Isaac et Jackson avaient passé un accord plus ou moins tacite concernant Stiles. L'idée, c'était de se tenir au courant des choses. Pendant qu'il attendait le pharmacien revienne avec les somnifères qu'il lui avait demandés, il écrivait un message à destination de son compère lupin pour l'informer de leur sortie et surtout, lui faire part de l'inconscience de Stiles… Aussi bien au niveau de son précédent désir de conduire malgré son important état de fatigue que de son endormissement quasi-instantané. Ainsi, il ne serait pas surpris lorsqu'ils reviendraient.

Quelques secondes plus tard, le pharmacien déposa la petite boîte sur le comptoir. Isaac régla et s'en alla. Une fois sorti de la pharmacie, il posa directement son regard sur la voiture et fronça légèrement les sourcils. D'ici, il voyait le visage de Stiles… Qui ne lui paraissait pas des plus détendus. Son instinct le poussa à accélérer le pas. Il déverrouilla la voiture et s'engouffra à l'intérieur avant de balancer les somnifères derrière et de tourner la tête dans la direction de l'hyperactif qui… Commençait à gigoter. Il avait la respiration légèrement haletante, une goutte de sueur perlait sur sa tempe – une autre se formait déjà sur son front. Ses mains bougeaient un peu, se cramponnaient au siège avec force, ses muscles se contractaient. Mais le pire, c'était bien son visage, ce mélange si particulier entre douleur et désespoir… Des choses qu'Isaac n'avait pas l'habitude d'associer à Stiles.

Le loup-garou tomba des nues en se rendant compte qu'il faisait un cauchemar. Déjà? Il n'avait même pas mis dix minutes… Un frisson glacé parcourut l'intégralité de son corps alors que ses yeux se posaient sur les plaies encore fraîches de son visage. Il fallait qu'il le réveille. Pas pour l'empêcher de dormir, simplement pour essayer d'éviter qu'un certain scénario se reproduise. Alors, il posa sa main sur l'épaule de l'hyperactif et… Celui-ci sursauta violemment à son contact et ouvrit instantanément les yeux. Isaac retint un mouvement de recul. Il était parti pour le réveiller mais n'imaginait pas que la chose serait aussi facile… Et rapide. Il avait à peine posé sa main sur son épaule… Mais oublia ce détail et se concentra sur son visage.

Stiles avait les yeux exorbités et la terreur qu'il pouvait y lire n'était pas feinte, pas plus d'ailleurs que la façon dont son cœur s'était emballé et sa respiration, coupée… Son regard miel rencontra finalement celui d'Isaac. Son épaule tremblait. Mais il eut l'air soulagé, étonnamment soulagé… Au contraire d'Isaac, qui n'en revenait toujours pas. Venait-il vraiment de sortir Stiles de son sommeil en le touchant… A peine? Et puis quel type de cauchemar avait-il bien pu faire pour se retrouver aussi pantelant? Le fait qu'il semblait en faire de façon récurrente le frappa de plein fouet, à tel point qu'il ne put l'ignorer et qu'une multitude d'interrogations l'envahirent. Il fut toutefois fort d'une certitude: heureusement qu'il ne l'avait pas laissé conduire… Et qu'il l'avait accompagné, tout simplement. En plus d'être épuisé, il était trop fébrile.

- J'ai tes somnifères, fut tout ce qu'Isaac trouva à dire d'une voix quelque peu blanche.

Il avait nécessairement un peu de mal à accuser le coup, d'autant plus qu'il n'était pas habitué à gérer ce genre de situations. Il n'avait, par ailleurs, jamais eu affaire à Stiles autrement qu'au lycée et dans quelques réunions de meute. Pas dans le «privé», en somme, lorsqu'il était fatigué, chafouin… Ces choses-là.

Stiles cligna des yeux, le regarda sans avoir l'air de comprendre. De ses yeux ne partaient pas cette terreur étrange, comme si son cauchemar ne l'avait pas encore quitté – ou qu'il était trop frais pour penser à autre chose.

- Ils… Ils sont où?

Sa voix avait quelque chose de différent par rapport à d'habitude: de faible. Isaac ne put s'empêcher de le trouver vulnérable… Comme si, là, il se rendait compte de la fragilité de son humanité. Il n'y faisait généralement pas attention tant Stiles lui paraissait intouchable, presque de l'ordre de l'invincible… Mais là, il ne faisait pas le fier avec ses blessures au visage, son épuisement notable et sa difficulté à revenir complètement dans le moment présent.

- Derrière, lui répondit instantanément le loup-garou, la bouche sèche.

Il crut alors que Stiles allait rétorquer quelque chose, peut-être lui demander la boîte pour prendre un cacheton tout de suite, mais il n'en fit rien et se réinstalla correctement dans son siège. Embêté par la tournure que prenaient les évènements, Isaac finit par démarrer. Il fallait qu'il discute avec Jackson, que tous les deux se penchent un peu plus sur cette histoire.

Le plus dingue dans tout ça, c'était qu'ils roulaient depuis à peine trois minutes et pourtant, Stiles s'était déjà rendormi – dire qu'il avait sombré serait plus juste. C'était dingue comment la fatigue l'avait à nouveau happé, au point de donner un sens à son mutisme. Isaac conduisit alors en étant si tendu que cela se ressentit dans sa façon de rouler – un peu plus sportive. Par chance, son passager n'eut à souffrir d'aucun cauchemar cette fois-ci ce qui, très franchement, l'arrangeait. Cela lui fit une préoccupation en moins.

Ainsi, Isaac ne put s'empêcher de ressentir une espèce de soulagement étrange lorsqu'il finit par garer la voiture aux abords de leur logement. Après avoir rangé la clé du véhicule dans sa poche, il se tourna vers Stiles. Il dormait vraiment comme un bébé, cette fois-ci… Si bien qu'Isaac ne sut s'il devait vraiment s'en réjouir. Parce que ce n'était pas normal d'être aussi fatigué et, par extension, de s'endormir aussi souvent, aussi facilement. Pas normal non plus qu'il ait besoin de somnifères pour dormir – c'était d'ailleurs sacré paradoxal. Il y avait quelque chose que Stiles ne leur avait pas dit, c'était certain. Quelque chose dont Isaac allait très certainement parler à Jackson. Non, mieux: il eut soudainement une idée qui lui permettrait d'obtenir les réponses à ses questions sans aucun problème et il fut certain que le kanima le suivrait.

Mais pour l'heure, il lui fallait réveiller Stiles – encore, certes, mais pour une raison différente. D'ailleurs, cette fois-ci ne fut pas aussi simple. Point positif, l'hyperactif ne sursauta pas lorsque le loup-garou lui toucha l'épaule. En fait, il ne réagit même pas – moins bon point. Il dormait… Bien profondément. Isaac réussit toutefois à le réveiller doucement, sans trop le brusquer, et après plusieurs tentatives. Stiles papillonna des yeux – il n'avait pas peur, cette fois –, et sembla même ne pas comprendre ce qu'il se passait. Isaac s'empara de la boîte de somnifères qu'il fourra dans sa poche et aida Stiles à sortir de la voiture. Puis, en voyant qu'il peinait réellement à sortir des vapes dans lesquelles il se trouvait, il passa un bras autour de lui et le soutint jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à l'intérieur – plus précisément jusqu'au salon. Il était difficile pour lui de croire que Stiles le laissait faire au point de s'appuyer quasiment entièrement pour lui, mais… C'était effectivement le cas. L'humain était, malgré ses yeux ouverts, plongé dans un état de semi-conscience qui le rendait incapable de marcher seul. Se rendant compte de tout cela, Isaac le fit s'allonger sur le canapé. C'est à ce moment précis que Jackson débarqua, l'air d'abord indifférent, puis surpris.

- Il… Commença-t-il en le pointant du doigt.

Isaac, voyant qu'il ne terminait pas sa phrase, le regarda en fronçant les sourcils avant de tourner la tête en direction de l'hyperactif et de comprendre, par extension, la réaction de Jackson.

Stiles s'était déjà rendormi, encore.