Musique d'écriture : Tourner dans le Vide (DJ Faboon's symphonic remix)


Elle était effrayante cette table. C'était la conclusion de Scorpius. La décoration était belle, digne d'un Noël anglais: des bougies, des couronnes de lierre entourées de guirlandes et des pommes rouges. De la neige tombait du plafond et disparaissait avant de toucher la table. Ravissante oui, mais ce qui était affolant c'était la dimension de la table et le nombre de chaises disposées autour.

Scorpius expira doucement en plaçant les couverts autour des assiettes. Il n'était pas en panique mais les Weasley et d'autres invités allaient bientôt arrivés et il n'était pas à l'aise avec cette idée. En face de lui, Albus disposait les verres et le regardait avec un sourire entendu.

« Ça va bien se passer, ils ne mordent pas.

— Rappelle-toi de cette phrase quand tu viendras au Manoir.

— Tu penses m'inviter bientôt ?

— Ce n'est pas pour tout de suite, je pense, » avoua Scorpius.

Des éclats de voix venaient du salon. Scorpius n'aurait su dire s'il s'agissait de Ginny et de sa fille ou si elle pestait contre Amanda. Quand elle les rejoignit, les cheveux en désordre et les yeux brillants, elle semblait à bout de nerfs et sa voix avait une décibel au-dessus de son timbre normal.

« Génial ! C'est parfait, exactement ce que je voulais ! Au moins une chose qui tourne rond dans cette maison ! Albus, est-ce que tu pourrais aller me chercher un des cartons de vin à la cave ? On montera les autres au cours du dîner. Si ton père demande où je suis, dis-lui que j'occupe la salle de bain pour les 30 prochaines minutes. Scorpius, tu peux aller te prendre une bière-au-beurre à la cuisine, tu as bien avancé. »

Elle disparut dans le couloir tout en parlant.

« Il faudrait que tu la rencontres quand elle n'est pas stressée, » dit Albus en disposant les dernières flûtes de champagne. « Ramène-moi une bière quand tu prendras la tienne, s'il te plaît ! »

Scorpius acquiesça et se rendit dans la cuisine, qui pourrait être rebaptisée "le champ de bataille", tant le désordre y régnait en maître maintenant. Il attrapa deux bières dans une des caisses stationnées à côté de la porte. Il les décapsula et les emporta vers la salle à manger, mais il sursauta quand il se retourna.

Evan Dursley était dans l'encadrement de la porte, appuyé d'une épaule contre le chambranle, une bière ouverte à la main. À voir sa position, il observait Scorpius depuis un moment déjà, et cette idée mit le garçon très mal à l'aise. Surtout qu'Evan lui bloquait le passage. Il avait traîné dehors le reste de l'après-midi, de sorte que Scorpius avait totalement oublié son existence. Ce qui n'était malheureusement pas le cas du garçon.

« Alors, ça fait quoi d'être un Sang-Pur ? » demanda-t-il en portant le goulot à ses lèvres.

« Ça fait quoi d'être un Moldu ? » répliqua Scorpius sur le même ton.

Evan se mit à rire en portant la bière à ses lèvres.
Après une gorgée, il s'enquit :
« Ça veut dire quoi exactement "Sang-Pur" ?
— Qu'il n'y a pas de Moldu dans notre famille. »

Ses yeux traînaient lascivement sur Scorpius, sans honte. Ils brillaient, sans doute troublés par l'alcool, le garçon n'en était pas à sa première bière.

« Ça veut dire que vous vous mariez entre vous ? » Scorpius le regarda de travers, semblant trouver une insinuation perverse dans le ton du garçon, mais celui-ci expliqua : « Entre sorciers, je veux dire.

— On se marie avec d'autres sorciers de Sang-Pur.

— Hum. Ah ouais. Lily m'avait expliqué ça une fois, qu'elle n'était pas une Sang-Pur parce que la mère de son père était comme moi. Du coup, elle avait un quart de sang Moldu. C'est ça ? »

Scorpius acquiesça en regardant autour de lui, cherchant une échappatoire. Ce n'était pas son sujet de conversation préféré, surtout en ce lieu. Le sujet pouvait vite déborder vers la narration de souvenirs qu'il n'avait pas envie de connaître. Mais Evan n'avait pas de retenue.

« Donc chez toi, du sang Moldu, il n'y en a pas du tout.

— Non.

— Et il n'y en a jamais eu.

— Non. »

Evan regarda le garçon de haut en bas, le regard assombri et la voix basse.

« Et t'as jamais voulu essayer ?

— Essayer quoi ?

Il haussa les épaules et un sourire se dessina sur ses lèvres :

— De te taper un Moldu. »

Scorpius serra les dents en même temps que ses doigts autour des bouteilles qu'il tenait.

« Non. Et chez moi, les Moldus ne sont pas les bienvenus. »

Le ton de Scorpius se voulait menaçant, mais Evan en parut amusé.

« C'est ce que m'a dit James. Il paraît que tu viens d'une famille spéciale, des types dangereux, non ? Je lui ai dit que tu me plaisais et il m'a prévenu que ton grand-père m'enverrait six pieds sous terre, si Albus ne m'attrapait pas avant. »

Scorpius aurait voulu lui dire que les Moldus qui étaient entrés dans son manoir n'en étaient jamais ressortis, mais il se retint de lancer des menaces. Elles lui brûlaient pourtant la langue.
— Et pourtant, tu es là.

— Tu dois vraiment me plaire, murmura-t-il.

Un bruit le fit se retourner, il leva la main tenant la bouteille.

« James ! Je suis venu reprendre une bière et regarde sur qui je suis tombé. »

Mais Potter ne semblait pas aussi enjoué que lui.

« Evan, arrête, s'il te plaît. »

Le garçon le scruta un moment avant de répondre :
« On ne fait que discuter, n'est-ce pas ? » Scorpius ne répondit pas. « Tu deviens moine, James ! Regarde-moi ça, je ne sais pas comment tu résistes ! »

James ne lança même pas un coup d'œil vers Scorpius. Depuis son arrivée, il l'ignorait et évitait même que leurs regards ne se croisent.

« Il est avec Albus, » déclara-t-il simplement en fixant Evan.

— Ouais, ça tu me l'as déjà dit.

— Qu'est-ce que vous faites ? » demanda Albus en entrant dans la pièce.

Evan leva les yeux vers lui.

« Rien, James me disait qu'il allait me montrer comment vous volez sur un balai. » Il se mit à ricaner. « Comme dans un putain de conte de fées. »

La remarque était insultante pour tout le monde, et Scorpius serra à nouveau la mâchoire, se répétant encore et encore qu'il ne devait pas faire d'esclandre chez les Potter. Mais la voix d'Albus le sortit de ses pensées.

« Ton père te demande dans le salon, par le réseau de cheminées.
— Mon père ? »

Albus acquiesça et Scorpius lui donna les deux bières avant de sortir de la cuisine, bousculant volontairement Evan sur son passage.
Des flammes vertes flambaient dans l'âtre. Scorpius se mit à genoux devant le foyer, apercevant la tête de son père dans le feu.

« Papa ?
— Scorpius, tout se passe bien ? »

La voix de son père était calme, mais ses traits tirés exprimaient une toute autre émotion. Scorpius sentit un malaise l'engourdir. Son père n'appelait jamais pour rien et certainement pas pour demander de simples nouvelles.

« Oui.
— Tu t'amuses ?
— Oui, ça va.
— Bien. »

Drago prit une courte inspiration.

« Scorpius, il vaudrait mieux que tu restes chez les Potter cette nuit.
— Pourquoi ? » demanda sèchement Scorpius.

« J'ai parlé avec le père d'Albus, il est d'accord pour que tu restes.

— Pourquoi tu veux que je reste ? » insista le garçon.

« Je t'expliquerai ça quand tu rentreras, la situation est un peu compliquée ici.

— Mais dis-moi pourquoi !

— Fais-moi confiance, profite de Noël, je viendrai te chercher demain. »

Scorpius observait la tête devant lui, cherchant à déchiffrer les expressions de son père.

« Rien de grave ? finit-il par demander.

— Non, ne t'inquiète pas. On se voit demain, d'accord ?

— C'est Dorian ? »

Une lueur passa dans les yeux de Malfoy, mais elle disparut l'instant d'après.

« Je t'ai dit de ne pas t'inquiéter, » répliqua durement Drago. Il se radoucit aussitôt, essayant de se calmer. C'était lui qui semblait inquiet, même s'il tentait de le cacher. « On se voit demain. »

Scorpius le scruta avant d'acquiescer sans conviction. Son père lui souhaita un joyeux Noël avant que son image ne disparaisse et que la lueur verte dans les flammes s'évanouisse.

Il resta un moment immobile, se demandant ce qui pouvait bien se passer pour qu'on l'exile de la sorte.

« Tout va bien ? »

Scorpius leva les yeux et découvrit Albus à ses côtés. Il ne l'avait même pas entendu rentrer.

« Non, ça ne va pas du tout, » répondit-il en se levant, époussetant ses genoux. « Il m'a demandé de rester ici jusqu'à demain. »

Albus fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qui se passe ?

— Je ne sais rien.

— Alors comment tu sais… ?

— Je le sais, c'est tout. »

Il s'approcha d'Albus et le prit dans ses bras. Le garçon glissa les siens autour de ses hanches et le serra contre lui. Il était rare que Scorpius cherche ce genre de réconfort, la tête posée sur son épaule, les yeux clos, sans mots.
Des voix et des rires leur parvinrent du couloir, nombreux. Les premiers invités venaient d'arriver.
Trop de voix, trop de voix. Scorpius émit un grognement plaintif contre la gorge d'Albus, qui se mit à rire. Il le repoussa à contrecœur et lui prit la main avant de l'entraîner vers la porte d'entrée d'où provenaient les exclamations.

« Allez, viens, je vais te présenter. »

Fin du Chapitre 29


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