Destroyer capturé «Emancipator», passerelle de commandement.
Jed, toujours consigné contre la baie, avait très bien ressenti l'ébranlement provoqué par l'explosion du sas. Les alarmes de décompression avaient immédiatement retenti et il avait entendu les impériaux se précipiter dans le couloir pour colmater les fuites tandis que les opérateurs aux consoles, le premier mouvement de surprise passé, restaient placidement devant leurs consoles. Une période plus tranquille avait succédé, puis une seconde vibration, plus atténuée avait à nouveau secoué le vaisseau. Quelques écrans s'étaient éteints et n'avaient pas été rallumés depuis. Le calme se rétablit encore un long moment puis quatre Death trooper entrèrent dans la salle en portant un de leurs.
Ils le couchèrent sur le plancher et un infirmier, ramené par un membre de la troupe, retira le masque de la combinaison. De là ou il se trouvait, Jed ne pouvait voir le visage du blessé, mais il remarqua que les soldats restaient sur leur garde. Celui qui semblait être le chef s'adressa à l'ambulancier:
-Qu'est-ce que ça donne ?
-Il va revenir à lui. La combinaison l'a protégé.
-Grouille-toi. On a des questions à lui poser.
L'infirmier sortit un petit injecteur de sa trousse et fit une piqure au cou du blessé.
-Ça devrait accélérer les choses.
Le Death Trooper qui commandait, un sergent d'après ses marques, dit alors aux trois soldats:
-Retirez-lui son armure.
Jed, de plus en plus intrigué, entendit le claquement des verrous. Les composants furent entassés au pied de la passerelle et il vit à son grand étonnement que l'homme qui commençait à reprendre ses esprits portait un uniforme républicain. Le sergent se baissa, l'empoigna par le col et se mit à le secouer sans ménagement :
-Espèce de salopard ! Tu l'as eu comment cette combinaison ? Tu sais ce qu'on fait à des types comme toi !
Il allait le frapper de son poing fermé lorsqu'un ordre bref claqua :
-Repos sergent ! Exécution !
Le sous-officier, reconnaissant la voix de son commandant, arrêta immédiatement son geste et laissa retomber Sven à terre.
Isse s'approcha, accompagné de Crebs.
-Si tu l'assomme à coup de poing, il ne t'apprendra pas grand-chose…
-C'est un franc-tireur, on peut en faire ce qu'on veut !
-Calme-toi. Tu étais de l'escouade qui les a neutralisés ?
-Non Commandant. J'ai été appelé en appuis et j'ai dirigé le nettoyage.
-Alors si quelqu'un doit le tuer, ça ne sera pas toi.
Le commandant, toujours accompagné du représentant du haut conseil impérial s'approcha de Sven qui s'était assis en se massant le cou.
-C'était bien joué. Tes camarades sont morts mais pas pour rien.
Il s'adressa encore une fois au sergent.
-A qui appartenait l'armure ?
-Guiv Pellets, de la troisième section. Porté disparu lors de l'assaut des ateliers.
Il revint à Sven.
-Où l'avez-vous trouvé ?
-Il était à l'extérieur du vaisseau, accroché à des antennes.
-Qu'avez-vous fait du corps ?
-Il a été rendu au grand noir avec nos propres pertes.
«Unis au combat, unis dans la mort» pensa Crebs.
-Tu es pilote ? Demanda Isse en voyant l'insigne sur la veste du prisonnier.
-Oui. C'est moi qui vous ai bombardé quand on vous poursuivait.
Un pesant silence s'installa, puis le commandant tourna la tête vers Jed.
-Bon. Tu vas rejoindre ton pote le scorpion. On verra plus tard quoi faire de toi.
Il fit signe aux soldats de l'emmener à côté du lieutenant, puis se tourna vers Crebs :
-L'amiral maintenant.
Ils montèrent sur la passerelle. Louchké était à la table de navigation avec les officiers. Il leva la tête en voyant les deux arrivants et dit :
-Une équipe est sur le toit pour voir ce qui peut être sauvé.
-Qu'est-ce qui a été touché ? demanda Crebs.
-La navigation de proximité. On a multiplié par dix notre cercle d'incertitude.
Isse prit la parole :
-On pourra quand même aller à Wayland ?
-Pas directement. Il faudra s'en écarter pour ne pas entrer en collision et faire le reste du trajet à vitesse conventionnelle.
-Pour combien de temps ?
-Ils sont en train de le calculer, répondit Louchké en se tournant vers les officiers navigants. Je dirai au moins deux jours.
«Et autant de chances d'être intercepté…», pensa Crebs. Il prit la parole :
-On repartira quand ?
-Ça dépend. Si on peut réparer, on le fera, quitte à rester un peu plus longtemps. Sinon, on conservera le plan initial.
-C'est-à-dire dans huit heures maintenant…
-Et pour le message ?
-La détection est en alerte. Rien à signaler pour le moment.
-Tant qu'on n'a pas les réps sur le dos, ça pourra aller...
À ce moment, un des officiers navigateur se racla la gorge. L'amiral tourna la tête vers le perturbateur.
-Oui, Earl ?
-En vérité, ce ne sont pas les républicains notre problème immédiat…
-C'est-à-dire ? Demanda Crebs.
-Nous sommes dans une région complètement inconnue. Ça peut grouiller de pirates ou pire encore…
Isse s'exclama :
-Ils n'oseront quand même pas se frotter à un croiseur stellaire !
-C'est à souhaiter, répondit le navigateur. Mais nous avons des traces de combats et ils ont un sixième sens pour flairer les bêtes blessées.
-Vous êtes bien affirmatif.
-J'ai bourlingué dans des zones proches. Personne ne voulait naviguer ici.
Un lourd silence descendit sur la passerelle, finalement rompu par Crebs.
-De toutes façon, nous n'y pouvons rien. Nous serons prêts, c'est tout ce qu'i faire.
Il ajouta :
-Je redescends au hangar voir comment ça se passe. Tenez-moi au courant si quelque chose arrive.
-Entendu, répondit l'amiral. Nous vous passerons un appel sur le circuit interne.
Sven s'était assis en silence, dos à la baie, à coté de Jed. Le Death Trooper qui l'avait empoigné lui jeta un regard sans équivoque et lui murmura:
-Tu ne perds rien pour attendre…
Il fit signe aux deux autres soldats et ils partirent rejoindre le reste de la troupe au pied de la passerelle.
Le lieutenant lui demanda à voix basse :
-Alors comme ça, c'est vous qui avez fait tout péter ?
-C'était pas le plan initial…
-Je m'en doutais un peu.
Sven lui raconta alors son équipée avec ses deux compagnons.
-Compte tenu des circonstances, vous avez fait au mieux.
-On ne pouvait pas rester à attendre comme du bétail à l'abattoir.
-Diane a pu vous rejoindre ?
-Oui. Elle nous a raconté votre excursion avec les blessés. Vous avez fait un sacré boulot.
-Rectification : nous avons fait. C'est une sacrée bonne femme.
Un silence passa, puis Jed reprit :
-Comment va l'amiral ? Il doit être dans un sacré état…
Sven sursauta et lui répondit :
-L'amiral ? Il n'est pas avec nous ! Il était resté sur la passerelle avec Ashrod !
-La colonelle a quitté le vaisseau. Je l'ai vu entrer dans le sas des nacelles de survie.
-Elle devait certainement assurer ses arrières.
-Oui, sans doute. Elle était blessée.
-Ah bon ? Diane ne nous l'a pas dit.
-Elle n'a pas eu le temps de la voir. Ça s'est passé trop vite.
-J'espère qu'ils ont pu être récupérés.
-Ouais…
Jed repensa aux larges trainées de sang qui menaient au sas qu'avait emprunté Youlia. Elle avait peut-être été sauvée, mais dans quel état ? Il soupira et garda ces questions pour lui.
Cargo mixte «Corellian's Shipper XXI», en route vers Tholatin.
Loth ne dormait pas. Bujac non plus.
Les autres, Thérèsia incluse, avaient sombré au bout d'une petite demi-heure. Bizarrement personne ne ronflait, et un silence de catacombe régnait dans ce qui leur servait de cabine.
Yil était passé neutraliser la porte, ce qui ne lui avait pris que dix minutes. « Je me suis bien rôdé sur le premier » commenta-il sobrement. On avait pensé à lui signaler le graffiti et il retira la trappe.
-C'est le faisceau de commande du verrou !
-C'est pour faire la même chose que toi ? demanda Shi.
-En moins bien ! Ça permet juste de sortir, et il y aura un affichage du défaut au poste !
Il souleva les câbles d'un air dédaigneux.
-Tout ça pour ça…
Le couvercle fut donc revissé et Yil repartit dans ses quartiers. Dix minutes après, un membre d'équipage leur apporta le repas, à base de rations de combat impériales périmées. Même l'eau des berlingots avait pris un goût saumâtre.
-C'est pas possible, grommela Blom, elles doivent dater de la guerre des clones !
Julius, qui avait attentivement inspecté les emballages finit par dire :
-Au moins elles n'ont pas l'air trafiquées…
-De toutes façons je mangerai après mon tour de garde, ajouta Yil.
Et ils se mirent en place pour passer la nuit.
Dans l'autre cabine, Loth avait lui aussi passé son tour pour le repas. Il avait mis l'éclairage en veilleuse et repris sa position, en tailleur face à la porte, tournant le dos à Bujac. Le temps passa, et celui-ci finit par lui dire :
-Tu crois que le danger arrive toujours de face ?
-Je ne te crains pas, où que tu sois, répliqua Loth sans tourner la tête.
-Qui a été ton maitre ?
-Solange Ansaldo. Et toi, comment n'as-tu plus été jedi ?
-De toute façon, tu as déjà ton avis n'est-ce-pas ?
-Oui. Mais j'aimerai l'entendre de ta bouche.
Il y eu une pause, puis Bujac reprit.
-Combien de combats as-tu remporté ?
-Tous.
-Et pourquoi d'après toi ?
-Parce que la Force me guide.
-Non, tu te trompe. Elle ne te guide pas, elle t'habite.
Loth se retourna d'un bloc.
-Foutaises !
-Pourquoi Yoda est-il considéré comme le plus grands des jedi ?
-Ne m'embrouille pas !
-Parce qu'il n'est pas humain. Comme la Force.
Un lourd silence s'établit. Les deux hommes se toisèrent, Loth frémissant, Bujac toujours allongé sur son matelas, dos au mur, complètement immobile. Mais l'orage n'éclatât pas, pas encore, et l'ex jedi finit par dire :
-Tu m'as demandé comment j'ai cessé d'être un jedi n'est-ce pas ?
-Oui, il me semble.
-En fait, je le suis toujours resté. J'ai simplement laissé faire.
-Boucle-la !
Loth se remis face à la porte, sortit ses sabres laser sans les allumer, les contempla fixement et dit :
-Je ne veux plus t'entendre. Ouvre encore une fois la bouche et je te tue.
Rien ne lui répondit. Thérèsia, qui avait été réveillée lorsque Loth avait fait face à Bujac, avait tout écouté mais resta immobile sur son matelas.
Le reste de la nuit standard se passa sans encombre.
Destroyer capturé «Emancipator», poste de pilotage.
-Debout !
L'ordre venait d'être donné par un Death trooper, un officier que Jed et Sven n'avaient encore jamais rencontré. Les deux prisonniers se levèrent en silence.
-Rembraillez-vous ! Vous allez être présentés à l'amiral !
Jed et Sven rentrèrent chemises et défroissèrent vestes.
-C'est mieux ! A peine…
-Il veut nous faire défiler ou quoi ? murmura Sven à l'oreille de son compagnon.
Le Death trooper ne releva pas et se retournant, leur ordonna :
-Suivez-moi.
Et ils montèrent l'escalier qui menait à la passerelle de commandement sous le regard intrigué des autres impériaux.
La décision avait été prise dix minutes auparavant. Cela avait commencé par un appel de la console de détection dont l'opérateur avait signalé une quinzaine de spots. Le temps de pointer les détecteurs pour préciser la nature de la menace, les quinze étaient devenus quarante. Les agrandissements effectués révélaient une flotte de petits vaisseaux disparates, depuis l'antique navette datant d'avant la guerre des clones jusqu'à des structures organiques totalement inconnues. Leur nombre s'accroissait de minutes en minutes, et, plus inquiétant encore, la multitude qui était en train d'éclore enveloppait complètement le destroyer.
Voyant cela, l'amiral donna ses ordres : le représentant impérial Crebs devait être informé de la situation et prendre toutes les dispositions nécessaire pour les hangars et les parties basses du vaisseau. Isse, quand à lui, rappelait les équipes de réparation qui travaillaient toujours sur l'antenne détériorée et établissait un état de toutes les armes et munitions restantes. Enfin, les deux prisonniers devaient immédiatement lui être amenés pour un motif qu'il ne précisa pas tout de suite.
Le deux républicains arrivèrent à la passerelle et s'arrêtèrent sur un signe du Death Trooper. Celui-ci salua Louchké en déclarant :
-Amiral, les deux prisonniers sont à votre disposition !
Isse était présent et le congédia d'un petit signe de tête. Le Death Trooper recula en silence.
Jed et Sven saluèrent du mieux qu'ils purent. Le commandant s'adressa directement à Jed :
-Scorpion, tu te souviens peut-être de ce que je t'ai dit lorsque nous t'avons capturé. Que tu pourrais nous servir d'émissaire. Nous y sommes. Des pirates nous encerclent et dans moins d'une heure ils seront au contact.
-Vous ne pouvez pas repartir ?
-Pas encore. Il y aurait trop de risque de collision stellaire.
L'amiral prit alors la parole :
-Voici notre offre : cessation des hostilités le temps de repousser ces pirates.
-Et après ?
-Il y aura négociation avec vos supérieurs. Mais si nous sommes battus, plus rien n'aura de sens.
Après un bref silence, Isse reprit :
-La situation tactique est la suivante : il faut pouvoir pointer les tourelles pour les tenir à distance. Pour celles où ce n'est plus possible, des artilleurs doivent être envoyés aux postes de tir. Enfin, nous devons déployer des patrouilles en surface pour refouler tout abordage.
Sven intervint :
-Qu'est ce qui nous dit que vous tiendrez parole après l'engagement ?
-Rien. Mais si nous nous battons chacun de notre côté, nous sommes sûrs de perdre.
Louchké conclut :
-Il n'y a pas de temps à perdre. Vous allez être conduit à l'ascenseur principal que nous venons de déverrouiller. Contactez vos chefs et donnez-nous votre réponse le plus vite possible. Impériaux ou républicains, les pirates ne feront pas de différence.
Isse rappela le Death Trooper :
-Conduit-les.
Celui-ci fit signe aux deux prisonniers et ils descendirent de la passerelle.
La cage d'ascenseur était grande ouverte, encadrée par deux soldats. Elle portait sur ses parois les traces des combats et son éclairage était hors service. Jed et Sven se retrouvèrent dans le noir complet lorsque les portes se refermèrent.
«Pourvu que l'étage n'ait pas été piégé !» pensa brièvement Jed lorsque la cabine se mit en mouvement.
