De son côté, après un interrogatoire qui n'avait pas donné grand-chose, Tani rentra au QG. En revenant, elle aperçut sa mère toujours à la même place que la veille, assise sur un banc. La jeune femme hésita quelques instants. Elle n'avait absolument aucune envie d'aller la voir, mais elle était également consciente qu'elle ne pouvait pas jouer à l'autruche bien longtemps. La policière se dirigea donc vers elle dans le but de crever l'abcès.

- Pour quelqu'un qui a mis autant d'application à ne jamais donner de nouvelles, je ne t'ai jamais vu autant en vingt ans,débita-t-elle de but en blanc.

- Ça je l'ai bien mérité. Je comprend ta colère, Tani, et je ne cherche pas à me trouver d'excuse car rien ne pourra jamais justifier mon comportement. Seulement, je suis sobre depuis un bon moment et je veux vraiment tout faire pour renouer le contact.

- Combien de temps ?Asséna la belle brune sèchement. Après tout ce qu'elle avait subi, elle n'allait pas lui faire de cadeau.

- Pardon ?Interrogea la plus âgée des deux, sans comprendre la question.

- Cela fait combien de temps que tu n'as pris ni alcool ni drogue ?

- 17 mois dans trois jours,répondit-elle. Ce n'était pas tant que ça et elle le savait, mais elle en était déjà fière.

- C'est vraiment un record … J'ai vraiment envie de te croire, mais qu'est-ce qui me prouve que c'est vrai ou même que ça va le rester ? Je ne veux plus être déçue comme par le passé, et je n'imposerai pas ça non plus à Koa. Tu n'as aucune idée de ce que l'on a vécu, et il est trop fragile pour le gérer.

- Honnêtement, rien ne pourra jamais te le garantir à 100%, et même si je le faisais, tu n'aurais aucune raison de me croire. Je t'ai trop menti pour que tu me fasses confiance. Seulement, si tu m'en laisses l'opportunité, je ferais tout pour le démontrer, et cela peu importe le temps que cela prendra.

- Ce sont de belles paroles, maman, mais j'espère que tu es consciente que ce sont des actes que j'attends. J'ai besoin de temps. Je ne sais pas si je suis prête à te pardonner ou même si j'en ai vraiment envie. Je vais vraiment avoir besoin de temps. Où est-ce que je pourrais te joindre ?Demanda l'officier Rey hésitante. Compréhensive, sa mère lui tendit un papier avec son adresse, son numéro de téléphone et même son adresse mail.

- Que ce soit dans 2 jours ou 2 ans je serai là. Je n'irais nul part. Seulement, comme je le disais à ton ami, je veux respecter ta volonté alors je ne reviendrai pas ici à moins que tu le souhaites vraiment. J'ai mal apprécié à quel point me voir te ferait souffrir et ce n'était pas mon but.

- Mon ami ?

- Oui, une jeune homme d'à peu près ton âge qui m'a dit travailler avec toi. Il est adorable et semble beaucoup tenir à toi.

- Je … Oui, ok, … Je vois de qui tu parles. Écoute, je te rappellerai pour te faire part de ma décision … En attendant j'ai du travail. Je dois y aller,conclut Tani en tournant les talons sans plus de cérémonies.

Non seulement elle était retournée par cette discussion, mais aussi par le fait que Junior ait parlé à sa mère. Pourquoi y était-il allé bon sang ? Il n'avait pas à se mêler de ça. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Elle ne comprenait pas ce comportement, même si elle savait qu'il avait agi en n'ayant que son bien-être à l'esprit. C'était toujours le cas, et c'était d'ailleurs ce qui était le plus perturbant. Personne n'avait jamais autant pris soin d'elle en dehors de son père. Aucun de ses petits amis, ça c'était certain.

Plongée dans ses pensées, elle remonta dans son bureau. La brune était perdue autant par l'évolution de sa relation avec sa mère que celle avec son coéquipier. Son aîné n'avait jamais fait partie de sa vie, et malgré sa colère intense, cela lui avait manqué de ne pas avoir de mère. Elle ne pouvait pas le nier. D'un autre côté, la brune se sentait incapable de lui accorder sa confiance une nouvelle fois. Elle allait définitivement avoir besoin de temps avant de décider quoi que ce soit.

Pour ce qui était de Junior, plus le temps passait, plus son comportement la troublait. Il était tendre, doux et attentionné comme personne. À chaque fois qu'ils étaient ensemble, ils riaient, s'amusaient et se confiaient sans aucun complexe. Elle n'avait pas le souvenir d'avoir jamais eu une amitié aussi sincère et forte. L'idée de perdre cela si elle se laissait aller à son affection pour lui était terrifiante. Seulement, plus le temps passait, plus ses sentiments devenaient incontrôlables.

Dans tous les cas, elle devait éclaircir la situation. Une fois l'ascenseur arrivé à destination, elle se dirigea vers son bureau. Sans même frapper, la jolie policière entra dans la pièce et se planta devant lui.

- Tu es allé parler à ma mère ?Lança-t-elle sans préambule. Junior se figea à cette remarque, se doutant bien qu'elle allait être en colère.

- Oui, écoute, je vois bien que tu es en colère, et je n'aurais sûrement pas dû empiéter sur ta vie privée de cette manière. Je n'ai pas vraiment réfléchi sur le moment, ça a été plus fort que moi.

- Je ne suis pas en colère… Enfin, si un peu… Pas vraiment… En vrai, je n'en sais rien, mais Junior… Pourquoi ?L'interrogea-t-elle complètement perdue. Légèrement rassuré par son absence d'énervement à son encontre, il se leva et se dirigea vers elle.

- Parce que tu souffres,lui répondit-il le plus calmement du monde. Il en avait marre de faire semblant que ça ne l'atteignait pas, de faire semblant de ne rien ressentir. Il l'aimait comme un dingue.

- Ce n'est pas une vraie réponse, Junes. Pourquoi ?Continua Tani plus faiblement. Elle avait le souffle court, le cœur qui battait la chamade et ressentait un léger vertige. Il était proche, vraiment proche d'elle. Suffisamment proche pour qu'elle puisse sentir son odeur enivrante. C'était d'ailleurs en train de la rendre folle.

- Je déteste te voir souffrir, Tani, car je tiens vraiment beaucoup à toi,avoua l'ancien SEAL en soufflant les derniers mots. Il fit un autre pas vers elle, et seuls quelques centimètres les séparaient désormais. Lui aussi était étourdi par cette proximité, mais il n'avait absolument aucune envie de s'arrêter là.

Seulement, sa coéquipière prit peur face à tant de sentiments contradictoires.

- Je… Je dois y aller. On se voit plus tard,souffla-t-elle précipitamment en sortant du bureau, prise de court par la tournure de la situation.

- Tani, attends,cria le policier, souhaitant discuter. Pris par ses sentiments, il avait voulu aller trop vite, et il s'en voulait. Il avait peur d'avoir tout gâché.

Obligés de reprendre le travail en raison d'une recrudescence de crimes, les deux jeunes gens retournèrent sur le terrain avec leurs collègues, sans toutefois s'adresser la parole pour autre chose que pour le travail. Cela n'échappa d'ailleurs pas à leurs collègues. Bien conscients qu'il se passait quelque chose, Quinn organisa une soirée entre filles à La Marianna, tandis que McGarrett invita ses collègues masculins à venir boire une bière chez lui.

C'est avec plaisir que Tani accepta et rejoignit ses collègues vers 18h le soir même. Elles burent quelques cocktails et dansèrent pendant un moment avant de se poser à une table. C'est à ce moment-là que Quinn se décida à lancer la conversation.

- Je me demandais si tout allait bien avec Junior ? Je vous ai trouvés tendus toute l'après-midi, demanda-t-elle un peu inquiète. Elle ne savait pas exactement ce qu'il s'était passé, mais ce n'était définitivement pas le moment pour eux de se brouiller. Tani était trop sur les nerfs pour gérer ça. La jeune femme hésita quelques instants avant de répondre. Seulement, devant leurs regards scrutateurs, elle abandonna l'idée de nier et se dit que peut-être, se confier à ses amies lui ferait du bien.

- Je ne sais pas vraiment, pour être honnête. On a eu un "moment" tout à l'heure et ça m'a un peu fait paniquer,avoua la policière en accentuant les guillemets.

- Définis "moment",rétorqua Noelani intriguée. Vu l'expression qu'arborait sa collègue, ils étaient vraiment à un tournant de leur relation et les conseils qu'elles allaient lui donner pourraient faire toute la différence.

- Tout à l'heure, en rentrant au QG, je suis allée parler à ma mère. Je n'ai pas envie de parler de ça aujourd'hui, on a convenu de se laisser du temps pour décider ce que j'allais faire. Bref… Au fil de la conversation, elle m'a indiqué que Junior était venu la voir pour lui demander de ne plus m'approcher sans mon autorisation. J'étais intriguée par ce comportement, alors je suis allée le voir pour lui demander des explications. Il m'a avoué qu'il détestait me voir souffrir et qu'il tenait énormément à moi, avec un regard peu équivoque, et alors même qu'il était très proche de moi. Je n'ai pas su quoi répondre, et j'ai paniqué, alors je me suis sauvée.

- Effectivement, il s'agit d'un "moment", pour reprendre ton expression. Pourquoi est-ce que tu t'es enfuie ? Je me perds peut-être en conjectures, mais quand on a travaillé ensemble, j'ai eu l'impression que ces sentiments sont réciproques,fit remarquer Juliet, consciente que son amie faisait face à un grand tourment. Gérer des sentiments si puissants pouvait être difficile quand on a souffert par le passé, elle en savait quelque chose. Seulement, rien n'était jamais perdu, et ils étaient tellement jeunes.

- Je ne sais pas. J'ai vraiment des sentiments pour lui, mais dès que je l'ai senti s'approcher pour m'embrasser, j'ai flippé comme une folle. Tout ce que j'avais en tête, c'est combien de temps ça allait prendre pour que je finisse par le perdre. Je dois vraiment vous paraître dingue.

- Non, pas du tout, surtout avec nos métiers, et d'autant plus avec ce que tu nous as raconté sur ta mère. Seulement, il ne faut pas que cela t'empêche de vivre ta vie. Vous méritez tous les deux d'être heureux, et vous pourriez vivre une très belle histoire,ajouta la belle détective privée.

- Higgins a raison. On ne peut jamais prédire l'avenir et ce qu'il se passera par la suite, et c'est justement pour ça que tu ne peux pas te mettre de freins. Rien ne nous dit que vous ne serez pas toujours fous amoureux et très heureux dans 20 ans,ajouta Quinn.

- Puis, on parle de Junior ici. C'est probablement l'homme le plus droit, solide et honnête qu'il existe. Tu peux avoir une totale confiance en lui,termina Noelani bienveillante.

- Je sais… C'est en moi que je n'ai pas confiance pour ne pas tout gâcher.

- Tu ne le feras pas, j'en suis sûr, puis on t'y aidera au besoin,conclut la coéquipière avec un petit air malicieux pour détendre l'atmosphère.

Les quatre femmes continuèrent à discuter un court instant, mais Tani n'était vraiment pas concentrée. La belle brune se sentait reconnaissante d'avoir un groupe d'amies aussi attentionnées, et elle savait qu'elles avaient raison. De plus, elle ne pouvait plus cacher ses sentiments. C'était devenu bien trop dur. La policière se perdit un instant dans ses pensées avant d'en venir à la conclusion qu'elle devait agir.

- Dites les filles, j'apprécie la soirée, mais je vais y aller,annonça-t-elle résolue à aller à la rencontre de son collègue. Ses interlocutrices allaient objecter avant de réaliser où elle se rendait.

- Absolument, files et ne te préoccupe pas de nous,rétorqua la médecin légiste.

- Oui, enfin, on veut tous les détails dès demain,ajouta malicieusement Quinn, provoquant l'hilarité du groupe.

En souriant, l'officier Rey se précipita vers sa voiture. Elle monta dans le véhicule et prit la direction de la maison que Junior partageait avec le commandant McGarret. Pendant tout le trajet, elle sentit l'angoisse monter. Les prochaines heures seraient déterminantes pour la suite de sa relation, et c'était terrifiant. Pour autant, elle restait persuadée qu'être honnête avec elle-même était la meilleure solution.

Une bonne quinzaine de minutes plus tard, elle arriva devant la bâtisse, très angoissée. Elle ne savait pas ce qui allait se passer par la suite, mais ça changerait sûrement leur relation toute entière.