La salle de classe était plongée dans un calme presque irréel. Yéléna, installée sur un bureau, fixait la fenêtre où les derniers rayons du soleil caressaient les murs. Elle feuilletait distraitement un livre, ses pensées ailleurs. La porte s'ouvrit lentement, et elle releva la tête pour voir Sirius entrer, un air inhabituellement sérieux sur le visage.

«Sirius? dit-elle, surprise. Qu'est-ce que tu fais ici?»

Il referma doucement la porte derrière lui, avançant de quelques pas avant de s'arrêter, les mains dans les poches.

«J'avais besoin de te parler.»

Yéléna plissa les yeux, méfiante.

«À quel sujet?»

Il inspira profondément, cherchant ses mots.

«Écoute, je… je voulais m'excuser. Pour tout. Pour les blagues.»

Yéléna referma doucement le livre qu'elle feuilletait, fixant Sirius avec un calme apparent. Pourtant, son regard, d'ordinaire si pétillant, était dur et sombre.

«Tu sais, Sirius, commença-t-elle d'un ton mesuré, je ne suis pas du genre à me laisser marcher sur les pieds. Je suis forte. Je l'ai toujours été. Mais il y a une différence entre être forte et être invulnérable.»

Sirius, debout à quelques pas d'elle, garda le silence, ses mains tremblant légèrement dans ses poches.

«Les choses que tu as faites… Les «blagues», comme tu les appelles, ce n'étaient pas juste des farces pour moi. C'étaient des attaques. Des rappels constants que je n'étais pas la bienvenue ici. Que peu importe ce que je faisais, quelqu'un trouvait toujours une façon de me rappeler que je n'appartenais pas vraiment à ce groupe, à cette école.»

Elle se leva du bureau sur lequel elle était assise, s'approchant lentement de lui, son regard ancré dans le sien.

«Et je me suis dit: tiens bon, Yéléna. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Ça finira par s'arrêter. Sa voix se brisa légèrement, mais elle reprit vite son contrôle.

«Mais tu sais ce qui m'a vraiment blessée? Ce n'était pas les disparitions de mes affaires ou les petits mots anonymes. C'était le fait que tu l'aies fait, Sirius. Toi, un Maraudeur. Un ami de Rémus. Quelqu'un qui prône la liberté et déteste l'injustice. Je pensais… Je pensais que tu serais différent.»

Sirius blêmit à ces mots, détournant les yeux.

« Yéléna, je…

_Non, laisse-moi finir, coupa-t-elle, la voix ferme. J'ai encaissé. Je me suis montrée forte, devant tout le monde. Mais chaque fois que j'entrais dans une pièce, je me demandais: Qui va être contre moi cette fois? Qui va rire à mes dépens? Qui va me faire sentir de trop?»

Elle fit une pause, croisant les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger.

«Alors oui, Sirius, je suis forte. Mais même les personnes fortes ressentent la douleur. Et la tienne a été… différente. Parce qu'elle venait de quelqu'un que j'aurais voulu respecter.»

Sirius déglutit, ses épaules s'affaissant.

«Je suis désolé, Yéléna. Vraiment. Je ne sais pas quoi dire pour réparer ça. Je me rends compte maintenant à quel point j'ai été aveugle et… cruel. Je ne voulais pas…

_Tu ne voulais pas quoi? Me blesser? Me briser? rétorqua-t-elle avec un sourire amer. Eh bien, félicitations. Tu as failli réussir.»

Un silence pesant s'installa, les mots de la jeune fille flottant dans l'air comme un poids.

«Mais… reprit-elle, adoucissant légèrement son ton, je crois que tu es sincère. Alors, je vais accepter tes excuses. Mais ne t'attends pas à ce que je baisse ma garde tout de suite. Tu as encore beaucoup à prouver.»

Sirius releva timidement les yeux, un mince sourire d'espoir sur le visage.

«Merci, Yéléna, je ne prendrai pas cette chance à la légère. »

Elle hocha la tête, un léger sourire mélancolique étirant ses lèvres.

«Je l'espère, Sirius. Parce que la prochaine fois, je ne serai peut-être pas assez forte pour pardonner.»

Il acquiesça, respectant le poids de ses mots, avant de quitter la salle.

Lorsque la porte se referma derrière Sirius, le bruit résonna doucement dans la salle vide, laissant Yéléna seule avec ses pensées. Elle s'adossa contre le bureau, croisant les bras, son regard se perdant dans les rayons de soleil qui traversaient les fenêtres poussiéreuses.

Elle inspira profondément, cherchant à calmer le tourbillon d'émotions qui l'agitait. Sirius Black, l'irrévérencieux, l'impossible, venait de s'excuser. Elle n'aurait jamais imaginé vivre ce moment. Pourtant, au fond d'elle, elle se sentait plus troublée que soulagée.

Elle ferma les yeux un instant. Elle s'était promis de ne pas craquer, de rester forte, mais maintenant qu'il n'était plus là, ses barrières vacillaient. Sa main effleura machinalement la cicatrice légère sur son poignet, souvenir d'une des « blagues » les plus cruelles. Elle n'avait jamais permis à personne de la voir.

«Il a dit qu'il était désolé… murmura-t-elle, comme pour tester ces mots, voir s'ils sonnaient vrais.»

Elle ne pouvait nier la sincérité dans ses yeux, ni le tremblement dans sa voix. Mais la douleur qu'il avait causée… ça, c'était une autre histoire.

Elle poussa un soupir las, sa main venant frotter son visage. Depuis son arrivée à Poudlard, elle avait toujours marché sur des œufs, essayant de prouver qu'elle méritait sa place. Et quand les attaques avaient commencé, elle s'était promis de ne pas laisser ses ennemis voir ses failles. Mais cette façade d'assurance constante avait un prix.

«Pourquoi maintenant? pensa-t-elle à voix haute, un brin d'amertume dans le ton.»

Elle laissa ces mots s'évanouir dans le silence.

Pourtant, quelque chose dans son échange avec Sirius la troublait. Il y avait eu cette lumière dans ses yeux, cette vulnérabilité qu'elle n'avait jamais vue chez lui. Une part d'elle voulait le rejeter, lui hurler à quel point il était trop tard. Mais une autre part… Une autre part voulait croire qu'il pouvait changer.

Elle se redressa, passant une main dans ses cheveux.

«Je lui ai donné une chance, murmura-t-elle, comme pour se convaincre.»

Elle fixa la salle vide un instant, comme si elle espérait y trouver des réponses, avant de ramasser son sac. Alors qu'elle franchissait la porte, elle murmura pour elle-même.

«Être forte, c'est aussi savoir quand laisser les choses aller… même si c'est la chose la plus difficile à faire.»

Les Maraudeurs étaient rassemblés sous leur arbre préféré, près du lac, profitant d'un rare après-midi de calme. Sirius jetait des pierres à la surface de l'eau, essayant d'en faire ricocher une plus loin que James. Peter grignotait une pomme tout en encourageant le duel silencieux, et Lily, installée à côté de James, annotait distraitement un parchemin. Yéléna et Rémus, eux, s'étaient éloignés de quelques mètres pour observer les nuages.

Allongée dans l'herbe, Yéléna tourna légèrement la tête vers son ami et demanda doucement.

«Как ты себя чувствуешь сегодня?» (Comment tu te sens aujourd'hui?)

Rémus, qui avait les bras croisés sous sa tête, tourna les yeux vers elle, un sourire paisible aux lèvres.

«Лучше, чем на прошлой неделе. Спасибо, что спросила. А ты?» (Mieux que la semaine dernière. Merci de demander. Et toi?)

Yéléna haussa légèrement les épaules, le regard perdu dans le ciel.

«Бывало лучше, но я справляюсь. Тебя сложно не заразить своим спокойствием.» (Ça pourrait être mieux, mais je gère. C'est difficile de ne pas attraper ton calme.)

Leur conversation continua doucement, leur russe fluide créant une bulle isolée au milieu du brouhaha des Maraudeurs. Ils riaient doucement de quelque anecdote que Yéléna partageait, et Rémus, toujours discret, avait l'air plus détendu qu'à l'habitude.

C'est Lily qui, finalement, brisa leur moment en levant les yeux de son parchemin et en les observant avec curiosité.

«D'accord, ça fait cinq minutes que vous parlez une langue secrète… Qu'est-ce que vous complotez?»

Yéléna éclata de rire, et Rémus secoua la tête, amusé.

«Rien du tout, répondit Yéléna en anglais, mais un sourire espiègle flottait toujours sur ses lèvres.

_C'était du russe, non? demanda James, intrigué. Ça avait l'air super sérieux, vous prépariez un coup?

_Peut-être bien, taquina Yelena, croisant les bras derrière sa tête.»

Lily plissa les yeux, faussement vexée.

«Oh, ça ne va pas du tout! Si vous parlez une langue que personne ne comprend, vous devez partager avec nous.

_Et comment veux-tu qu'on fasse ça? demanda Remus en riant doucement.

_ Vous pourriez nous apprendre quelques mots! s'exclama Lily avec enthousiasme.

_ Pourquoi pas … promis. Peut-être plus tard. Répondit Yéléna, un doux sourire aux lèvres.»

La jeune rousse lui fit un clin d'œil, contente.

Alors que les Maraudeurs continuaient leur discussion animée, Yéléna jeta un coup d'œil vers Sirius, puis vers Rémus, avant de murmurer en russe.

«Я поговорила с Сириусом вчера. Он извинился.» (J'ai parlé à Sirius hier. Il s'est excusé.)

Rémus releva les sourcils, surpris. Il répondit dans la même langue, doucement pour ne pas attirer l'attention.

«Правда? Ты ему поверила?» (Vraiment? Tu l'as cru?)

La jeune fille hésita un instant, jouant avec une mèche de ses cheveux, avant de répondre.

«Не сразу. Но он был искренним. Я простила его.» (Pas au début. Mais il était sincère. Je lui ai pardonné.)

Rémus lui prit simplement la main, pour lui dire qu'il comprenait.

La Grande Salle était en pleine effervescence, comme d'habitude. Les conversations allaient bon train, les bruits de couverts et de rires se mêlaient dans l'air. À la table des Gryffondor, tout le monde semblait absorbé par leurs échanges animés, sauf Yéléna qui, malgré l'agitation autour d'elle, ne pouvait s'empêcher de jeter des regards furtifs vers Sirius.

Il y avait quelque chose de différent aujourd'hui. Il était là, à sa place habituelle, avec James et Peter, mais il semblait… plus calme. Moins bruyant, moins enclin à lancer une nouvelle blague ou à provoquer quelqu'un. Elle haussa un sourcil, se demandant ce qui se passait. Depuis leur échange à la salle de classe, il ne lui avait pas vraiment adressé directement la parole, mais pourtant, elle ne pouvait pas nier que quelque chose avait changé.

Alors qu'elle discutait avec Lily, un léger malaise la saisit lorsqu'elle sentit le regard de Sirius posé sur elle. Il ne disait rien, mais elle le sentait là, observant. Finalement, après un moment de silence, il se tourna lentement vers elle.

«Yéléna…»

Elle se figea. Cette fois-ci, ce n'était pas une moquerie ni une remarque acerbe. C'était… sincère. Son prénom, prononcé calmement, attira son attention, et ses yeux se levèrent instinctivement pour croiser les siens.

Les autres à la table semblaient avoir perçu le changement aussi. James s'était arrêté de mâcher, Peter avait baissé sa fourchette, et même Rémus observait la scène, comme s'il savait ce qui se passait.

Elle resta silencieuse, ses yeux d'abord méfiants, mais elle ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'il n'y avait pas de sarcasme, ni d'arrière-pensée dans son regard. Sirius se contenta de la regarder un moment, comme s'il hésitait à continuer.

«Je voulais juste… Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots. Je voulais m'assurer que tu vas bien.»

Elle arqua un sourcil, surprise par la douceur de ses paroles. C'était la première fois que le jeune homme lui adressait la parole de cette manière. Un instant, elle pensa qu'il plaisantait, qu'il allait faire une blague pour alléger la situation. Mais non. Il attendait sa réponse, visiblement sincère.

La surprise se lut sur son visage un instant avant qu'elle ne reprenne son calme habituel. Elle fixa Sirius, analysant ses mots.

«Tu veux vraiment savoir comment je vais? demanda-t-elle, un brin de défi dans la voix.»

Sirius ne répondit pas immédiatement, se contentant de la regarder dans les yeux, comme s'il attendait qu'elle l'accepte. Finalement, il hocha la tête.

«Oui. Ça te semble si étrange?»

Yéléna observa un instant les Maraudeurs autour d'eux. James avait l'air confus, Peter regardait en arrière, et Rémus semblait détendu.

«Non… ce n'est pas étrange. C'est juste… différent. Yéléna sourit légèrement, plus amusée qu'elle ne l'aurait cru. Je ne m'attendais pas à ça venant de toi.»

Le jeune Black sourit en retour, un peu gêné mais sincère.

«Je sais. Et je m'en veux d'avoir agi comme je l'ai fait. Mais je suis sérieux.»

Elle le fixa un moment, son regard méfiant, avant de répondre avec une pointe de douceur qu'elle ne s'autorisait pas souvent.

«D'accord…»

Un silence s'installa pendant un instant, mais il n'était pas lourd. C'était un silence différent, plus calme. Yéléna reprit une bouchée de son repas, réfléchissant à ce qui venait de se passer. Il l'avait abordée, il s'était excusé, il avait pris des nouvelles d'elle sans arrière-pensée, et pourtant, une partie d'elle restait sur la défensive.

Lily, qui observait la scène avec des yeux écarquillés, finit par briser le silence.

«Eh bien, je ne sais pas ce qui vient de se passer, mais c'est… surprenant.»

Yéléna esquissa un léger sourire et haussait les épaules.

«Moi non plus, mais on verra bien. Peut-être que les gens peuvent changer.»

Sirius se contenta de sourire, plus sincère qu'à son habitude.

Les autres reprirent leur conversation, un peu plus détendus, mais tous conscients qu'ils avaient assisté à un moment de changement chez leur ami Sirius. Pour Yéléna, ce n'était qu'un début, un petit pas. Mais c'était déjà quelque chose.

Cette nuit là, la pleine lune montait dans le ciel et les Maraudeurs parcouraient la Forêt interdite sous leur forme animagus, encadrant Rémus, qui avait succombé à sa transformation. Sous la lumière argentée, le loup-garou rôdait, ses mouvements nerveux et ses grognements inquiétants trahissant une énergie incontrôlable. James, sous sa forme de cerf, restait proche de lui, tandis que Sirius, en chien, veillait à détourner son attention si nécessaire. Peter, plus discret en rat, se cachait dans les sous-bois.

Alors qu'ils progressaient, un hurlement lointain retentit, glacé et imposant. Le loup-garou s'arrêta net, la tête levée vers le ciel, ses oreilles dressées. Puis, sans avertissement, il s'élança à toute vitesse dans la direction du son.

«Rémus! Pensa Sirius, inquiet.»

Sous sa forme canine, il aboya pour alerter James, et les trois amis se lancèrent à sa poursuite.

Ils débouchèrent dans une clairière baignée par la lumière lunaire. Là, se tenait un immense loup à la fourrure d'un blanc éclatant, ses yeux d'un bleu perçant fixés sur le loup-garou. Une pierre violette brillait au centre de son front, émettant une légère lueur mystique. Les Maraudeurs s'arrêtèrent en bordure de la clairière, subjugués par l'aura imposante de l'animal.

Rémus grogna, ses pattes griffant le sol, tandis que l'autre loup restait immobile, le fixant avec une intensité presque surnaturelle. Pendant de longues secondes, le silence régna, seulement troublé par le souffle rauque du loup-garou et les bruissements des feuilles. Puis, comme si une impulsion invisible les poussait, les deux loups bondirent l'un vers l'autre.

L'affrontement fut féroce. Les griffes s'entrechoquaient, les crocs se cherchaient, mais malgré la rage apparente de Rémus, le loup blanc ne ripostait que pour calmer. Ses mouvements étaient précis, calculés, cherchant à dominer sans blesser. Les Maraudeurs, impuissants, observaient avec des cœurs battants.

Au bout d'un moment, l'immense loup réussit à immobiliser Rémus, le maintenant au sol. Il posa doucement sa patte sur son poitrail, ses yeux bleus plongeant dans ceux de la bête furieuse. Peu à peu, celui-ci cessa de se débattre. Ses grognements faiblirent, et la lueur sauvage dans ses yeux se dissipa. Puis, sous l'effet d'un phénomène inexplicable, il commença à se retransformer en humain. Allongé dans l'herbe, épuisé et inconscient, Rémus semblait apaisé.

Le loup blanc resta un instant immobile, observant les Maraudeurs restés figés à distance. Puis, sans un bruit, il s'élança dans les bois et disparut, ses pas résonnant à peine sur le sol.

James et Sirius retrouvèrent leur forme humaine et accoururent vers Rémus.

«Il faut l'emmener à l'infirmerie, vite, dit James, inquiet.»

Avec précaution, ils portèrent leur ami et quittèrent la forêt.

À l'infirmerie, les Maraudeurs veillèrent sur le jeune homme jusqu'à ce que l'épuisement les gagne. Ils finirent par s'endormir sur des chaises, près de son lit. Mais dans les premières lueurs de l'aube, Sirius se réveilla. Les autres dormaient encore, mais un détail attira son attention: le lit voisin, vide la veille, était désormais occupé.

Piqué par la curiosité, Sirius s'approcha discrètement. Là, étendue sous les draps, se trouvait Yéléna. Sa respiration était régulière, mais quelque chose clochait. Sa peau portait les mêmes traces pâles que celles de Rémus après ses transformations.

Un frisson parcourut Sirius alors qu'un souvenir le frappait: les yeux du loup blanc. Ces yeux bleus, perçants, qu'il aurait juré avoir déjà croisés quelque part.

«C'est impossible… murmura-t-il, reculant légèrement.»

Il resta un moment à observer Yéléna, son esprit tourbillonnant de suppositions. Mais une chose était certaine: le mystère autour d'elle venait de s'épaissir.