Mimbres. Basse stratosphère.

La navette de liaison orbitait autour de la planète. Cai Seida, la pilote, se retourna vers les deux hommes attachés à l'arrière.

-J'entame la descente.
-Entendu, répondit Alan. Met-toi en écoute et fait d'abord une passe de reconnaissance.
-Merci de m'apprendre mon travail...

Alan soupira. Quel caractère de cochon ! «Aussi mignonne que teigneuse…» pensa-t-il.

Spade prit alors la parole sans y avoir été invité :

-J'ai consulté les données de la planète. Le signal vient des marécages.
-Et alors ? répondit la pilote.
-Et alors faudra pas traîner. Si Hawkers s'est crashée là-dedans il y a six heures, il ne doit déjà plus en rester grand-chose…
-Bouse ! Ça me ferait mal ! Je rêvais de lui refaire le portait à coup de tatane !
-Ça, c'est déjà fait, intervient Alan. Elle a été défigurée lors de sa mission.
-Bon, je lui casserai autre chose alors, conclut la pilote avec philosophie.

La navette descendit rapidement et se retrouva au-dessus des nuages. La voix du pilote claqua soudain :

-Je suis accrochée radar. J'identifie… unité mobile Tokol…
-C'est du matériel à nous ça… répondit Alan.
-Déclassé. Je me dirige sur la source.

La navette s'inclina et troua le banc de nuages. Les deux hommes, penchés aux hublots scrutaient le sol. Le shelter leur apparut, antennes tournantes, deux Skiffs du désert rafistolés garés à côté. Cail fit faire un cercle au vaisseau. Ils virent deux silhouettes sortir de l'abri et courir vers les véhicules.

-Fixe-les ! Ordonna Alan au pilote.

La navette vira sec, bousculant les deux observateurs. Cai fit feu juste devant les Skiffs. Les deux silhouettes bloquèrent net devant les gerbes de sable incandescent.

-Cai ! Pose-toi devant les Skiffs ! On va les interroger !

Le vaisseau vibra et commença à descendre, soulevant des nuages de sable.

«Pas terrible…» pensa le sous-lieutenant. «On va les perdre en visuel…»

Il entendit Spade lui dire.

-Détache-toi. Dès qu'on est posé, on ouvre et on saute.

Il s'adressa ensuite au pilote.

-Tu touche et tu repars aussitôt. Cercle au-dessus et si on y passe tire dans le tas !
-Bien reçu.
-On reste en contact avec le comlink.

La pilote annonça :

-Je suis à un mètre du sol ! Ouvrez et sautez !

Alan baissa le levier et sauta en aveugle. Il devina la silhouette des Skiffs légèrement sur sa droite et courut vers eux. Spade apparut dans son champ de vision. Le nuage de sable retomba aussi vite qu'il était apparu. Dans son dos, la navette remontait et se mit à cercler autour d'eux en dérapage, canons braqués vers le sol.

«Sacré bon pilote…» pensa Alan en un éclair.

Les deux humanoïdes qu'ils avaient vus par les hublots étaient toujours là, mains sur la tête.

«Pour l'instant, c'est facile…»

Spade s'approcha d'eux, DH-17 levé, bretelle tendue sous le coude d'appuis. Il les mit en joue et commença à les interroger :

-Il en reste à l'intérieur ?
-Non. On était là pour replier le matériel.

Alan, qui les avait rejoint reconnut un Balosar et un Skrilling. Il les fouilla et leur retira les blasters ainsi que deux poignards et une vibrolame. Il mit les armes en sécurité et les jeta dans le Skiff le plus proche.

-Passez devant ! On retourne au shelter ! Brailla le sergent-chef.

Devant la porte, Spade se plaça sur le côté et fit signe au Balosar d'ouvrir. Les deux humanoïdes entrèrent suivi par Alan puis le sergent-chef.

Effectivement, la station était vide. Spade fit d'abord mettre les prisonniers à genoux mains sur la tête puis il activa son comlink.

-Bouse ! Ça passe pas !
-Je sors, répondit Alan.
-Dis-lui d'atterrir à côté des Skiffs. Mais qu'elle reste dans le vaisseau à monter la garde.

Le sous-lieutenant sortit et donna les instructions au pilote. La navette se posa, renouvelant un instant le nuage de sable. Cai apparut par l'ouverture du sas.

-Tu n'a rien vu de suspect de là-haut ? demanda Alan.
-Non. Rien à signaler.
-Bien. Je retourne à la station. Fait le guet.

Le pilote referma la trappe et ouvrit le panneau supérieur du cockpit. Elle le franchit et se mit à marcher sur le dos du fuselage.

-Je surveillerais d'ici.
-Tire tout de suite si tu vois quelque chose. J'y retourne.

Il franchit à nouveau la porte du shelter qu'il avait laissée ouverte. Spade avait fait mettre les deux prisonniers en railleur, toujours mains sur la tête. Il annonça à Alan :

-Ces deux cloches sont des pillards. Ils récupèrent les pièces et les générateurs pour les revendre au marché noir…
-Ont-ils vu un R-wing ?
-Oui. Ils l'ont vu passer au-dessus d'eux. Il se serait posé sur la base.
-Il y avait des gars à eux là-bas ?
-Quatre. Mais ils n'ont plus donné signe de vie. C'est pour ça qu'ils voulaient se tirer…

Le sergent-chef reprit l'interrogatoire.

-Vous êtes combien en tout ?
-On est treize, annonça le Balosar.
-Treize moins six, ça fait sept. Où sont-ils ?
-Au camp de base, à deux heures de Skiff d'ici.

Alan réfléchit un bref moment puis finit par dire :

-On en sait assez. On repart.
-Déjà ?
-Tu l'as dit toi-même, faut pas traîner.
-Et eux qu'est ce qu'on en fait ?

Spade regardait fixement les deux humanoïdes à terre et Alan eut l'impression de voir passer une brume rouge dans son regard.

-N'en rêve même pas. On va les ligoter pour être tranquille quelques heures.
-Tu sais ce qu'on fait d'habitude aux pillards… ?
-Oui. On n'est pas là pour ça. Le débat est clos.
-A vos ordres ! conclut Spade d'une voix goguenarde.

Il alla ensuite dans un casier à équipement et en sortit du câble avec lequel il entrava les deux prisonniers.

-Avec la dentition d'un Skilling, ça ne va pas les retenir longtemps…
-Qu'ils fichent le camp, ça n'a aucune importance, répondit le sous-officier.

Ceci fait, ils sortirent et se dirigèrent vers le vaisseau. Cai redescendit à son poste.

-Alors on va où ?
-Direction la base, répondit Alan. Ils ont vu le R-wing s'y diriger.
-C'est parti !

Les propulseurs furent redémarrés et la navette se mit à survoler la mangrove. Les deux hommes surveillaient le sol par le sas resté ouvert. Enfin la base surgit. Cai fit un large virage et ils purent observer leur objectif. Spade fronça les sourcils :

-Il s'est passé pas mal de choses ici !

Effectivement, un hangar avait été éventré, sa façade tordue gisant sur le sol. Cai annonça de son côté :

-Il y a des traces d'atterrissage dans cette zone ! Le R-wing s'est posé là !

Alan lui répondit :

-Pose-toi à côté !

Sans un mot, le pilote effectua la manœuvre et la navette atterrit dans le champ d'herbe haute.

Ils s'apprêtaient à descendre lorsque Spade demanda à Cai :

-Tu es armée ?
-Mon blaster individuel.
-Où est-il ? Je ne le vois pas à ta ceinture.
-Dans le casier à équipement.
-Tu te fous de moi ? Sort-le et retire les sécurités. On ne sait pas ce qui peut traîner ici.
-Bon, bon… répondit la pilote d'une voix un peu sèche.
-On reste en contact, précisa Alan. Appelle si tu vois quelque chose et tient-toi prête à décoller en urgence si besoin.
-Compris.
-On y va ! conclut Spade en mettant pied à terre.

Il examina le sol autour des traces que Cai avait remarqué.

-C'est elle. Seule.
-On suit, répondit sobrement Alan.

Ils traversèrent rapidement la prairie rase en suivant la trace qu'avait laissée Jay quelques heures auparavant. Ils arrivèrent ensuite à l'angle du premier bâtiment préfabriqué et sentirent l'odeur.

-On va voir, dit Spade en levant son arme.

Ils marchèrent en se couvrant mutuellement vers le bungalow et entrèrent. Comme Jay l'avait fait, ils en explorèrent les pièces et entrèrent dans celle qui contenait les débris organiques. Pas incommodé du tout, le scout s'agenouilla devant les restes et trempa deux doigts dans la flaque, au grand dégout d'Alan.

«Comment peut-il toucher ça ?»

Spade renifla ses doigts souillés.

-Rhonaes… finit-il par dire.
-Hein ?
-La «brume de la mort». Des microphages qui vivent en bande dans les marécages.
-Comment tu connais ça ?
-Avant, j'étais guide de chasse…
-Sur quelle planète ?
-C'est pas le moment. Si je me rappelle bien, ces animaux sont nocturnes et on a environ deux heures devant nous.

Alan jeta un coup d'œil circulaire. Par où aller ? Spade trancha pour lui.

-D'abord le hangar.

Ils s'engagèrent à bon rythme dans l'allée principale. Le sergent-chef observait le sol et se releva étonné :

-Il y a deux traces !

Il se baissa et examina les empreintes avec plus d'attention :

-Une, c'est Hawkers, les semelles sont identiques. L'autre je ne sais pas. C'est plus petit…
-Elle avait un point de rencontre peut-être… hasarda Alan.

Spade haussa les épaules et se remit en marche. Ils arrivèrent en silence au silo éventré.

-Bon, l'oiseau est parti. Constata Alan.
-Ouais. Et manifestement c'était précipité.

Ils entrèrent dans ce qui restait du hangar. Alan fut frappé par l'odeur.

-C'est quoi ça ? Ça pue l'infection !
-Ouais. Y'avait d'autres invités. Les Rhonaes. Y devait en avoir un sacré banc…

Ils observèrent le sol et les parois.

-Elle a mis la gomme sans ouvrir le container…

Ils sortirent du hangar et se placèrent devant. La façade, tordue, tenait encore un peu du côté de la porte d'entrée.

-Normalement ça devait s'ouvrir par des boulons explosifs. Ça a fonctionné, mais partiellement…

Spade s'approcha de la porte et du bloc d'ouverture.

-N'y touche pas ! lui ordonna Alan.
-C'est pas piégé…
-Non, mais on a toutes les données biologiques de Jay Hawkers, répondit Alan en sortant un bio-analyseur de sa poche de poitrine. Ça devrait parler…

Il approcha le boitier du clavier et déclencha le scanner. Un faisceau rougeâtre balaya la surface.

-Bingo ! C'était bien elle.
-De toute façon, sans puce impériale pas question d'entrer…

Alan ne répondit rien, regardant dans le vague. Soudain son regard fut attiré par un objet au sol à demi masqué par les restes de la façade.

-Un blaster !

Spade tourna la tête, vit l'objet et dit :

-Un modèle compact. Je suis sûr que c'est celui du R-wing.

Il poussa l'objet du pied pour le faire sortir des tôles tordues.

-Il est grillé. Elle a du tirer comme une cinglée…

Alan approcha l'analyseur, mais tourna négativement la tête.

-Rien d'exploitable. Tout est cramé.

Spade reprit la parole.

-Bon, elle est venue, elle est partie. On n'en saura pas plus. Maintenant on se tire.
-Ok.

A cet instant le comlink s'activa. Alan prit la ligne.

-J'ai capté un message de détresse ! Sur la bande F.
-Bien reçu Cai. On arrive.

Dix minutes plus tard, ils arrivèrent à la navette. La pilote les attendait avec une impatience non dissimulée.

-J'ai retrouvé le R-wing !
-Comment ? demanda Alan.
-J'ai balayé les fréquences de maintenance. Ça à fini par bipper sur la bande structurale.
-Pas vraiment bon, ça…
-Non, mais au moins j'ai un cap. Il n'y a quasiment pas d'atténuation, ça doit être tout près.
-On y va, et tout de suite ! Intervint Spade. Ça va devenir dangereux de rester.
-Pourquoi donc ? répondit Cai en se mettant aux commandes.

Alan lui raconta ce qu'ils avaient vu. Le vaisseau décolla.