J'ai réussi à glisser un troisième petit texte in extremis avant la deadline de cette Nuit du FoF ! Yeess ! Voici donc un OS écrit sur le thème Délicat c: Un grand merci Zofra pour ta relecture nocturne et ton avis ! Ça m'a bien rassurée !
Personnages/Pairings : Yoichi Isagi/Michaël Kaiser
Rating : T
12 : Entre question et réponse
Quelque part à mi-chemin des centaines de kilomètres qui séparent Munich de Paris, dans leur car perdu sur l'une des innombrables routes de campagne qui tapissent l'Europe, toutes différentes et pourtant si semblables les unes aux autres, Yoichi inspire profondément et lève un regard pensif au plafond. Bon. Cela fait des mois qu'il évite soigneusement de trop y réfléchir, mais… Après toutes ces semaines et ses semaines à éluder à chaque fois la question… Argh, il a horreur de le reconnaître – et pourtant, aujourd'hui plus que jamais, il a l'impression qu'il ne peut plus faire autrement. Qu'il le veuille ou non…
… Qu'il le veuille ou non, il y a quelque chose entre Kaiser, l'insupportable Michaël Kaiser et lui, hein ?
Rah-
Non, bien sûr que non ! Avec n'importe qui d'autre, peut-être, avec un garçon, sans doute, en tout cas de façon beaucoup plus probable qu'avec une fille, aussi objectivement mignonne soit-elle, mais- Pas Kaiser, non ! Qui vous voulez, vraiment, sauf Kaiser. Ce foutu Kaiser imbu de lui-même et vantard, empêcheur de jouer au foot tranquille, que Yoichi déteste depuis la première fois que leurs regards se sont croisés – celui qui a pourri toute son expérience de la Neo Egoist League de Blue Lock, peu importe à quel point il l'a aussi poussé à se surpasser… Celui qui s'est arrogé le droit de le suivre jusque dans le club professionnel de son choix, peu importe qu'il y ait signé le premier et qu'il ait juste décidé d'y rester…
Et bien sûr, depuis qu'ils vivent tous les deux dans la même ville, ils se côtoient régulièrement, mais. Mais. Ce n'est jamais de gaieté de cœur pour autant, d'accord ?! Et c'est vrai, il y a eu ces quelques fois où ils sont rentrés ensemble après des soirées un peu tardives, un peu alcoolisées, mais… Même ces très très rares fois où, sans réfléchir sur le pas de la porte, ils se sont peut-être un peu embrassés, juste une seconde ou deux ou quinze… Ça ne voulait rien dire ! C'est clair !
… Ça voulait en dire bien moins que la situation dans laquelle ils se trouvent maintenant, en tout cas. Les lumières habituellement vives du car du Bastard München presque éteintes, au bout d'heures et d'heures de route en pleine nuit, le silence tout autour d'eux, enfin, pour autant qu'on parvienne à ignorer Grim ou Birkenstock qui ronfle quelques rangs plus loin, et…
Et la tête de Michaël appuyée contre l'épaule de Yoichi. Son bras pressé le long du sien. Ses doigts tièdes, à même le tissu du siège – immobiles, ne frémissant parfois qu'au rythme de son souffle régulier, et qui effleurent doucement le dos de sa main.
Il dort. Évidemment qu'il dort – jamais il ne laisserait un truc pareil se produire éveillé. Mais le problème, ce n'est pas qu'il dorme, c'est que…
J- Jamais il n'aurait dû se trouver là, pour commencer ! Cet enfoiré ! Il s'était assis à côté de son éperdument fidèle Ness, à l'origine, contre la fenêtre de l'autre côté du couloir ; ce n'est que lorsqu'il a vu Yoichi s'installer en face qu'il n'a pas pu s'empêcher de se précipiter pour se glisser dans le siège où il venait de déposer ses affaires, bien sûr, juste pour l'emmerder- Alors quoi ?! Yoichi n'allait pas changer de placer pour ça, non plus, ça lui aurait fait trop plaisir ! Puis une chose en entraînant une autre, le car avait fini par démarrer, et… Allez savoir pourquoi, aucun d'eux ne s'était déplacé, en fin de compte, mais…
Les joues soudain trop chaudes à son goût, Yoichi baisse les yeux et se retient de secouer la tête, ne serait-ce que pour chasser cette foutue question de ses pensées. Il ne manquerait plus qu'un geste trop brusque réveille Kaiser, et… Nope. Hors de question. Rien qu'à cette idée, Yoichi… Non non non non.
Au lieu de ça, d'un bref regard, il vérifie plutôt ce que fiche Ness sur la rangée d'en face, mais lui aussi a l'air de bien dormir – les bras sagement croisés et la tête penchée contre son torse. Tiens donc. Et en même temps, ce n'est peut-être pas plus mal – car lui aussi, s'il venait à ouvrir les yeux… à tourner la tête… à les voir comme ça, Michaël et lui… Brr. Ce serait peut-être marrant deux minutes, c'est vrai, de le voir écarquiller les yeux à les faire sortir de leurs orbites et de l'écouter s'étrangler d'outrage, mais ce n'est pas pour autant qu'il n'essaierait pas de l'assassiner pour avoir osé toucher à son précieux Kaiser juste après, et Yoichi tenait à la vie, merci- Et puis…
Et puis.
Au milieu de la nuit, comme ça, plongé dans l'ombre et le secret que ne troublent que les lampadaires que le car dépasse parfois, moins souvent qu'on pourrait le croire, être aperçu par Ness ou attirer l'attention de n'importe qui d'autre… se faire remarquer d'un coéquipier, que ça l'enrage ou que ça l'amuse, pour peu que ça crée le moindre bruit… Ça reviendrait à réveiller Kaiser, ça aussi. Là encore. À nouveau. Merde.
Les sourcils froncés, le cœur battant plus vite qu'il ne devrait, connerie, Yoichi ferme les yeux, les rouvre, jette un nouveau coup d'œil à Ness, jette un nouveau coup d'œil au plafond et se recentre. Hésite, hésite, et puis craque – et esquisse un regard en direction de Kaiser. Michaël. Profondément endormi sur son épaule. Qui devrait avoir l'air stupide avec ses lèvres entrouvertes et son nez légèrement plissé, du genre à faire la grimace même quand il dort, mais bien sûr il faut que ce connard soit injustement beau même dans son sommeil- Avec ses traits fins et sa peau pâle et le rayon de lumière douce à l'extérieur qui strie son visage parfait en un éclair, juste assez longtemps pour laisser à Yoichi l'envie de l'admirer encore- Merde, merde !
Il a déjà embrassé ces lèvres, par le passé. N'est pas aussi réfractaire à l'idée de recommencer qu'il le devrait, d'ailleurs. Et ça le tue de le reconnaître- Vraiment, qu'on ne compte pas sur lui pour en parler à voix haute, plutôt crever- Mais… Dans ces instants transitoires, délicat équilibre entre Munich et Paris, ce qu'il voudrait ressentir et ce qu'il ressent réellement, la fin d'une journée et le début d'une autre ; alors qu'un mouvement pourrait faire tout basculer… qu'une seule parole ferait définitivement tout basculer…
Yoichi déglutit, et choisit de doucement, tout doucement mêler ses doigts à ceux du sale type insupportable qui a eu le culot de s'endormir sur son épaule et de faire s'emballer son cœur dans sa poitrine. Tant qu'il ne se réveille pas, au final… Tant que Yoichi lui-même ne s'endort pas… Tant que rien ne change et que demain matin n'arrive jamais…
(Il y a sans doute quelque chose entre Michaël, l'irrésistible Michaël Kaiser et lui, oui. Et le pire, dans tout ça, c'est que- Peut-être bien qu'il en a envie.)
