Chapitre 37 : Voyage vers le desert

Liandrin se tenait dans la salle d'observation, les bras croisés, son visage une toile immobile de froideur et de contrôle. Derrière ses yeux, cependant, une tempête rugissait. Arno, ce sorceleur insupportable, cet étranger venu d'un autre monde, s'était échappé de la Tour Blanche. Pire encore, sous sa surveillance. Chaque fibre de son être bouillonnait de rage, mais elle ne pouvait pas se permettre de céder à ses émotions. Pas ici. Pas devant les autres Aes Sedai.

Elle prit une inspiration profonde, étouffant sa frustration sous une couche épaisse de calme apparent. Dans le silence de la pièce, les flammes dans l'âtre crépitaient doucement, mais le feu dans son esprit était beaucoup plus violent. Comment a-t-il pu s'échapper ? La question résonnait encore et encore dans sa tête, chaque répétition nourrissant son désir de vengeance.

D'un mouvement fluide, Liandrin quitta la salle. Ses pas étaient mesurés, chaque mouvement soigneusement orchestré pour ne laisser transparaître aucune faiblesse. Elle ne pouvait pas montrer qu'elle avait perdu le contrôle de la situation. Pas dans un endroit comme la Tour Blanche, où chaque signe de faiblesse pouvait être exploité. Elle aurait sa vengeance, mais d'abord, il fallait limiter les dégâts.

Elle arriva dans un couloir faiblement éclairé, où plusieurs gardes étaient postés. L'un d'eux, une jeune recrue, se redressa aussitôt, visiblement nerveux sous le regard perçant de Liandrin. D'une voix aussi froide que l'acier, elle posa la question qu'il redoutait.

— "Qu'avez-vous vu cette nuit-là ?"

Le garde bafouilla, cherchant ses mots, mais Liandrin n'avait pas de temps pour l'hésitation. Son regard glacial suffit à le faire taire, et elle continua sa série d'interrogations, plus tranchante à chaque mot. Chaque réponse qu'elle recevait ne faisait qu'amplifier sa colère. Arno avait exploité une faille, une vulnérabilité dans leur sécurité. Et maintenant, il était libre quelque part, probablement déjà en train de comploter une nouvelle trahison.

Tout en écoutant les réponses des gardes, Liandrin dissimulait soigneusement ses propres émotions. Les autres Aes Sedai ne devaient pas découvrir l'étendue de sa frustration. Elle interrogea également quelques novices et accepta de bon gré leur version des événements, tout en sachant que cela ne l'aiderait guère. Les novices n'avaient pas l'acuité nécessaire pour remarquer quoi que ce soit d'utile.

Imbéciles pensa-t-elle en sortant du couloir. Ils ont laissé un homme aussi dangereux se faufiler sous leur nez.

De retour dans sa chambre, elle ferma la porte avec une douceur glaciale. Sa frustration refit surface, mais elle la canalisa rapidement. Elle ne pouvait se permettre d'être distraite. Elle s'installa à son bureau, ouvrit un registre secret, et commença à rédiger un rapport. Ce n'était pas un simple rapport formel destiné à l'Amyrlin ; non, c'était pour elle-même. Elle passait en revue chaque détail de l'évasion d'Arno, chaque faille dans leur sécurité, chaque moment où elle aurait dû se méfier davantage de cet homme.

Mais Liandrin n'était pas du genre à se laisser abattre par un échec. Son esprit calculateur envisageait déjà la prochaine étape. Arno pouvait courir autant qu'il le voulait, mais il ne pourrait pas se cacher éternellement. Elle sourit, un sourire cruel et plein de promesses. Elle savait que retrouver sa trace ne serait qu'une question de temps.

Elle convoqua discrètement une réunion avec quelques Aes Sedai influentes. Le but n'était pas de signaler son échec, mais plutôt d'orchestrer une enquête discrète. Les gardes avaient échoué, mais elle n'allait pas leur confier de nouveau une mission aussi cruciale. Liandrin préférait travailler dans l'ombre, contrôler les informations qui circulaient et, surtout, minimiser l'impact que cette évasion pourrait avoir sur sa réputation.

En surface, elle afficha une maîtrise parfaite. Mais au fond d'elle, la vengeance grandissait, prête à exploser. Arno avait osé défier la Tour Blanche pensa-t-elle. Il ne savait pas à quel point il avait provoqué la mauvaise personne.

Elle regarda son reflet dans le miroir, ajusta une mèche de cheveux dorée et murmura à voix basse :

— "Tu ne m'échapperas pas, sorceleur."

Pour Liandrin, l'affront qu'Arno lui avait infligé n'était pas seulement un échec de sécurité. C'était personnel. Elle le considérait comme une menace non seulement pour la Tour Blanche, mais aussi pour sa propre position au sein de celle-ci. Le fait qu'il se soit échappé prouvait qu'il ne pouvait être sous-estimé. Et qu'il représentait une faille dans son contrôle. Une faille qu'elle réparerait, coûte que coûte.

Avec une froideur implacable, elle se promit que la prochaine fois qu'elle croiserait le chemin du sorceleur, ce serait sous ses propres conditions. Et cette fois, il ne s'en tirerait pas aussi facilement

Arno se tenait aux portes de Cairhien, sa silhouette imposante se découpant dans le crépuscule grandissant. La ville semblait bondée, comme une fourmilière active. Les rues sinueuses étaient pleines de marchands criant leurs prix, de passants affairés et de gardes surveillant la foule. Une ambiance animée qui tranchait avec la tension qui pesait sur les épaules du sorceleur. Il avait une mission en tête, et comme toujours, un flot de sarcasmes et d'humour décalé pour le porter à travers les obstacles.

« Eh bien, Cairhien, j'espère que tu as mieux à m'offrir que les dernières charmantes hôtesses de la Tour Blanche. Moins de robes et plus de cartes, si possible », murmura-t-il tout en avançant dans les ruelles encombrées.

Arno savait ce qu'il cherchait : un homme du nom de Jorin, ancien marchand qui avait parcouru les terres désertiques du peuple Aiel, et qui pourrait détenir des informations précieuses sur Rhuidean. Ses pas le menèrent à une taverne où, d'après les rumeurs, Jorin venait souvent. Il avait entendu parler de cet homme à la Tour Blanche.

En entrant, il balaya la pièce du regard. La taverne n'avait rien d'extraordinaire, mais l'atmosphère était chaleureuse, emplie du murmure constant des conversations et de l'odeur du pain chaud. Là, dans un coin reculé, un homme au visage marqué par les ans observait la pièce, une chope en main. Arno ne perdit pas de temps et s'approcha de lui.

— "Jorin, je présume ?"

L'homme leva un sourcil suspicieux. Arno, avec son visage masqué et son équipement de sorceleur, n'était pas exactement ce que l'on appelait une compagnie rassurante. Mais il y avait dans les yeux de Jorin une lueur de curiosité.

— "Ça dépend de qui le demande," répondit-il, sa voix prudente.

Arno se laissa tomber sur une chaise face à lui, un sourire invisible mais perceptible dans son ton.

— "Un touriste avec un très mauvais sens de l'orientation. J'entends dire que tu connais les routes menant à un petit coin tranquille appelé Rhuidean."

Jorin resta silencieux un instant, jaugeant l'étranger face à lui. Le terme "Rhuidean" n'était pas à prendre à la légère. Le désert Aiel était un lieu dangereux, et cette ville mythique encore plus. Mais quelque chose dans l'aura d'Arno — peut-être son apparence étrange ou son ton moqueur — piqua l'intérêt de l'ancien marchand.

— "Rhuidean n'est pas un endroit pour les étrangers. Les Aiels gardent leurs secrets avec férocité. Pourquoi veux-tu y aller ?" demanda Jorin, sa voix toujours prudente.

Arno haussa les épaules, jouant l'indifférence.

— "Disons que c'est soit ça, soit rester coincé dans ce monde avec des femmes en robe qui adorent les aiguilles et les sortilèges. Moi, je cherche juste la porte de sortie."

Un éclat de curiosité s'alluma dans les yeux de Jorin. L'histoire d'Arno n'était visiblement pas banale, et il y avait dans la manière dont il parlait une certaine sincérité masquée par l'humour.

— "Et tu penses vraiment que tu trouveras des réponses à Rhuidean ?" demanda Jorin.

Arno croisa les bras, se penchant légèrement en avant.

— "Je n'en ai aucune idée, mais si je dois mourir de soif dans un désert pour trouver un moyen de rentrer chez moi, autant le faire avec style. Et puis, les Aiels ne peuvent pas être pires que mes dernières vacances."

Jorin eut un sourire en coin. Cet homme étrange ne ressemblait à personne qu'il avait croisé, et son air désinvolte, mêlé à sa détermination, éveillait quelque chose en lui. Après un moment de silence, il hocha la tête.

— "J'ai une vieille carte. Elle n'est pas complète, mais elle montre la direction de Rhuidean et quelques points d'eau en route. Tu vas avoir besoin de tout l'aide possible là-bas. Le désert Aiel n'est pas tendre avec ceux qui ne sont pas préparés."

Arno tendit la main.

— "Une carte incomplète ? Parfait, ça rendra la balade plus excitante."

Jorin éclata d'un petit rire rauque avant de fouiller dans sa sacoche et de sortir un parchemin usé. Il le déplia sur la table, révélant les contours d'une vaste étendue désertique, avec quelques points marqués en rouge indiquant des sources d'eau et des repères géographiques.

— "Rhuidean est ici," dit Jorin en pointant un endroit presque effacé. "Mais attention. Le désert est un ennemi plus cruel que tu ne l'imagines. Peu d'étrangers en reviennent."

Arno hocha la tête, examinant la carte avec soin. Mais fidèle à lui-même, il conclut d'un ton moqueur.

— "Pas de souci. Avec mon charme irrésistible et cette carte incomplète, rien ne peut m'arrêter. À part peut-être la chaleur. Ou les Aiels. Ou ma soif. Enfin, tu vois le tableau."

Jorin pointa du doigt la carte ancienne qu'il venait de déplier devant Arno. Le parchemin avait vu des jours meilleurs, marqué par les plis et les taches d'humidité. Quelques annotations en langue Aiel étaient encore lisibles, mais le reste était presque effacé par le temps. Les contours du désert s'étalaient en vastes étendues vagues, mais au centre, une petite croix rouge indiquait l'emplacement supposé de Rhuidean.

Arno observa la carte avec attention. Malgré son allure usée, la carte lui donnait un semblant de direction dans ce monde étrange. Mais il ne put s'empêcher de lâcher une pique.

— "Oh, génial, donc je vais me fier à une vieille carte qui semble avoir été dessinée par un gars sans GPS. Super plan. Mais bon, c'est mieux que de compter sur mes talents d'orientation... qui sont, disons-le, légendaires. Légendairement mauvais."

Jorin sourit en coin, mais son visage redevint sérieux rapidement.

— "Écoute, Arno," dit-il, en fixant le sorceleur droit dans les yeux. "Le désert Aiel n'est pas un endroit pour les touristes. Ce n'est pas juste la chaleur. Il y a le manque d'eau, les tempêtes de sable, les bêtes du désert, et surtout... les Aiels eux-mêmes."

Arno leva un sourcil sous son masque, son ton ironique toujours présent.

— "Les Aiels ? Sympas, je suppose ? Accueillants, peut-être ? Peut-être qu'ils ont une chaîne de bars dans le désert ?"

— "Les Aiels sont redoutables," coupa Jorin avec gravité. "Ils n'aiment pas les étrangers sur leur terre. Tu es un intrus à leurs yeux, peu importe tes intentions. Ils tuent sans poser de questions. Et Rhuidean, pour eux, c'est sacré. Aucun homme vivant ne devrait tenter de s'y rendre sans leur consentement."

Arno resta silencieux un moment, ses doigts glissant sur les contours de la carte. La réalité du défi se faisait de plus en plus pressante. Mais, fidèle à lui-même, il ne laissa pas cette tension s'installer trop longtemps.

— "Eh bien, tu sais, j'ai un don pour me faire des amis partout où je vais. Peut-être que je leur offrirai un tour de magie ou deux. Les Aiels aiment sûrement un peu de spectacle. Sinon, je les épate avec ma capacité à encaisser des coups."

Jorin secoua doucement la tête, mais son expression trahissait une certaine inquiétude pour le sorceleur. Il se pencha en avant, son ton plus grave que jamais.

— "Je ne plaisante pas, Arno. Le désert est implacable, et Rhuidean... C'est un lieu entouré de mystères. Certains disent que c'est une ville morte, d'autres que c'est une illusion, une épreuve. Personne ne sait vraiment ce qu'on y trouve. Ce que je sais, c'est que ceux qui y sont allés... ne sont plus les mêmes à leur retour. S'ils reviennent."

Le ton de Jorin résonna dans l'esprit d'Arno. Derrière ses sarcasmes et son humour décalé, une part de lui prenait conscience du sérieux de la situation. La route vers Rhuidean ne serait pas une promenade de santé. La chaleur, le manque d'eau, l'hostilité des Aiels... tout cela s'ajoutait aux énigmes qui entouraient la ville. Mais le désir de rentrer chez lui pesait plus lourd que toutes ces inquiétudes.

Un silence tomba, Arno observant toujours la carte, ses pensées naviguant entre les avertissements de Jorin et ses propres réflexions. Il ne pouvait s'empêcher de faire un retour sur ses motivations.

— "Tu sais, Jorin," dit-il, brisant finalement le silence, "il y a des moments où je me demande si tout ça vaut vraiment la peine. Ce monde est fascinant, certes, mais... il n'est pas le mien. J'ai laissé des choses derrière moi, des gens... enfin, si on peut appeler ça des gens." Un sourire ironique traversa ses lèvres invisibles. "Mais tout ce que je sais, c'est que je ne vais pas m'arrêter tant que je n'aurai pas trouvé le moyen de rentrer. Même si je dois traverser un désert de mort."

Jorin le regarda en silence pendant quelques instants, appréciant cette rare ouverture chez le sorceleur. Puis il hocha la tête et se leva, poussant la carte vers Arno.

— "Je comprends. Prends la carte. Je te souhaite de trouver ce que tu cherches... et de revenir en vie."

Arno plia soigneusement la carte et la glissa dans son sac. Avant de quitter la table, il lança une dernière réplique, fidèle à son style.

— "Ne t'inquiète pas pour moi. Le désert ? C'est rien comparé à une conversation avec une Aes Sedai. Là, c'est du vrai danger."

Avec un clin d'œil malicieux et une tape amicale sur l'épaule de Jorin, Arno quitta la taverne, prêt à affronter le désert Aiel. Derrière ses blagues et ses sarcasmes, une résolution solide le poussait en avant : retrouver Rhuidean et, peut-être, enfin rentrer chez lui.

Mais au fond de son esprit, une petite voix lui rappelait constamment les paroles de Jorin. Les dangers du désert Aiel ne devaient pas être sous-estimés. Il ne le ferait pas.

Le départ d'Arno pour Rhuidean commença dans le calme, mais un calme pesant, qui laissait présager les épreuves à venir. Dès qu'il quitta Cairhien, il fut frappé par l'austérité des terres environnantes. La région de Selean, qui marquait la première étape de son périple, était un mélange étrange de vallées asséchées et de villages clairsemés. Les rares habitants qu'il croisa le regardaient avec une méfiance à peine voilée. Certains marmonnaient dans leur barbe, d'autres se contentaient de fixer son équipement avec un mélange de crainte et de curiosité.

Arno ne put s'empêcher de plaisanter avec le lecteur, comme s'il se moquait de ces rencontres.

— "J'ai l'impression d'être une célébrité en tournée... ou un type qui a oublié de mettre un pantalon. Et vu comment ils me regardent, je parie sur la deuxième option. Charmant."

Il progressait rapidement, ses instincts de sorceleur le guidant à travers ces paysages inconnus. Les reliefs changeaient subtilement alors qu'il approchait de la Passe de Jangai. Les collines se transformaient en formations rocheuses acérées, et le sol durci sous ses bottes laissait présager la rudesse du désert Aiel à venir.

Le climat devint de plus en plus capricieux. Les tempêtes de sable qui balayaient parfois la Passe de Jangai l'obligeaient à se protéger du mieux qu'il pouvait. La chaleur suffocante pendant la journée ne laissait aucune place à l'erreur. Un faux pas pouvait signifier une déshydratation rapide, et chaque goutte d'eau était précieuse. Pourtant, même sous le soleil de plomb, Arno ne perdait pas son humour.

— "Je ne sais pas si je vais trouver Rhuidean, mais je suis sûr de repartir avec un bronzage digne d'un touriste de plage. Bon, sauf que je vais probablement y laisser ma peau... littéralement."

Il n'y avait pas que la chaleur à combattre, mais également la solitude. Pendant des jours, Arno ne croisa presque personne, hormis quelques silhouettes lointaines qu'il évitait de trop près, méfiant des intentions des rares voyageurs qui osaient s'aventurer dans ces terres désolées.

À un moment, il aperçut un groupe de caravanes se déplaçant en direction opposée. Les voyageurs, vêtus de robes amples pour se protéger du soleil, le regardèrent avec des yeux perçants, mais aucun ne chercha à l'approcher. Arno observa ces figures s'éloigner dans la poussière soulevée par leurs bêtes de somme, un sourire en coin sur les lèvres.

— "Personne ici ne semble vouloir échanger des mots avec un type qui porte deux épées et un masque. Pas très convivial, les habitants du coin. J'aurais dû prévoir des cartes de visite avec écrit 'Ne mord pas. Sauf en cas d'urgence.'"

Les journées s'étiraient, monotones, entre les longues heures de marche sous un soleil brûlant et les nuits glaciales où le désert semblait se figer dans un silence inquiétant. Mais Arno savait que son plus grand ennemi n'était ni le climat, ni la solitude, mais la fatigue mentale. Le désert Aiel ne pardonnerait aucune faiblesse.

Un jour, alors qu'il se reposait à l'ombre d'une formation rocheuse, il sentit une présence. Des ombres furtives se rapprochaient de lui, et même avant de les voir, il savait qu'il avait affaire à des pillards. Ses instincts de sorceleur se mirent en marche.

Quatre hommes apparurent derrière les rochers, leurs visages masqués par des étoffes pour se protéger du sable. Arno ne leur laissa pas le temps de réfléchir. En une fraction de seconde, ses deux épées étaient dégainées, Paulette dans sa main droite et Claudette dans la gauche.

— "Bon, les gars, je vais être honnête avec vous," dit-il en souriant sous son masque. "Je suis un peu rouillé en matière de combat de désert, mais je vous promets de faire de mon mieux pour rendre ça amusant."

Le premier homme se jeta sur lui, une lame courte et rouillée en main. Arno esquiva facilement, pivota sur lui-même et fit voler l'arme de son adversaire d'un coup de Claudette. Paulette s'enfonça ensuite dans l'épaule du second assaillant, le forçant à lâcher son arme et à hurler de douleur.

— "Oh, désolé, Paulette s'est un peu emportée. Elle n'a pas souvent l'occasion de s'amuser."

Les deux derniers tentèrent de le prendre en tenaille, mais Arno, avec l'agilité d'un danseur, sauta en arrière, les évitant de justesse. Il se retourna et d'un coup net de son épée en argent, mit hors de combat l'un des pillards, tandis que l'autre fuyait en hurlant de terreur. Arno n'avait même pas eu à suer.

— "Eh bien, c'était divertissant... mais pas autant que je l'espérais. Allez, Claudette, rangeons-nous et poursuivons cette belle promenade."

Il essuya ses épées sur les vêtements des pillards avant de les ranger, non sans lancer un dernier regard vers les cadavres derrière lui. Arno avait l'habitude des combats rapides, mais il savait que ce n'était qu'un prélude aux véritables dangers qui l'attendaient.

Les jours suivants, le désert continuait à le tester. Arno, bien que capable de régénérer certaines blessures grâce à son facteur autoguérisseur, sentait la fatigue s'installer. Il était un guerrier, pas un homme fait pour traverser des étendues désertiques interminables. À plusieurs reprises, il manqua de manquer d'eau, et chaque fois qu'il trouvait une petite source ou une oasis, il savait que c'était une bénédiction.

— "Note à moi-même : le prochain désert, je prends un chameau... ou au moins un GPS."

Mais malgré l'épuisement, Arno ne ralentit pas. Sa volonté de retrouver son monde le poussait à avancer, pas après pas, tempête après tempête, comme un mirage dans le désert qui refusait de s'effacer.

Au bout d'une semaine de marche harassante, il aperçut enfin Taien au loin, à la bordure du désert Aiel. La ville se dressait, petite, mais réelle, comme une promesse de répit avant la véritable épreuve. Arno, avec ses forces diminuées mais son esprit toujours aussi aiguisé, savait que la prochaine étape serait encore plus difficile.

Mais pour l'instant, il était en vie, et cela suffisait.

— "Taien, me voilà. Une petite pause avant l'enfer, ça tombe bien. J'aime les défis impossibles, c'est mon truc."

Taien se profilait à l'horizon, un minuscule avant-poste désertique à la lisière du désert Aiel, aussi désolé que les terres qui l'entouraient. Arno, le visage masqué, observa la ville en contrebas depuis une petite colline. Même de loin, il pouvait sentir la nervosité qui imprégnait l'air. Il en avait vu des villes désertiques comme celle-ci, notamment en Zerrikania, où la chaleur et la solitude façonnaient les habitants. Pourtant, ici, c'était différent. Le danger, invisible mais omniprésent, rôdait aux abords de Taien.

La ville elle-même ressemblait à un amas de bâtiments à moitié en ruine, construits à la hâte pour offrir un semblant de refuge à ceux qui s'y arrêtaient avant d'entrer dans le territoire des Aiels. Des tentes étaient érigées ici et là, et quelques échoppes vendaient des provisions, de l'eau, et des objets utiles pour les voyageurs en quête de la mystérieuse Rhuidean, bien que rares soient ceux qui osaient réellement s'aventurer si loin. Les rues de Taien étaient poussiéreuses, animées d'un va-et-vient de voyageurs, mais chacun marchait avec une certaine précaution, comme s'ils craignaient qu'à tout moment, les Aiels surgissent du désert pour les réduire en cendres.

Arno observa tout cela avec un mélange de curiosité et de détachement. Ce genre d'endroit lui rappelait trop bien les marges de la civilisation, où le danger était une constante, mais où l'humour servait de bouclier.

— "Bienvenue au meilleur Airbnb du désert. Manque plus qu'une piscine et des cocktails... ah non, on m'informe que je dois me contenter de sable et de chaleur suffocante. Génial."

Les habitants de Taien, tout comme les rares voyageurs de passage, semblaient agités. Des regards suspicieux étaient lancés à chaque inconnu, et les conversations étaient étouffées. On sentait une tension palpable, une crainte commune à tous : être trop près du territoire des Aiels. Leur réputation les précédait, et même ceux qui n'avaient jamais vu un Aiel savaient qu'ils étaient des guerriers redoutables, impitoyables envers les étrangers qui osaient franchir les frontières de leur désert sacré.

Arno, traversant les ruelles avec sa démarche décontractée, ne passa pas inaperçu. Son accoutrement de sorceleur, ses deux épées, et son air nonchalant contrastaient avec l'atmosphère pesante. Il ne pouvait s'empêcher de lancer des regards amusés aux visages inquiets qui l'observaient.

— "Ils ont l'air aussi tendus que moi quand on me dit qu'il n'y a plus de bières. Je me demande combien de temps ils tiendraient dans un vrai combat. Spoiler : pas longtemps."

Son premier objectif était clair : trouver un endroit pour se reposer et préparer son entrée dans le désert. Arno savait qu'il ne pouvait pas se permettre d'être imprudent. Le désert Aiel, même pour un sorceleur aguerri comme lui, représentait un véritable défi. Il avait déjà survécu aux étendues sauvages de Zerrikania, où la chaleur pouvait tuer un homme en quelques heures, mais ici, c'était différent. Les Aiels ajoutaient une couche de danger supplémentaire. Pourtant, cela ne l'effrayait pas. Il était déterminé à atteindre Rhuidean, coûte que coûte.

Après avoir trouvé une petite auberge à la périphérie de la ville, Arno s'installa dans une chambre modeste, un peu poussiéreuse, mais relativement fraîche comparée à l'extérieur. Il passa un certain temps à observer les autres clients de l'auberge, principalement des marchands et des voyageurs qui, comme lui, semblaient prêts à tout pour franchir les limites du désert. Il se fit un point d'honneur de noter chaque détail pertinent : les visages, les comportements, et surtout la topographie visible depuis sa fenêtre.

Arno s'était procuré une carte partielle de la région grâce à Jorin, mais il savait que la préparation mentale était tout aussi importante. Il s'assura d'avoir suffisamment d'eau et de provisions pour plusieurs jours, tout en vérifiant que ses épées, Paulette et Claudette, étaient bien prêtes à servir en cas d'ennuis. Le désert n'allait pas être une simple balade de santé, et chaque précaution comptait.

Alors qu'il remplissait ses gourdes, il se tourna vers le lecteur, toujours en quête d'une touche d'humour, même dans les moments les plus tendus.

— "Eh bien, les gars, je me demande si un sorceleur peut survivre à un désert. Je parie que je vais bientôt le découvrir. Si je meurs, ne vous inquiétez pas, j'enverrai une carte postale."

Malgré ses plaisanteries, Arno sentait que quelque chose d'important se profilait à l'horizon. Il n'était pas seulement ici pour survivre, mais pour découvrir un secret ancien, peut-être même une clé pour rentrer chez lui. L'idée de retourner dans son propre monde, loin des Aes Sedai et des mystères de ce nouvel univers, était tentante. Mais il savait aussi que le chemin vers Rhuidean serait parsemé d'embûches, et qu'il n'était qu'au début de son périple.

Sa préparation achevée, il prit un dernier moment de repos. Demain, il entamerait la traversée du désert Aiel, et rien ne garantissait qu'il en sortirait vivant.

— "Bon, au moins, je mourrai bronzé. C'est déjà ça de pris."