Navette de secours impériale, aux limites du système de Daalang.

Erg avait vidé son sac sur la table et Jay en contemplait le contenu. Il avait respecté le contrat, et la seule fantaisie qu'il s'était permis était une barquette de larves de Mulblatt. Le reste se composait de végéviandes et de polyamidon de différents parfums dans leurs emballages étanches.

-Que s'est-il passé pour le carburant ? Demanda le Balosar.
-Rien. Juste quelqu'un qui voulait me parler.

Erg hocha la tête.

-Vous, quand c'est non, c'est non…

Elle sourit sous le masque.

-Et toi, tu n'as rien remarqué d'anormal ?
-Non. Juste cet appel quand j'ai traversé le hall…
-C'était quoi ?
-C'était bizarre… On demandait un certain Pharaon à l'emplacement K-04.
-Et alors ?
-Ben c'est tout. Mais le gars au micro avait l'air sacrément pressé…

Elle allait hausser les épaules mais quelque chose la retint. Elle répondit, peut-être pour se rassurer :

-Ce n'était pas notre emplacement. Peut-être une coïncidence…

Elle ajouta ;

-Blosion IV, ça te dit quelque chose ?
-Non. Jamais entendu parler de ce numéro.
-Et Blosion tout court alors ?
-C'est un petit clan Hutt. Ils ne sont pas dans la drogue, c'est tout ce que je sais.

« S'ils ne trafiquent pas, que font-ils alors ? » pensa Jay.

-Et les Siths, t'en as entendu parler ?

Erg haussa les épaules.

-Comme tout le monde. Mais je n'ai jamais eu affaire à eux. J'étais trop bas dans la hiérarchie.

Cette réponse étonna un peu Jay.

-Que veux-tu dire ?
-Je n'étais qu'un petit dealer. Mais il y avait des rumeurs…
-Lesquelles ?
-Il se disait que les gros caïds faisaient affaire avec eux.
-De la drogue ?
-Non. Plutôt du renseignement, du repérage...
-Pour des assassinats ?
-Je n'en sais rien. Les gars qui trempaient là-dedans étaient muets comme des carpes. Même à Kessel, ceux qui s'étaient fait serrer formaient un clan à part.

Elle reprit la main.

-Il reste deux sauts avant d'arriver.
-C'est où ?

Il n'y avait plus aucune raison de se taire, cela l'aurait inquiété. Et son expérience du commandement lui avait appris qu'un soldat inquiet pouvait devenir dangereux. Pour lui-même et pour les autres. Elle lâcha donc l'information.

-Dathomir. C'est la fin du voyage.
-Et c'est pour ça que vous êtes passée par Mimbres ? C'est pas la route la plus directe…
-On va dire que j'avais mes raisons. Et ça a peut-être mieux valu pour toi…
-Ouais…

Elle ajouta :

-Dès que nous serons arrivés, il faudra se séparer. Tu ne m'as jamais vu c'est clair ?
-Comment on fera à l'astroport ?

La réplique ne manquait pas de pertinence. Dathomir était en effet un centre important avec des contrôles certainement plus poussés qu'à Daalang. Jay se rendit compte qu'elle avait parlé peut-être un peu trop vite…

« Il aurait mieux valu le déposer sur un astrodrome périphérique… »

D'un autre côté, toute escale pouvait devenir dangereuse, Daalang l'avait prouvé. Il n'y avait pas de solution parfaite. Elle conclut :

-On verra sur place.

Elle se leva pour aller au poste de pilotage lorsqu'elle stoppa net. Ce fut tellement brutal qu'Erg lui-même s'en rendit compte.

-Ça va chef ?

Ce n'était pas la voix, c'était pire. Juste un rôdeur au seuil sa conscience, à l'affût dans le presque silence d'une respiration retenue.

« Il est là… Il m'a retrouvé… et il se met en route »

Sa pensée flamba de rage : « Viens… Et qu'on en finisse ! »

Elle resta encore crispée quelques instants, à guetter le moindre signe, puis cela disparut. Elle se retourna alors vers le Balosar muet et attentif.

-Oui, maintenant ça va… Je prépare la navigation, tu peux commencer à manger.

Cela avait été prononcé sur un ton tellement concentré qu'Erg ne trouva rien à répondre et ouvrit en silence la barquette de larves.


Navette Sith de classe Herald, système Endor

Le Cathar n'est guère émotif et Yom faisait plutôt honneur à son espèce. Cet état de fait était encore renforcé par son office : pilote et humanoïde de main d'un seigneur Sith. Néanmoins, il ne put s'empêcher de sursauter lorsque son maitre fit irruption dans le poste.

-Je l'ai retrouvée ! Tiens-toi prêt !
-Pour aller où, maître ?

La question avait fusé à peine la voix du Sith éteinte. Yom était vraiment un excellent Cathar. A tel point d'ailleurs qu'il releva la tension de son maître.

-Plein Est. Dans la Mid Rim.

Pour la seconde fois, il faillit bien sursauter.

« Mais on est quasiment à l'opposé ! Comment a-t'on put se planter à ce point ? » Pensa-il immédiatement. La question des consommables et du carburant lui vint ensuite à l'esprit, mais il se garda bien d'annoncer tout de go les mauvaises nouvelles. Cela devait être instillé au bon moment.

Comme s'il avait lu dans ses pensées Ergon lui ordonna :

-Fais-moi un plan de vol pour le secteur Bothan. Elle se déplace encore, mais cette fois-ci, je la tiens.

Le Cathar allait se mettra au travail lorsque le Sith lui demanda encore :

-Et Koba ? Ça en est où ?

Koba était le seul survivant des quatre téraplites qu'Ergon avait amené avec lui dans sa traque sur Dvar. Survivant étant un terme relatif d'ailleurs, car l'un de ses trois corps avait été tué lors des combats de cette mission qui s'était révélée un cuisant échec.

Yom choisit soigneusement ses mots.

-La barre de résurrection a gagné 2 points.
-Et elle est à combien ?

Le Cathar ne put s'empêcher de faire une légère grimace.

-A 27, maître. Mais les DD13 y travaillent…
-Met le paquet. On risque d'en avoir sacrément besoin.

Ça voulait dire : donne-leur tout ce dont ils ont besoin, énergie, gaz, fluides… et encore plus de problèmes de logistique à venir.

-Ça sera fait maître.

Le regard du Sith dériva vers la baie de la navette. Yom l'observa du coin de l'œil contempler le spectacle. Les vestiges de la bataille qui avait provoqué la chute de l'Empire trois ans auparavant s'étalaient devant eux. Compte tenu des forces de gravité, des millions d'années avaient à s'écouler avant qu'ils ne soient pulvérisés ou absorbés par les planètes et étoiles environnantes.

Certains débris étaient encore identifiables, Yom, qui avait combattu dans un corps franc au côté des impériaux avant d'entrer au service d'Ergon, reconnut ainsi plusieurs TIE, un A-wing et une frégate d'assaut républicaine. Certains vaisseaux avaient l'air presque intacts mais il ne fallait pas s'y tromper : les ferrailleurs de l'espace étaient passés depuis longtemps et tout n'était plus que carcasses froides.

Le Cathar finit par se dire que l'endroit n'était finalement pas si mal choisi : Ils étaient totalement masqués par les épaves et toute l'énergie pouvait aller aux droïdes médicaux.

Les yeux perdus dans le vague, le Sith finit par dire :

-Elle m'a détecté quand je l'ai retrouvée. Et j'ai senti ses griffes…

Une pause, puis il reprit :

-Elle monte en puissance…

Yom se tut. Il n'avait encore jamais vu son maître réagir de cette façon et cela l'inquiéta, bien plus encore qu'une attaque imminente. Ergon finit par se détourner de la baie et regagna sa cabine en disant :

-Je continue à la tracer. Il le faut…

Le Cathar retourna à ses écrans. Sur un afficheur annexe, il vit que les DD13 avaient encore gagné deux points. Les choses avançaient.

De toute façon, il était bien trop tard pour se poser des questions.


Navette de liaison républicaine « Bespin's Pride IX »

Alan passait l'éponge. Au sens strict du terme, d'ailleurs, car il essuyait à la lavette ionique les éclaboussures laissées par les agresseurs de Spade sur les parois de la cabine. De son coté, celui-ci avait étendu une bâche sur le plancher et y avait roulé les trois corps. Le sous-lieutenant put enfin les voir et reconnaitre leurs espèces.

Il y avait là deux Gamorréen et un Balosar.

Alan fut un peu surpris par la présence d'un Balosar. Ils étaient réputés pour tremper dans tous les trafics mais pas pour servir d'homme de main.

-Comment ça s'est passé ?

Spade, qui avait commencé à fouiller les cadavres en commençant par les deux Gamorréens, lui répondit :

-Les deux Gams portaient le container et le Balosar semblait diriger la manœuvre. Ils ont posé le colis et tout de suite après ils ont dégainé. C'est le vaisseau qu'ils voulaient, ils devaient penser qu'on n'était pas assez sûrs…
-C'est le Balosar qui avait la vibrolame ?
-Ouais. Il s'était planqué derrière le container quand j'ai descendu les deux phacochères.

Il palpait en expert les moindres recoins des vêtements et des corps. Cela intrigua Alan.

-Où t'as appris à faire ça ?
-À l'école de commando des LRSS. Le stage spécial interrogatoire et recueil.

Il ajouta :

-Nos instructeurs nous disaient qu'en s'y mettant bien même un cadavre pouvait devenir très bavard.
-Et qu'est-ce que ça donne ?
-Rien sur les Gams. Quelques amulettes rituelles, un peu d'argent liquide… Mais ça, je m'y attendais… Il faut toujours commencer par ceux qui ne savent rien. Pour l'échauffement…

Il ouvrit la chemise sanglante du Balosar.

-Celui-là, je j'ai gardé pour la fin.

Il sortit d'une poche intérieure un petit porte-carte un peu poisseux et le tendit à Alan.

-Tiens, regarde déjà ça.

C'était un bel objet en cuir de Moof noir avec des reflets bleutés. Alan s'en saisit, un peu intrigué.

-Ça a l'air de payer, la came sur Daalang…

Il fit tourner le petit verrou et une flopée de cartes se répandit au sol. Il poussa un juron bien senti et entreprit de ramasser les petits rectangles de Flimsiplast multicolores.

-C'était un sacré voyageur en tout cas…
-Et avec des petits secrets, ajouta Spade en souriant tout en découpant le col de la veste

Il en sortit une minuscule digiclé.

-C'est celle du container ? Demanda Alan.
-Je ne crois pas. C'est trop sécurisé. Certainement un coffre dans une banque…

Il remit un peu d'ordre dans la tenue du cadavre.

-Voilà, c'est fait. Bizarrement ils n'avaient pas de comlink…
-Sans doute pour ne pas être tracés.

Alan regarda la pièce, pas mécontent de lui. Il ne fallait pas regarder dans les moindres recoins, mais globalement tout avait été nettoyé. Il revint au container.

-Ça s'ouvre comment ?
-Ça ne s'ouvre pas. C'est scellé. On peut juste regarder par le judas de contrôle, là…
-Mais il est obstrué.
-J'ai déjà vu ce genre de truc… il doit y avoir une petite commande quelque part…

Il passa la main sur les arêtes renforcées et finit par trouver un minuscule interrupteur coulissant qu'il fit basculer. Le hublot s'ouvrit alors, un éclairage interne se déclencha et Alan put voir le contenu.

-Whow ! Il y a de quoi camer la moitié de la galaxie !

Spade regarda à son tour.

-Il y en a surtout pour un sacré paquet de pognon.

Pour gagner de la place les death sticks étaient rangés sur des râteliers en fil métallique au lieu des supports en plastique transparents habituellement employés. Il y en avait de toutes les couleurs, même de celles que n'avait jamais vu Alan. Il repensa au soldat au pied des TP-TT détruits sur Dvar et dit:

-Bon alors on balance ça avec les corps.

Spade sursauta.

-Who, who, who! On se calme, officier! On aura peut-être besoin d'acheter du monde à Dathomir…
-Mais toute cette saloperie…
-On ne refera pas la galaxie. Ça peut servir, sans compter qu'on va avoir Pharaon aux fesses maintenant.
-Hum…
-D'autant plus que c'est une prise de guerre…

Le sous-lieutenant du reconnaitre qu'il n'avait pas tort, avec tout de même un vague doute sur la sincérité des arguments.

«Il veut sans doute se constituer sa petite retraite… »

La voix de Cai résonna dans le poste.

-On est prêts pour le premier saut ! Vous avez largué les corps ?
-Pas encore ! On vient juste de terminer la fouille ! Réplica Alan en arrangeant un peu la vérité.

Ils portèrent les cadavres dans le sas, en faisant bien attention à ne pas refaire de nouvelles traces. Il n'y avait pas besoin de mettre de combinaisons, sauf accident les corps seraient éjectés dans le vide par la décompression. Le drapeau du sas passa au rouge et ils ressentirent le petit contrecoup de l'évacuation des gaz.

Les corps partirent comme prévu, et ils purent les voir dériver par le hublot.

-Bien, c'est fait, conclut Spade.

Il referma l'interrupteur du container tandis qu'Alan rangeait dans des sacs transparents ce qui avait été trouvé sur les corps. Le sous-lieutenant jeta un dernier coup d'œil à la digiclé.

« Qu'est-ce qu'un petit trafiquant peut bien conserver dans un coffre ? »

Il n'y avait pas de réponse immédiate, aussi la rangea-il avec le reste et alla ensuite au poste de pilotage dire à Cai qu'elle pouvait démarrer.