Merci à Zofra d'avoir validé ce petit texte un peu bêta :P

Personnages/Pairings : Seishirô Nagi/Reo Mikage
Rating : K


17 : Mon cœur ne s'emballera plus

Troublé, l'esprit assailli de mille et une réflexions, Reo ne s'arrête soudain de faire les cent pas dans sa chambre que pour poser les mains sur ses hanches et s'autoriser un long, long soupir. Rares sont les situations qui lui paraissent aussi difficilement solubles, et pourtant... Cette fois-ci...
Il appuie une paume contre son front, serre les dents, et malgré ça il a à peine le temps d'y songer qu'il sent une chaleur qu'il connaît bien lui monter aux joues. Nagi.

Le problème, avec Nagi, c'est que rien ni personne ne sait faire s'emballer le cœur de Reo mieux que lui. Que ce soit lorsqu'il faut le traîner à l'entraînement, tous les jours, et qu'il prend sa petite moue boudeuse en même temps qu'il se plaint d'être déjà fatigué de sa journée de cours ; quand il s'endort durant les cours en question, justement, et que Reo le réveille discrètement et qu'il cligne de ses paupières toutes collées de sommeil en marmonnant un truc qui sonne comme gné ; mais aussi durant l'entraînement, sur le terrain, lorsqu'il se concentre enfin... Lorsque c'est Reo qui dirige leur stratégie, et que ses grands yeux gris bien ouverts sont rivés sur lui... Lorsqu'il marque, à chaque fois, avec un timing parfait, et qu'il a l'air tellement- cool- Jusqu'à ce qu'il se retourne et qu'il interroge Reo du regard, l'air de dire, encore combien de buts, ou alors, félicite-moi, maintenant, s'il te plaît-
Et ce ne sont là que quelques exemples – parce qu'il fait ça de façon on ne peut plus naturelle, au quotidien. À chaque minute de tous les jours qu'ils passent ensemble, ce qui revient à dire tous les jours tout court, dans ses regards, son attitude, les rares mots qu'il n'a pas la flemme de prononcer... À chaque fois, le cœur de Reo manque un battement, avant de repartir de plus belle. Et Reo sait bien qu'il est amoureux- Il lui a fallu un peu de temps pour oser mettre ce mot sur ce qu'il ressent, au début, mais ces élans d'affection qui lui compressent la poitrine, cette euphorie qui lui tord l'estomac à chaque fois, ça ne peut être que de l'amour- C'est juste que si on lui avait dit que ce serait ça, l'amour... Se laisser déstabiliser aussi facilement, et tout le temps... S'il avait su...

Nouveau soupir. S'il avait su, il n'aurait rien fait, bien sûr que non – car malgré tout c'est d'aimer Nagi qui le fait sourire chaque matin lorsqu'il se réveille, à se faire mal aux joues rien qu'en sachant qu'il va le voir aujourd'hui. Dix-sept ans de vie, et jamais il ne s'est senti aussi à l'aise avec quelqu'un, aussi à sa place, aussi... heureux. Alors-

Le problème cerné, la solution est simple, en vérité. Ça ne peut pas continuer comme ça. En tant qu'héritier du nom et de la fortune Mikage- Non, même juste en tant que Reo, le capitaine du club de football du lycée Hakuho, il ne peut pas continuer d'accepter ça. De se laisser étourdir et envoûter à chaque fois. Il sait ce qu'il veut, merde- Il veut Nagi, à ses côtés, dans son équipe au foot comme dans tout le reste. Et puisqu'il n'existe rien au monde qui soit hors de sa portée, pas tant qu'il en a vraiment envie, pas tant qu'il est prêt à consacrer le temps et les efforts nécessaires pour l'obtenir...

Ce ne sera pas facile, certainement pas. Rien ne lui garantit que Nagi ait la moindre prédisposition à s'intéresser à lui de cette façon, après tout. Pour ce qu'il en sait, il est même tout à fait possible qu'il ne soit pas attiré par les hommes du tout ; s'il devait formuler une hypothèse, d'ailleurs, Reo l'imaginerait très bien asexuel ou quelque chose du style ; mais ça ne fait rien. La probabilité qu'il réussisse malgré tout ne peut pas être bien moins élevée que celle qu'ils ont de gagner la Coupe du Monde. Et puisque Nagi et lui vont la remporter, un jour, il le sait...

Résigné, Reo s'assied sur son grand lit puis se laisse tomber en arrière, les yeux fermés. Les images d'ores et déjà tout en couleurs sous ses paupières.
À partir de demain, c'est lui qui va faire chavirer Nagi. Lui sourire de ses plus beaux sourires, et renverser son univers. Oh oui – passer le plus clair de son temps avec lui ne suffira pas, il faudra aussi refuser les invitations des autres, devant lui, pour que ça soit clair. (Ce n'est pas comme s'il avait jamais eu envie de les accepter, de toute manière.) Oh, et puis, cesser d'hésiter à se rapprocher de lui- Pour autant que ça ne le mette pas mal à l'aise, bien sûr, mais- Reo se voit déjà frôler son épaule de la sienne en le retrouvant, le matin. Poser la main dans son dos, l'y laisser un tout petit peu trop longtemps. Peut-être même aller jusqu'à attraper son bras, le serrer contre lui, pour le tirer jusqu'en classe ou sur le terrain – lacer ses crampons pour lui, et proposer de le porter, aussi ! Il l'a déjà fait. Mais ça pourrait devenir une habitude. Une excuse pour qu'il sente sa chaleur contre lui.
Lui accorder encore plus d'attention, ensuite. Prendre encore plus soin de lui. Partager son bentô du midi avec lui, mais en lui tendant directement les baguettes, avec un aah qui le laissera sans voix ! S'autoriser tous les rires attendris qui lui brûlent la gorge, et replacer les mèches blanches en bataille derrière ses oreilles, aussi. L'inviter chez lui pour lui faire la cuisine ; l'emmener faire du shopping à Harajuku ; tout ça, encore plus souvent, dans la limousine conduite par Baaya- !

Un sourire intenable aux lèvres, presque grisé de hâte, Reo balance un bras par-dessus ses yeux toujours clos et s'efforce de calmer son cœur battant. Et en même temps, qu'il en profite, car à partir de demain, c'est sûr, ce n'est plus son cœur à lui qui tambourinera comme ça dans sa poitrine- Plus ses émotions qui se déchaîneront au point de lui faire tourner la tête-
Non, dès demain, et tous les jours suivants, c'est Nagi qui ne pourra pas lui résister. Nagi qui n'osera plus détourner le regard, hypnotisé par ses gestes à lui – Nagi qui va sombrer, plus loin, plus vite encore que Reo lui-même n'était tombé.

(Mais au moment où il prend ces bonnes résolutions, sa détermination plus forte que jamais, Reo ne sait pas encore- N'imagine pas un instant que dans quelques mois, au moment où il ne s'y attendra pas-
Un dimanche après-midi qu'ils seront chez Nagi, Nagi allongé sur ses genoux, Reo la main dans ses cheveux, il suffira d'une question. De deux grands yeux gris courageusement détachés de l'écran d'un téléphone portable, plongés dans les siens, on ne peut plus sincères. Hé, Reo... Pourquoi est-ce qu'on s'est toujours pas embrassés, au fait ?
... Et ce jour-là, à nouveau, le cœur de Reo s'emballera, pour toutes les fois jusqu'alors où il aura tenté de l'en empêcher.)