Yo,

R.A.R :

Bouh-ahh : Merci pour ton suivi constant, je te souhaite une très bonne année 2025 :)

Voici le chapitre 13 de l'acte I. Bonne lecture !


Deux jours plus tard

Deux jours s'écoulèrent pendant lesquels les trois garçons furent au petit soin pour leur tuteur. Il s'était avéré que le corps de Zaraki était tout à fait robuste car chaque matin, les enfants avaient l'impression de le voir en meilleur forme. L'aide d'Unohana et de Kaien fut aussi la bienvenue. Ils passèrent chaque jour pour s'assurer de la bonne guérison des plaies et bleus qui avaient parsemé le corps de Zaraki. Apparemment, les Sinners avaient sadiquement attaqué la jambe faible du Dog. Il pourrait remarcher, mais il lui faudrait encore du temps et du repos.

Le rendu de l'exposé approchait et Ichigo était sans doute le plus studieux des trois. Il travaillait au chevet du futon de Zaraki sur le panneau de présentation qu'il préparait avec Orihime. Comme son tuteur n'avait rien d'autre à faire, Ichigo jugea bon de s'entraîner à l'oral devant lui, pour le plus grand bonheur mitigé de Zaraki.

Cet après-midi ne fit pas défaut à cette nouvelle habitude. Alors qu'Ichigo s'installait dans la chambre de Zaraki, Grimmjow et Ulquiorra sortirent de la maison. Ils traversèrent le quartier des Dogs en silence, mains dans les poches. Ulquiorra ne savait pas où ils allaient. À vrai dire, son frère de cœur lui avait juste demandé de l'aide et il avait accepté. Il avait de suite compris que Grimmjow ne préparait aucun mauvais coup: son regard était bien trop grave et peiné pour cela.

En effet, Grimmjow avait beaucoup réfléchi depuis l'agression de Zaraki. Il ne voulait plus s'en prendre à Nnoitra comme un idiot envahi par la colère. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de cultiver une certaine rage, tout au fond de ses tripes, qui bouillonnait à chaque fois qu'il entendait les bottes des Sinners rugir sur le sable pour de nouvelles inspections qui s'organisaient dans le quartier depuis le recensement des adultes. Ils trainaient avec eux, en plus de leurs beaux uniformes et de leur arme étincelante, une chape de terreur qui avait envahi toute la zone. Les Dogs semblaient toujours sur leur garde – encore plus qu'à l'accoutumée. Un simple rire devenait suspect.

— On peut savoir ce qu'on fait sur le terrain des Forces Spéciales? demanda Ulquiorra au bout de leur chemin.

— La Capitaine m'a donné l'autorisation de venir m'entraîner ici, grâce à l'exposé que je fais sur les Forces Spéciales. Mais, comme Tatsuki souhaite s'entraîner pour le Jeu qui arrive, je me retrouve tout seul. Alors, comme tu as accepté de m'aider…

— C'est bon, j'ai compris.

OoOoOoOoOoOoOo

Au même moment

Quelqu'un frappa à la porte d'entrée. Ichigo releva la tête de son dessin. Zaraki était déjà attentif. Trois coups secs réitérèrent. Aucune violence mais une certaine fermeté dans le geste. Aussitôt, Ichigo se tourna vers son tuteur, surpris et légèrement inquiet.

— Va ouvrir, je te prie; ordonna calmement Zaraki; Si c'est pour me voir, fais-le monter.

Ichigo acquiesça et se leva. En descendant les escaliers, il eut un étrange pressentiment. Ikkaku et Yumichika n'étaient pas là. Kaien et Unohana étaient déjà passés ce matin. Et avec les récents événements, ce n'était pas bon qu'un inconnu frappe à votre porte. En un mot, Ichigo eut peur. Si la personne leur voulait du mal ? Mais si tel était le cas, pourquoi aurait-elle la décence d'attendre sur le perron ?

Ichigo n'eut pas le temps de s'inquiéter plus. Il était déjà le nez collé à la porte. Zaraki avait demandé d'ouvrir, il ne pouvait pas juste ignorer la personne. En prenant son courage à deux mains, il saisit la poignée de la porte et la fit coulisser brusquement.

La première chose qu'il vit fut des bottes. Quand il releva le menton, il découvrit un uniforme noir, strict et bien serré. C'était un Sinner. Il parvint enfin à son visage, si haut dans le ciel. Il se composait autour d'une grande tête rectangulaire par des traits émaciés et des yeux perçants. Une chevelure sombre et raide tirait sur son crâne pour se nouer dans un ruban et reposer sur une des épaules. Ichigo le reconnut alors: c'était le Sinner qui l'avait recensé. Il s'était montré poli et calme avec lui.

— Bonjour.

Sa voix, si grave et lente, effaça les derniers doutes d'Ichigo. Mais il se résigna tout de même à lui accorder sa confiance. Les apparences pouvaient être trompeuses.

— B-Bonjour, monsieur.

— Zaraki est-il dans cette maison ? On m'a indiqué cette adresse pour le trouver.

— Oui… Il est ici.

— Puis-je le voir ?

— Qu… qu'est-ce que vous lui voulez ?

Il n'était pas sûr que cette phrase fût bien polie et d'usage face à un Sinner. Normalement, un Dog, qui plus est de son âge, n'aurait pas eu à rétorquer ainsi. Ichigo baissa un instant les yeux, rouge de gêne. Il entendit le Sinner soupirer. Ce n'était pas de la colère, lui sembla-t-il, mais plutôt une profonde lassitude. Quand il le regarda à nouveau, le Sinner le fixait avec un maigre sourire, l'air de vouloir dire: « Je te parais si dangereux que ça ? ». Aussitôt, Ichigo regretta sa question maladroite mais il n'eut pas le temps de s'excuser car l'homme reprit aussitôt :

— Je m'appelle Shaolong Qufang et je connais Zaraki, c'est une ancienne connaissance. Tu peux aller lui dire mon nom et voir sa réaction mais je doute qu'il m'empêche de venir simplement converser avec lui.

Ichigo se souvint alors de son recensement: le Sinner avait eu l'air de connaître Zaraki quand il avait vu son nom en tant que tuteur. En demandant à l'intéressé, Ichigo n'avait pas eu plus d'indice. Il avait simplement appris que Zaraki connaissait du monde et possiblement quelques Sinners.

— Désolé je… je vais vous conduire à lui, monsieur…

Ichigo se retourna et commença à grimper les marches en sentant l'homme le suivre après avoir fermé la porte. Ichigo n'avait jamais beaucoup parlé avec des Sinners mais, pour les rares interactions qu'il avait eues ou qu'il avait surprises envers des Dogs, ils paraissaient tous rudes et se moquaient allègrement. Le contact plus élevé et poli de cet homme, Shaolong Qufang, l'avait déjà beaucoup surpris au moment du recensement: jamais il n'aurait pu imaginer un Sinner aussi raffiné. Le savoir aux ordres d'une brute violente comme Nnoitra Jiruga était difficilement concevable.

Zaraki ne fut pas étonné de voir l'homme entrer dans sa chambre. Ichigo fut surpris de le croire plus grand encore que son tuteur. Il passa la porte en se baissant puis se courba à nouveau pour saluer poliment l'homme alité. Le garçon fut une nouvelle fois surpris. Un Sinner cultivait souvent une fierté débordante à se savoir supérieur aux Dogs. Les saluer en baissant la tête n'était clairement pas normal. Pour Ichigo, c'était clair: cet homme avait un lien avec le passé Sinner de Zaraki. Ils se connaissaient forcément de cette époque.

— Ichigo, tu n'as rien à craindre, je connais cet homme; rassura au même moment le blessé; prépare-lui un thé, je te prie.

Le petit garçon hocha la tête et sortit de la chambre pour s'affairer à sa tâche.

— C'est un gentil garçon, il prend soin de toi ; remarqua Shaolong en s'asseyant à genoux au chevet du futon.

— C'est sans doute le plus obéissant des trois, je devrais m'en réjouir ; répondit-il avec une pointe de sarcasme.

L'autre homme étira un léger sourire mais ce fut comme un effort incommensurable.

— Tu es dans un triste état, Zaraki.

— Je serai rétabli sous peu.

— Tu as conscience que c'est à la hauteur de ton insolence envers le Commandant ?

— Je le mesure, en effet. Mais j'ai agis en pleine conscience, je n'ai pas de regret. Il fallait bien montrer à quel point cette enquête est ridicule.

— Le manque de résultat inquiète les Lords. Ils voient dans cette insubordination la levée d'un mouvement plus grand. Tu sais tout comme moi qu'une révolte Dogs ne mène à rien d'autre qu'un bain de sang.

— Alors, c'est donc ça. On ne se parle plus pendant des mois et tu reviens à moi pour me rappeler ces histoires?

— De cette histoire. La dernière révolte a fait beaucoup de morts et elle n'a rien changé du tout. Elle a sans doute même accentué les rivalités entre les castes. Si tu agis en «pleine conscience» comme tu dis, tu ne devrais pas cacher le faux-monnayeur. Et si tu n'as vraiment aucun regret à le faire, alors conte-lui cette histoire. Il devait sans doute être trop jeune à l'époque pour la vivre. Parle-lui de tous ces morts, de toute cette violence et ces larmes. S'il n'est pas idiot, il saura calmer ses ardeurs.

— Qu'es-tu en train de faire ? Une stratégie inversée pour espérer que cette enquête se termine ? Je ne sais pas sur quelles preuves tu t'appuies pour croire que je connais le faux-monnayeur ni que j'aurais même une influence sur ses actions.

— J'ai pour preuve que je te connais et que je sais ton rôle parmi les Dogs. C'est en pacifiste que je viens te parler. Combattre une révolte me fatiguerait au plus haut point et je m'en passerais volontiers. Les Pasteurs sont du même avis. Ils feront tout pour empêcher une guerre entre les castes. Si tu ne penses pas avoir une influence sur le faux-monnayeur, donne son nom à des Pasteurs de confiance et ils sauront lui parler.

— Tch.

Zaraki claqua sa langue dans sa bouche pour s'empêcher de répondre impoliment à son Supérieur.

— La Freak Nelliel s'est échappée dans la Nature, tu es sans doute au courant; c'était son projet. Je n'en comprends pas la raison, mais ce que je vois, c'est que les autres Freaks en Prison s'agitent comme de vrais diables. Cet espoir leur donne trop d'assurance. Et toute cette situation rend fou de rage le Commandant qui sent le contrôle lui échapper. C'est un homme nerveux, Zaraki, tu as dû t'en rendre compte. Il ne tardera pas à employer de plus lourds moyens, quitte à agir sans l'aval des Lords.

— Je te le répète, tu m'apportes tous ces aveux mais je n'en ferai rien. Je n'ai pas tant d'influence, on m'écoute rarement: même mes gamins sont de vrais têtes de mule, ils n'appliquent jamais ce que je leur dis.

Shaolong soupira. Les Dogs avaient cette fâcheuse tendance à mentir, même si cela était visible.

OoOoOoOoOoOoOo

Ulquiorra était un merveilleux ennemi. Grimmjow en fut d'autant plus surpris car, jusqu'alors, il ne pensait qu'à vaincre Tatsuki. Alors même qu'il n'avait pas suivi d'entraînement et qu'avec sa frêle carrure il ne se présentait pas à première vue comme un redoutable combattant, Ulquiorra battit Grimmjow plusieurs fois. Il n'avait ni technique ni force cachée. Il était juste bon observateur et n'hésitait pas. Il le combattait avec des gestes précis et assurés.

Tout à coup, Grimmjow mordit encore la poussière. Il se retrouva à plat ventre sous le pied d'Ulquiorra qui le tenait en une clé de bras, et, bien sûr, il ne l'avait aucunement vu venir.

— Argh… Bien, bien… t'as gagné.

Ulquiorra le relâcha doucement et Grimmjow épousseta ses vêtements en se relevant.

— On recommence !

— Non.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

— Je suis fatigué et je veux savoir pourquoi tu t'entraînes si dur. À mon avis, ça n'a rien à voir avec l'exposé, c'est juste un beau prétexte. Je ne t'ai jamais vu aussi sérieux que quand tu cherches à impressionner Zaraki.

Grimmjow râla pour la forme et se gratta les cheveux, cherchant ses mots. Ulquiorra était trop malin et sous son air snob et renfermé, on avait tendance à l'oublier.

— On ne peut rien te cacher…

— Tu m'as promis un jour d'être moins idiot et de ne plus nous mettre en danger, toi y compris. Si cela arrivait, j'aurais pour devoir de t'arrêter.

— Je ne nous mets pas en danger ! s'écria Grimmjow en levant les mains pour clamer son innocence.

Face au regard interrogateur d'Ulquiorra, le garçon n'eut pas le choix de s'y reprendre d'une voix plus calme:

— J'ai l'impression que toute cette histoire nous met en danger… Même si on respecte la Loi, on n'est pas forcément en sécurité. Alors, juste au cas où… j'aimerais devenir plus fort. Pas pour attaquer quelqu'un, je sais que c'était idiot de croire que je pouvais battre Nnoitra. Enfin, maintenant, comme ça… Tu vois? En fait, ce que je veux… c'est juste avoir la force nécessaire pour vous sauver si besoin.

Grimmjow hésita à plonger son regard dans celui d'Ulquiorra. Il tomba dans deux grands océans émeraude qui le fixaient de manière neutre et calme. Finalement, Ulquiorra soupira légèrement et acquiesça.

— Je ne vais pas t'empêcher de faire ça, alors.

— C'est vrai ?!

— Ça n'a rien d'idiot, on dirait que tu as un peu plus réfléchi cette fois.

Grimmjow eut un petit rire gêné. Ulquiorra lançait parfois des piques bien plus froides qu'il ne pensait.

— Alors tu veux bien continuer à t'entraîner avec moi?

— Non. Je suis fatigué, je t'ai dit. Remettons ça à une autre fois.

OoOoOoOoOoOoOo

Ichigo entendit enfin dans la bouilloire en fonte l'eau s'agiter et fumer. Il avait déjà préparé deux tasses et y avait incorporé quelques herbes de thé. Il finit la préparation en versant l'eau dans les récipients avec une certaine habileté pour éviter de se brûler. Quand le tout fut prêt, il posa les tasses sur un plateau en bambou et monta lentement les escaliers en hissant ses petites jambes avec souplesse à chaque marche sans perdre l'équilibre.

Il servit le thé aux deux hommes plongés dans un grand silence. Le garçon se douta que sa présence en était la majeure raison. Mais il trouva quand même dans le comportement de Zaraki, réservé et froid, que la conservation n'avait sans doute rien de bien amicale.

En sortant de la chambre, sa curiosité fut trop forte. Il fit mine de descendre quelques marches pour indiquer aux adultes qu'il s'éloignait et remonta à l'étage en escaladant la rambarde pour ne faire aucun bruit. Arrivé vers la porte, il dut patienter encore quelques instants avant d'entendre la voix du Sinner retentir.

— Alors tu ne vas rien faire? Tu vas laisser le faux-monnayeur continuer sa rébellion, se jouer de la Loi et libérer des Freaks sans même l'avertir du risque qu'il encoure ?

— Les Dogs apprennent ce que veut dire "prendre un risque" au moment de naître. Je n'ai rien à apporter.

— Tu fais partie des anciens. Tu es la mémoire de cette Cité tout comme moi. J'enseigne aux jeunes recrues la gravité de dégainer leurs armes. Tu devrais à ton tour apprendre aux jeunes que se révolter ne mène à rien.

— Je suis un vieil homme boiteux et râleur. Aucun des jeunes gens de ce quartier ne voudrait finir comme moi. Tous ont des rêves, des espoirs. Qui accepterait de mener toute une vie de Dogs dans la boue et la poussière alors que dans le champ voisin la vie y est plus douce? Je n'ai aucun argument à leur avancer. S'ils veulent se révolter, ce n'est pas un loup infirme comme moi qui va les stopper.

— Ne joue pas les pleureuses. La vie vous est décente maintenant. Les Pasteur ont grandement contribué à votre confort.

— Et que les Dieux les protègent. Sans eux, je ne vois pas qui se serait inquiéter de notre sort. Pas même toi. Tu parles de paix mais ton cœur est bien plus froid. En réalité, tu ne penses qu'à toi: tu n'aimes pas tuer ni faire la guerre. Si cette enquête pouvait s'achever, ça te libérerait d'un poids pesant, n'est-ce pas?

— Tu oses…

— … En signe du bon vieux temps. Toi et moi, on s'entendait bien parce qu'on réfléchissait de la même manière. Moi aussi je pensais à moi avant les autres. N'est-ce pas ça l'instinct de survie? Enfin, depuis que je suis Dog et à la charge de ces trois garçons, je ne pense plus à moi en premier mais à eux. Je m'inquiète sans cesse pour leur avenir. Tu parlais d'enseigner aux jeunes l'importance de suivre la Loi ? Je ne le fais qu'avec ces trois gamins. Tss… si on peut parler «d'enseignement». C'est simplement ma peur qui les sermonne. Pourvu qu'ils aient peur à leur tour… ça leur donnera moins d'idées suicidaires de se rebeller. Les autres, peu m'importe. Je ne peux pas m'occuper de tout le monde.

Ichigo était immobile, le nez collé à la porte. La voix de Zaraki était rarement aussi froide. Elle ne survenait ainsi que lorsqu'il était profondément en colère. Le ton était donc donné. Il l'avait rarement entendu se confier aussi intimement. Il semblait connaître cet homme au point de lui parler de ces peurs. Ichigo était aussi touché de la manière dont Zaraki semblait se soucier d'eux. Certains de ses mots résonnaient tout de même dans sa tête: «Depuis que je suis Dog…»

Tout à coup, Ichigo entendit en bas la porte d'entrée coulisser. Il découvrit bientôt les têtes de Grimmjow et Ulquiorra apparaître. Ils avaient transpiré et leurs habits étaient assez poussiéreux.

— Qu'est-ce que tu fais, Ichi'? demanda Grimmjow.

Aussitôt, Ichigo posa l'index sur ses lèvres pour les ordonner de garder le silence. Puis il agita la main pour les inviter à le rejoindre. Grimmjow s'empressa à monter les marches stratégiquement sans faire de bruit, tandis qu'Ulquiorra prit son temps, l'air dubitatif.

En langage des signes improvisé, Ichigo fit comprendre à ses frères qu'un Sinner se trouvait dans la chambre et que Zaraki semblait le connaître.

Tout à coup, la conversation reprit.

— Je te comprends, Zaraki. Tu as beau me croire insensible, je sais la charge que tu portes. Il est difficile de se faire entendre de jeunes qui ne possèdent parfois qu'un numéro de matricule. Si le faux-monnayeur écoutait avec respect ses anciens, il aurait arrêté d'agir. C'est sans doute l'envie qui l'anime. Peut-être qu'il veut aussi venger cette génération servile qui a suivi la dernière révolte…

Les garçons se regardèrent, interloqués. Ils avaient juré depuis le recensement de Zaraki d'abandonner leur petite enquête pour découvrir qui se cachait derrière le faux-monnayeur. Ils avaient jugé l'entreprise bien trop périlleuse pour des enfants et tout à fait infructueuse malgré leurs grands efforts. Néanmoins, la curiosité les tiraillait encore bien trop.

— Je vais te laisser, dans ce cas. Fais de ton mieux et je ferai également pareil de mon côté.

Il y eut un bruissement d'habits et un poids plus lourd sur le plancher. Les enfants n'eurent pas le temps de s'enfuir dans leur chambre qu'une phrase donnée par le Sinner s'échappa déjà de la chambre pour s'échouer à leurs oreilles.

— S'il reste en toi un peu du Commandant Sinner que tu as été, Zaraki, agis comme tel avec ta caste. Les Dogs n'ont pas besoin d'un espoir vain venu d'un petit terroriste anonyme. Ils ont besoin d'un homme aussi droit et juste que toi pour leur apprendre à vivre fièrement tout en suivant la Loi.

Les enfants se figèrent. Zaraki… Un Commandant Sinner ? Alors qu'Ichigo fut à moitié surpris avec ce qu'il avait appris dans la salle des archives, Ulquiorra et Grimmjow se figèrent de stupéfaction. Ce fut alors trop tard pour se cacher.

La porte de la chambre s'ouvrit sur le Sinner qui parut encore plus grand pour les enfants agenouillés à terre. L'homme n'afficha aucune surprise et ne les disputa même pas d'avoir espionné. Il était juste visiblement gêné de leur présence qui l'empêchait d'accéder à l'escalier.

— Je me retire. Écartez-vous.

Aussitôt, les trois enfants bougèrent, retrouvant étonnement sous le coup de la peur l'énergie qui leur avait fait défaut pour se cacher.

L'homme descendit sans un mot de plus et se retira de la demeure ainsi, en refermant doucement la porte coulissante de l'entrée.

— Qu'est-ce que vous faîtes là, vous trois?

OoOoOoOoOoOoOo

Au même moment

Quartier Général des Sinners

— Tiens donc… Vous venez me trouver dans mon bureau maintenant ? Vous qui aviez peur d'être découvert, voilà qui est étonnant.

Le Lord Hepta Barragan souleva sa capuche pour faire apparaître sa chevelure blanche et son visage ridé supporté d'une moustache. Ses petits yeux calculateurs n'avaient pas du tout l'air impressionné par le Commandant Sinner assis à son bureau.

— Crétin, je ne suis pas là pour nos petites conversations du salon pourpre. Et d'ailleurs, elles n'auront bientôt plus jamais lieu si vous continuez à agir de la sorte. Je viens de la part du Conseil des Heptas qui m'a trouvé le plus à même de vous parler.

— Tch… Je m'en serais douté. Asseyez-vous.

Le Lord eut l'air de peu apprécier qu'on lui donne un ordre mais il se contenta d'un grognement sonore. Il s'assit en face du bureau et le silence s'abattit une fois la porte fermée. Nnoitra s'alluma une cigarette lentement. On entendait quelques soldats marcher dans le couloir. Les fenêtres derrière le Commandant, présentaient une partie du Quartier des Dogs. On voyait même au loin la forteresse des Lords.

— Les Pasteurs ont encore rappelé au Conseil votre comportement violent envers les Dogs et votre incompétence pour cette enquête qui ne mène, je les cite, «qu'à plus de peur et de haine encore».

Sur ce, Barragan posa la lettre ouverte sur le bureau. Nnoitra la saisit avec rage et la lut en diagonale, serrant les dents à chaque caractère.

— Signé par moins de la moitié des Pasteurs de la Cité mais ça a suffi à soulever un tôlé auprès des Lords. C'est Unohana Retsu qui est à l'initiative de cette lettre. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'elle s'entend avec plus de Lords que vous, notamment Kyoraku Shunsui qui préside au Conseil des Heptas, et qu'elle a été nommée médecin-cheffe du Roi. Autant vous dire que sa lettre a été reçue avec beaucoup d'attention.

— Tss… Et alors ? Aucune règle n'a été établie concernant ma manière de mener les interrogatoires. Ces chiens sont des idiots prêts à tout pour cacher leur petit secret de rébellion. Si vous croyez qu'ils vont avouer en répondant gentiment à nos questions, c'est que vous êtes resté bien trop longtemps dans votre Palais Doré.

— Qu'est-ce que vous…

— Permettez. Les Dogs sont de véritables vauriens. Ils s'accrochent au moindre espoir dès qu'il pointe le bout de son nez. Je savais pertinemment ce que je faisais, ne me faites pas passer pour plus animal qu'eux. Zaraki Kenpachi, il sait tout, j'en mettrais ma main à couper.

— Il a apparemment d'abord mentionné qu'il ne connaissait pas l'identité du faux-monnayeur avant de se présenter comme tel. Au même moment, douze autres hommes ont fait la même chose. J'ai lu le rapport. Ils se sont bien joués de vous. Si vous voulez un nom, ils vont chacun donner le leur et il n'y aura ainsi plus de faux-monnayeur. Je me demande qui est le plus idiot des deux camps.

Nnoitra expira sa fumée par les narines avec rage et ferma les yeux comme pour mieux contenir sa colère. Il écrasa le mégot avec férocité dans le cendrier.

— Et vous ? Peut-on savoir dans quel camp vous vous trouvez ? Car je ne vois là aucun soutien.

Le Commandant étendit son dos sur le dossier de sa chaise et se massa les tempes en gardant les yeux fermés:

— Vous êtes venu me donner une lettre et me faire la morale alors ? Pour notre petite collaboration, je m'attendais à mieux… Ne serait-ce qu'un soutien pour couvrir la violence dont je ferai preuve pour les prochains interrogatoires.

— L'avertissement ne vous fait aucun effet ?

— Oh si… Il me donne encore plus envie d'apporter la tête du faux-monnayeur sur la table du Conseil et de réclamer ma place au Palais. On pourra alors continuer d'échanger sans avoir besoin de traverser toute la Cité, qu'en dites-vous ?

Barragan soupira. Il traitait souvent le Commandant d'idiot mais il devait s'en méfier. Il n'y avait rien de plus hargneux et malin qu'un Dog qui gravissait trop vite les échelons.

— Soit. Je peux peut-être faire quelque chose. Pour vos interrogatoires, je ne vois pas comment éviter aux Dogs d'aller pleurer dans les bras de leurs Pasteurs. Alors, je vous prierai de vous tenir correctement. En revanche, à la prochaine action du faux-monnayeur, vous avez carte blanche pour agir. Menacez comme bon vous semble, je couvrirai vos arrières.

OoOoOoOoOoOoOo

— C'était il y a très longtemps et je n'en dirai pas plus.

— Tu as été Commandant! Tu as été à la place de Nnoitra ! cria Grimmjow, plein de stupéfaction.

— Oui, oui, Grimmjow, et j'apprécierai que tu arrêtes de le crier avant que toute la Cité ne t'entende !

Grimmjow mit sa main devant sa bouche, l'air désolé, et se remit à genoux au chevet de Zaraki. À ses côtés, Ulquiorra était aussi effaré par la nouvelle. Ichigo, quant à lui, était assez mal à l'aise. Il était déjà au courant et ne savait pas comment mimer la surprise qu'il avait déjà vécue.

— Pourquoi nous l'avoir caché ? demanda calmement Ulquiorra, contrastant avec la nervosité de Grimmjow.

— Je n'avais aucun intérêt à vous le dire, ce n'est pas vos affaires ; répondit froidement Zaraki sans les regarder ; cette histoire est la mienne et ça ne vous aurait rien apporté de la connaître.

— Comment ça se fait que tu ne le sois plus ? reprit Grimmjow; Pourquoi personne n'en parle en ville ? Aucun vieux ne m'a jamais parlé de ta destitution !

— «Vieux» ? Ce n'est pas si vieux que ça… dix ans ? ; murmura Zaraki pour lui-même avant de reprendre; Les affaires politiques étaient assez troublées à l'époque, j'ai quitté mon poste volontairement, voilà pourquoi ça n'a pas fait grand bruit. Il y a eu ensuite beaucoup de successeurs à ce poste avant que Nnoitra s'affirme Commandant et tienne ce rôle.

— Tu devais être imbattable!

— Je me disais bien qu'on ne pouvait pas avoir autant de muscles naturellement; sourit Ichigo en constatant une fois de plus la maigreur de ses propres bras.

— Et ça ! Ça !

Grimmjow se précipita sur l'armoire de la chambre et fit coulisser la porte avant même que Zaraki ne lui interdise de le faire. Il y avait là un beau coffret en bois d'ébène et l'enfant savait pertinemment ce qu'il y avait dedans. Il souleva le petit taquet doré et découvrit aux yeux de tous le katana remarquable. Les broderies sur la poignée s'effilochaient et la lame, qui avait perdu sa brillance, était brisée à plusieurs endroits sur sa partie tranchante. Pour autant, elle émanait encore une aura pure et forte.

— C'était la tienne ?!

Zaraki soupira, visiblement dépassé par l'enthousiasme de Grimmjow. Il avait beau détesté Nnoitra et les Sinners en général, l'idée qu'il ait fait partie de cette caste ne semblait pas le gêner le moins du monde, au contraire. Peut-être qu'il lui prouvait qu'un Dog pouvait s'élever au-delà de sa caste.

— Oui, Grimmjow et ne la touche pas : même si elle est ancienne, elle reste dangereuse.

— Comment as-tu pu garder une arme en redevenant Dog ? demanda Ulquiorra, toujours aussi lucide.

— Ils n'ont pas eu leur mot à dire, c'était ma dernière volonté en tant que Sinner… Et puis, ils ont dû se dire qu'un infirme n'allait pas aller bien loin avec une lame émoussée… alors, ils me l'ont laissée.

Les trois enfants ne purent s'empêcher de penser à la blessure de Zaraki à la jambe. Ils l'avaient toujours connu boiteux alors c'était clair : l'état de sa jambe avait un lien avec sa destitution.

— Maintenant, referme cette boîte, Grimmjow, et laissez-moi me reposer. À l'avenir, évitez d'écouter aux portes!