Bonjour à ! Je suis de retour avec ce qui est probablement l'avant dernier chapitre avant l'épilogue. J'espère qu'il vous plaira !

Je n'ai pas encore de date pour le chapitre dernier, mais j'espère que ce chapitre vous aidera à patienter.

Je tiens à vous remercier pour vos retours sur le chapitre précédent, on a dépassé les 100 reviews sur cette histoire, c'est complètement dingue.

De l'amour sur vous !


Chapitre 15 : La logique des fous

Une fois de plus, Drago voyait Hermione lui tourner le dos d'une démarche presque mécanique. S'arrachant à cette vue, il se tourna vers la salle des professeurs, se perdant dans la contemplation des vitraux qui en ornait les fenêtres dépeignant un maître face à sa classe. Après quelques minutes lui permettant d'être sûr qu'Hermione était parti, il se mit en route vers Pré-au-Lard, en continuant ses ruminations

Pendant sa jeunesse, Drago n'avait jamais vraiment réfléchi à son avenir. Pendant ses premières années à Poudlard, il pensait simplement suivre la voie de son père : vivre un quotidien de rentier tout en intriguant pour conserver la position de sa famille. Puis Voldemort était revenu et il n'avait plus réfléchi qu'en termes de survie. Il n'était pas sûr de passer son dix-huitième anniversaire, quelle utilité de penser à son avenir ?

Pendant la guerre, il y avait trois possibilités : la mort, la prison ou la servitude. Aucune option n'avait finalement été la bonne et c'est en exil qu'il avait fini par trouver sa voie. Il avait fallu qu'il perde tout ce qu'il avait connu, tout ce qui lui était cher pour pouvoir découvrir qu'il pouvait exceller sans s'appuyer sur son nom de famille.

Drago Malefoy en était persuadé, les potions était sa vocation. Il avait toujours été plus proche de Severus que de son propre géniteur. Même avant son entrée à Poudlard, il avait toujours admiré la discipline et la minutie qu'impliquait la préparation des potions. Lorsqu'il préparait une concoction, le monde extérieur n'avait aucune importance.

A Tokyo, il avait découvert le plaisir d'enseigner, la satisfaction personnelle qu'apportait la réussite d'un élève. Il avait découvert l'effervescence d'une classe prête à se dépasser. Mais dans ce contexte, il avait à faire avec des jeunes adultes d'une culture radicalement différente. Chaque élève avait choisi son cours et Drago n'hésitait pas à aller au-delà des programmes traditionnels et ses élèves en redemandaient.

Poudlard était une tout autre affaire mais qui faisait sens pour Drago. Il devait beaucoup à Severus. Perpétuer l'héritage qu'il avait laissé lui semblait une belle manière d'avancer.

Il était sûr de sa maîtrise de la matière mais l'idée d'enseigner à des marmots l'avait fait hésiter.

Mais finalement, il avait fini par s'attacher à cette bande de marmots.

Drago avait été étonné par la rapidité de son intégration. Neville n'y avait pas été étranger, il avait pris son rôle de tuteur à cœur et mis de côté leur très lourd passif.

Sa maison avait également évolué depuis son départ mais le cœur ambitieux et rusé de Serpentard était encore vivace. Hormis quelques brebis galeuses, il avait su gagner le respect de ses élèves sans avoir recours aux méthodes… douteuses de Severus.

Hermione avait été la cerise sur le gâteau, et quelle cerise ! S'il se concentrait, il pouvait encore la goûter du bout de sa langue. La texture de sa peau était imprimée au bout de ses doigts et ses gémissements étaient gravés à jamais dans sa mémoire. Il n'était pas étranger à la gent féminine, mais leur aventure allait bien au-delà du désir. L'interdit n'avait fait qu'attiser un brasier bien trop ardent pour son propre bien.

L'inconvénient de ce genre d'incendie, c'est qu'il laisse des traces. Elle lui manquait. Elle lui manquait bien plus qu'il ne voulait se l'avouer. Il avait beau la voir tous les jours, mais l'absence de leur camaraderie et de leur alchimie lui pesait. Elle lui manquait mais il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir.

Il avait assez fait d'efforts pour lui prouver qu'on pouvait lui faire confiance, qu'il avait évolué depuis leur scolarité, mais il avait suffi d'un quiproquo pour qu'elle décide de tout arrêter et de le fuir. Et même mise face à la vérité, elle refusait de se laisser approcher.

Il ne pouvait s'empêcher de broyer du noir dans ses moments de calme. La vie à Poudlard avait perdu de sa saveur. Granger en hantait chaque recoin. Même dans son propre bureau, il était confronté aux images de son ancienne amante dans son uniforme indécent.

Ils avaient baptisé beaucoup d'endroits du château, mais ce moment était gravé au plus profond de son âme. Ils avaient beau recréer un fantasme quelque peu dépravé, c'était la première fois qu'il avait eu l'impression de lui faire l'amour.

Il ne s'en était même pas rendu compte, il ne savait même pas ce qui avait changé. Mais à partir de cet instant, il n'y avait plus eu de retour en arrière.

Il n'était pas sûr de rester. Plus les semaines avançaient, plus il était tenté de retourner au Japon et de les supplier de lui rendre sa place. Il aimait enseigner au château, mais c'était la chasse-gardée d'Hermione. Elle s'était impliquée corps et âme dans la refondation de l'éducation après la guerre.

Cela n'étonnerait pas Drago que McGonagall ne finisse pas par lui passer le bâton à la fin de sa carrière.

S'il n'arrivait pas à passer outre son infatuation, ce serait à lui de s'en aller.

Mais retourner au Japon avait un goût d'échec, un échec dans le parcours qu'espérait tracer le jeune maître des potions.

Il pouvait toujours accepter la proposition de l'Académie des potionistes à Paris. Cela faisait trois ans qu'il recevait une invitation formelle chaque année à devenir membre.

Devenir l'un des plus jeunes académiciens de l'histoire et siéger auprès des plus éminents potionistes du continent serait vu comme un bel avancement, notamment pour quelqu'un d'aussi jeune. Mais l'idée de passer ses journées à pratiquer la langue de bois dans une assemblée de vieux sorciers croulants semblait d'un ennui mortel.

Certes, ses élèves pouvaient être profondément idiots, mais ils avaient le mérite d'être divertissant.

Poudlard restait un lieu très cher à son cœur, il avait vu le château comme sa deuxième maison jusqu'à ce que Voldemort lui prenne l'une comme l'autre. Le quitter à cause d'une peine de cœur lui semblait puéril.

Une fois de plus, c'était la fuite qu'il voyait comme échappatoire. Au moins, il serait auprès de sa mère. Elle aussi lui manquait, et cette attente anxieuse de nouvelles concernant sa sécurité n'arrangeait pas ses humeurs.

Il se maudissait de s'être laissé aller à ce jeu dangereux qu'était l'amour. Il aurait été bien plus tranquille en se contentant de relations sans attaches, avec des femmes avec qui il ne partageait pas un lourd passif.

Parce qu'il avait beau tenter de se convaincre du contraire, il avait des sentiments pour Hermione. Ce sentiment lui était étranger, il n'avait jamais eu de problèmes pour passer à autre chose.

Mais il n'avait jamais formé un tel attachement avec l'une de ses amantes. Elles étaient toutes douées au lit, intelligentes (pour la plupart) et raffinées. Mais Hermione était rayonnante.

S'il y réfléchissait, elle l'avait toujours été. Il avait simplement été trop immature, trop fermé d'esprit, trop égocentrique pour le réaliser avant.

Même quand la guerre l'avait presque noyé dans sa noirceur, elle rayonnait. Il se rappelait d'elle sur le champ de bataille face à une armée de Mangemorts et le corps d'un Harry Potter que tout le monde pensait mort. Elle était amaigrie par les mois de cavale, le visage marbré de lacérations et des traces de sang, le teint pâle et les yeux rougis par les larmes mais toujours aussi rayonnante. Elle rayonnait de courage, de détermination aux côtés des siens.

Au même moment, Drago avait simplement rejoint ses parents, au côté de celui qui semblait être le vainqueur. Il avait choisi la facilité, la fuite. Cela faisait partie des nombreuses choses qu'il ne se pardonnerait jamais.

Contre tout attente, ses seuls moments de grâce, il les trouvait auprès du plus improbable des Gryffondors.

Neville et lui avaient pris l'habitude de sortir prendre un verre aux Trois Balais un ou deux soirs par semaine. En plus de passer un bon moment en sa compagnie, cela lui permettait d'échapper pour un temps aux souvenirs qui hantaient désormais ses appartements.

Après sa conversation avec Hermione, il avait du mal à feindre l'entrain. Il était bien plus calme qu'à son habitude et Neville semblait l'avoir remarqué.

« Tu commences à me faire peur. Je vois bien la différence entre la façade que tu présentes au monde et ton expression quand tu es persuadé que personne ne te prête attention. » fit remarquer Neville.

« Depuis quand es-tu devenu aussi observateur ? » demanda Drago en haussant un sourcil étonné.

« Mécanisme de défense, tu me terrorisais tellement que j'ai appris à déchiffrer tes expressions pour tenter d'éviter d'être la victime de tes frustrations. Je suis officiellement devenu un expert en Drago Malefoy vers mes quatorze ans je dirais. » Neville avait parlé sur un ton amusé, mais Drago ne s'en sentait pas moins coupable. Il avait vraiment été un sale petit con. Il était toujours un peu surpris par l'évidente maturité de son ancien bouc émissaire.

Neville lui tapota l'épaule dans un geste amical, auquel Drago répondit par un sourire désolé. Il soupira bruyamment avant de descendre d'un trait son Whiskey pur Feu et de faire signe à la tenancière de lui en apporter un autre.

Mais ce soir, même son poison préféré n'arrivait pas à éteindre son cerveau.

Égoïstement, Il en voulait à Hermione. Il lui en voulait d'occuper autant ses pensées, il lui en voulait de détourner le regard à chaque fois qu'elle le voyait, il lui en voulait de se pavaner devant Krum dans sa petite robe noire, il lui en voulait de lui faire ressentir un tel sentiment de jalousie, de possessivité. Drago Malefoy n'était pas jaloux.

Ce n'était pas dans sa nature. Ses différentes partenaires au fil des années savaient à quoi s'en tenir : une aventure courte, voir sans lendemain et surtout, sans rancune ni attache. Mais avec Hermione, il n'avait pu s'en empêcher. Il connaissait son histoire avec Viktor. Il connaissait les talents de séduction d'Hermione et surtout, il reconnaissait l'expression dans les yeux de Krum, il l'avait arborée lui-même en de nombreuses occasions.

Il lui en voulait d'être aussi belle, aussi intelligente, aussi magnétique. Il lui en voulait de ne plus lui faire confiance, malgré l'intervention de Blaise. Il lui en voulait de vouloir n'être que de simples collègues alors qu'il était au supplice, un supplice dont elle seule pouvait le libérer.

Coincé dans le périmètre du château et du village à cause d'une résurgence des Mangemorts qui semblait être à nouveau dormante était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Il n'en pouvait plus de devoir prévenir le bureau des Aurors dix jours à l'avance lorsqu'il voulait se rendre quelque part.

Il était plus simple de blâmer Hermione pour leurs problèmes plutôt que de se confronter à sa part de responsabilité. Il était habitué aux débats avec sa propre voix intérieure.

Si elle voulait plus qu'un simple amant, elle n'avait qu'à user du courage de sa maison.

C'est vrai que toi, tu as été un parangon de courage et d'honnêteté.

Elle n'a jamais daigné m'écouter, me laisser m'expliquer.

Parce que la Belette a usé et abusé de sa confiance. Elle voulait seulement se protéger.

Alors pourquoi Blaise a réussi à lui faire comprendre la situation ? Ils ne se connaissent pas après tout.

Peut-être parce que Blaise n'a pas été le tortionnaire de son adolescence et n'a pas passé la première partie de l'année scolaire à devoir prouver au monde qu'il n'était plus le même.

Ils étaient ensemble en huitième année, s'était-il passé quelque chose entre eux ? Blaise était fragile émotionnellement à ce moment-là, avec l'annonce du mariage de Pansy. Rien qu'à l'idée il sentait une bouffée de colère l'envahir.

Sérieusement ? Tu préfères t'énerver sur une élucubration née de ta jalousie ? Un peu d'empathie ne te ferait pas de mal.

Décidemment, sa conversation avec lui-même ne menait nulle part. Il quitta la contemplation de son verre et se tourna vers Neville.

« Comment tu as su qu'Hannah était la bonne ? »

Un long silence s'était étiré entre eux pendant la joute mentale du maître des potions. Neville sembla surpris pendant un instant mais son regard s'adoucit, comprenant implicitement le sens de sa question.

« Après la guerre, j'ai eu un gros passage à vide. Le deuil et les traumatismes m'ont beaucoup affecté. La huitième année a été une sacrée galère et Hannah s'est petit à petit imposée comme l'un des plus beaux aspects de mon quotidien. Nous passions nos soirées ensemble à la bibliothèque ou dans le parc, et un jour j'ai pris mon courage de Gryffondor à deux mains et je l'ai embrassé. Ce n'était pas la première fois que j'embrassais quelqu'un, mais je n'ai jamais rien senti de comparable. Je pensais que la sensation allait s'estomper avec le temps, mais des années plus tard, elle est toujours là. C'est difficile à mettre en mot, mais je peux t'assurer que je ne vois pas mon quotidien sans elle. Elle est ma bouée de sauvetage dans la tempête, ma boussole qui me permet de me guider dans la vie et quand elle me sourit, j'ai toujours l'impression d'être l'homme le plus chanceux sur la planète. »

Le regard de Londubat se perdit dans le vide, un sourire un peu niais s'étalait sur son visage. Drago se demandait si c'était à ça que ressemblait le bonheur.

En observant le liquide ambré danser dans son verre, il se réjouissait du début des vacances. A défaut de l'aider à combattre son ennui, la pause printanière lui permettrait de mettre une certaine distance avec Hermione. Le département des Aurors avait accepté la demande de Drago de retourner à Londres, chez lui. Il y aurait un garde dans le Hall d'entrée, mais au moins il changerait un peu de paysage.

oOo

Dans une salle d'interrogatoire lugubre du Ministère, un Harry Potter abasourdi faisait face à Yaxley, l'un des derniers Mangemort encore en fuite. Il avait perdu de sa superbe, des années de cavale avaient creusé ses rides. Ses cheveux, autrefois d'un blond se rapprochant de celui des Malefoy, étaient désormais d'un gris terne et mal entretenus. Sa barbe hirsute achevait de le rendre pitoyable.

Pourtant, l'apparence de l'ancien mage noir n'était pas ce qui choquait Harry. C'était le déluge d'informations qui continuait de sortir de sa bouche d'un ton monocorde qui lui était devenu familier, après des années à traquer les derniers Mangemorts.

Les effets du Véritasérum commençaient à s'estomper mais Harry en savait déjà bien assez.

Sans les effets de la potion, il aurait cru à une blague, ou à une défense bien mal pensée en perspective de son procès.

De toutes les choses qu'il avait entendu dans cette salle, c'était bien la plus folle.

Astoria Greengrass avait tout orchestré.

Dans l'unique but de forcer Drago Malefoy à l'épouser.

Elle était responsable de la mort de Lucius et des menaces à l'encontre de Narcissa.

Elle avait fait équipe avec un Mangemort dans l'unique but de pousser Malefoy vers elle.

Yaxley avait eu sa vengeance sur Lucius et avait pu tourmenter Narcissa en se servant de Yaxley comme d'un épouvantail. Le département des Aurors avait utilisé toutes les techniques de magie médicolégale à disposition pour retrouver la trace de l'auteur des menaces. Tous les indices menaient au Mangemort et sans l'utilisation plus que controversée du Véritaserum mais légale dans les présentes circonstances, Harry en aurait conclu que Yaxley avait agi seul, habité par son esprit de revanche et Astoria s'en serait sortie.

Cette affaire hantait Harry depuis des semaines. Il devait à Narcissa Malefoy sa vie. L'intégralité de la communauté sorcière lui était redevable et même il ne partageait passes valeurs, il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger Mrs Malefoy, surtout alors qu'elle faisait face à la mort brutale de son mari.

L'équipe d'Harry avait suivi des dizaines de pistes, la plupart d'entre elles infructueuses, jusqu'à ce qu'un des assistants du labo tente une expérience sur les lettres de menaces, un nouveau sortilège encore en cours de développement qui, d'après ce qu'avait compris Harry, avait un fonctionnement similaire à la Trace.

Peu importe pour Harry, car c'est cette expérience qui avait permis de retrouver la piste de Yaxley sur l'île de Mann. Harry et son équipe avaient rarement eu affaire à tant de de sortilèges de défense qu'il sentait encore les effets de l'effort sur sa magie, même des heures plus tard.

Quand il avait fini par menotter Yaxley, il pensait en avoir fini avec cette affaire.

Complicité de meurtre, trafic au sein d'un établissement pénitentiaire, conspiration, menaces, non-dénonciation d'un fugitif. La liste des crimes d'Astoria était longue et hallucinante. Tout ça pour Malefoy ?!

Certes il était riche et relativement attirant, mais ça restait Malefoy ! Bon, Hermione avait bien dû lui trouver des qualités… physiques auxquelles il aimerait éviter de penser.

Harry ne comprenait vraiment pas. Mais son travail n'était pas de comprendre les raisons qui animent les criminels. Il avait déjà du mal à dormir la nuit, il n'allait pas ajouter la psychologie des mages noirs à sa liste de préoccupation.

En regagnant son bureau et malgré son état d'épuisement, Harry réfléchissait déjà à la bonne stratégie à adopter. D'un premier abord, Astoria semblait inoffensive. Mais Harry ne pouvait pas parier sur sa réaction lorsqu'elle comprendrait qu'elle était fichue.

Non, il fallait jouer la prudence et monter une intervention comme s'ils avaient affaire à un Mangemort. Mieux valait prévenir que guérir.

oOo

A l'aube, tout était en place, le transplanage était brouillé, la cheminée était déconnectée, le dispositif d'Aurors était déployé et Harry s'était faufilé à côté de la porte d'entrée, la main crispée sur sa baguette tendue.

Harry n'aimait pas les tenues d'intervention, tout ce cuir magiquement imbibé était foutrement efficace mais n'avait rien de confortable.

D'un hochement de tête à son collège posté au sud de la propriété, relativement modeste pour une héritière, il déclencha l'assaut.

Toutes les issues furent enfoncées, la maison fouillée avec une précision témoignant des centaines d'heures d'entraînement de son équipe, mais rien ne se mit en travers de leur chemin.

Ils trouvèrent Astoria dans la bibliothèque, installée avec un livre en main. Elle ne semblait pas surprise par l'ampleur du dispositif mis en place pour son arrestation. Elle posa doucement sa baguette sur la table basse à côté d'elle et leva les mains en l'air, un sourire cruel plaqué sur ses lèvres teintées d'un rouge profond.

Prudent, Harry ne baissa pas sa baguette et lui ordonna de se retourner. Elle obéit sans opposer de résistance et Harry ne put respirer à nouveau que lorsqu'il entendit le clic des menottes.

De retour dans la salle d'interrogatoire pour la deuxième fois en 48h, Harry ferma délicatement la porte et s'installa face à elle. Elle finit par se détacher de sa contemplation du miroir sans tain pour poser un regard condescendant sur le Survivant.

« Harry Potter, sauveur de la veuve et de l'orphelin du monde des sorciers. Quel honneur. »

Son ton dédaigneux ne laissait aucun doute sur ce qu'elle pensait vraiment.

« Tout l'honneur est pour moi. » répondit Harry d'un ton neutre, fixant son regard sur elle.

« Je suppose que vous avez fini par mettre la main sur Yaxley et qu'il a craché le morceau, le pleutre. » Cracha Astoria. « Le fait que j'ai pu le retrouver alors que cela fait des années que vous êtes à ses trousses n'est pas bon pour la réputation du bureau des Aurors »

L'approche de la jeune Greengrass surprit un instant Harry. Elle n'allait pas tenter de démentir. Étonnant, mais ça arrangeait ses affaires.

« Donc vous ne niez pas avoir été en contact avec un fugitif sur la liste noire du Ministère et de la Confédération internationale des sorciers ? »

Astoria émit un rire glacé.

« Essayons de ne pas nous faire perdre trop de temps. Tu ne le sais peut-être pas Potter, mais après la guerre, ma famille s'est engagée dans les actions de charité. Ma position de volontaire à Azkaban me donnait de nombreux avantages, personne ne soupçonnait la gentille Astoria qui sacrifiait de son temps pour illuminer le quotidien des prisonniers en leur faisant la lecture et en leur apportant quelques pâtisseries. Il était facile de distraire le garde chargé de ma fouille, un simple porte-jarretelle adroitement découvert avait suffi. Une fois la fiole de poison entre les bonnes mains, il me suffisait d'attendre. Avec Yaxley de mon côté, je pouvais me servir de sa rancœur afin d'appliquer une pression suffisante sur la famille Malefoy pour les pousser dans leurs retranchements. »

« Vous avez donc participé à une conspiration dans le but d'assassiner Lucius Malefoy, vous avez émis des menaces envers Narcissa Malefoy dans l'infime possibilité que face à la situation, son fils décide de vous épouser ? Pourquoi prendre autant de risques, risquer votre liberté pour une probabilité aussi faible ? »

« Drago est l'homme de ma vie. Toute ma vie, il n'y a eu que lui. J'ai été modelé pour lui. Dès mon plus jeune âge, mon éducation avait pour but de faire de moi la parfaite épouse pour lui. Si le Seigneur des Ténèbres avait triomphé, nous aurions été le couple phare de ce nouveau monde. Mais après sa chute, tout a changé. Une fois sorti de prison, je pensais qu'il me contacterait, qu'il se rangerait auprès de la volonté de ses parents et qu'il prendrait sa place dans la société des Sang-Purs, certes affaiblie par la défaite du Seigneur des Ténèbres, mais toujours influente. Narcissa n'a jamais vraiment confirmé la chose, mais Drago semblait avoir fait une croix sur moi. Il est parti sans un mot. Pourtant, j'avais toujours été là. Mais il a préféré aller se terrer dans une université à l'autre bout de la planète, abandonnant son devoir, m'abandonnant, moi pour aller jouer au petit potioniste. Quelle honte, quelle humiliation ! Même si j'avais voulu passer à autre chose, j'étais la promise de Drago Malefoy et même s'il n'y prête plus aucune attention, son nom est toujours craint dans nos cercles et aucun soupirant potentiel ne se serait fait connaître par crainte des répercussions. Quand j'ai appris son retour au pays et que j'ai constaté, une fois de plus, qu'il ne revenait pas à la raison, j'ai su qu'il fallait que j'agisse. »

Elle avait l'air complètement sûre de son bon droit, du bien-fondé de ses actions. Elle vivait dans un délire, mais son délire avait une logique, du moins pour elle. Son calme était déroutant. Son visage se déforma dans une expression mauvaise tandis qu'elle reprenait :

« Mais la Sang-de-Bourbe lui a fait tourner la tête. Il n'aurait jamais été heureux avec elle, il a besoin d'un partenaire qui le sublime, qui l'aide à atteindre les sommets qu'il mérite. Il ne mérite pas de vivre dans l'ombre d'une sorcière à la réputation surfaite qui croit sauver le monde depuis sa petite école ridicule. J'aurais dû m'en débarrasser quand j'en avais l'occasion, mais j'ai appris très jeune qu'il ne fallait pas abimer les jouets de Drago. »

Harry ne devait son calme apparent qu'à sa formation et ses années d'expérience. L'entendre parler d'Hermione de cette manière lui donnait envie d'enfermer Astoria à Azkaban lui-même et de perdre la clé.

« Pourquoi faire semblant de menacer Narcissa ? Elle était la seule de votre côté, la seule qui voulait voir Drago se ranger. »

« Drago n'a jamais su décevoir sa mère. C'est un fils à sa maman, pas étonnant avec un père comme Lucius. S'il se sentait acculé, je pensais qu'il finirait par céder. J'aurais su le faire m'aimer, s'il m'en avait laissé l'occasion. Mais je n'aurais jamais vraiment fait de mal à Narcissa ! Elle était comme une seconde mère pour moi. Je voulais juste qu'elle se sente assez en danger pour faire paniquer son fils, le forcer à rentrer auprès d'elle. »

Ce n'est qu'à la mention de sa relation avec Narcissa que Harry sentit quelque chose se briser en elle. Elle avait désormais l'air d'une petite fille apeurée, ses traits mutins s'étaient mués en quelque chose qu'Harry n'arrivait pas à qualifier autrement que pitoyable. Puis elle ferma les yeux un instant et quand elle les rouvrit, c'était la cruauté qui transparut à nouveau dans ses yeux. Elle se redressa et continua :

« J'aurais dû enlever Granger et la menacer elle, peut-être que j'aurais gagné du temps. Ça avait déjà été si facile de les séparer, juste un mot. Planté dans l'esprit d'une jeune femme qui n'accorde plus beaucoup de confiance aux hommes. Mais d'après mes sources, il continue à se lamenter de son petit cœur brisé dans les couloirs du château. »

« Vos sources ? » demanda Harry, soudain inquiet d'une défaillance dans la sécurité du château.

« Mon cousin est à Serpentard. Pas la baguette la plus lustrée du lot, mais très observateur avec une tendance à épier les gens au détour des couloirs. C'est lui qui m'a prévenu que Drago se déshonorait dans le lit de Granger. »

Harry en avait assez entendu. Il était rassuré de ne pas avoir de problème de sécurité à Poudlard, mais maintenant qu'il avait une idée globale de la situation, il devait prévenir les Malefoy et les autorités françaises.

Il conclut son interrogatoire, quitta la pièce et passa la main à ses collègues. Rien qu'à l'idée de la montagne de paperasse qu'il allait devoir remplir, il avait envie d'aller se coucher. Mais en premier lieu, il sorti sa baguette et fit apparaître son cerf argenté pour envoyer un message en direction de l'appartement de l'héritier Malefoy.

oOo

Drago s'était précipité dans la cheminée à la seconde où le Patronus de Potter avait disparu en fumée.

Une fois dans l'atrium, il ne fit pas attention à qui il bousculait dans sa course effrénée vers le bureau de Harry. De sa vie, Drago n'avait jamais autant montré ses émotions en public, son visage était rouge, ses traits étaient tirés et sa coiffure n'avait rien d'élégant.

Il entra sans frapper et trouva l'Auror entouré de piles de dossiers à l'équilibre précaire. Potter fronça les sourcils face à l'absence de manières de l'intrus mais ses traits s'adoucirent quand il reconnut Drago.

Il l'invita à s'assoir et entreprit de tout lui expliquer.

Au fur et à mesure de ses explications, le visage de l'héritier Malefoy continua de se décomposer.

Il n'arrivait pas à y croire. Il savait qu'Astoria était calculatrice et avide de statut sociale, mais jamais il ne l'aurait cru capable d'une telle malice.

Une bouffée de culpabilité s'empara de lui. Il aurait dû être plus correct avec elle et l'informer de sa décision concernant leur mariage. Il aura dû se douter que la visite d'Astoria n'était pas qu'une simple tentative désespérée d'attirer son attention.

Un regret de plus à porter.

« Je sais à quoi tu penses et je vais t'arrêter tout de suite : ce n'est pas ta faute, Malefoy. » La voix du Survivant fit sursauter Drago, qui s'était à nouveau enfermé dans ses pensées.

« Potter, je … » commença-t-il avant d'être interrompu par un Harry au regard déterminé qui rappelait celui qu'il arborait souvent pendant la guerre.

« Non, je sais que tu vas essayer de trouver une logique tordue qui te permettrait de porter la culpabilité. Crois-moi je m'y connais en culpabilité mal placée et aujourd'hui, je vais te dire exactement ce qu'Hermione avait pour habitude de me dire pendant notre cavale : aucune des actions d'Astoria n'est ta faute. En aucun cas tu aurais pu prévenir une réaction aussi violente face à un rejet. Tu. N'es. Pas. Responsable. »

Drago ouvrit la bouche pour rétorquer que Potter n'était pas le mieux placé pour comprendre ses états d'âmes, mais s'arrêta. Ce n'était pas le moment de retourner dans ses vieux travers avec Potter. Il se contenta d'hocher la tête.

« Je suis désolé Malefoy » reprit Potter. « Nous avons été aveuglés par une éventuelle résurgence des Mangemorts. Elle aurait pu passer inaperçue si notre nouvelle assistante de labo n'était pas une génie en théorie magique. Toi et ta mère êtes désormais en sécurité. Tu es libre de tes mouvements. Est-ce que tu veux retourner dans ton appartement pour y retrouver ta mère ? ou préfères-tu retourner à Poudlard ? Je peux l'y escorter dès son arrivée. »

Drago était complètement absent. Son corps était dans le bureau de Potter, mais son esprit tentait de comprendre comment il en était arrivé là.

Il allait répondre à Potter lorsqu'on frappa à la porte et ce n'est que lorsqu'il reconnut la voix de la nouvelle arrivante qu'il se retourna.

Narcissa Malefoy était de retour.