Bonjour à tous !

Je suis Lylo et je suis ravie de partager mes écrits avec vous. Mon premier récit, un mélange de romance, de mystère et de surnaturel , s'étend sur 6 chapitres, que je publie au rythme d'un chapitre par semaine.

J'espère que cette histoire vous plaira autant que j'ai aimé l'écrire, et je suis impatiente de lire vos retours. Merci d'être là pour découvrir cet univers avec moi !


Chapitre 1 : Fissuré

Le hangar puait la mort et la rouille. L'air y était lourd, chargé de poussière et de moisissure, mais Stiles avait appris à respirer dans des endroits bien pires encore. Sa silhouette fine, presque dégingandée dans ce jean noir usé et cette chemise à carreaux, semblait étrangement souple et agile.

Alors qu'il bondissait en arrière pour éviter de justesse un coup, ses doigts se mirent à pianoter nerveusement sur le manche de son couteau, rythme frénétique qui trahissait les derniers vestiges d'Adderall dans son système. Sur son visage, deux estafilades rayaient définitivement ce qui aurait pu lui rester d'enfance. Son esprit commençait à partir dans tous les sens, analysant chaque ombre, chaque bruit, chaque possibilité.

— Hey, Dracula Junior, ta mère ne t'a jamais dit de pas jouer avec la nourriture ?

Il esquiva le vampire avec une pirouette maladroite, mais efficace. Son cerveau hyperactif cataloguait déjà les quinze façons dont cette situation pouvait mal tourner. Seize, si on comptait la probabilité que Dean se prenne les pieds dans ce câble à moitié arraché là-bas.

— La ferme, Stiles ! grogna Dean, décapitant un vampire d'un mouvement fluide. Tu parles plus qu'eux !

Le sang gicla, éclaboussant le sol en béton. Une partie de l'esprit de Stiles nota distraitement que la disposition des taches ressemblait à une carte du Montana. Ou était-ce le Wyoming ?

— Jaloux de mon charisme naturel, Dino ?

Sa lame s'enfonça dans la gorge du monstre avec une précision née de quatre ans de chasse et de nuits sans fin d'entraînement. Le corps se désagrégea sous ses yeux, rappelant ces accélérés de documentaires sur la décomposition qu'il regardait à trois heures du matin quand les cauchemars étaient trop vivaces.

— Et puis franchement, qui construit encore des nids dans des hangars désaffectés ? C'est tellement cliché. Même pas un petit loft branché, une cave à vin ?

L'humour était une armure. Les mots, un bouclier contre les pensées qui menaçaient de le submerger. Parfois, dans le silence entre deux battements de cœur, il se demandait qui il était avant. Si ce flot incessant de paroles était une partie de lui ou juste un mécanisme de défense développé après… après quoi, d'ailleurs ?

Sam étouffa un rire tout en achevant le dernier vampire.

— Dit celui qui regarde Twilight en cachette.

— C'était pour la recherche ! protesta Stiles, essuyant méticuleusement sa lame.

Le sang laissait toujours des traces si on ne le nettoyait pas correctement. Il avait appris ça très tôt. Trop tôt ?

— Et c'était UNE fois. Une seule fois !

— Bien sûr, se moqua Dean, rangeant sa machette avec ce geste familier qui signifiait que tout était sous contrôle, que la nuit était gagnée. Comme cette fois où tu as 'accidentellement' marathonné True Blood ?

Les néons au-dessus d'eux grésillaient comme des insectes mourants, projetant des ombres qui dansaient sur les murs couverts de graffitis à moitié effacés. Dans un coin, une vieille affiche publicitaire pour un cirque se décomposait lentement. Le clown qui y souriait semblait le fixer avec une intensité dérangeante. Stiles détourna le regard.

— On devrait bouger, intervint Sam, consultant son téléphone.

Son expression s'assombrit légèrement, ce petit pli entre ses sourcils qui signifiait toujours des ennuis.

— Bobby a trouvé quelque chose d'intéressant plus à l'ouest.

Les doigts de Stiles cherchèrent automatiquement ses pilules dans sa poche. Le flacon était vide, bien sûr. Son cerveau commençait déjà à bourdonner à la manière d'une ruche surpeuplée, les pensées se bousculant comme des abeilles affolées.

— Par 'intéressant', tu veux dire potentiellement mortel ou juste modérément dangereux ?

Sa voix resta légère, dissimulant la tension qui s'installait dans ses épaules.

— Parce que la dernière fois que Bobby a trouvé quelque chose d''intéressant', on s'est retrouvés à courir après un wendigo avec des fusées de détresse périmées.

Dean remarqua sa main dans sa poche.

— T'as plus d'Adderall ?

— Ça va, j'ai une réserve dans mon sac, répondit Stiles en forçant un sourire, ignorant la façon dont les ombres semblaient s'allonger autour d'eux. Pas comme si mon cerveau hyperactif allait soudainement décider de se calmer et-

La migraine le frappa comme un train en pleine vitesse. Des images explosèrent derrière ses paupières : du sang sur ses mains, mais pas le sien, jamais le sien. Des yeux rouges brillant dans l'obscurité.

Alpha.

Danger.

Meute.

NON.

Des hurlements qui résonnaient avec quelque chose de profondément enfoui dans sa poitrine.

Tue-les tous.

C'était un murmure glacé, familier comme une vieille cicatrice. Elle portait l'écho de rires déments et de cris étouffés, de nuits perdues dans la pénombre de jeux mortels.

—Stiles ?

La voix de Sam semblait venir de très loin, comme assourdie par des couches de coton et de souvenirs fragmentés.

— Je vais…

Il chancela, rattrapé par Dean. Le cuir de la veste était rugueux sous ses doigts, ancre dans la réalité.

— Wow. Okay. La pièce n'est pas censée tourner comme ça, si ?

— C'est la troisième fois cette semaine, grommela Dean en lui jetant un coup d'œil. Sérieux, à ce rythme-là, t'auras plus de migraines que moi j'ai de bières dans le frigo. Et crois-moi, c'est pas une compétition que tu veux gagner.

Son ton bourru cachait mal son inquiétude. Les Winchester avaient ça en commun avec lui : ils enterraient leurs sentiments sous des couches de sarcasme et de bravade.

— Tu devrais…

— Je vais bien, coupa Stiles, se redressant.

Le mensonge était devenu une seconde nature, aussi facile que de respirer. Comme pour les Winchester quand ils disaient que tout allait bien, que les cauchemars n'existaient pas, que les souvenirs de l'Enfer ne les hantaient pas. Un pacte tacite entre chasseurs : certaines blessures ne devaient pas être mentionnées à la lumière du jour.

— Simplement besoin de mes pilules et d'un peu de sommeil.

Stiles se passa une main sur le front, prenant une inspiration tremblante pour retrouver son équilibre. Sam et Dean échangèrent un regard bref, mais lourd de significations. Dean finit par rompre le silence, donnant une tape sur l'épaule de Stiles, pas trop fort, juste assez pour ramener un semblant de normalité.

— Allez, le junior. On va pas attendre que ce hangar tombe en poussière.

Ils avancèrent ensemble vers la sortie, leurs pas écrasant le verre brisé et les débris qui jonchaient le sol. L'air froid de cette fin de soirée les frappa, chassant l'odeur de sang et de rouille qui collait encore à leurs fringues. Dean ouvrit la portière de l'Impala, le grincement métallique, un écho familier dans la tranquillité trompeuse de la nuit.

Quelques instants plus tard, ils étaient installés dans la voiture, prêts à repartir vers l'inconnu.

Dans l'Impala, Back in Black résonnait doucement. Stiles fixait l'obscurité à travers la vitre, ses doigts tapotant nerveusement sur son genou au rythme de la musique.

— Tu sais, commença Sam depuis le siège passager. Si tu veux en parl-

— Nope, coupa Stiles, faisant claquer le 'p'. Vraiment pas. D'ailleurs, qui veut des M&Ms ?

Dean leva les yeux au ciel dans le rétroviseur, mais tendit la main en arrière. Certains sujets restaient tabous, même après quatre ans. Comme les cauchemars de Sam, les réveils en sueur de Dean, ou les crises de panique de Stiles.

Alors que l'Impala roulait doucement sur une route bordée d'arbres sombres, les lampes des phares dessinaient des ombres mouvantes dans le paysage. Une brume fine s'élevait du sol, enveloppant tout dans une atmosphère presque surnaturelle. Ce fut là qu'il la vit pour la première fois. Une silhouette féminine aux longs cheveux noirs dansait entre les arbres, son rire cristallin traversant la nuit. Quand Stiles cligna des paupières, elle avait disparu.

— Eh, Dean ? murmura-t-il, serrant son couteau runique dans sa poche. Tu crois que les fantômes peuvent nous suivre en voiture ?

— Si c'est encore une de tes références à Supernatural…

— Non, je…

Stiles s'interrompit, remarquant l'inquiétude dans les yeux de Dean.

— Laisse tomber.

Il haussa les épaules, cherchant à dédramatiser.

— La question m'a juste traversé l'esprit, tu vois. Parce que franchement, si un spectre nous piste jusqu'au motel, qui paie la chambre ? Lui ou nous ?

Dean délaissa un rire abrupt, visiblement pris par surprise.

— Bien sûr, on peut lui demander sa carte de crédit. J'suis certain que Casper a un compte en banque bien garni.

— Et il insisterait pour diviser les frais, ajouta Sam, avec un sourire en coin, se joignant au jeu. Parce qu'après tout, même les fantômes doivent faire des économies.

Stiles éclata d'un rire franc, une habitude presque automatique pour maintenir l'ambiance légère. Le moment semblait réellement apaiser la tension dans l'atmosphère confinée de la voiture.

— D'accord, d'accord. J'admets que c'est l'Adderall qui parle pour moi. Mais vous, les gars, c'est quoi votre putain d'excuse ?

— Petit con.

— Tu les sors de leur misère et c'est comme ça qu'ils te remercient…

Le silence retomba doucement dans l'habitacle, uniquement brisé par AC/DC et le ronronnement familier du moteur.

Ils roulèrent pendant plusieurs heures sur une route bordée d'arbres sombres, suivant les indications de Bobby. Le GPS clignotait parfois, la connexion se perdant au milieu de nulle part, mais cela n'arrêtait jamais Dean. Il connaissait ces routes aussi bien que les répliques de ses chansons favorites.

Stiles, coincé sur la banquette arrière, jonglait entre plusieurs activités. Il faisait tourner un couteau d'une main, scrollant sur son téléphone de l'autre pour vérifier des théories sur des forums de chasseurs, tout en marmonnant à voix basse sur l'absurdité de certains mythes qu'il croisait.

— Sérieux, qui croit encore aux méduse-garous ? C'est carrément idiot. Quoique… si on mixait ça avec les trolls scandinaves, ça ferait une créature épique, lâcha-t-il, avant de lever un regard absent vers la fenêtre et d'analyser machinalement le paysage qui défilait. On va où exactement ?

Sam, rivé sur une carte qu'il avait dépliée sur ses genoux, répondit sans quitter des yeux ses papiers.

— Un village isolé. Bobby dit que des gens disparaissent sans laisser de trace. Pas de corps, pas de témoins, soupira-t-il, frustré. Mais avant de nous plonger dedans, je propose qu'on trouve un hôtel pour se poser. On aura besoin d'un plan clair avant de s'avancer plus loin.

— Génial, grommela Stiles. Rien de tel qu'un mystère au milieu de nulle part pour égayer la semaine.

— Tu préfères quoi ? Un nid de vampires ? répliqua Dean avec un sourire en coin, ses doigts tapotant le volant au rythme de la musique.

— Honnêtement, oui. Les vampires, je sais comment les gérer. Mais des gens qui disparaissent… ça me donne des frissons.

Sam releva les yeux et fixa Stiles un moment, comme s'il pesait ses mots.

— C'est justement pour ça qu'on y va. Si quelque chose chasse ces gens, on doit l'arrêter.

Dans l'habitacle, Stiles ne cessait de sautiller sur la banquette arrière, passant d'un sujet à l'autre avec une énergie presque contagieuse.

— Vous pensez que les fantômes se rappellent leur vie humaine ? Genre, est-ce qu'ils gardent leur répertoire musical ?

Dean haussa un sourcil dans le rétroviseur, un sourire furtif se dessinant sur ses lèvres.

— Si c'est le cas, certains doivent être coincés avec les tubes des années 80. Une vraie malédiction, crois-moi.

— Ah ouais ? Parce que t'as pas encore brûlé tous les disques de Bon Jovi que t'as écouté en boucle ? lança Stiles, un éclat de malice dans les yeux.

— Attention, Stiles, critique la playlist de Dean et tu risques de marcher jusqu'à Gray Hollow, intervint Sam, amusé.

Dean secoua la tête, souriant plus franchement cette fois.

— Oh, il peut se moquer. Mais il va se retrouver coincé avec du Barry Manilow si j'ai le dernier mot.

— Pas touche à Barry ! plaisanta Stiles, levant les mains en signe de reddition. J'aurais besoin de ces chansons pour survivre dans ce village qui a l'air aussi vivant qu'un cimetière.

Dean secoua la tête avec un sourire discret.

— Stiles, si on te laissait faire, tu organiserais des tournois de cartes dans un cimetière.

— Et pourquoi pas ? se défendit Stiles, faussement indigné. Ce serait canon. Ça pourrait déjà être mieux que d'aller à Gray Hollow pour se battre contre je-ne-sais-quoi.

Ils continuèrent ainsi, leurs échanges rythmés par les répliques mordantes et les plaisanteries absurdes. Pourtant, derrière chaque sourire, dans chaque silence entre deux rires, une compréhension tacite subsistait : le poids de ce qu'ils faisaient et de ce qu'ils ne manqueraient pas d'affronter, comme chaque jour depuis trop de jours pour les compter.

Lorsqu'ils atteignirent Gray Hollow, les indices furent rares et fragmentaires. Les habitants, méfiants, leur parlèrent à demi-mot de disparitions étranges et d'ombres aperçues à la lisière des bois. En explorant la forêt environnante, ils tombèrent sur un ancien autel recouvert de runes effacées, témoin d'un rituel mal interrompu. Sam identifia les symboles comme appartenant à une magie oubliée, tandis que Dean inspectait les alentours pour des traces physiques.

L'affaire s'intensifia lorsqu'ils furent confrontés à un esprit vengeur, attaché à l'autel et alimenté par une douleur lointaine. Avec leur expertise combinée, ils réussirent à détruire l'autel, libérant le spectre de son emprise. Ce dernier disparut dans un dernier cri perçant, laissant le village enveloppé d'un silence oppressant.

De retour à l'hôtel, exténués, ils s'effondrèrent chacun sur leur lit. Dean, toujours prêt pour une touche d'humour, murmura :

— On devrait vraiment demander à Bobby de choisir des dossiers moins… spirituels.

Stiles, les yeux déjà mi-clos, leva une main faiblement.

— Ou au moins avec une meilleure literie…

Sam, concentré sur ses notes, haussa les épaules sans un mot, mais un léger sourire se dessina sur ses lèvres.

Depuis quatre ans qu'ils sillonnaient les routes ensemble, leur dynamique s'était forgée comme une mélodie instinctive. Stiles, avec son intelligence vive et son humour intarissable, s'était immiscé dans leur quotidien avec la facilité d'une pièce manquante retrouvée. Pour Dean, il était cet énergumène exaspérant, mais essentiel, capable de briser la noirceur des jours les plus lourds d'une réplique bien placée. Sam, de son côté, avait découvert en lui un esprit curieux, presque insatiable, avec qui il partageait des discussions passionnées, parfois jusqu'à l'aube, sur des sujets allant de la magie ancienne aux dilemmes éthiques de leur chasse.

Mais au-delà de l'humour et des débats, ce qui les liait était cet instinct protecteur qui s'était imposé sans qu'ils ne le remarquent vraiment. Stiles, bien qu'habile à cacher ses failles derrière son bavardage incessant, portait en lui des blessures que Dean et Sam reconnaissaient sans avoir besoin de mots. Ces moments de vulnérabilité partagée, aussi discrets soient-ils, avaient cimenté une fraternité à la fois fragile et indestructible, où chacun trouvait chez les autres ce qui lui manquait.

Sam, perdu dans ses pensées, leva les yeux de ses notes et observa Dean et Stiles. Éreintés, presque agonisants de fatigue, ils semblaient sur le point de sombrer dans un sommeil mérité. Un sourire empreint d'affection se dessina sur ses lèvres. Il referma doucement son carnet avant de prendre la parole, sa voix calme brisant le silence.

— Je sais que vous voulez dormir et oublier cette histoire, mais j'ai quelque chose qui va vous intéresser, dit-il en posant ses papiers sur la table. Toutes nos dernières affaires… elles convergent vers un endroit précis.

Dean ouvrit un œil, sa curiosité luttant contre sa lassitude.

— Continue, Professeur.

— Des indices dispersés, des schémas répétés. Tout mène à Beacon Hills.

Stiles, jusque-là avachi sur sa chaise, plissa les paupières, intrigué.

— Beacon Hills… ça existe seulement ?

Sam hocha la tête, ajustant ses notes devant lui.

— Oui, c'est une petite ville en Californie. Pas vraiment sur les cartes touristiques, mais elle est bien réelle.

— Et elle est à combien de kilomètres d'ici ? demanda Stiles avec une pointe de désinvolture feinte.

Dean, déjà sur son téléphone, fit une grimace.

— Environ 1000 bornes, si on trace direct. Ça va être une sacrée virée.

Stiles roula des yeux, avachi sur son lit, ses bras croisés derrière la tête.

— Génial, autant prendre des snacks pour le trajet.

— On pourrait se relayer pour conduire, ajouta Sam, concentré sur son carnet. Mais vu les indices qu'on a, ça vaut le détour. Depuis des semaines, toutes nos affaires montrent des traces étranges qui n'ont pas de lien direct entre elles. Des rituels interrompus, des symboles familiers, mais incomplets, et des témoins qui mentionnent une même aura de peur. Tous ces phénomènes, ces disparitions, et ces rituels inachevés ont déjà eu lieu auparavant, mais toujours dans un seul et même endroit : Beacon Hills. J'ai fait des recherches, et un nom revient souvent : Alan Deaton. Curieusement, il apparaît dans plusieurs rapports de police, mais aucun n'a de lien avec son diplôme de vétérinaire. Beaucoup mentionnent des affaires presque ésotériques. Peut-être est-il un mage ou un druide. En tout cas, il pourrait être utile de le trouver, il pourrait répondre à pas mal de nos questions.

Dean soupira, tapotant le bois de sa tête de lit sans faire mine de se redresser.

— Eh bien, Beacon Hills, nous voilà. Mais avant tout, on se repose. Vous avez l'air prêts à vous écrouler, et je ne vais pas gérer un voyage de 1 000 kilomètres avec deux zombies sur les bras.

— Je suis parfaitement fonctionnel, grogna Stiles, jetant un regard en biais.

Sam haussa les sourcils, visiblement sceptique.

— Dean n'a pas tort. On ne fera rien de bon si on ne recharge pas un peu nos batteries.

Après un moment, Stiles soupira.

— D'accord, d'accord. Mais je vais me plaindre tout le long.

Dean esquissa un sourire en coin.

— Tu ferais ça même en pleine forme, Junior.

Le soir était bien avancé, enveloppant la ville d'un silence à peine troublé par le bourdonnement d'un lampadaire défectueux à l'extérieur. Dans leur chambre d'hôtel exiguë, chacun prenait ses dispositions pour la nuit. Dean, fidèle à lui-même, inspectait son arme avant de la poser sur la table de chevet, prêt à réagir au moindre bruit suspect. Sam était assis sur le lit voisin, plongé dans ses notes, la lumière tamisée du téléphone éclairant son visage concentré. Stiles, quant à lui, était toujours allongé sur son lit, fixant le plafond avec une intensité inhabituelle.

Le poids de la journée s'était atténué, mais un nœud d'angoisse restait niché dans sa poitrine. Il sentait l'adrénaline courir dangereusement dans ses veines, chaque battement de son cœur résonnant comme une alarme sourde. Beacon Hills. Pourquoi ce nom l'oppressait-il autant ? Pourquoi cet Alan Deaton évoquait-il une inquiétude indistincte, peut-être mortelle ?

Et si tout cela était un piège ? Une embuscade soigneusement tissée pour les attirer ? Son esprit, incapable de trouver le repos, lui projetait des scénarios catastrophiques, des images de menaces invisibles. Il serra les poings, essayant de calmer le martèlement de son pouls, mais cette appréhension restait, insidieuse.

— Et si on commettait une erreur ? murmura-t-il pour lui-même.

Mais aucun son dans la pièce ne répondit, à part le grésillement lointain du lampadaire dehors. La nuit continuait, étouffante et incertaine, laissant place à des idées qu'il aurait préféré éviter.

À quelques kilomètres de là, dans un loft depuis longtemps remis à neuf, Derek Hale ne trouvait pas le sommeil. Son visage anguleux, encadré par une barbe soigneusement entretenue, semblait marqué d'une fatigue persistante. Bien bâti et imposant, il dégageait une force tranquille qui masquait à peine le poids de ses pensées. Ses yeux, d'un gris acier, fixaient avec intensité un tableau accroché au mur sur lequel post-it, photos et divers articles de journaux se côtoyaient dans un joli bordel d'épingles et de cordon de laine.

Stiles aurait adoré ridiculiser son manque de savoir-faire en la matière.

Des semaines que lui et Scott bûchaient sur une affaire de magie ancienne, des symboles et rituels étranges souvent inachevés, qu'ils ne comprenaient pas encore pleinement. Deaton, leur guide et confident dans ces situations, était parti depuis un moment pour tenter de trouver des réponses.

Plus le mystère autour de leur affaire s'épaississait, plus il sentait le besoin de partager ces instants avec le seul qui aurait été capable de résoudre cette enquête sans s'y perdre. Derek se demandait parfois si leur rencontre avait été une anomalie ou une pièce essentielle d'un puzzle qu'il n'avait pas encore compris.

Le jeune homme avait disparu de leur vie bien des années plus tôt, laissant derrière lui un vide que Derek n'avait jamais pu combler. Pendant plus d'un an, il l'avait cherché sans relâche, traversant des routes interminables et épluchant des dossiers poussiéreux à la recherche du moindre indice, refusant de croire en sa mort.

Après tout, si Stiles était mort, Derek le saurait.

Mais les mois étaient passés et l'espoir s'était estompé, remplacé par une douleur sourde et constante. Une douleur qu'il avait appris à ignorer sans jamais parvenir à l'oublier.

Stiles lui manquait.

Il avait cette propension à le braver, à remettre en question sa façon de faire, tout en éclairant les zones d'ombre par une intuition presque surnaturelle. Derek l'entendait parfois dans sa tête, cette voix sarcastique qui oscillait entre moquerie et soutien bancal.

Les souvenirs de l'adolescent étaient comme des éclats de verre : lumineux, mais tranchants. Derek se rappelait encore son rire et ses remarques pleines de raillerie, ce mélange de défi et d'encouragement qui le désarmait toujours.

— Franchement, Derek, c'est tout ce que t'as trouvé après une nuit entière? J'espère que tu es plus doué dans les autres domaines.

Stiles serait bien surpris, s'il revenait aujourd'hui, de découvrir que Derek était dévoué à résoudre des mystères quelques fois trop complexes. Il pouvait entendre sa voix résonner dans son esprit :

— Alors, Hale, tu marches dans mes traces comme le bon toutou que tu es? C'est fou de se dire que j'ai plus de flair que toi malgré, tu sais, toute ta condition capilo-canine?

Derek grogna à cette pensée.

Un sourire triste étira ses lèvres, que la mélancolie enveloppa aussitôt. L'absence de Stiles n'était pas qu'un manque, c'était une douleur physique qui pesait sur chaque instant de sa vie. Avec un soupir résigné, il détourna son regard de ses notes incomplètes.

Le travail attendrait.

Il se laissa tomber dans son unique fauteuil et attrapa son vieux portable, celui qu'il n'avait jamais osé remplacer. Il ouvrit un dossier d'images qu'il avait soigneusement gardées. Des photos de Stiles s'affichèrent à l'écran, capturées dans des moments aussi simples qu'inestimables.

Une grimace exagérée.

Un sourire éclatant.

Un regard pétillant de défi.

Derek sentit son cœur se serrer alors qu'il balayait ces souvenirs du bout des doigts. Peut-être que ces images étaient tout ce qui lui restait, des fragments d'un passé qu'il aurait voulu retrouver.

Qu'il n'aurait jamais dû perdre.


Voilà pour ce premier chapitre ! J'espère qu'il vous a plu. Si tel est le cas, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et ce que vous espérez pour la suite.

A très vite!

Lylo