Dvar, front est.
-Ah oui, il est bien ici. Vous le trouverez derrière la colline, il est de corvée de nettoyage.
-Corvée de nettoyage ?
-On a eu deux TP-TT bousillés. Il faut retirer les corps des équipages avant réparation…
-Hum… Et pourquoi a-t-il ramassé cette punition ?
-Il a voulu casser la gueule à son chef de section…
«Ça se présente bien !» pensa le sous-lieutenant Alan Kotec.
Et il se mit en route pour passer la colline.
Ses bottes s'enfonçaient dans la boue et en émergeait avec un bruit flasque de succion. Il passa la crête et buta sur l'odeur, mélange d'huile brulée et de décomposition organique.
Deux bipodes étaient un peu en contrebas, suspendus par des filins à des grues de campagne. La cabine de pilotage du premier était trouée comme une écumoire tandis que celle du second présentait d'évidentes traces d'incendie.
Un soldat de deuxième classe se tenait appuyé contre une patte du premier TP-TT, un body bag ouvert devant lui. En s'approchant de lui, Alan vit plusieurs death stick vides à ses pieds.
-T'es sous dope soldat ?
-Hein ?...
Le troufion tourna la tête sans même saluer et le sous-officier vit que c'était encore pire que ce qu'il avait imaginé. Il était là comme une coquille, mais tout le contenu était ailleurs. Son interlocuteur se concentra du plus qu'il put et finit par lui chuchoter :
-Officier… Faut ça pour tenir…
Alan ne répondit rien. A quoi bon ? Dans l'état ou il était rien ne pouvait l'atteindre.
Il sentit néanmoins son estomac se contracter un peu. Les rapports qu'il voyait passer, les rumeurs et ce qu'il venait de voir confirmaient que la drogue venait d'ouvrir un nouveau front sur Dvar.
«Le temps joue aussi contre nous…» pensa-il.
Il leva la tête et cria :
-Caporal Spade !
Un bref moment s'écoula, et il vit apparaitre une tête par l'écoutille latérale. L'apparition le dévisagea sans sympathie et finit par lui répondre d'une voix sèche :
-Qu'est-ce que tu me veux, sous-off de mes couilles ?
«Au moins, il n'est pas camé» se dit Alan.
-Le QG te donne une chance de reprendre ton ancienne affectation !
-Pourquoi ?
-Pour une mission spéciale.
-Ah ouais ? Déminage, sabotage, suicides divers et variés ?
-Si tu préfère ce que tu fais, ne te gêne pas !
Un silence éloquent lui répondit. La tête disparut un moment puis ressurgit.
-Attrape !
Alan vit quelque chose d'indistinct arriver vers lui. Il tendit le bras et saisit l'objet au vol.
C'était une main humaine sectionnée avant le poignet. Les deux os de l'avant-bras dépassaient de la chair comme deux stylets jaunâtres.
-Qu'est-ce que j'en fais ?
-Dans le sac à tes pieds !
Le sous-officier posa le débris dans le body-bag qui contenait déjà quelques fragments. Le soldat n'avait pas bougé. Du coin de l'œil, il vit descendre Spade en rappel.
L'ex-sergent atterrit devant lui. Il avait maigri, semblait fatigué, mais Alan vit à son regard qu'il n'avait pas été brisé par son châtiment. L'odeur qu'il dégageait était absolument infecte mais le sous-lieutenant ne recula pas et prit la parole.
-Il y a deux heures un message de maintenance est arrivé à l'atelier spatial de «Biem Hoa».
-Et alors ?
-Il provenait du R-Wing qui a été volé par Hawkers il y a trois jours.
-Hum… Et qu'est-ce qu'il disait ?
-C'était un message automatique. Un pré-crash.
-Connait pas.
-C'est quand un vaisseau est en perdition. Ça aide les services de sauvetage.
L'ex-sergent le toisa et haussa les épaules.
-Ça concerne le secours spatial. Y'a pas besoin d'un scout pour ça…
«Tu prêche le faux pour connaitre le vrai, mon salaud…» pensa Alan. Il abrégea :
-On a ordre de remettre la main sur cet officier impérial. C'est pour ça que le QG à pensé à toi.
-C'est où ?
-Sur Mimbres.
-Bizarre… C'est dans nos lignes depuis un mois. Je l'aurait plutôt vu regagner son camp dare-dare.
Le sous-lieutenant reprit la main.
-Bon. Alors… Tu acceptes la mission ?
Un silence, puis le dégradé parla :
-Contre un galon supplémentaire et l'effacement des charges sur mon dossier c'est oui.
Alan se raidit.
-Tu ne manques pas de culot !
-Vous avez besoin de moi pas vrai ?
-C'est bon, soupira le sous-officier. Prends tes affaires. Une navette nous attend.
Spade se tourna alors vers le soldat qui resté là et ailleurs à les écouter.
-Suis-moi. C'est assez pour aujourd'hui.
Ils remontèrent la crête suivis par le soldat zigzaguant.
-Qu'est-ce qu'il a fait, lui ? demanda Alan.
-Il a perdu les pédales au dernier assaut. Cinq hommes sont morts par sa faute.
-C'est sa première campagne ?
-Oui. Il s'est engagé il y a six mois.
-Pourquoi a-t-il fait ça ?
-Il devait sans doute penser que c'était du tout cuit…
Ils passèrent la crête en silence. A cent mètres de là une navette était posée propulseurs tournants.
Les deux hommes avancèrent vers la porte coulissante où un mitrailleur avalait une ration liquide les pieds ballants dans le vide.
Spade posa sa botte boueuse sur le marchepied et demanda à Alan :
-On va faire équipe ?
-Oui. Ton surnom c'est «chien de sang» n'est-ce-pas ? Je tiendrai la laisse.
-C'est pas pour toi que j'ai accepté. Je veux retrouver cette garce !
-Méfie-toi. Ce coup-ci, elle ne sera pas attachée…
L'ex-sergent le foudroya du regard et grimpa sans un mot dans le vaisseau.
Navette impériale. Haute atmosphère de Mimbres.
Un nuage scintillant apparut, prenant d'abord la forme d'un logo qu'elle ne reconnut pas. Une voix synthétique annonça :
-Message du conseil restreint !
Jay fronça les sourcils.
«Jamais entendu parler de ça…»
L'image disparut, remplacé par le visage de Bujac. Il était seul, debout dans une petite pièce sans fenêtres. Il se rapprocha et prit la parole :
-Major, si vous regardez ce message, c'est que nous avons du nous séparer. J'ai certainement du déjà vous apprendre que vous êtes en danger et que la menace est redoutable.
Une pause, puis la voix reprit :
-Ma mission était d'abord de vous protéger et ensuite de vous conduire en lieu sûr. Puisque je ne suis plus avec vous, vous allez devoir atteindre cet endroit par vos propres moyens.
-Il s'agit de la maison Ipavief près de la prison impériale de Dathomir. Vous frapperez à la porte et le mot de passe sera «Renaissance». On vous répondra «Pas encore» et vous entrerez. La suite ne me concerne plus mais vous serez en bonnes mains.
Une alarme se déclencha. Jay mit l'holocube en pause et fixa son attention sur l'écran central de la console.
«Un vaisseau vient de sortir d'hyperdrive… un républicain d'après son écho…»
Il ne fallait pas trainer. Elle dirigea la navette pour mettre la planète entre elle et le nouveau venu. C'était un pari un peu risqué.
«Si nous sommes à peu près de la même masse ça ira, les vitesse orbitales seront proches. Sinon…»
Sinon elle serait immanquablement détectée.
Elle programma les coordonnées de Dathomir sur le clavier de navigation. Et fit la grimace.
«Pas de route directe. Il faudra faire trois sauts.»
L'alarme résonna à nouveau et elle sentit la bouffée d'adrénaline.
«Le radar maintenant ! Il ne manquait plus que ça…»
Elle reporta son attention sur la détection et souffla un peu. Il ne s'agissait que de réflexions sur les deux lunes de la planète.
«Il s'est mis en orbite comme moi et va certainement atterrir. Plus le temps de réfléchir, il faut que je parte avant de passer au-dessus de lui…»
Elle déverrouilla le premier saut et se mit à guetter les trainées d'ionisations du vaisseau républicain.
«Il sera aveugle pendant la descente. Et c'est là ou je disparaitrai…»
Elle vit soudait la mince balafre rouge apparaitre dans son champ de vision. Le républicain entrait dans l'atmosphère de Mimbres. La trace s'élargit et Jay aperçut devant elle le vaisseau ennemi descendre vers la planète.
Cela réveilla en elle l'instinct de la chasse.
«Le bon moment pour l'abattre… il ne se rendrait compte de rien…»
Mais la navette n'était pas armée, et quand bien même elle l'aurait été ça ne cadrait pas avec son ordre de mission.
«Adieu donc petit veinard…»
Et elle déclencha l'hyperdrive.
Nuba–class «Gontchard», périphérie planétaire de Dvar.
Yil était revenu du poste de pilotage.
-Ils viennent de répondre. Shi leur a envoyé nos coordonnées et ils seront là dans deux heures.
Loth lui répondit :
-Vous restez nos prisonniers… jusqu'à Dathomir.
Thérèsia n'approuva pas.
-Non Loth. Les contrebandiers sont des voyous et ils pourront nous piéger si nous ne sommes que deux. Je suis d'avis d'armer tout le monde.
-Bujac compris ? s'exclama le jedi.
-Oui.
-Tu es folle ! Il va nous tirer dans le dos à la première occasion !
-Je ne crois pas. Nous sommes en trêve jusqu'à Dathomir.
Elle avait répondu d'une voix assurée mais avait quand même l'impression de courir en plein brouillard.
Elle jeta un coup d'œil rapide au jedi défroqué.
«Il se sert de nous… ça va renforcer son histoire de force…»
Les ordres lui revinrent à l'esprit.
«Toute piste doit être exploitée sur le champ…»
Cela leva les doutes. Pour le moment.
Loth haussa les épaules et se dirigea au fond de la cabine. Il déverrouilla l'armurerie et en fit l'inventaire.
-Deux E11, deux DL18… Pas d'accus pour les E11.
Il sortit les deux fusils d'assaut et en vérifia la charge.
-Deux tiers… Il faudra viser juste en cas de coup dur, constata-il un peu désabusé.
Il se dit qu'à la prochaine mission il vérifierait lui-même les armes de bord.
«Tous ces spatiaux qui se battent le cul dans leurs sièges…» pensa-il brièvement. La vue du corps du pilote tassé contre la cloison lui fit regretter ces pensées. «Qui meurent aussi dans leurs sièges…» rectifia-t-il.
Bujac, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis son récit prit la parole.
-Quatre armes et nous sommes cinq prisonniers. Je passe mon tour.
-C'est exactement ce que j'allais faire ! répliqua Loth.
Thérèsia eut un geste d'impatience.
-Ok, distribue les armes et attendons nos invités.
Blom et Shi héritèrent des E11 tandis que Julius et Yil accrochaient les DL18 à leurs ceintures. Ceci fait, tout le monde reprit sa place en silence.
«Ou diable cela va nous mener ?» se dit la jedi.
Elle serra la poignée de son sabre et invoqua à nouveau la Force.
«Là, j'ai vraiment besoin de Toi…»
