Daalang, astroport ouest, navette impériale.

Cela faisait bientôt une demi-heure qu'Erg était parti. Pour tromper l'ennui, elle avait réglé le récepteur en mode scanner et écoutait distraitement les bribes de conversations. Elle apprit entre autre qu'un certain vaisseau «Goumrak» avait besoin d'une nouvelle turbopompe, que le centre logistique du secteur sud réclamait un dépanneur pour un droïde de manutention et enfin que la société «StarHutt» négociait l'envoi de containers sur Scarif, ce qui l'intrigua un peu.

«Scarif ? La planète a été rasée il y a sept ans. Qu'est ce qu'il peut bien y avoir à y envoyer ?»

Elle en était à ce point de sa réflexion lorsque le scanner bascula et qu'un grésillement modulé se fit entendre.

Elle sursauta, car elle connaissait bien cette mélodie pour l'avoir souvent entendue en opération.

«Du crypté… qui peut transmettre en code sur une planète neutre ?»

Elle alluma le radar d'écoute pour tenter de localiser la source, mais la musique s'était tue.


Le Balosar était environ cinquante mètres devant lui. Il marchait vite, sans se retourner. Alan le vit prendre un embranchement, puis encore un autre, pour arriver à un vaisseau, monter l'échelle télescopique et toquer au panneau du sas.

Il poussa un soupir de soulagement.

« Une navette impériale, les marquages ne font aucun doute »

Il prit un air indifférent et s'engagea dans une branche latérale. Le gibier était bien identifié maintenant, il lui suffisait de retourner à son poste de guet.


Jay était tellement concentrée sur ses écrans qu'elle sursauta lorsqu'elle entendit les coups sur la trappe.

«Le voila enfin… on va pouvoir passer aux choses sérieuses»

Erg entra un sac sur l'épaule, l'air content de lui.

-J'ai fait au mieux. Il y a un grand bazar juste après l'astroport et heureusement le Hutt qui le tenait était habitué au troc.
-Tu as fourgué toutes les rations ?
-Non. Il m'en reste deux.

«Il faudra aussi ravitailler…» pensa-t-elle. «En hyperdrive ça ne sera pas long, mais il peut y avoir des attentes orbitales».

Il avait parlé en vidant son sac sur la table de navigation et Jay put voir ce qu'il avait ramené.

Elle dut reconnaitre qu'il avait eu la main heureuse. Les vêtements étaient usagés, mais propres et de bonne qualité. De plus leurs teintes, gris et marron, étaient discrètes et le manteau long comportait une large capuche.

-Pas mal… dit-elle en tâtant le tissu.

Le Balosar sourit.

-Tu as repéré un cybercash ?
-Pas de problème, il y en a deux, juste après le hall.
-Et le carburant ?
-Ça, je ne sais pas. Je ne m'en suis pas occupé.

Jay pris les habits et se dirigea vers la cellule de repos.

-Bon, je m'habille et on sort ensemble. De toute façon, on ne peut pas traîner ici.

Erg approuva d'un geste de tête empressé. L'avertissement qu'il avait reçu avait eu le temps de faire son effet.


Elle sortit cinq minutes plus tard et jugea de l'effet qu'elle faisait en observant la réaction du Balosar. Celui-ci la fixait, passablement intrigué.

-Eh bien ! Ça change…
-N'oublie pas que je reste un officier.

Elle poursuivit :

-On sort. D'abord le carburant, une fois d'accord sur le prix je retirerai l'argent au bancolink. Ensuite un bref passage au magasin pour le ravitaillement et on repart. Je n'ai pas envie de moisir ici.
-Moi non plus…

Elle ouvrit le sas, fit sortir Erg, puis referma la porte et la verrouilla avec sa puce. Ils se mirent en route en suivant le même chemin que celui emprunté par le Balosar une heure plus tôt.


Alan avait traversé encore une fois le grand hall pour retourner à la terrasse de la cafétéria ou il avait laissé sa limacette s'éventer. Cette fois-ci il en but une longue rasade.

Ceci fait il rappela Cai, qui décrocha tout de suite.

-Alan, j'ai pu sortir, c'est Spade qui m'a demandé d'ouvrir...

La voix était fatiguée, comme après une grande peur ou un accident. Bien qu'elle n'eu pas respecté sa consigne, il ne lui en fit pas reproche. Elle continua :

-Ils étaient trois et ont essayé de s'emparer du vaisseau. Mais ils sont morts, tous morts maintenant...
-Et Spade ?
-Il est blessé. Je vous le passe.

Il y eu quelques bruits, puis la voix du sergent :

-Trois joyeux drilles qui ont essayé de me la faire à l'envers. C'était pas une bonne idée.
-Ils ont amené le container ?
-Oui, peut-être comme leurre, peut-être pas. C'est scellé.
-Et toi ? Comment ça va ?
-J'ai pris quatre impacts de blaster dans la cuirasse, grand merci aux fournisseurs de notre bonne République…
-Y'a que ça ?
-Non, le dernier avait une hololame. La crevette est en train de me recoudre.
-La crevette ? C'est sur ta bouche que je vais mettre les agrafes !

« Bon, ça ne vas pas si mal que ça » pensa Alan.

Il leur résuma la situation de son côté, en omettant pudiquement ses aventures chez les NBS.

-Voila le plan : décollez et venez me rejoindre au secteur ouest. Dès qu'elle a ravitaillé et qu'elle est hors visuel, on décolle à notre tour et on lui colle au train. Compris ?
-Ouais, j'espère que les limaces vont gober ça...
-Dit-leur qu'on a besoin de compléter notre plein. De toute façon le compteur tourne et du moment qu'ils nous voient déguerpir...
-OK, on y va comme ça.

Cai reprit le comlink :

-Et les corps ? Qu'est-ce qu'on en fait ?
-On ne peut pas les larguer là, intervint le sergent. Pour le coup, les Hutt vont vraiment s'énerver...
-Tu veux dire qu'on va les trimbaler avec nous ?
-On les balancera dans le grand noir dès qu'on aura passé les contrôles.
-J'espère bien que tu nettoieras aussi la cabine. Il y en a jusqu'au plafond !

Alan entendit très nettement un soupir. Puis Spade à nouveau :

-Pas de problèmes ! Le lieutenant et moi, on te mettra le vaisseau plus propre que le jour de sa naissance !

« Le salopard... » Pensa Alan, tout en savourant le rétablissement à sa juste valeur. Il répliqua :

-Naturellement ! Les officiers doivent donner l'exemple, c'est bien connu !

Et sur ces fortes paroles, il raccrocha. Deux silhouettes venaient juste d'apparaitre au portail du grand hall.


Jay et Erg se dirigeaient vers la section technique qui occupait une branche latérale. Le magasin de la compagnie des carburants trônait en plein milieu du hall secondaire qui marquait la fin de l'allée. Elle entra et se dirigea directement vers le comptoir ou un technodroîde statique assurait l'accueil de la clientèle

-Cher client bonjour ! déclara celui-ci dans un basic un peu trop chantant.
-Bonjour, répondit Jay. Je viens chez vous pour compléter mes soutes.
-Vous ne pouvez pas mieux tomber ! Pour quel type de vaisseau ?
-Une navette impériale classe Zébulon.

Le visage synthétique du droïde s'assombrit légèrement.

-Je vois… du Cox de qualité militaire… Nous en avons très peu…
-Il m'en faut deux mille Standard.

Là, l'écran qui servait de visage au robot vira au cramoisi.

-C'est quasiment tout notre stock ! Le cartel Hutt veut que nous conservions une réserve stratégique…

Jay réfléchit quelques secondes. Et décida.

-Quel est votre tarif ?
-Le cours actuel est de quarante sept dataries le milliStandard.
-Je suis pressée. Je vous en donne cinquante. Pour deux milles.

Le droïde se tut. Elle continua :

-De toutes façons, vous savez bien que vous pouvez facilement en raffiner sur place. Le cartel n'y verra que du feu…

Le droïde garda un moment le silence, puis le visage passa au vert.

-Ok pour cinquante cinq. Quel est votre emplacement ?
-Le Z09. Quand pouvez-vous commencer le remplissage ?
-Dans une demi-heure, le temps de brancher les cuves.
-Entendu. Une moitié au comptoir, le solde au pied du vaisseau après contrôle de la qualité. Correct ?
-C'est d'accord. Ca vous fera 120.000 dataries avec les taxes.

« Ces chères taxes ! » pensa-elle fugitivement. «Les contrebandiers font décidément d'excellents douaniers… »

-Veuillez régler maintenant l'acompte…

L'écran-visage du droïde s'effaça brusquement pour faire place à un terminal bancaire. Jay y insrivit la somme et authentifia la transaction par son holocube. La face reparut aussitôt.

-Merci beaucoup. Nos employés se présenteront à votre vaisseau dans un quart d'heure.

Elle se retourna vers Erg.

-On retourne chercher l'argent. Je t'en donnerai mille pour le ravitaillement. Tu me rejoindras au vaisseau.

Ils sortirent ensemble du magasin pour retourner vers le hall ou se situaient les terminaux bancaires. Comme le lui avait dit Erg, il y en avait bien deux, situés quasiment face à face. Elle fut incapable de lire l'enseigne de la première, mais l'autre affichait fièrement les trois lettres connues de toute la galaxie : CFN.

Elle se dirigea donc vers celui-ci, sortit l'holocube et le présenta devant l'écran. Au début, rien ne se produisit, puis l'écran finit par se réveiller et un personnage holographique apparut. Il fit une révérence et une voix synthétique étrangement semblable à celle du technodroîde résonna :

-Bonjour honorable cliente masquée ! Qu'est ce que l'établissement que je représente peut faire pour vous ?
-Un retrait en espèce.
-Bien sûr ! Pour quel montant ?
-70.000 dataries.

Là encore, la figurine vira à l'écarlate, mais la voix resta la même.

-Bien entendu. Possédez-vous les codes d'identification de votre compte ?

Jay sortit à nouveau son holocube et le présenta devant le lecteur. Quelques secondes s'écoulèrent puis l'hologramme reprit la parole d'un ton légèrement différent, un peu obséquieux.

-C'est parfait. Tout est en règle. Veuillez poser votre main sur la surface pour authentification.

Jay sentit son estomac se contracter. Personne ne lui avait jamais demandé ses empreintes pour ouvrir quelque compte que ce soit. Il fallait néanmoins le faire, ses moindres réactions étant épies et évaluées par les capteurs du terminal. Elle tendit la main sans hésiter et la posa sur la surface sensible.

A son grand étonnement, celle-ci vira aussitôt au vert.

-Il s'agit d'une prise initiale de votre empreinte, précisa la machine. Elle nous servira à authentifier vos futures transactions.

Elle poussa un soupir de soulagement en se maudissant de sa nervosité.

« Je tourne paranoïaque » pensa-elle en se détendant un peu tandis que les fines feuilles de plastique métallisées sortaient de la machine sous le regard fasciné d'Erg.

Enfin, lorsque le dernier billet fut émis, l'apparition reprit la parole :

-Chère cliente, la caisse que je représente est très heureuse de vous avoir servi. Nous vous recommandons cependant la plus grande prudence au vu de la somme retirée.
-Je vous remercie pour votre prestation et vos conseils et vous recommanderai sans réserve, répondit Jay.

L'homoncule fit une révérence compliquée et disparut tandis que les écrans et lumières du terminal s'éteignaient. Jay prit deux billets de la liasse et les donna au Balosar.

-Pour le ravitaillement. Pas de fantaisies, ou alors une seule. Et pas d'alcool ou de drogues. C'est clair ?
-Bien noté.

Elle leva les yeux vers l'afficheur du hall.

-Ils seront au vaisseau dans cinq minutes. Je vais les rejoindre pour contrôler l'avitaillement. Tu as environ une demi-heure devant toi.
-J'y vais tout de suite.

Il tourna les talons et partit sans se retourner. Jay mit le restant de la liasse dans une des poches intérieures de son manteau et franchit le portillon pour rejoindre son vaisseau.


Destroyer capturé «Emancipator», salle de conférence.

Isse était en fureur et cela se voyait. Les centurions des Death Trooper qui le connaissaient bien essayaient de se faire le plus transparent possible en espérant que la foudre s'abatte sur le voisin. Pour l'instant la parole était au chef de l'escouade qui avait neutralisé le commando républicain :

-Commandant, nous les avons poursuivi après qu'ils aient fait sauter le sas, et les avons empêchés d'émettre par notre tir de saturation…
-Continuez.
-Nous avons pu éliminer tous les membres du commando sauf un qui portait une combinaison de Death Trooper capturée.
-Vous avez pu récupérer leur matériel de transmission ?
-Non commandant. Il a été dispersé dans l'espace lors de l'engagement.
-C'est vous qui avez donné l'ordre d'utiliser un BB-23 ?
-Oui commandant. Nous étions bloqués par celui qui portait l'armure capturée, et la consigne était d'interdire les transmissions…
-Et c'est réussi ! Explosa le commandant des Death Trooper. Tellement réussi que nous n'avons plus de radar de navigation car il a sauté avec l'antenne !

Le soldat, regardant fixement devant lui, laissa passer l'orage. Répliquer ou essayer de se justifier aurait été la pire des erreurs à commettre. Isse conclut d'un ton rogue :

-Vous pouvez disposer. La sanction vous sera communiquée par votre chef de section.

Le chef de l'escouade salua et sortit de la pièce. Le commandant se tourna vers un des centurions.

-Qu'est ce que ça donne en bas ?
-Rien à signaler. Ils doivent attendre, comme nous.
-Ils savent déjà. Les détonations ont résonné dans toute la structure.
-Ça ne leur dit pas que leur mission a réussie.
-Qu'il y ait eu deux explosions leur laisse un espoir. Une seule aurait été un échec.

Le centurion ne trouva rien à répondre. Isse reprit la parole :

-Retournez à vos postes. Rien ne doit bouger jusqu'à ce que les réparations soient effectuées.

La salle se vida en silence. Isse s'apprêtait à sortir pour se rendre à la passerelle lorsque Crebs entra. Il était impassible, mais le commandant sentit immédiatement que les nouvelles n'étaient pas bonnes.

-Le message est passé.
-Et on sait ce qu'il contient ?
-Oh que oui ! Il est très court, quinze secondes, et il donne nos coordonnées complètes !

Isse sursauta.

-En clair ? Ils ont émis en clair ?
-Ils étaient acculés. Ils ont joué leur va-tout.
-Et comment ont-ils pu faire le point ?
-Les chiffres sont corrects.
-Hum… nous les avons sous-estimés.

Un silence, puis Isse reprit la parole :

-Où est l'amiral ?
-Sur la passerelle, il discute avec la navigation.
-Allons le rejoindre, il n'y a rien d'autre à faire.

Ils sortirent.