Beacon Hills s'était enveloppée d'un calme trompeur après l'incendie des Hale, mais John Stilinski savait que cette tranquillité n'était qu'une façade. La tragédie avait laissé des cicatrices invisibles sur la ville, et bien que les Hale soient en vie, il était évident que leur famille avait été profondément ébranlée. La maison incendiée, les regards perdus de Talia, la douleur dans les yeux de Derek – tout cela restait gravé dans son esprit.
Pourtant, ce matin-là, John devait mettre de côté ses réflexions. La vie continuait, et son rôle de shérif l'appelait à reprendre son travail quotidien. Il déposa Stiles chez un voisin, Mrs. Randall, une femme âgée et bienveillante qui adorait son fils, avant de se rendre au bureau.
Mais même en conduisant, ses pensées revenaient sans cesse à l'incendie. Il n'arrivait pas à se débarrasser de l'impression que quelque chose d'important lui échappait.

Alors qu'il s'installait à son bureau, une voix familière résonna depuis l'accueil.
« Derek Hale est ici pour vous voir, » annonça la réceptionniste.
John fronça les sourcils. Derek n'était pas venu au poste depuis l'incendie. Intrigué, il invita le jeune homme à entrer. Derek semblait plus calme que lors de leur dernière rencontre, mais ses épaules étaient toujours voûtées par un poids invisible.
« Derek, que puis-je faire pour toi ? » demanda John en se levant.
Derek hésita, son regard évitant celui du shérif.
« Je… Je dois vous parler de quelqu'un, » finit-il par dire, sa voix tremblante.
John s'assit, adoptant une posture plus détendue pour ne pas le brusquer.
« Prends ton temps, Derek. Je t'écoute. »
Le jeune homme hocha la tête, prenant une grande inspiration avant de continuer.
« Avant l'incendie… il y avait une femme. Elle… elle m'a approché. Elle disait qu'elle voulait me connaître, qu'elle m'aimait bien. Elle a été gentille avec moi, et… »
Derek baissa les yeux, ses épaules se voûtant sous le poids de ce qu'il s'apprêtait à dire. Il semblait lutter contre lui-même, hésitant entre parler et garder le silence.
« Elle… elle m'a fait croire qu'elle m'aimait, » finit-il par murmurer, sa voix rauque, presque inaudible.
John resta immobile, son cœur se serrant à la vue de l'adolescent visiblement brisé devant lui. Il savait qu'il devait le laisser parler à son rythme.
« Elle disait qu'elle me comprenait, qu'elle voulait m'aider. Elle… elle était gentille avec moi. Trop gentille. »
Il prit une profonde inspiration, ses mains se contractant nerveusement sur ses genoux.
« On passait du temps ensemble. Elle… elle m'a embrassé. Elle… »
Il s'interrompit, incapable de terminer sa phrase, son regard fixé sur un point invisible au sol. John sentit une vague de colère froide monter en lui, dirigée uniquement contre cette femme. Il s'efforça de garder sa voix calme et posée.
« Derek, ce n'est pas ta faute, » dit-il doucement, mais fermement.
Derek secoua la tête, ses yeux brillants d'émotion.
« Elle voulait juste des informations, » lâcha-t-il, sa voix brisée par la honte. « Elle posait des questions sur ma famille, sur nos réunions, sur qui serait là… Je pensais qu'elle voulait juste être avec moi. Mais tout ce qu'elle voulait, c'était… »
Il se tut, incapable de continuer.
John se pencha légèrement en avant, croisant le regard de Derek avec une détermination calme.
« Ce qu'elle a fait est inacceptable. Elle t'a manipulé, Derek. Ce n'est pas toi le coupable ici, c'est elle. Et je vais m'assurer qu'elle réponde de ses actes. »
Derek releva les yeux vers lui, cherchant une lueur d'espoir dans les paroles du shérif.
« Vous… vous pensez vraiment qu'elle peut être arrêtée ? » demanda-t-il, sa voix pleine d'un mélange de doute et de désespoir.
« Je le promets, » répondit John, sa voix empreinte d'une conviction inébranlable.
« Derek, peux-tu me donner son nom ? » demanda-t-il doucement.
Derek hocha la tête, les poings serrés.
« Elle s'appelle Kate. Kate Argent. »
Le nom résonna dans l'esprit de John comme une alarme. Argent. Il connaissait ce nom, mais il ne savait pas encore pourquoi. Derek releva les yeux, les larmes menaçant de couler.
« Si je ne lui avais rien dit, elle n'aurait pas su pour la réunion. Tout ça, c'est à cause de moi. »
John posa une main sur son épaule.
« Non, Derek. La seule personne responsable, c'est elle. Et je vais m'assurer qu'elle ne puisse plus jamais faire ça. »

Après le départ de Derek, John se plongea dans ses dossiers, cherchant tout ce qu'il pouvait trouver sur les Argent. Ce nom ne lui était pas inconnu, mais il ne trouvait aucune mention récente de cette famille dans les registres officiels de Beacon Hills. Pourtant, son instinct lui disait qu'ils étaient liés à l'incendie.
Il fit appel à une de ses contacts au bureau du shérif d'une ville voisine, espérant obtenir plus d'informations.
« Argent ? » répondit la voix à l'autre bout du fil. « Oui, je connais ce nom. Ils sont connus pour être… disons, un peu particuliers. Ils vivent principalement dans des régions isolées, mais ils bougent beaucoup. »
John fronça les sourcils.
« Particuliers comment ? »
« Je ne sais pas exactement, mais ils ont une réputation étrange. Toujours discrets, mais…certains disent qu'ils s'intéressent à des choses inhabituelles. »
John remercia son contact et raccrocha, frustré. Cela ne faisait qu'ajouter à ses soupçons sans fournir de réponses concrètes.

Le soir même, John décida de rendre visite à la famille Hale pour leur parler des nouvelles informations. Il savait que Talia serait réticente à partager quoi que ce soit, mais il ne pouvait pas garder ses soupçons pour lui.
Lorsqu'il arriva chez eux, il trouva la maison pleine de vie. Les Hale semblaient essayer de reprendre une routine normale malgré les événements récents. Talia l'accueillit avec un sourire poli, mais John pouvait sentir sa méfiance.
« Shérif, que puis-je faire pour vous ? » demanda-t-elle.
« Je voulais vous parler de l'incendie, » dit-il doucement. « J'ai des raisons de croire qu'il a été provoqué. »
Talia resta impassible, mais John vit un éclair de colère dans ses yeux.
« Et vous pensez que nous ne le savions pas ? » répondit-elle d'une voix calme mais tranchante.
John hocha la tête, reconnaissant la force qu'elle dégageait.
« Derek m'a parlé d'une femme qu'il a vue avant l'incendie. Une certaine Kate Argent. Ce nom vous dit quelque chose ? »
Talia se figea.
« Argent… » murmura-t-elle, presque pour elle-même.
John attendit qu'elle continue, mais elle resta silencieuse, les mâchoires serrées.
« Talia, si vous savez quelque chose, vous devez me le dire. Je veux vous aider, mais je ne peux pas le faire si vous ne me faites pas confiance. »
Elle le regarda longuement, comme si elle pesait le pour et le contre.
« Les Argent sont dangereux, » finit-elle par dire. « Ils prétendent protéger les gens, mais ils détruisent tout sur leur passage. »
John sentit son cœur se serrer. Il avait l'impression d'entrer dans un monde qu'il ne comprenait pas encore, mais il savait qu'il ne pouvait pas reculer.

En rentrant chez lui, John ne pouvait s'empêcher de repasser en boucle tout ce qu'il avait appris. Les Hale, l'incendie, Kate Argent… Chaque élément semblait s'imbriquer dans un puzzle dont il ne voyait pas encore l'image complète. Mais une chose était certaine : Kate n'était pas une simple spectatrice. Elle avait joué un rôle, et ce rôle était loin d'être innocent.
Il se rappela le témoignage de Derek, ses mots entrecoupés de honte et de douleur. Le simple fait qu'elle ait manipulé un adolescent, qu'elle ait profité de sa confiance pour obtenir des informations, était déjà révoltant. Mais ce qu'elle avait fait allait bien au-delà. Elle avait franchi une limite inacceptable, une limite légale et morale.
John serra les poings en repensant à son sourire, à son attitude détachée, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Tout en elle criait qu'elle était dangereuse, une prédatrice qui n'hésitait pas à exploiter les plus vulnérables pour parvenir à ses fins.
Il n'avait pas encore de preuves concrètes de son implication dans l'incendie, mais ce qu'elle avait fait à Derek suffisait pour agir. Elle avait commis un crime, et il comptait bien la poursuivre pour cela. Peu importait à quel point elle semblait intouchable ou combien de personnes essaieraient de la protéger.
John se promit de ne pas laisser cette affaire de côté. Derek méritait justice, et Kate Argent devait répondre de ses actes.

Alors qu'il s'asseyait dans son fauteuil, Stiles vint s'installer à ses côtés, un livre à la main.
« Papa, tu as l'air fatigué, » dit-il en levant les yeux vers lui.
John sourit faiblement.
« Juste une longue journée, fiston. »
Mais même alors qu'il essayait de se détendre, son esprit restait fixé sur l'incendie, sur les Hale, et sur Kate Argent. Il savait que cette histoire était loin d'être terminée.