Mimbres. Navette républicaine en orbite basse.
Après une amicale pression du pilote, le sergent-chef avait fini par aller à la douche. Le vaisseau avait mis en pilotage automatique et Alan et Cai préparait l'interrogatoire d'Uriel, le droïde récupéré. L'unité R2 avait été placée sur la table de la cabine tandis que la pilote préparait le matériel de diagnostic. Les branchements furent effectués et Cai mit les consoles sous tension.
-Ça se présente plutôt bien… dit-elle en regardant ses afficheurs. Il semble fonctionnel…
-Qu'est ce qu'il peut nous apprendre ? demanda Alan.
-Plein de choses. Ses échanges avec Hawkers, les routes empruntées, les simulations de navigations…
-Hum…
-Tant qu'elle pilotait le vaisseau, il a été à son image…
-D'accord. Je pense comprendre. Tu peux commencer ?
Elle s'éclaircit la voix et prit la parole.
-Lieutenant pilote de premier rang Cai Seida. Codes d'indentification : Thor Delta neuf-un-six. Liaison audio requise. Répondez.
Quelques secondes s'écoulèrent, puis le haut-parleur de la valise de test se mit à grésiller. Une voix masculine, douce et posée se fit entendre.
-Bonjour Cai.
La voix ajouta aussitôt:
-Je suis rassuré.
-Pourquoi ?
-Elle m'avait dit qu'elle ne t'avait pas tuée. Elle n'a pas menti.
Un peu désarçonnée, Cai répondit :
-Pourquoi m'aurait-elle tuée ?
-Elle portait ta combinaison.
-Comment savait-tu que ce n'était pas moi ?
-J'ai détecté sa puce impériale.
-Et qu'as-tu fait ?
-J'ai déclenché l'alarme, mais elle s'en est aperçue et l'a coupée.
-Et ensuite ?
-Elle a mis toute la puissance et a fait décoller mon vaisseau.
Juste à cet instant Spade revint de la douche, s'essuyant la tête. Il allait prendre la parole, mais Alan lui fit un geste explicite pour qu'il se taise. La discussion continuait.
-Uriel… Où est-t-elle allée ?
-Elle n'a navigué que pour arriver ici.
Le visage de Cai se crispa. Elle cria presque.
-Uriel… Tu me mens !
Elle continua :
-Pourquoi n'as-tu pas stoppé le vaisseau tout de suite ?
-Pourquoi n'as-tu pas largué des balises émettrices ?
-Pourquoi as-tu décollé tout seul ?
Quelques secondes s'écoulèrent, puis le droïde finit par répondre :
-Pour la sauver.
-Hein ?
-La base était envahie de microphages. J'ai décollé et je me suis servi des propulseurs pour les disperser.
-Et tu t'es écrasé à cause de ça…
-Oui.
-Pourquoi as-tu fait ça ?
-La «maille» m'en a donné l'ordre.
Alan sursauta. La «maille» était le nom du réseau par lequel les droïdes communiquaient. Certains disaient que ce n'était qu'une légende, d'autres y croyaient dur comme fer. C'était la première fois qu'il en entendait parler par un droïde même.
Cai se taisait, abasourdie. L'astromécano continua.
-Cai, tu as toujours été bonne avec moi. Tu respecte les machines…
-Uriel…
-Elle a laissé son oreillette sous tension quand elle est montée dans la navette impériale. J'ai entendu sa navigation, son vaisseau m'a parlé…
Le banc de test s'éteignit. Cai se précipita sur la console et tenta de rétablir la connexion.
-Bon sang ! Tout est alimenté pourtant !
Elle tapait nerveusement sur les claviers pendant que les deux hommes la regardaient faire. A la fin tout se ralluma,
-Uriel, tu me reçois ?
-Oui. Ils m'ont repéré, ils approchent, je n'en ai plus pour longtemps…
-Ou est-elle allée ?
-Dathomir. Mais elle n'y arrivera pas.
-Hein ? Pourquoi ?
-Le carburant. Pas assez…
La console s'éteignit à nouveau. Cai se précipita à nouveau, mais tout se remis sous tension sans qu'elle n'ait eu à faire un geste et ils entendirent claquer la voix :
-Ne vous mêlez pas de ça ! Fuyez ou mourez !
Car c'était une vraie voix, et non un message synthétique.
Le droïde grésilla et des gerbes d'étincelles jaillirent, suivie d'une épaisse fumée.
Spade empoigna le câble d'alimentation et l'arracha de la prise pendant qu'Alan se saisissait d'un extincteur. La pilote restait prostrée, comme statufiée par les évènements.
-Uriel…
Alan arrosait la carcasse noircie de l'astromécano et lui dit :
-Cai, il est mort…
La pilote baissa la tête sans répondre. Spade, le câble toujours en main s'exclama :
-C'est quoi ce bordel ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Ca veut dire que ce sera plus compliqué que prévu, lui dit Alan d'une voix sourde.
Vaisseau amiral RSV115 «Emancipator».
«Comment a-t-on pu passer à côté d'un truc pareil ?» C'est ce que se disait Sven en regardant au-dessus de lui. «Les impériaux ne sont pas des jambons. Il était évident qu'ils assureraient leurs arrières…»
Il fit signe au sergent de s'approcher et lui montra ce qu'il avait vu. L'autre hocha la tête et alluma son comlink.
-Ils ont tout piégé…
-Oui. Heureusement l'auto protection de ma combinaison s'est déclenchée, sinon on y passait.
Sven regardait les minuscules détonateurs des mines qui parsemaient la paroi du château. Aucune chance de passer.
-Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
C'était l'informaticien.
Sven réfléchit un instant puis finit par dire :
-On va leur rendre visite. Par la grande porte.
Ils contournèrent le château pour accéder au sas tribord. Sven vit les câbles des treuils qu'avaient adapté les impériaux pour atteindre plus facilement l'étage isolé.
«C'est par là qu'ils circulent… Ils ne seront pas surpris de nous voir arriver…»
Les câbles étaient immobiles. Sven regarda vers le bas et ne vit personne.
Il ne fallait plus traîner. Se faire surprendre par des impériaux à cet instant aurait été catastrophique. Il fit signe à ses deux camarades et ils se hâtèrent vers les panneaux cerclés jaune et vert.
Navette de secours impériale.
Le réveil se déclencha. Jay émergea brutalement. Son sommeil avait été agité, mais la voix ne s'était pas fait entendre.
«Il semble qu'on me fiche la paix. Pourvu que ça dure…»
Elle actionna l'ouverture de sa couchette et jeta un œil dans la direction du sarcophage ou était le Balosar. Celui-ci commençait à remuer. Elle se leva et alla le libérer. Elle vit que ses mains, bien qu'encore griffées avaient bien dégonflées. Il se leva et dit simplement :
-J'ai soif…
Jay lui fit signe de la suivre dans la section commune de la navette. Une fois arrivé, elle sortit une poche de désaltération d'un placard et la tendit au pillard.
-Assied-toi et bois. Ensuite on parlera.
Le Balosar tira la paille souple de la poche et commença à aspirer le liquide. Jay s'assit sur la table et le regarda faire sans dire un mot. Il reposa finalement la poche à demi vide sur la table.
-Comment t'appelles-tu ?
-Jaruch.
-C'est ton nom ?
-Oui. Mon prénom c'est Erg.
-Tu as déjà été condamné ?
-Oui. Pour trafic de drogue.
«J'aurais du m'en douter…» pensa Jay.
-Tu as purgé ta peine ?
-Un an à Kessel.
-Tu es recherché ?
-Non. Le commerce des pièces n'est pas interdit…
«Sous réserve de ne pas se faire prendre…»
-Voila la situation : On est en route pour Daalang.
-C'est le terminus ?
-Pas encore. On y passe pour ravitailler.
Elle avait réfléchi à la question avant de s'endormir. Fallait-il le garder ou s'en débarrasser le plus vite possible ? Ce qui l'avait décidé, c'est qu'un officier impérial défiguré et en tenue de vol n'avait aucune chance de passer inaperçu. Il serait donc son compagnon de voyage. Pour l'instant.
Soudain le Balosar sursauta.
-Attention ! Il y en a encore !
Elle tourna la tête et vit les trois méduses avancer lentement dans le poste.
-Pas de panique ! Elles ne sont plus agressives. Reste tranquille et tout ira bien.
Le pillard, un peu anxieux, suivit les corolles du regard.
-C'est tout ce qui reste ? Sûr ?
-Oui. Elles passent la plupart du temps à regarder par la baie.
Jay reprit le fil de la conversation.
-Je veux que tu t'occupe du ravitaillement une fois arrivé.
-Pas de problème.
-Il nous faut deux milles volumes standard. Minimum.
Erg sursauta à nouveau.
-Ça va coûter un max ! Où on va trouver le fric ?
-Je retirerai la somme d'un cybercash.
-Ah…
-Mais pour ça, il faut que tu me trouve d'abord des vêtements civils.
-Et je les paierai avec quoi ?
Jay regarda le Balosar en silence. «J'aurai peut-être mieux fait de le laisser dans le hangar…»
Elle se leva, ouvrit un placard et jeta sur la table un lot de ration de combat.
-Ce genre de truc est toujours recherché. Mets-les au clou et achète ensuite des fringues.
Elle ajouta :
-Avec capuche.
Erg hocha la tête.
-Dès qu'on a fait le plein, on repart.
-Où ?
-Tu n'as pas à le savoir. Mais ça ne sera pas un trou perdu.
Elle allait rejoindre le poste de pilotage, mais se retourna en passant le seuil de la section.
-Il y aura mille dataries pour toi à l'arrivée…
Les yeux du Balosar brillèrent de cupidité.
-Mais double-moi et tu regretteras le sort de tes potes sur Mimbres !
Mimbres. Navette républicaine en orbite basse.
La carcasse noircie du droïde gisait toujours sur la table.
Spade qui s'était assis sur la table au pied de l'astromech carbonisé prit la parole :
-Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ?
-On sait ou elle doit aller, répondit Alan. On n'a qu'à s'y rendre et l'attendre.
Cai haussa les épaules.
-On peut attendre longtemps. Elle n'a pas le carburant pour y arriver, ça on le sait.
-Tu peux calculer sa trajectoire ?
-Oui. Enfin la plus directe. Si elle a décidé de faire du tourisme avant…
Elle retourna au poste de pilotage pour activer le calculateur de navigation.
-Et pour la voix ? demanda Spade.
-Ça, c'est autre chose, répondit Alan.
-Mais quoi ? Quelque chose capable de tuer un droïde à distance !
-La «maille» est infiltrée…
Alan se tourna vers le poste.
-On a un astromech à bord ?
-Non. Ce n'est pas un vaisseau de combat, c'est intégré à la structure.
-On peut donc considérer que nous sommes invisibles ?
-Oui, tant que l'on n'est pas approché par un droïde. Si ça arrive, il pourra communiquer directement avec le vaisseau.
-On peut le bloquer ?
-En partie.
-Fais-le. Et il ne vaut mieux pas traîner.
Cai regarda l'écran se couvrir de signes ésotériques et dit :
-Navigation établie. Il faut trois sauts.
-On fait le premier et on active tous nos détecteurs. Si elle est vraiment en panne, elle sera contente de se faire repérer.
-C'est parti.
Elle chargea les coordonnées, orienta le vaisseau et déclencha l'hyperdrive.
Navette républicaine, sortie d'hyperdrive.
Les traits redevinrent des points et la navette s'immobilisa dans le grand noir. Tout de suite, la pilote scruta ses instruments.
-Pas d'échos. Il n'y a rien autour de nous.
-Des traces ? répondit Alan.
-J'active…
Un moment s'écoula en silence, rythmé par le cliquetis du clavier.
-Oui. Une. Propulseur ionique. C'est bien elle.
-Tu as une direction ?
-Je cherche…
Cai finit par relever la tête de son tableau de bord.
-J'ai un cap. Elle est partie en vitesse économique vers Daalang.
-C'est sous contrôle Hutt…
-Ouais, répondit Spade. Elle a plus de chance de se faire dépouiller que de refaire le plein…
Alan se gratta le menton, pensif.
-C'est neutre, donc pas de problème pour y atterrir. Mais on aura les mains liées, car les Hutt ne veulent pas d'histoires avec les belligérants.
-J'ai gardé quelques potes dans ces coins-là, répondit Spade. Je pourrai faire fonctionner mes réseaux…
-Pas bête… Mais elle te connait, alors évite de te faire repérer.
Le sergent-chef ne releva pas. Alan se tourna vers Cai, qui attendait les ordres :
-On y va.
-A quelle vitesse ? On la suit ou on part devant ?
Alan hésita encore :
-Combien d'avance aurons-nous sur elle ?
-Environ six heures.
«S'il lui arrive quelque chose en chemin, on ne pourra rien faire. D'un autre côté, si on la suit, on risque de se faire repérer…»
Il se décida.
-On part devant.
-Bon choix, intervint Spade. Ca me donne un peu de temps pour activer mes contacts.
Le vaisseau fut orienté et prit de la vitesse.
-Arrivée dans trois heures, annonça la pilote.
