Deuxième texte de cette Nuit du FoF dans la foulée, écrit cette fois-ci sur un thème qui m'a bien fait sourire : Perversion :D Je ne suis jamais très sûre de moi avec ce couple, mais cette fois-ci je me suis vraiment bien amusée ! Un grand merci à Zofra pour son avis et sa validation x3 J'essaie de revenir très vite avec au moins un troisième petit texte !

Personnages/Pairings : Rensuke Kunigami/Hyôma Chigiri
Rating : T


11 : La limite à ne pas franchir

Debout dans les vestiaires de l'équipe Z de Blue Lock, son pantalon de survêtement enfilé mais encore torse nu, le poing serré sur son sweatshirt qui n'attend que d'être passé à son tour, Rensuke laisse un instant son regard se perdre dans le vague à l'arrière de son casier et résiste vaillamment, de toutes ses forces, à la crise existentielle approchante.

Cela fait des années- Non, cela fait plus de dix ans qu'il joue au football, tous les jours de la semaine et par n'importe quel temps, au point de n'avoir jamais douté qu'il y consacrerait sa vie. Tout comme cela fait des années aussi, au moins trois ou quatre ans il lui semble, qu'il a conscience de ressentir de l'attirance aussi facilement pour les filles que pour les autres garçons, dans les inconnus sur lesquels ses yeux s'arrêtent malgré lui dans la rue, dans la façon dont ses rêves sont peuplés autant des uns que des autres. Mais en toutes ces années de vestiaires communs et de douches partagées, de camps d'entraînement à la dure et de soirées où la pudeur n'est qu'un lointain souvenir, jamais il n'a enfreint la règle qu'il s'est depuis toujours imposée à lui-même, jamais il n'a eu ne serait-ce qu'à y réfléchir- pas une seule fois-

Éviter toute remarque, tout compliment qui pourrait être mal interprété. Épargner à ses coéquipiers tout regard trop appuyé, tout coup d'œil plus long que nécessaire. Juste- Ne pas les voir comme ça, peu importe à quel point ils s'entendent sur le terrain, ne pas les considérer comme…
D'autres mecs, en dehors de l'équipe, si possible en dehors du lycée, pourquoi pas. S'il en a envie. Pas qu'il soit déjà sorti avec un garçon, mais bon. Ça ne lui poserait pas de problème, il n'en aurait pas honte. Mais pas les coéquipiers – pour la bonne entente de l'équipe, c'est nécessaire, pour garantir leur victoire, c'est non.

Et ça a toujours été non, sans hésiter. Comme une évidence. Sans même qu'il ait besoin de se retenir de faire quoi que ce soit.
Alors pourquoi faut-il que ce soit tellement, tellement différent avec Chigiri Hyôma ?

… Rensuke connaît la réponse, en vérité. C'est quelque chose dans sa silhouette – sa taille mince pour ses abdominaux marqués, ses épaules étroites mais aussi dignes que solides, ses jambes dont la souplesse ne cache que mieux encore la puissance… Cette cascade de cheveux rouges et brillants sur sa peau pâle, dont Rensuke sait qu'ils sont aussi soyeux que cette peau est douce, et surtout lorsqu'il y passe ses longs doigts délicats et qu'il les relève- En queue de cheval ou en chignon ou simplement tressés sur l'une de ses épaules, peu importe, comme il le souhaite, tant qu'ainsi il dévoile sa nuque claire, la naissance de sa crinière vive-
Rien que d'y penser, Rensuke tressaille et se force aussitôt à se reprendre. Non, Chigiri n'a rien fait, merde – s'il y a une réponse, si seulement il existe une véritable réponse à l'envie irrépressible qui le prend de laisser traîner son regard précisément là où il ne le devrait pas sitôt que Chigiri se trouve dans les parages, c'est qu'il n'est qu'un sale pervers, c'est tout ! Et alors quoi, si Chigiri veut glisser la main sous son maillot à la mi-temps, le soulever pour éponger son visage, révéler son ventre musclé ? S'il a envie de mêler ses doigts à ses cheveux une fois la victoire remportée, de les rejeter d'un coup en arrière, de dégager sa nuque parfaite ; et même à moitié nu après la douche, s'il prend son temps pour enfiler ses vêtements un à un, s'il fait courir le bout de ses doigts aux ongles soignés le long de sa propre peau laiteuse… Si lorsque leurs yeux s'attrapent par inadvertance, il choisit de lui répondre d'un clin d'œil…

Lorsqu'il a commencé le foot, toutes ces années auparavant, Rensuke a décidé qu'il serait un héros. Mais là, il a de la peine à imaginer quoi que ce soit de moins héroïque que de reluquer sans leur consentement les mecs de son équipe dans les vestiaires, merde – alors il faut qu'il arrête. Qu'il le veuille ou non, songe-t-il en refermant les yeux, en serrant plus fort encore le poing sur son sweatshirt toujours pas enfilé, il n'a pas le choix : crise existentielle ou pas, qu'importe que Chigiri soit plus canon que le plus canon des mecs de ses rêves les plus fous, il doit résister, ne serait-ce que par respect pour celui qui, plus qu'un simple coéquipier, est désormais un ami, et…

(… et debout dans les vestiaires de l'équipe Z de Blue Lock, à quelques pas de Rensuke, son pantalon de survêtement intentionnellement bas autour de ses hanches fines et son sweatshirt encore sur le banc tandis qu'il joue avec ses cheveux bien plus qu'il ne les coiffe, Chigiri Hyôma esquisse un sourire amusé. Aujourd'hui encore, son adorable héros lutte vaillamment, de toutes ses forces pour empêcher ses yeux ardents d'effectuer mille et un allers-retours jusqu'à lui, mais rien n'y fait – et Hyôma sait qu'à force, oh, dans peu de temps, il le fera craquer…
Mais d'ici là, c'est plus fort que lui ; tel le prédateur qui lui a donné son prénom, il ne peut simplement pas s'empêcher d'avoir envie de jouer encore un peu avec sa proie avant de la dévorer.)