Frégate d'assaut républicaine «Hoth's Revenge II»

Les hommes réunis par Tero, l'officier sécurité de la frégate, étaient en train de terminer de s'équiper lorsque Klaus et Youlia se présentèrent devant la navette. Ils enfilèrent sans un mot leur combinaison de sortie spatiale. Les armuriers, qui avaient inspecté et retiré les sécurités des lasers des vaisseaux leur tendirent leurs armes, un DC-17 dans son étui de ceinture pour Youlia, un DC-15 avec un lance-grenade ajouté pour le sergent.

-Vous avez vérifié les accus ? Demanda-elle.

-Oui officier. Tout est chargé à bloc.

-Combien de grenades ?

-Cinquante détonateurs thermiques.

-Vous vous foutez de moi ? On part récupérer le croiseur, pas le démolir !

-C'était les ordres…

-Je les annule. Laissez-en vingt, et ramenez cinquante grenades assommantes.

-A vos ordres ! Conclut l'armurier en faisant signe à un de ses assistants.

Klaus avait mis son casque et grimpait dans la soute rejoindre les autres soldats. Tero, un peu à l'écart surveillait l'embarquement. Il s'approcha de Youlia et lui dit :

-Si vous nous dépouillez, on ne pourra plus se défendre…

-Ne vous inquiétez pas. On vous ramènera tout ce qui n'a pas pété.

-Ce n'est pas une réponse !

-Il faudra vous en contenter. Je vous conseille un rapport par la voie hiérarchique.

Exaspéré, l'officier tourna les talons et retourna vers le poste de commandement. Elle le regarda partir sans émotion tandis que l'armurier, qui avait assisté à la scène lui dit :

-Vous ne vous êtes pas fait un ami…

-Il a déjà combattu ?

-Non. Nous avons toujours été engagés en support spatial.

-Ça se voit.

Les grenades arrivaient. Le munitionnaire lui tendit le bordereau qu'elle signa et les caisses furent hissées dans la navette. Elle enfila ensuite son casque et monta à son tour. La soute était bondée et les soldats devaient se tenir debout en s'accrochant aux filets d'arrimage. Elle se faufila jusqu'au poste de commande où les deux pilotes programmaient la trajectoire.

-Ça dit quoi la navigation ?

-Du gâteau. Un seul saut et on sera directement à pied d'œuvre.

-C'est ça ! Et on sera directement repéré. Tu veux tâter du turbolaser ?

-Y'a que dalle dans cette région. Pas de système, pas de nébuleuse, rien. On ne pourra pas se cacher.

Elle réfléchit un court instant.

-Active les brouilleurs avant le saut.

-Mais ça va consommer un max !

-Tu préfère te faire shooter ?

-Non…

-Alors fais-le. Il y a d'autres vaisseaux avec nous ?

-Oui. La «Space Queen IV» a dépêché sa navette. Même équipage.

-Passe-leur la consigne.

Elle retourna briefer le commando. Au seuil de la soute elle observa rapidement les soldats que l'officier de sécurité lui avait attribués. Même si elle ne pouvait pas voir leurs grades, elle devina qu'il s'agissait principalement de nouvelles recrues peu aguerries.

« Ce fumier de Tero ! Il a quand même réussi à me rouler dans la farine… »

« Il va falloir les tenir sacrément serré… » Pensa-elle en prenant la parole :

-Notre mission principale : rejoindre le destroyer amiral pour renseigner la flotte. Mission secondaire : prêter assistance aux nôtres qui se battent encore. Des questions ?

Un caporal prit la parole.

-Si on est détecté, qu'est-ce qu'on fait ?

-On devra tenir le temps que la flotte arrive. Le destroyer doit être repris à tout prix.

Le soldat essaya de faire bonne figure, mais elle sentit son stress. Pour conserver leur attention elle enchaina tout de suite :

-Qui est le plus élevé en grade ?

Les soldats se regardèrent entre eux et comme elle l'avait prévu Klaus se désigna. Elle lui dit :

-Formez deux groupes, un sous vos ordres, l'autre sous mon commandement direct.

-A vos ordres.

-Et répartissez les artificiers.

Elle sentit alors la vibration des propulseurs à travers la structure et repartit au poste de pilotage. La procédure de sortie commençait. Le droïde d'accostage, ses bras lumineux déjà allumés faisait déjà signe aux pilotes d'orienter la navette face aux trappes de la soute.

Le copilote poussa les manettes et la navette avança en douceur. Le hangar sortit de leur champ visuel et ils se retrouvèrent dans le grand noir.

-La navette de la «Space Queen IV» est déjà sortie ? Demanda Youlia.

-Oui. Elle est à trente spatiomiles tribord, répondit le pilote.

-Dis-lui de passer à 100 à l'arrivée. Il ne faut pas qu'on arrive groupés.

-Deux cibles c'est mieux qu'une c'est ça ?

-C'est ça. Je vois que ça commence à rentrer…

Elle vit le sourire du pilote se refléter dans la baie.

-Et ferme tous les hublots. On se mettra d'abord en écoute radar.

-Entendu. On saute dans quinze secondes.

Elle se cala derrière les pilotes. Le temps s'écoula sur les afficheurs et le grand noir finit par se hacher de lignes de lumière.

Tholatin, près de la faille d'Esaü.

Le cargo s'immobilisa en douceur au-dessus d'un des emplacements du secteur vraquier. On commençait toujours par décharger le minerai avant de repartir vers la zone de fret. Cela allégeait les vaisseaux et facilitait les accostages.

Le capitaine en second était passé deux heures avant la descente atmosphérique et leur avait expliqué ce qui allait se passer. Enfin, lorsque les détails de la surface de la planète devinrent discernables, un marin vit les guider par les boyaux d'inspection jusqu'aux trappes de largage.

Le vacarme était insoutenable. Thérèsia marchait tête baissée juste derrière Bujac. Elle pensa brièvement à Blom :

« Comment fait-il avec sa taille ? Il doit racler de partout...»

Ils avaient laissé les combinaisons dans les cabines. En échange le capitaine leur avait procuré deux sacs de marins spatiaux qui s'étaient avérés précieux pour cacher les armes.

Enfin, ils arrivèrent tout en bas du vaisseau, dans le fond de cale, juste devant la soute. Un panneau avait été retiré et on pouvait voir le minerai chuter dans un nuage de poussière rougeâtre. Elle se rappela la consigne :

« Après la vidange, le vaisseau va s'immobiliser un bref moment au bord des fosses pour recevoir son bordereau de livraison. Cela servira au capitaine pour se faire payer. A ce moment-la vous sauterez sur le chemin de ronde. Avec la poussière personne ne vous verra. Vous descendrez immédiatement par les escaliers de service. Ne prenez ni les monte-charge ni les ascenseurs, vous serez immédiatement détectés. »

Il avait conclu : « Une fois arrivé en bas un speeder utilitaire viendra vous prendre pour vous conduire jusqu'à la zone de fret. Suivez bien les instructions du chauffeur. Ensuite vous disparaitrez »

Loth s'était placé le premier au bord de l'ouverture. Dès que le chef de quart lui fit le signe, il sauta sans la moindre hésitation, immédiatement suivi par le reste du groupe. Bujac était l'avant-dernier et Thérèsia ferma la marche.

Elle prit un court élan et sauta. La réception fut facile, la pesanteur sur Tholatin, quasiment égale à la pesanteur unifiée, dispensait de toute adaptation. La poussière, par contre, la saisit immédiatement et la fit tousser. Elle vit devant elle Bujac se dépêcher d'atteindre la cage d'escalier grillagée ou les autres commençaient déjà à descendre.

Elle l'atteignit à son tour. Le jedi renégat la précédait de quatre marches. Ils descendirent au moins une dizaine étages, puis l'escalier s'arrêta pour déboucher dans une espèce de petit hangar dont tout un côté était ouvert le long d'un chemin d'accès.

Thérèsia apprécia le calme relatif qui venait de s'établir. Elle essaya de s'épousseter, mais la poudre fine du minerai restait obstinément collée à ses vêtements. Elle se tourna vers ses compagnons et demanda à la cantonade :

-Quelqu'un est-il déjà venu sur cette planète ?

Pas de réponse. Elle avait pensé que, peut-être Yil, avec la réputation que lui faisaient ses camarades, y avait déjà traîné ses guêtres, mais non, ce n'était pas arrivé.

Une heure passa. Un deuxième vaisseau avait du décharger, car ils sentirent la vibration de la chute du minerai tandis que la poussière revenait en force.

« Au moins, tout le monde peut passer inaperçu » pensa Thérèsia pour se consoler. Elle avait renoncé à nettoyer ses vêtements, et contemplait d'un air morose la fine couche se reconstituer sur ses empreintes.

Le hangar était désert. Il devait servir à remiser des véhicules, mais manifestement tous étaient sortis. Loth guettait toujours, et soudain elle le vit faire un signe. Un bref moment s'écoula, puis une forme imposante s'encadra dans le côté ouvert du hangar.

« Enfin ! Quitter ce foutu endroit ! » Pensa-elle.

Loth vint la rejoindre.

-C'est bon. Je commençais à en avoir marre, d'autant plus que je n'ai aucune idée de la distance jusqu'à l'astroport.

« Tiens, c'est bizarre, c'est la première fois qu'on pense la même chose en même temps » se dit-elle.

Le conducteur ouvrit sa portière et descendit du véhicule. C'était un Vernol sans âge, qui flottait un peu dans une combinaison de travail crasseuse qui n'était pas à sa taille. Il reconnut immédiatement les deux jedi comme les chefs de la bande et leur annonça :

-Faut pas traîner. J'suis pas censé stopper ici.

Il ajouta :

-Vous êtes trop nombreux… Faites deux groupes, un voyagera dans la benne.

Loth et Thérèsia retinrent évidemment Bujac, puis Shi. Les trois autres comprirent que la benne allait être leur destin.

-Décidément, le trooper voyage toujours en soute, constata Blom.

-Tu viens pourtant que quitter une cabine, répondit Shi.

-Mouais… j'ai pas vraiment vu la différence, conclut le convict.

Le Vernol ouvrit la trappe arrière et les fit grimper.

-Vous serez les premiers à descendre, leur dit-il. Y'en aura pour une demi-heure.

Il referma le panneau et fit monter le reste du groupe dans la cabine.

-Montez sur la banquette arrière. J'ai tiré les rideaux, restez bien planqués.

Thérèsia se retrouva juste derrière le Vernol.

Le chauffeur activa la répulsion et le véhicule s'éleva de trente centimètres. Puis la propulsion fut enclenchée et le speeder sortit du hangar pour rejoindre la piste.

-Pourquoi doit-on se cacher ? Demanda-t-elle.

-On n'aime pas trop les étrangers en ce moment. Y'en a un peu trop qui arrivent…

-Des réfugiés ?

-Oui. Y'a plus que ça maintenant.

Il y eu une pause, puis il reprit :

-Je devais de l'argent au capitaine, c'est pour ça que j'vous ai pris. Vous n'allez pas m'attirer des ennuis au moins ?

-Ne vous en faites pas, on ne restera pas longtemps.

Le paysage défilait, plutôt désertique. De temps à autre une épave ou quelque détritus jalonnait la piste. Droit devant, la falaise qui barrait tout l'horizon semblait avoir été tranchée en plein milieu par une gigantesque charrue.

-C'est la faille ?

-Ouais ma p'tite dame. Certains l'appellent le cloaque. Pas les meilleurs, pour sûr.

-C'est là qu'on va ?

-Non. La zone de fret est un peu avant. C'est là que je dois vous déposer.

Au fur et à mesure qu'ils approchaient de la falaise, le décor changea. Des tentes apparurent, d'abord éparses, puis de plus en plus nombreuses jusqu'à former un mur de toile quasi continu des deux côtés de la piste.

-D'où viennent-ils ?

Le Vernol haussa les épaules.

-De toute la région… ça a pas mal chauffé dans le coin…

Thérèsia se souvint. La conquête de la voie Parlemian, de Kuat à Taanab, avait été très dure et le nettoyage des poches de résistance impériale avait provoqué la dévastation de centaine de planètes. La tactique de la flotte républicaine, le « Stellar jump », le saut de système en système, imposait de sécuriser méthodiquement chaque conquête avant de passer à la suivante.

-Et comment arrivent-ils ici ?

Le conducteur ricana.

-Ça c'est sûr, les passeurs se sont fait un max de blé ! Il y a de sacrés trésors dans les caves de la faille !

-Et que deviennent-ils ?

-Certains s'engagent, d'autres rentrent dans un gang… tout le reste, femmes, enfants, vieillards, mutilés, trafiquent ce qu'ils peuvent pour survivre…

Thérèsia était une combattante aguerrie, mais elle avait surtout fait du renseignement et des opérations d'infiltration. Elle n'avait encore jamais été confrontée avec ce que la guerre laissait sur son passage et cela la mit mal à l'aise.

« Ils regrettent peut-être l'Empire… Qu'ont-ils gagné avec nous ? »

La piste arriva à un carrefour et speeder tourna à droite. On longeait la falaise et les tentes avaient disparu. Loth prit alors la parole :

-Il y a beaucoup de vaisseaux en ce moment ?

-Ça reprend fort. Il y a plein de contrats de reconstruction, surtout les astroports…

La zone de fret apparut au loin. A cette distance, on ne voyait que les plus gros vaisseaux et l'entassement des containers autour des pistes. Ils se rapprochèrent rapidement et elle distingua mieux les détails.

Il s'agissait en fait plus d'un astrodrome de campagne que d'un véritable astroport. Les emplacements des vaisseaux se résumaient à un damier délimité par un mât à chaque coin. Il n'y avait pas non plus de plan de circulation et on pouvait apercevoir des traces de véhicules qui coupaient ou contournaient le quadrillage suivant l'humeur du chauffeur.

Quelques vaisseaux stationnaient de ci-de là et elle remarqua plusieurs speeder de charge qui attendaient pour prendre en charge les cargaisons.

-Où est la tour de contrôle ?

-Il n'y en a pas. Juste une cantina qui fait office de capitainerie.

-Pas de radar, pas d'attribution des emplacements ?

-Non, rien de tout cela. On se pose où il y a de la place.

Le conducteur se faufila entre les empilements de containers et stoppa devant un grand bâtiment de plain-pied.

-Pas de réfugiés ici ?

-Non. Le cartel leur a désigné des aires de disponibilité et ils ont interdiction d'en sortir.

« Des aires de disponibilité… quelle jolie expression pour des ghettos » pensa-t-elle.

Le Vernol descendit, longea la benne et appuya avec son pouce sur la surface de déverrouillage. La serrure claqua et il ouvrit le panneau arrière.

-Descendez, nous sommes arrivés.

Julius fut le premier à sortir suivi de Yil. Blom ferma la marche, un sac à chaque épaule, l'air un peu embrouillé. Il bailla et finit par dire :

-Dommage qu'on soit déjà arrivé, je dormais bien...

Thérèsia les rejoint avec le reste du groupe.

-Une cantina, on n'y passera pas les E11. Seules les armes courtes y sont tolérées.

-Et pas question de les lâcher. Les consignes ne sont pas sûres… ajouta Loth

La jedi réfléchit un court moment, puis lui répondit :

-Nous allons faire deux groupes. Toi et Shi vous entrez vous renseigner sur les départs, je reste avec les autres devant la cantina.

-Pourquoi je rentre avec lui ?

-C'est un pilote et il peut être utile. S'il faut attendre, demande aussi s'ils ont des chambres, je ne me vois pas camper au bord des pistes.

-Ok, on fait comme ça.

Yil donna son blaster à Shi pour qu'il puisse entrer armé. Celui-ci en boucla la ceinture sans un mot.

Les deux hommes écartèrent le rideau de lianes Khsyy qui barrait l'entrée et disparurent à la vue de Thérèsia. Yil dit alors :

-Je vais traîner un peu dans le secteur. Il y a peut-être des choses à apprendre.

Et il disparut à son tour en tournant à l'angle du bâtiment. Bujac regardait vaguement les pistes, Blom avait posé les sacs à ses pieds, Julius regardait le ciel ou un point lumineux perçait les nuages.

-Encore un vaisseau en approche, annonça-il.

Tous levèrent les yeux.

« C'est plutôt rassurant » pensa Thérèsia. « Plus il y a de trafic, moins nous allons stagner ici… »

La cantina était vaste et plutôt calme. Loth et Shi se dirigèrent directement vers le comptoir qui occupait le fond de la salle d'où le barman, une devaronienne plutôt âgée, les avait vus entrer sans émotion. Une fois qu'ils s'assirent sur les tabourets garnis de cuir rugueux d'Happabore, elle leur adressa la parole :

-Bonjour étrangers ! Que voulez-vous boire ?

Sans se concerter, comme s'ils avaient décidé de garder leurs esprits en éveil, Loth choisit un thé Bark et Shi un jus de Kavasa. La dévaronienne se tourna vers ses bouteilles pour préparer la commande tandis les deux hommes balayaient la salle du regard.

Il y avait peu de monde car on était au milieu de la matinée. Les inévitables joueurs de Sabacc occupaient une table octogonale un peu à l'écart tandis que quelques dockers spatiaux éclusaient leur Fozbeer entre deux embauches. Il n'y avait ni holosphère ni musique d'ambiance, mais un terminal bancaire de la CFN trônait fièrement dans un petit box près du comptoir.

« Ils sont vraiment partout… » Constata Shi un peu désabusé.

Le bruit des verres sur le comptoir leur fit tourner la tête.

-Voilà, c'est prêt, leur annonça leur hôtesse.

-Vous savez s'il y a des vaisseaux en partance pour Dathomir ? demanda Loth.

La dévaronienne passa ses doigts dans la fine fourrure de sa tête. Elle réfléchit un moment, puis finit par dire :

-Combien pouvez-vous payer ?

Loth fut un peu surpris par cette réponse, mais se rappelant l'ordre de grandeur du voyage précédent, il répondit :

-Cinq mille truguts par personne. Nous sommes sept.

Les yeux de la tenancière se plissèrent. « Elle doit faire la conversion… » Se dit Shi.

Les prunelles noires réapparurent et elle annonça :

-Six mille et ça pourra se faire.

« Vingt pour cent, ce doit être sa commission » pensa le pilote.

-Ok, quand peut-on partir ?

-Je dois me renseigner. Revenez au comptoir dans une heure.

Les deux hommes prirent leurs consommations et allèrent s'attabler dans un box.

-Faut peut-être aller prévenir les autres… hasarda Shi.

-Oui, vas-y, c'est une bonne idée. Mais qu'ils ne rentrent pas.

Le pilote se leva et sortit.

Thérèsia commençait à s'impatienter. Le zénith devait approcher, car elle sentait la chaleur monter du sable verdâtre. Pour ne pas trop se faire remarquer ils s'étaient placé contre un mur latéral, dangereusement près de ce qui devaient servir de poubelles à la cantina. « Heureusement qu'il n'y a pas de vent » pensa-elle.

Bujac, assis en tailleur entre deux containers dans une immobilité totale, à la fois incongru et éternel, semblait fixer un point au-delà de l'horizon. Ou peut-être plus loin encore. De temps à autre, un droïde de chargement tranchait le silence comme une comète sonore. A la fin, elle n'y tint plus.

-J'étais réveillée lorsque tu as parlé avec Loth dans la cabine. C'est vrai ce que tu as dit ?

Elle pensait qu'il allait continuer à se taire ou prendre le temps de la réflexion, mais la réponse fut immédiate, comme s'il s'attendait à la question :

-Oui, c'est comme ça que les choses se sont passées.

-Mais pourquoi ? Tu pouvais refuser, fuir, combattre…

-Il y a un temps pour chaque chose. Un temps pour…

-C'est bon, celle-là je l'ai déjà entendue ! On peut tout justifier avec ça !

Là, il y eu une pause.

-La Force reste intacte, car elle est immuable. Mais ses canaux ont été gravement altérés.

-La grande purge ?

-Oui. En vérité cela avait commencé bien avant. L'ordre 66 n'a fait que précipiter les choses.

-Pourquoi ? Il y aura une relève, de nouveaux jedi apparaîtront…

-Depuis quand as-tu perçu la Force pour la dernière fois ?

Elle ne répondit pas.

-Pourtant Elle est en toi, je m'en rends compte. Mais tu n'as pas encore pu avoir de véritable maître.

-Est-ce si important ?

-Pas pour se battre contre des soldats, ton collègue en est la preuve. Mais ça ne suffira pas face à un maître Sith.

Le bruissement des lianes fit tourner la tête à Thérèsia. Elle vit Shi s'approcher et annoncer :

-La tenancière doit se renseigner. Cela semble possible.

-Elle a parlé d'argent ?

-Oui, ça sera six mille par personne.

-C'est bon signe. Ça a déjà du se faire.

Le pilote ajouta :

-Il faut continuer à attendre dehors. Loth ne veut pas que nous déboulions en force.

-Il y en a pour longtemps ?

-Elle a dit une heure environ.

Il tourna les talons et repassa le seuil. Tout redevint comme avant, Thérèsia, Bujac qui n'avait pas bougé, Julius et Blom à l'ombre d'un container…

-Comment se bat un Sith ?

-D'abord il te jaugera.

-Et ?

-S'il ne peux pas te tuer tout de suite, il fera monter ta colère pour que tu t'y perde.

-Que faire alors ?

-Ne montre rien. Ne bouge qu'à la fin.

-C'est tout ?

-Non. Tu dois voir les lames sans les regarder. La tienne, la leur, la tienne…

Elle n'était pas convaincue.

-Tu pourras me montrer ?

La statue éclata de rire :

-Sans sabre et avec une main en moins !

-Quelque chose me dit que tu sais te servir de ta gauche. Et pour l'entraînement, des bâtons suffiront.

Bujac se leva. Il avait ri, il avait bougé, ça ne valait plus la peine de retourner chercher la Force.

-Entendu. Trouve-moi ça.