Ecrit pour Ploum pour un mème de Noël sur le thème : obscurité


Après que les louveteaux de Fenrir eurent mangé le soleil et la lune, Loki découvrit avec une certaine contrariété que l'obscurité affectait tout le monde.

Sans doute pas Surtur, qui était littéralement fait de flammes. Mais il n'était pas là en ce moment, aussi c'était une piètre consolation.

Loki s'était préparé à narguer les Ases à la lumière des étoiles, ha ha, cela fait trois ans que vous vous plaignez que le soleil est inutile parce qu'il n'y a plus d'été, regardez ce qui se passe quand on se plaint.

Mais les étoiles, liées au soleil ou à la lune par une mystérieuse sympathie, ou peut-être juste effrayées par la tournure des évènements, avaient décidé que le moment était venu de se faire la malle.

Et la Terre elle-même ne se sentait pas très bien, et eut un haut le coeur ; ou plutôt, un tremblement qui aplatit les montagne et remplit les gorges. Et pendant tout ce temps, Loki restait agrippé au coup de Sköll pour se donner une contenance, et aussi pour pouvoir voler au-dessus des tremblements de terre.

Pourquoi n'ai-je jamais donné naissance à un enfant qui brille dans le noir, pensait Loki. J'aurais dû prévoir ! Enfin, ce n'est pas comme s'il avait pu choisir ses enfants. Mais il en était globalement content, alors il aurait peut-être dû se contenter d'en avoir plus, et d'espérer.

Sköll se posa dans un lieu d'obscurité totale qui ressemblait à tous les lieux d'obscurité totale.

Malheureusement, ils n'étaient pas seuls, et les bribes de conversation paniquée que Loki parvint à capter lui montrèrent qu'il était arrivé en plein milieu du camp ennemi.

Loki voulut dire aux petits (qui étaient d'une longueur remarquable, mais toujours ses petits-enfants) de ne pas faire trop de bruit. Il se rappela qu'il devait se taire aussi et mis son doigt devant sa bouche. Il se rappela que personne ne pouvait le voir, et... les louveteaux
avaient déjà commencé à hurler. Les ennemis arrivaient en brandissant, fourbement, des torches. Il y avait aussi quelques cris de terreur, tout le monde n'était pas remis de la catastrophe cosmique, et ils ne semblaient pas bien dangereux.

Loki aurait bien suggéré, maintenant qu'il était repéré, que la sortie scolaire était finie et qu'il était temps de rentrer à la maison (dans le monde des morts).

Mais il y avait des appels, et soudain, Odin était là, menant son armée, sans trop s'approcher quand même. Loki espéra que les pouvoirs de vision d'Odin ne s'appliquent qu'au futur et pas à voir dans le noir. En fait, il espéra que sa vision du futur ne lui aît montré, à partir de ce jour, que du noir, et qu'il ait pensé qu'elle était brisée. Cela aurait été drôle !

Pas très crédible, cependant.

"Tu es cerné," lui dit Odin. Loki avait l'impression de pouvoir entendre son sourire suffisant. "En ce moment même, Thor vole au dessus de nous ; même là, tu n'as pas d'issue."

Odin, il fallait s'en souvenir, mentait souvent et très bien. Pendant longtemps, Loki l'avait considéré comme une qualité.

Il leva la tête, et crut voir des étincelles, comme un marteau qui frappe le rebord métallique d'un chariot. Peut-être n'était-ce qu'une impression. Peut-être la foudre ne lui tomberait-elle pas sur la tête. Mais Odin avait réussi son coup : Loki hésita, ayant perdu toute envie de tester.

Mais au lieu de bêlements cruels, c'est un long hurlement qui retentit dans le lointain. Ou plutôt, tout près, mais si violent qu'il se répercutait dans le lointain.

"Papa !" crièrent Hati et Sköll. Leurs truffes reniflèrent de façon catégorique : c'était un fait, pas juste un souhait.

Cette spontanéité défit tout ce que le bluff d'Odin avait réussi à bâtir, et bientôt, les armées se tournèrent sur le côté pour affronter un loup géant pas mal plus grand que les deux autres, ou plutôt pour voir de quel côté il venait, et décider d'aller dans l'autre direction. Les torches s'éloignèrent, rendant la visibilité plus limitée, mais Loki eut le temps de voir Odin prendre sa part à la retraite stratégique.

"C'est exactement ce que j'avais prévu !" mentit-il, comme un menteur. Il aurait même lancé un sourire sarcastique si cela avait pu se voir.

Et puis Fenrir l'écrasa, mais de façon très affectueuse. Il ne lui fit que quelques bleus, sans lui casser les côtes, et en bavant sa satisfaction, laissa tomber sa salive empoisonnée à côté de lui, plutôt que sur son visage. Heureusement, cela lui rappelait bien assez de mauvais souvenirs comme ça.

"Bon petit," souffla-t-il en lui tapotant une toute petite surface sur le menton, espérant pouvoir respirer de façon plus constructive bientôt. "C'est qui qui va aider sa famille à détruire le monde ?"

Fenrir poussa un long hurlement qui commença le plan tout de suite, en détruisant quelques objets en verre à l'horizon, ainsi que les tympans de Loki.

Loki sourit, mais comme l'obscurité totale était tombée sur le monde, cela n'affectait pas sa dignité.