Navette de secours impériale, en trajectoire d'hyperdrive.

Jay vit défiler les étoiles en raies lumineuses. Cela dura environ deux minutes, puis les traits redevinrent des points. Le premier saut était terminé. Elle fit le point et constata une légère déviation.

«Les horloges ont du dériver… Il est vrai que je n'ai pas vraiment eu le temps de peaufiner la check-list» pensa-t-elle et se rappelant son décollage.

C'était ennuyeux mais gérable. Il suffisait de décaler les points d'arrivée des sauts suivants. Elle allait introduire les nouvelles coordonnées dans la console de navigation lorsque son regard balaya machinalement les cadrans du tableau de bord. Et s'arrêta net devant les jauges de carburant.

«Comment ! Juste un quart ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?»

Elle vérifia fiévreusement l'historique de consommation, et se rendit compte que la navette avait été stockée avec à peine un demi-réservoir.

«Bon sang ! Le commandement a du considérer que ça suffisait pour retourner dans nos lignes…»

Elle passa sa main sur son front.

«Sacrée stratège… Avec le R-wing, ça fait belle lurette que je serai à Dathomir…»

Mais le temps n'était plus aux regrets. Elle se cala dans le siège et activa le calculateur de navigation. Juste à ce moment, les trois méduses réapparurent et virent se caler exactement à la même place sur la baie frontale. Jay les suivit du regard et bizarrement, cette apparition la détendit.

Le calculateur réfléchissait en silence. Enfin une liste de signes cabalistiques s'afficha. Elle déchiffra l'écran et comprit sans plaisir qu'elle n'avait guère le choix.

« Ca sera donc Daalang… ou rien »

Dans sa situation « rien » revenait à émettre un signal de détresse et à se mettre en sommeil en attendant un secours. Mais elle pouvait aussi bien être capturée à nouveau par les Républicains, tomber entre les griffes de pirates spatiaux ou mourir en silence, toutes énergies épuisées.

Encore une fois, elle programma la trajectoire en croisière économique vers la ceinture de Daalang.

« Il doit certainement y avoir une ceinture de confinement. Il ne faudra pas s'approcher trop près en automatique… »

Elle consulta son holomontre.

«Le Balosar en a encore pour six heures. Je vais faire comme lui. On avisera au réveil»

Et elle retourna dans le quartier des équipages pour se coucher dans un sarcophage, programma le réveil une demi-heure avant son compagnon, referma le couvercle et s'endormit instantanément.


Mimbres. Au-dessus des marécages.

Cai suivait le cap que lui avait donné son récepteur tandis que les deux hommes scrutait la mangrove de chaque coté de la carlingue. Il n'avait même pas parcouru un kilomètre que Spade s'écria :

-Visuel à deux heures !

Alan changea de côté et vit l'épave. Le R-wing avait percuté le marécage par l'arrière et reposait sur le dos, ailes bâbord plantées dans la vase. Il n'y avait pas traces d'incendie.

-Putain, ça fait mal… dit Cai d'une voix lugubre.
-Y'a quelque chose à récupérer ? demanda Alan. On n'a pas encore appris grand-chose…
-L'astroméch. On le trouve et on saura tout ce que Hawkers a fait.
-C'est où ce truc-la ? demanda Spade.
-Dans une nacelle derrière le poste de pilotage.
-C'est sous la flotte… et la nuit va bientôt tomber…
-Déplie le treuil, conclut Alan. Il faut y aller maintenant.

Il retourna dans la soute et prit un filet d'amarrage qu'il enroula en bandoulière.

Cai effectua la manœuvre. Le bras motorisé émergea de la porte bâbord. La navette descendit au ras des arbustes de la mangrove.

-C'est mal pavé, constata Spade. Il va falloir y aller doucement si on ne veut pas se faire empaler par une branche sous la flotte…
-Je passe le premier, répondit Alan en bouclant le mousqueton du harnais. Tu commanderas le treuil.

Et il franchit l'ouverture de la carlingue pour se retrouver suspendu à dix mètres de la surface de l'eau boueuse. Il fit signe au sergent-chef de laisser filer. « Heureusement qu'il n'y a pas de vent » pensa-il en regardant la surface approcher.

Spade vit son chef descendre et prendre pied sur une branche proche de l'épave, puis se déboucler et renvoyer le harnais. Il appuya sur la montée accélérée.

-J'y vais, dit-il à Cai en enfilant à son tour le harnais. Cercle autour de nous, et si tu vois de la brume se former appelle immédiatement.
-Bien reçu, répondit la pilote qui avait pris la commande du treuil.

Spade descendit, atterrit sur une branche parallèle à celle de son chef et se libéra. Le harnais remonta et la navette commença à cercler au-dessus de l'épave. Il vit qu'Alan avait déjà pris pied sur le fuselage renversé. Il était assis et retirait sa veste d'uniforme.

-Je vais voir en dessous. Prépare-toi. Si on veut ramener l'astroméch, on ne sera pas trop de deux.
-Compris.
Le sous-lieutenant se laissa glisser dans l'eau brunâtre et passa le bras au niveau du cockpit.
-C'est ouvert ! S'exclama-t-il un peu étonnée.
-Logique. On sait que Hawkers est partie par la navette.
-D'accord, mais ça veut dire que le vaisseau a décollé tout seul…

Alan prit une inspiration et disparut sous le fuselage. Spade s'enfonça à son tour dans l'eau boueuse. Il grommela.

-Au moins on a pied. Gaffe aux trous dans le tapis de racines…

Son chef émergea devant lui.

-J'ai fouillé à tâtons, et j'ai trouvé ça.

C'était le fusil à lunette de Jay. Le sergent-chef sursauta.

-Putain, c'est bien elle ! Je vais me faire un plaisir de le lui ramener !
-L'unité R2 est toujours en place. Je n'ai pas déclenché le déverrouillage, il faut d'abord placer le filet, sinon, elle risque de s'enfoncer dans la vase.
-Ok, mais on se grouille. Le crépuscule commence à tomber.
-Garde deux coins du filet. Je passe en-dessous et je remonte de l'autre côté

Alan prit une inspiration et disparut. Les deux sangles en main, Spade resta à coté de la carlingue. Un bref moment s'écoula, puis il entendit son chef émerger et jurer.

-Bouse, y'a pas de prise… J'accroche à une sonde et je remonte par les ailes…
-Fais, fais… répondit mécaniquement le sergent-chef trempant dans son jus.

La tête d'Alan apparut. Il marcha sur le dos du fuselage, se pencha pour décrocher les sangles du filet et l'interpella :

-Passe-moi tes bouts !

Le sergent-chef lui tendit les deux câbles. Alan les prit et les engagea dans les mousquetons.

-Bon, c'est fait. J'y retourne pour libérer le droïde.

Spade entendit le plongeon de l'autre côté de la carlingue. Il sentit un déclic et l'épave bougea de quelques centimètres.

Le sous-lieutenant émergea de son côté. Il monta sur le fuselage par l'avant, fourragea dans sa veste, sortit le comlink et appela le vaisseau.

-Cai, tu peux descendre. Laisse filer le treuil avec deux mousquetons.
-Bien reçu.

La surface de l'eau se rida sous le souffle des propulseurs. L'élingue apparut comme par miracle dans la main du sous-officier.

«Comment fait-elle ?» se demanda Spade. «Elle a des yeux au bout des pieds ou quoi ?»

Manilles en main Alan avait déjà replongé.

-C'est bon ! Remonte lentement, annonça le sous-officier par le comlink.
-Je fais.

Les câbles se tendirent et Alan détacha le filet. Les pieds du droïde émergèrent en premier car c'était là que le sous-lieutenant avait accroché le câble, puis le corps apparut et commença son ascension. Il avait l'air intact.

«Une bonne chose de faite» pensa le sergent-chef. «Après on s'arrache…»

L'élingue réapparut, avec le harnais cette fois.

-Vas-y, lui dit Alan.

Le sergent-chef s'équipa et remonta dans le vaisseau, fusil à la main. Cai fut un peu surprise de le voir ainsi équipé.

-Pourquoi tu ramène ça ?
-Un, ça peut servir et deux, ça appartient à celle qui a barboté ton vaisseau.

La pilote se rembrunit légèrement.

-Celle-là, elle ne perd rien pour attendre !
-J'ai été le premier lésé, j'ai priorité.

Cai haussa les épaules et commanda la descente du harnais.

-T'as rien vu ? Questionna Spade.
-Ça commence à se lever, mais c'est encore épars.

Alan prit pied à son tour sur le plancher de la carlingue. Cai retourna à son poste.

-Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
-On remonte en orbite et on voit ce qu'on peut tirer de ton droïde.
-Ça me va. C'est parti
-D'ici là, je passe prendre une douche.

Il regarda Spade dans son uniforme humide et vaseux.

-Ca ne te dérange pas ?

Le sergent-chef haussa les épaules.

-Bof, après les chars à racler…

Alan n'insista pas et partit vers le cabinet de toilette à l'arrière de la cabine.


Vaisseau amiral RSV115 «Emancipator», sas de service.

Ils étaient trois. Sven, un sergent de la sécurité intérieure et l'informaticien.

Sven portait l'armure de Death trooper qui venait d'être récupérée tandis que les deux autres, vêtus de pièces d'uniformes impériaux, enfilaient des combinaisons de sortie.

L'ex pilote de bombardier s'était porté volontaire, mais sa candidature avait surtout été retenue pour son gabarit. La taille de la combinaison excluait beaucoup de monde et elle devait être parfaitement portée pour donner le change.

Le sergent, que Sven ne connaissait pas, fermait sa tenue en silence. C'était un spécialiste du close combat et son rôle était de protéger l'informaticien. A n'importe quel prix.

Enfin, ils furent prêts à sortir. Sven actionna la pressurisation. Un armurier qui avait déjà récupéré ce genre d'équipement avait rechargé la réserve d'oxygène et lui avait expliqué comment s'en servir. Il sentit les articulations se raidir un peu et soupira. Pour l'instant tout allait bien.

Ses deux camarades levèrent le pouce. On pouvait y aller.

Après mûres réflexions, le sas de service avait été retenu. Il ne servait qu'aux escales pour évacuer les débits de désinfection des soutes et pour cette raison n'était pas instrumenté. C'était indispensable, car la discrétion était la première condition de réussite de cette mission.

Le Death trooper improvisé éteignit l'éclairage et baissa le levier d'ouverture. La porte coulissa. Il ne sentit pas l'air partir dans l'espace, les pièces de son armure étouffaient ses perceptions.

Le grand noir leur apparut, sombre et vide.

«Il n'a jamais aussi bien mérité son nom…» pensa brièvement le pilote.

Il fit un signe à ses deux compagnons, et ils quittèrent la masse rassurante du vaisseau.

La première étape de la mission venait de commencer. Il fallait sortir et remonter le château jusqu'au dessus de la plateforme de commandement sans se faire repérer.

«C'est exactement le trajet qu'ils ont emprunté pour nous attaquer» se dit Sven.

«Reste à faire aussi bien qu'eux…»

Ils escaladèrent la paroi semée de place en place de tuyaux, antennes et autres échangeurs. Il était en tête, l'informaticien au milieu et le sergent en arrière-garde. Tous se plaquaient le plus possible à la paroi au cas ou un système de détection aurait été mis en place.

Le surplomb de la baie du poste de commandement se rapprocha.

«Ça se présente bien…»

Il coupa la liaison avec ses deux camarades et alluma le comlink impérial. Il n'entendit rien, seules quelques interférences grésillèrent.

La baie était maintenant cinq mètres au-dessus d'eux.

«Il faut la contourner. Il ne manquerait plus que d'être aperçu de la passerelle…»

Il fit signe à ses deux suiveurs de le suivre sous le surplomb.

Il allait couper le comlink lorsque subitement un sifflement modulé résonna dans son casque. Il hésita un instant, intrigué, puis repris son ascension.

Le sifflement monta dans les aigus en augmentant d'intensité.

«Qu'est-ce que ça veut dire ?»

Il avança encore d'un demi-mètre mais la douleur devint insupportable. A la surprise de ses deux compagnons il recula d'un mètre et leur fit signe de s'arrêter. Il bascula l'interrupteur de son casque. Par contraste, le silence absolu du grand noir lui parut presque accueillant.

Il allait repartir mais juste avant de donner le signal à ses camarades il scruta attentivement la paroi au-dessus de lui. Et il comprit.

«La mission est fichue avant même d'avoir commencée…» se dit-il sans joie.