumière de la masse visqueuse qui semblait engourdie sur les deux mains du pillard.

«Elles digèrent…»

Les créatures se recroquevillèrent et tombèrent sur le plancher de la navette en grésillant.

Jay les balaya du pied pour les jeter au sol.

Encore un coup de bélier. Le container entier résonna comme une cloche.

Elle ferma la porte du sas et revint vers le Balosar qui n'avait toujours pas bougé. Elle posa ses doigts sur sa carotide.

«Evanoui… Il a tellement eu la trouille…»

Elle le tira vers la section de repos.

«Dans un sens, ça vaut mieux. Il aurait pu se mettre à tirer dans tous les sens…»

Une fois arrivée, elle sortit une paire de lunettes d'un casier d'équipement et l'enfila.

«D'autres parasites ont certainement pu rentrer»

Elle éteignit son sabre laser et coucha son compagnon dans un sarcophage qu'elle referma. Elle rejoignit ensuite le poste de pilotage et déverrouilla les commandes.

A peine s'était elle assise, qu'elle se souvint de son droïde. Elle activa son oreillette.

-Uriel, Uriel, tu me reçois ?

Aucune réponse.

Deux heures avant, elle avait calmement envisagé de le faire sauter lui et son vaisseau et maintenant elle lui parlait comme à un camarade. Elle se douta bien que le R-wing avait du être poussé hors de son domaine de vol et qu'il avait du s'écraser quelque part autour de la base.

-Uriel de major ! Tu en es où ?

Toujours rien. Même pas un grésillement ou une interférence.

«Pourquoi a-t'il fait ça ? Il devait préserver son vaisseau…»

Elle soupira. Il n'y avait plus rien à faire.

Elle reporta son attention sur le tableau de bord. Les propulseurs étaient maintenant tournants. Encore quelques minutes et elle ferait sauter les boulons explosifs du container, permettant au vaisseau de s'élancer vers le grand noir.

Même de l'intérieur de la navette, elle ressentit le choc. Il fut immédiatement suivi d'un vacarme métallique.

«La porte ! Elle vient de céder…»

Le poste de pilotage n'était éclairé que par les écrans du tableau de bord, aussi elle ne voyait quasiment rien au-dehors. Subitement une tâche apparut sur la glace frontale du cockpit, suivi d'une autre, puis d'une autre, encore et encore…

Les indicateurs passèrent au vert. Elle appuya sur l'interrupteur des boulons explosifs pour faire tomber la façade du container. Elle ne sentit rien.

La glace frontale du poste était maintenant complètement recouverte d'un grouillement visqueux.

Elle ne tourna même pas la tête vers les hublots, convaincue qu'il en serait de même.

«Elles vont tout bloquer ! Si je ne décolle pas maintenant, c'est fichu !»

Elle poussa les manettes des propulseurs et sentit le vaisseau vibrer. La navette décolla de cinquante centimètres, du moins c'est ce qu'elle estima.

Elle n'avait pas de temps à perdre. Dans un volume confiné, les propulseurs pouvaient s'étouffer ou le vaisseau entrer en collision contre les parois. Elle mit franchement la puissance et poussa le manche en avant. Par acquis de conscience, elle appuya encore une fois sur le déclenchement des boulons explosifs.

Toujours rien. De toute façon, il fallait sortir de là, quoi qu'il puisse en coûter. Le vaisseau commença à avancer.

Soudain la navette heurta durement la porte du container. Sa tête partit en avant et elle aurait été immédiatement assommée si elle n'avait pas été sanglée au siège. Heureusement des années de pilotage lui avait donné des reflexes conditionné, et elle s'était attaché dès qu'elle s'était assise aux commandes, sans vraiment s'en rendre compte.

«Je manque d'élan ! En arrière vite !»

Mais avant d'inverser la propulsion, elle actionna encore une fois les charges d'ouverture, et miracle ! Sentit une onde de choc sur sa droite.

«Une partie a du péter !» se dit-elle. «Ça va me faciliter la tâche !»

Au lieu de reculer elle mit plein gaz en avant. La perspective de repartir en arrière totalement en aveugle ne l'enchantait guère.

Le vaisseau avança et elle sentit à nouveau un grand choc tandis que les sangles de son harnais rentrait dans ses clavicules. Puis, d'un seul coup l'écran visqueux qui lui bouchait la vue se déchira et la lumière rosâtre du crépuscule de Mimbres lui apparut.

Elle poussa un profond soupir. «Libre ! Ça a passé !»

Elle continua d'abord plein gaz au ras des toits de la base, puis tira doucement sur le manche pour prendre de l'altitude. Les hublots étaient maintenant complètement dégagés. Il ne restait plus rien du cauchemar qu'elle avait vécu.

Soudain, elle aperçut un mouvement au bord de son champ visuel. Elle tourna la tête et vit alors apparaître trois méduses qui volaient doucement dans l'habitacle. Elle passa immédiatement en pilotage automatique et saisit son sabre laser sans l'allumer.

Les parasites passèrent doucement à coté d'elle et allèrent lentement se placer dans un coin de la vitre frontale.

«Elles ne semblent plus agressives…»

«Il en faut peut-être un certain nombre pour qu'elles deviennent dangereuses»

Sans bien savoir pourquoi, elle décida de leur accorder un sursit.

Elle jeta un regard à sa main droite, gonflée et couverte de cicatrices. Dans l'action elle avait oublié la douleur, mais celle-ci revenait maintenant par vagues lentes.

«Il va falloir soigner ça» pensa-t-elle, «Et m'occuper aussi de mon pillard»

Elle programma le pilote automatique et quitta le poste, non sans jeter un dernier coup d'œil aux trois méduses qui semblaient se repaitre du spectacle que leur offrait la baie du vaisseau.


Retournée à la section de repos, elle ouvrit le placard de l'infirmerie et sortit d'abord un diagnostiqueur sanguin. Elle l'activa, effectua un prélèvement et déchiffra le rapport d'analyse. Ce qu'elle lut la rassura un peu. Les méduses étaient venimeuses, mais elle était bien en deçà de la dose létale. De plus, comme combattante impériale, elle avait été vaccinée contre la plupart des maladies de la galaxie.

Elle désinfecta et se posa des pansements.

«A mon équipier d'emprunt maintenant»

Elle s'approcha du sarcophage et l'ouvrit. Le Balosar était couché comme elle l'avait laissé, les yeux grands ouverts.

-Comment ça va ? demanda Jay.
-J'ai mal… Je ne peux plus bouger les mains.

Effectivement les deux mains étaient gonflées et violacées.

«Il a du en prendre plus que moi» pensa-t-elle.

Elle approcha le diagnostiqueur. Le pillard sursauta.

-Pas de panique ! C'est un analyseur sanguin. Il indiquera ce que tu as et quoi faire.

Jay fit un prélèvement et lut à nouveau l'écran. Elle ne s'était pas trompée, la dose de venin était plus élevée et une réaction allergique était en train de se déclarer. Le système préconisa un traitement que Jay alla chercher dans l'infirmerie. Elle ajouta une médication supplémentaire : un puissant sédatif qu'elle dosa pour environ six heures.

-Prends ! dit-elle en tendant le verre au pillard. Ça va te guérir.

L'humanoïde but goulument.

-Tu vas dormir maintenant. Ca te fera passer la douleur.
-Merci chef, répondit le pillard en refermant les yeux.

Quand elle revint de l'infirmerie après avoir rangé le matériel, le malade dormait à poings fermés. Ses deux antennes frontales s'étaient déployées et flottaient doucement au dessus de sa chevelure. Le sarcophage fut refermé. Elle ne savait pas si d'autres parasites rodaient encore dans le vaisseau et il était préférable d'éviter toute surinfection.

«Maintenant, le message !»

Jay retourna au poste de pilotage. Les trois méduses avaient disparu.

Elle s'assit sur le siège du pilote, sortit l'holocube de sa poche et l'activa.