Bonjour à toutes et à tous !

J'ai une question pour celles et ceux qui postent des fanfictions ici, sur fanfiction point net. Depuis quelques temps, dès que je poste le moindre chapitre, je reçois des propositions (anglophones) de personnes qui veulent me vendre des "artworks" pour les vignettes de présentation. Est-ce que vous avez ça aussi dans vos messages privés ? Vu le nombre que j'en reçois, avec des red flags assez frappants (le nom de la fanfiction est entre parenthèse, ou le nom des personnages est celui qu'on retrouve dans les menus déroulants type "Tony S." plutôt que "Tony Stark", ou encore, quand on répond, les personnes demandent à discuter sur un autre réseau social), j'ai bien l'impression que ce sont des arnaques.

Cela étant dit, place à l'histoire !

Bonne lecture !


Silence, ça tourne!

Chapitre 5

Sur le trajet qui le menait au manoir, Loki somnola, éreinté par l'effort physique. Pour une fois, Wade ne chercha pas à faire l'imbécile et le laissa dans le silence. Il l'aida même à sortir de la voiture et à marcher lentement vers la cuisine.

«Peter! appela Wade. Viens m'aider. Loki subit son premier contrecoup.»

On lui fit boire du jus d'orange coupé à l'eau fraîche, puis manger une barre multivitaminée. Enfin, Wade et Peter le guidèrent jusqu'à sa chambre et son lit. Après un déshabillage sommaire, ils l'allongèrent et Loki s'endormit, comme un homme ivre.

Il fut surpris d'être réveillé le lendemain matin par son réveil. Il avait dormi quinze heures! Il sortit de sa chambre presque avec appréhension et tomba sur Tony qui prenait son café dans la cuisine.

«Ah! La souche se réveille! Bien dormi?

—Nous sommes en quelle année? demanda Loki, pince-sans-rire.

—En l'an de grâce deux-mille-soixante-six, mon seigneur, répondit Tony sur le même ton. Et nous partons pour une nouvelle journée de tournage dans vingt minutes.»

Loki avala café et petit-déjeuner avant de rejoindre le réalisateur dans sa voiture.

«Alors, cette première scène acrobatique?

—C'est plus fatigant que ce que je pensais, admit Loki. C'est très différent du théâtre en tout cas.

—Je ne me rends pas compte, je n'ai jamais fait de théâtre, répondit distraitement Tony.

—Les répétitions peuvent être fatigantes, expliqua Loki. Mais les costumes et le maquillage sont réservés aux représentations. On n'est pas obligé non plus de rester dans le personnage toute la journée. Une représentation dure deux ou trois heures grand maximum, pour des pièces particulièrement longues. Sans même parler du sexe.

—Quoi, le sexe? demanda Tony soudainement plus investi dans la conversation.

—Je dirais que c'est plaisant, surtout parce que pour moi c'est nouveau, et briser les interdits a toujours été mon hobby préféré. Mais j'ai peur de me lasser.

—Te lasser du sexe?

—Me lasser du sexe en plateau. Ce n'est pas exactement… rassasiant.»

Tony émit un son vague.

«Ce n'est pas… ce que tu cherches.

—Je ne sais même pas ce que je cherche, marmonna Loki. Je sais ce que je veux, à court ou moyen terme, mais à part ça… Je sais juste que, tourner pour toi et pour les productions ARC reactor, ce n'est pas une carrière que je veux explorer très longtemps.»

Se rendant compte de ce qu'il disait et à qui il le disait, il se rattrapa:

«Je finirai le film, et j'espère te donner satisfaction, mais je ne pense pas rempiler.

—Tu n'as pas beaucoup exploré les différents aspects du métier, sourit Tony avec indulgence. Peut-être que la scène d'aujourd'hui te fera changer d'avis? C'est une scène d'amour cette fois.

—J'aime jouer la comédie, et jouer avec les normes sociales, mais cela ne me semble pas… je ne sais pas. Pérenne? Jouer la comédie, je pourrais faire ça toute ma vie. La partie sexuelle… Il y a la préparation physique, et les entraînements en solitaire. J'ai l'impression qu'il s'agit bien plus d'une carrière athlétique, en fait. Et le sport, ça n'a jamais été vraiment mon truc. Je me maintiens en forme, mais sans plus.

—Hmm. Je vois. L'analogie est pertinente. La plupart des gens baisent pour le plaisir. Certains s'y investissent plus que d'autres, mais quand ça devient un métier, il faut une préparation rigoureuse, et des encadrants pour s'assurer que tout se passe bien. J'adhère à ton idée. C'est une manière intéressante de voir les choses. Un athlète va parfois éprouver énormément de plaisir à concourir, parfois ce sera l'enfer, et la plupart du temps, on se trouve dans un entre-deux.

—Sans même parler d'orgasme. Juste de plaisir.

—Oh, oui. L'orgasme lors d'un tournage est un mythe. Je parle bien de tournage, hein. Pas de sextape. Là, c'est différent. Dans un tournage, l'acte est constamment interrompu pour essayer de nouvelles choses, d'autres intentions, d'autres positions, et puis aussi pour cacher le fait que les acteurs sont parfois… pas dedans.»

Loki ricana.

«Le jeu de mots était délibéré, sourit Tony. J'évite de faire prendre des substances à mes acteurs, parce que ça a un impact très négatif sur leur santé, et c'est vraiment pas dans mes valeurs ni dans la philosophie de l'entreprise.

—Plein de gens pensent que l'éjaculation masculine est un orgasme, remarqua Loki. Et que l'orgasme féminin est facile à simuler.

—Les deux sont faux, grogna Tony. Oui, les femmes peuvent pousser des cris d'orfraie pour faire croire qu'elles jouissent, et même le squirting peut être mis en scène, mais va simuler les spasmes involontaires des muscles du périnée et du plancher pelvien. Quant à l'éjaculation, déjà, n'importe quel proctologue te dira le contraire, et ensuite, le cinéma, c'est de la triche. Point final. Alors oui, la plupart du temps, on préfère quand les acteurs sont performants, pour le moneyshot. Mais quand ça veut pas, ça veut pas, et on a des moyens de faire croire qu'il y a éjaculation. Si ça t'amuse, je demanderai à Rocket de te montrer les accessoires de trucage. Certains valent vraiment le coup d'œil.»

Une fois arrivé aux studios, Iron Man récapitula brièvement l'après-midi précédente. Ils avaient filmé la fuite d'Artemis au milieu d'un incendie provoqué par le secrétaire et amant jaloux d'Alister. Cela avait détruit une partie du décor, car une majorité des flammes, même contrôlées, étaient réelles.

«Mais ça va nous permettre de tourner la scène de cet après-midi. Alister et Artemis vont se retrouver dans les ruines de leur palais. C'est la scène de clôture donc Eskill et Edda, j'espère que vous avez appris votre texte.»

Les deux acteurs hochèrent la tête de concert.

«Ce matin, on tourne dans le studio1, celui où on a tourné les scènes dans les appartements d'Artemis. Cette fois, il s'agit du bureau d'Alister. Il y aura pas mal de scènes dans ce bureau, avec Leopold, le secrétaire. Crossbone, je sais que tu n'as pas l'habitude d'être le pénétré sur les tournages. Comment tu le sens?

—Je me suis entraîné à être le plus mielleux et ignoblement amoureux, Iron Man, répondit Crossbone de sa voix profonde.

—Très bien. Avec Eskill, vous avez une vingtaine de minutes pour revoir ce qui est prévu pour la scène et vous mettre d'accord sur les derniers détails. C'est dommage qu'on n'ait pas eu le temps de le faire plus tôt. Il faudra y penser pour les scènes avec le Baron, surtout qu'elles sont plus sportives. Ok, les enfants, on se retrouve dans une demi-heure au studio1!»

Crossbone était exactement le type qui plaisait à Loki pour un plan cul régulier. Les traits réguliers, de dix ans son aîné, solide sur ses appuis et à la musculature soigneusement entretenue, mais surtout, à la voix grave et soyeuse. Ce genre de voix excitait Loki plus sûrement qu'un physique agréable et il suffisait de quelques mots à son oreille pour lui donner des envies peu catholiques.

Il adorait jouer avec ce type de personnalité, à les rendre fous de désir, à poser des règles strictes pour les voir se dépouiller de toutes leurs défenses et alors qu'ils ne pouvaient plus résister, il ne lui restait plus qu'à leur ordonner d'écarter les cuisses et d'abandonner l'idée même d'avoir voulu inverser leurs positions.

«À peine une semaine après avoir été embauché, et Leopold est déjà dans les bras de son patron, ricana Crossbone. Il ne perd pas de temps!

—Peut-être que son patron est irrésistible, répondit Loki avec le genre de ton qui laissait libre d'interpréter s'il était sérieux ou non.

—Ou Leopold a le feu au cul, répliqua Crossbone. Après tout, on est dans un film porno. Oui, oui, je sais, un film Arc Reactor, il y a une intrigue et tout.

—Le Comte et la Comtesse Howe sont des gens charismatiques, réfléchit Loki. Surtout elle. Elle fascine les hommes à vouloir rester vierge, et les femmes par sa capacité à dominer son mari au lit. C'est une vraie dominatrice et son physique de poupée de porcelaine joue en sa faveur. Et lui est particulièrement intelligent et, c'est vrai, charismatique aussi. Même pendant le sexe, il reste en contrôle. Il est puissant, riche et en total contrôle, même d'un personnage comme Leopold qui pourrait se prétendre son égal au moins sur le plan intellectuel, et son supérieur sur le plan physique. Quand Iron Man dit que tu n'as pas l'habitude-

—Ce n'est pas ma position favorite, mais j'ai de la bouteille, gamin, ricana Crossbone. Tu ne me feras rien.

—C'est un défi?»

Crossbone rit franchement.

«Tu me plais, Eskil, lâcha-t-il. J'ai hâte de voir ce que tu vaux sur un plateau de tournage.»

Le studio1 avait été transformé en bureau d'inspiration néogothique. Une des photos du premier shooting avait été transformée par Spiderman pour donner l'impression qu'il s'agissait d'une peinture, et accrochée au-dessus d'une fausse cheminée où brillait un feu électrique. Les meubles étaient faits de bois assombris au brou de noix. Captain America avait dévalisé les antiquaires du quartier pour rassembler autant d'objets authentiques possible. Sur l'immense bureau aux pieds tournés, on trouvait un bric-à-brac impressionnant de petites babioles. Il y avait un nécessaire d'écriture d'époque, avec un assortiment de plumes, d'encriers et même un tampon absorbeur.

Il y avait un coin un peu moins formel où deux fauteuils impériaux en bois, délicatement sculptés, se faisaient face, séparés par une table basse assortie.

«Pas mal, siffla Loki, connaisseur. Rien que l'ensemble de salon vaut dans les cinq mille dollars.

—Je les ai négociés pour trois mille, répondit Captain America, pas peu fier de sa trouvaille.

—Qu'est-ce qu'ils deviennent après le tournage?

—Ça dépend. On peut les revendre à un prix préférentiel à un membre de l'équipe, mais la plupart du temps, on les remet sur eBay.

—Je pose une option dessus, déclara Loki avec avidité.

—Deal.

—Allez les enfants, en place! Eskill, Crossbone, vous êtes prêts? Scarlet a déjà fait votre maquillage? Très bien.»

Loki s'assit sur le fauteuil qui permettait de voir le bureau, et Crossbone se mit derrière le bureau, une plume à la main, prêt à prendre en note ce que Loki lui dicterait.

«Silence plateau! Ça tourne!

—Commencez par les salutations d'usage. N'oubliez pas, c'est à un prince que nous nous adressons.»

Leopold hocha la tête et commença à écrire. Alister continua à réciter son texte, puis, sans s'arrêter de dicter, il se leva et se plaça derrière l'épaule de Leopold.

«Cette partie me paraît un peu trop obséquieuse, fit-il pensif. Il faudra la retravailler.»

Leopold se retourna vers son patron.

«Dois-je prendre une nouvelle feuille?

—Non, continuez sur celle-là. Je finis de dicter et vous me relirez à haute voix.»

Toujours derrière son employé, Alister finit sa lettre, puis Leopold la lut de sa voix la plus suave. Une fois terminé, Alister se pencha à l'oreille de son secrétaire et murmura:

«Vous a-t-on déjà dit que vous aviez une voix incroyablement magnétique?

—Coupez!»

Surpris, Loki se redressa.

«Bougez pas les garçons. Le coup du murmure dans l'oreille est super cool, mais on n'a pas les bons micros.

—On ne peut pas faire ça en post-prod? demanda Crossbone.

—Je ne préfère pas. Captain Marvel est partie chercher le matos.»

Quelques minutes plus tard, tout était installé pour reprendre le tournage.

«Vous a-t-on déjà dit que vous aviez une voix incroyablement magnétique?»

Leopold frémit légèrement et se tendit sur son siège. Il tourna lentement la tête pour faire face à Alister, à quelques millimètres de son visage.

«Vous êtes le premier, monsieur.

—Je crois que c'est un mensonge, murmura Alister. Mais vous mentez bien, Leopold.»

Puis, le Comte se redressa de toute sa hauteur, et reprit le travail, laissant son secrétaire étourdi.

«Coupez! Vous allez la refaire, exactement la même chose, mais cette fois, Leopold, tu es doucement agacé d'avoir été allumé comme ça. Silence! Ça tourne!»

«Vous a-t-on déjà dit que vous aviez une voix incroyablement magnétique?»

Le visage de Leopold se ferma un peu et il se tendit sur son siège.

«Vous êtes le premier, monsieur, déclara-t-il en regardant droit devant lui.

—Je crois que c'est un mensonge, murmura Alister directement dans son oreille. Mais vous mentez bien, Leopold.»

Avec grâce et une sorte de lenteur langoureuse, le Comte se redressa et reprit sa place dans son fauteuil à l'antique. Leopold ne pouvait cacher son agacement.

«Définitivement trop obséquieux, dit Alister une fois la relecture de la lettre finie. Je veux qu'il s'intéresse à moi, pas qu'il me méprise.

—Qu'il s'intéresse à vous, monsieur?

—Pour affaires, Leopold. Pour affaires. Loin de moi l'idée d'entretenir avec le Prince Eggenberg une relation… contre nature.»

Le sourire d'Alister se fit carnassier et les yeux de son secrétaire s'étrécir.

«Vous pensez vraiment l'amour entre deux hommes serait si vil? demanda Leopold d'un ton pugnace.

—Sans doute que souiller les saints sacrements du mariage va contre le grand dessein divin.

—Si j'en crois votre réputation, monsieur, un peu de souillure de plus ou de moins n'y changerait pas grand chose.»

Alister se leva brusquement de son siège, faisait sursauter Leopold. Avec des gestes secs, il se pencha en travers du bureau pour mettre son visage à quelques centimètres de celui de son employé.

«Que connaissez-vous de la souillure, Leopold? souffla Alister.

—Plus que vous ne le pensez, monsieur.

—Coupez!»

Ils tournèrent la même scène plusieurs fois, avec des intentions, des postures différentes, jusqu'au baiser ardent des deux personnages. Avec autorité et dextérité, Alister ouvrit le pantalon de Leopold pour sortir son membre encore flaccide. Il ne rompit pas le baiser, et continua à clamer sienne la bouche de son employé. Deux caméras étaient braquées sur eux, l'une tenue par Iron Man, l'autre par Vision. La mobilité des caméras choisies permettait de changer de valeur de plan en très peu de temps, et cela donnait au spectateur l'impression d'entrer dans l'intimité des personnages.

Avoir les caméras assez près permettait à Loki de ne pas perdre de vue qu'il n'était pas là pour exciter Crossbones, qui était certes à son goût, mais qui ne l'intéressait pas plus que cela, mais les spectateurs. Ils étaient une bonne demi-douzaine sur le plateau, entre l'ingé-son, le directeur photo et son assistant, le cadreur et le réal pour ne citer qu'eux. Ce dernier était la véritable cible de Loki. S'il mettait toute sa sensualité à branler Crossbones, c'était pour Tony, pour allumer le réalisateur afin qu'il ne le voie plus comme un simple collègue, mais comme un potentiel partenaire. De lit d'abord, on verrait ensuite.

«Continuez dans les murmures. Pas de cris, ordonna Iron Man alors qu'il dirigeait sa caméra vers la main de Loki qui enserrait la verge désormais turgescente de l'autre acteur. Vision, tu filmes l'autre main?»

L'autre main de Loki était, elle, occupée à maintenir Leopold bien assis sur son siège, à la merci de son employeur.

«Monsieur, gémit doucement Leopold alors qu'Alister délaissait sa bouche pour embrasser la ligne de sa mâchoire et le côté de son cou. Monsieur, si vous continuez-»

Alister le fit taire en l'embrassant plus passionnément encore.

«Coupez! Bougez pas. Crossbones, on va se concentrer sur ton orgasme. Je doute que tu puisses nous offrir un money shot d'ici cinq minutes. Donc tu jouis. N'oublie pas de rester dans la nuance. Pas de cri d'orfraie.»

Rocket, l'accessoiriste, appliqua une sorte de gel blanc translucide sur la main de Loki, la verge encore bien dure de Crossbones et une partie de ses vêtements.

«N'oubliez pas non plus que c'est une scène romantique. Leopold et Alister sont en train de tomber amoureux. Leopold, tu es parfaitement sous le charme et Alister, tu es dominant sans être dominateur. Tout le monde est prêt? Scarlet, le maquillage? Silence plateau! Ça tourne!»

La caméra n'était plus braquée sur la masturbation, mais Loki reprit le mouvement de va-et-vient. Crossbones respirait fort, les joues rougies par le maquillage et la stimulation.

«Monsieur, reprit-il. Si vous continuez-»

Alister l'embrassa à nouveau passionnément, avant de murmurer contre ses lèvres.

«Viens mon bel ami. Viens à moi, donne-toi à moi.»

Leopold jouit avec une sorte de violence silencieuse, un cri inaudible sur les lèvres, le corps parcouru d'un grand frisson. Alister captura ce cri d'un baiser, plus lent, moins affamé. Puis il leva la main jusqu'à son visage et lécha tranquillement la gelée translucide qui coulait entre ses doigts. Cela avait un goût sucré acidulé pas désagréable. Enfin il se redressa et avec un sourire satisfait, demanda à son secrétaire, non plus assis, mais presque vautré dans son fauteuil:

«Êtes-vous suffisamment souillé à votre goût?»

Le ton n'était ni narquois, ni méprisant, mais suffisamment taquin pour en faire comprendre l'humour. Pourtant, Leopold ne sourit pas. A la place, il se laissa tomber au sol, à genoux devant son employeur et le fixa d'un regard pénétrant d'une dévotion toute nouvelle.

«J'ai besoin d'une autre démonstration.»

Et sans plus attendre, il défit le pantalon d'Alister et s'appliqua à le sucer. Encore une fois, le rythme de la scène était plutôt langoureux et Crossbones prenait son temps. Pour les personnages comme pour les acteurs, la première fois était dédiée à la découverte, partielle, du corps de l'autre, et les caméras s'appliquaient à le montrer. L'une filmait en plongée par-dessus l'épaule de Loki, tandis que l'autre, en contre-plongée, donnait le point de vue de Leopold. Les deux amants ne se lâchaient pas du regard et tous leurs gestes, même les plus obscènes, avaient quelque chose de tendre.

«Rocket, t'es prêt? Alister, à mon signal, tu atteins l'orgasme.»

Alors que Loki simulait une félicité qu'il ne ressentait pas, Rocket, l'accessoiriste, un homme petit et frêle, se glissa sur le plateau. Armé d'une pissette, il injecta le même gel translucide que précédemment directement dans la bouche de Crossbones. Quelques gouttes s'échappèrent à dessein et glissèrent sur son menton. Alister se pencha pour embrasser cette goutte de faux sperme, puis les lèvres de son nouvel amant.

«Je crois que j'aurai besoin de nombreuses démonstrations à l'avenir, Monsieur.

—Et, coupez! On va profiter du fait que vous soyez maquillés et un peu humides pour prendre quelques gros plans supplémentaires, de grosses galoches notamment. Leopold, remets-toi dans le fauteuil.»

Une fois, les plans supplémentaires filmés, Iron Man décréta vingt minutes de pause pour tout le monde et s'éclipsa. Crossbones leva les sourcils.

«Il a le diable au cul en ce moment?

—Je ne sais pas, répondit Loki sans avoir l'air de s'y intéresser.»

Mais intérieurement, il espérait qu'Iron Man avait disparu sans demander son reste pour évacuer la frustration sexuelle qu'il ressentait pour son employé.

«Eh, Crossbones! l'interpela Hawkeye. Comment ça va, mec! Première fois que je te vois tourner une scène avec un air aussi…

—De benêt amoureux? compléta Crossbones avec un rire. T'inquiète pas, Leopold va apprendre à sortir les griffes.

—Pas tout de suite, quand même, ricana Hawkeye. Vous avez combien de scènes de cul ensemble?

—Quatre, sans compter celle-ci, répondit tranquillement Loki en sirotant un verre d'eau. Je vous laisse, messieurs, je dois aller répéter avec Edda.»

Seulement, Loki fit d'abord un crochet par les loges, et à nouveau, derrière la porte d'une cabine non attribuée, on entendait une respiration hachée et d'autres bruits suspects. Pendant un moment, il se demanda s'il avait intérêt à attendre derrière la porte et faire comprendre à Tony qu'il savait pourquoi il s'isolait, mais après réflexion, il décida de passer son chemin. Leur relation était certes amicale, ils n'étaient pas encore amis. Braquer son employeur sur son principe le plus fort n'était pas une bonne stratégie.

Pour autant, savoir Tony derrière une porte verrouillée, occupé à se masturber en pensant à lui excitait Loki. Il était encore à moitié dur et son érection reprenait une vigueur qui n'avait rien à voir avec une quelconque stimulation physiologique. Lui aussi finit par s'isoler derrière une porte verrouillée pour soulager ses tensions.

Le programme de l'après-midi fut chargé. D'abord, on tourna la scène de clôture du film, où Alister et Artemis, enceinte, de retour dans les ruines de leur manoir, se juraient d'enterrer leurs différends, de rentrer en Angleterre pour y élever leur enfant. Iron Man cherchait à montrer que l'échec de leur aventure viennoise était leur tremplin, leur futur ciment de couple, et que, même ruinés, même abîmés et battus, le Comte et la Comtesse Howe n'étaient pas vaincus.

Loki appréciait les scènes classiques immensément plus que les scènes de sexe. Il y mit tout son cœur et tout son perfectionnisme, si bien qu'il réclamait lui-même de reprendre des prises qui ne le satisfaisaient pas. Iron Man et le reste du plateau suivaient, voire même surenchérissaient. C'était stimulant et grisant de construire la scène plan par plan, en y proposant des modifications, et en cherchant tous ensemble la proposition, l'intention la plus juste, la plus parfaite.

La deuxième scène était à nouveau en duo avec Crossbones. Bien plus tard dans le film, Loki et le prince Eggenberg devenaient amants et Leopold devenait intensément jaloux.

«C'est une scène de dispute assez violente verbalement, et pourquoi pas physiquement. Leopold est du genre sanguin, et Alister a reçu une éducation militaire, comme tous les aristocrates masculins de l'époque. On la transformera en scène de sexe demain matin, mais la partie dispute est assez longue.»

Le tournage fut en effet assez physique. D'un côté les vociférations des personnages demandaient à pousser leurs voix, et réclamaient du même coup des pauses régulières pour boire des mixtures de thé au miel tièdes. D'un autre côté, les bousculades et empoignements laissèrent quelques traces et bleus sur leurs bras et jambes. Il y eut même un accident lorsque Crossbones empoigna le col de Loki, mais que l'élan les précipita vers l'arrière pour Loki et l'avant pour Crossbones. Heureusement, ils parvinrent à se rattraper aux meubles et finalement, tout cela se résolut en un grand éclat de rire de soulagement.

Comme à l'habitude désormais, la journée de travail se termina dans la voiture de Tony. Lessivé, Loki laissa l'autre homme faire la conversation, jusqu'à un certain point.

«J'ai regardé certains rushs de ce matin, et je suis plutôt content de l'alchimie qu'il y a entre toi et Crossbones.

—L'alchimie? s'étonna Loki.

—Oui, la scène du couple qui se saute dessus, mais qui reste tendre l'un envers l'autre, c'est très crédible. Même en plateau, vous dégagiez vraiment quelque chose.

—Merci, je suppose. Même si je ne me rends pas bien compte de ce que cela veut dire.

—Crossbones est connu pour pousser le… professionnalisme très loin, pour ce type de scènes, continua Tony d'un ton qui sonnait faux.

—Es-tu en train de me demander si Rumlow m'a déjà proposé de baiser un coup entre deux prises? s'étonna Loki assez amusé par l'idée.

—C'est aussi mon rôle de savoir ça, si ça engendre des tensions dans l'équipe.»

Mon œil, pensa Loki qui ne l'interrompit pas.

«Par exemple, Rogers le déteste, parce qu'il couchait avec Barnes, pendant la période où Rogers et Barnes étaient en "pause", continua-t-il en mimant les guillemets d'une main.

—Et Rogers est du type jaloux?

—Rogers est du type jaloux et rancunier. Il faut dire que Barnes était un peu au bout de sa vie et que Rumlow est incapable d'avoir une relation romantique saine. Rogers considère qu'il a profité de la vulnérabilité psychologique de Barnes.

—Et tu trouves que j'ai une belle alchimie avec ce type? gronda faussement Loki.

—Eh! C'est un compliment! Vous jouez tous les deux très bien la comédie. La scène de dispute était particulièrement dure et tu t'en es super bien tiré! Monte pas sur tes grands chevaux, Jappeloup!

—Jappeloup est le cheval, pas le cavalier.

—Blanc bonnet, bonnet blanc.

—Tu parles comme mon grand-père maintenant.

—C'est moi qui vais me vexer maintenant, sourit Tony.»

Ils échangèrent un regard complice et l'habitacle de la voiture se chargea de tension.

Malheureusement, ils passaient déjà le portail du manoir. L'automne s'installait sans crier gare, et les nuits tombaient de plus en plus tôt. La piscine extérieure avait été bâchée pour l'hiver et plus personne ne se prélassait sous un soleil trop frais.

Wade étant absent, Tony s'occupait de vérifier les horaires de travail de Peter «Spiderman» Parker. Les premiers rushs lui étaient confiés et il procédait à des montages tests à proposer à Iron Man. Seulement, seul devant son ordinateur, avec Edwin Jarvis pour seule compagnie, il se laissait facilement avaler par son travail.

«Spidey! appela Tony. Il est l'heure!

—Oui, Monsieur Stark! Bien, Monsieur Stark, entendit-on depuis le bureau qui était alloué au jeune homme. J'arrive tout de suite!»

En effet, peu de temps après, Peter apparaissait, en jogging et haut de pyjama.

«Tu ne t'es pas habillé de la journée? gronda Tony.

—Il n'y avait personne, Monsieur Stark. J'avais pas besoin de m'habiller!

—Tu ferais mieux d'aller prendre une douche avant d'offenser quelqu'un pendant le dîner, lâcha Loki avec un sourire en coin.»

Peter rougit jusqu'aux oreilles, et obéit prestement avec ses acquiescements habituels.

«Ce gamin est impossible, dit Tony en secouant la tête.

—Ce gamin est plus âgé que moi, souleva Loki sans y penser.

—Alors, déjà, tu es un gamin aussi. Un peu différent, mais quand même.

—Eh! s'insurgea le jeune homme.

—Et ensuite, Peter joue au gamin. C'est le rôle qu'il se donne, parce qu'il en a besoin. Mais si j'en crois Wade, quand ils sont chez sa tante, May, je crois qu'elle s'appelle, il est très différent. Au contraire, il est bien plus adulte que nous tous réunis. Il a perdu ses parents très jeune, et il a été placé chez son oncle et sa tante. Puis son oncle est mort, un accident de voiture, et sa tante a galéré financièrement pendant des années. Peter n'a pas eu de véritable enfance et il rattrape le temps perdu avec Wade.

—J'ignorais qu'il était orphelin aussi, glissa Loki.

—Comment ça, aussi? s'étonna Tony. Odin et Frigga sont toujours vivants, à ce que je sache.

—Oui. Mais ce ne sont pas mes parents biologiques.»

Soudainement compréhensif et compatissant, Tony posa une main sur celle de Loki, placée sur la table, devant lui.

«Est-ce que ça fait partie du problème?

—En partie, admit Loki. Je l'ai découvert par hasard, et je crois que je ne l'ai jamais pardonné à mes parents. Mes quatre parents. Biologiques et adoptifs.

—Je comprends, dit Tony.»

Loki doutait qu'il comprenne tous les tenants et aboutissants de la relation compliquée et parfois conflictuelle qu'il entretenait avec Frigga et Odin, mais il ne doutait pas que Tony comprenne qu'on puisse reprocher à des morts d'être morts.

Petit à petit, les autres habitants du manoir les rejoignirent pour le repas. C'était le tour de Tony de s'occuper du dîner, donc naturellement, il avait commandé des pizzas. Peter se fit une joie d'en engloutir une et demie à lui seul, comme l'adolescent en pleine croissance qu'il n'était plus. Enfin, on décida de lancer un film pour finir la soirée.

«Peter! Pourquoi il y a des cordes dans la salle multimédia?»