Strike !

"C'est la meilleure."

"Beau palmarès, en effet." concède le blond. "Tu sais comment la contacter ?"

Il est vraiment incroyable, ce gars, à toujours aller à l'essentiel ! Putain, regardez ça, ça a même pas la majorité !...

"On a été en contact il y a quelques années. Mais le plan a foiré."

"Il n'a pas intérêt à merder ce coup-ci, Jack." grogne le boss.


Mello se renseigne. Cherche. Fouille. OK, voilà le deal ; faire couler trois banques en même temps avant d'atteindre la centrale. Et voyons ce qui a fait foirer l'opération ?... Hmm. Un autre pirate du pseudo de Watcha.

Mello croque dans la tablette, emportant plusieurs carreaux.

A présent, son cœur balance... Trinity ou Watcha ?...

D'après les CV, l'un est plus fiable que l'autre. Et Mello déteste les coups dans le dos. Surtout pour une opération de cette envergure.


Il ne connaissait pas cette boîte. Il se glisse par l'entrée arrière, arrosant le videur d'un copieux pourboire.

Ces coupures, il en pleut des milliers tous les jours dans le milieu mafieux !... Chaque membre s'endort sur un paquet de dollars tirés des pires vices de l'humanité.

Mello s'y sent à l'aise ; il entretient avec l'argent une relation détachée.

Non, le blond carbure avec autre chose. Et ce n'est pas de la coke !...

Mello, viscéralement, a soif de revanche !

Tout son corps l'exige et le hurle !

Damer le pion à Near ! C'est l'idée fixe qui domine sur l'obsession.


"Tu fais monter la nana qui danse à droite de la piste. Celle avec les cheveux auburn et la robe pailletée."

Elle se présente à lui devant le canapé sur lequel il est vautré, abaissant ses solaires pour la fixer d'un œil sûr. Ce genre de regard doublement perçant qui vrille jusqu'au tréfonds de l'être.

Elle croise les bras, l'avisant. "J'vends pas mon corps, pour info."

Il esquisse un petit rire. "Ton corps, j'm'en fiche. Tes talents informatiques, par contre..."


"C'est qui, le blond qui bosse pour vous ?" questionné à la brute épaisse qui l'accompagne.

La slut du boss. Un gamin qu'on a ramassé sur le trottoir voilà un an et demi.

Shh. Omerta oblige.

On la pousse d'une main dans le dos. "Hey ! Doucement !..."

"Arrête de te plaindre et ramène tes fesses par ici." annonce le blond.

Une nouvelle fois arrêtée devant un canapé, large table basse entre eux.

"Voilà la liste de mes exigences." lui balançant le papier manuscrit.

Il l'avise. "Mademoiselle a des prétentions." amusé.

"Et je veux des sorties libres."

"Avec ou sans chien de garde ?" faisant bisquer les hommes en costards présents dans la pièce sur un petit sourire qui en dit long sur le mépris qu'ils lui inspirent.

Des sbires. Des hommes sans ambition, aucune. Dénués de tout esprit. Des machines.

"C'est toi, le boss de cette organisation ?..."

"Le boss, Trinity chérie, c'est Dieu. Et Dieu ne reçoit que sur rendez-vous."


"Bien installée ?" pénétrant dans la suite.

"Tu as botté en touche pour les sorties..."

"Je t'accompagnerai."

Elle siffle. "Chance." se retournant sur le lit, réplique baignant dans le cynisme le plus nu.

"Je suis venu te prévenir que si l'opération échoue, je te tirerai personnellement une balle dans le crâne."

"T'as appris à tirer maintenant, Mello ?..." souriante.

"Mieux que tu le penses." sur le même sourire. "Hope... toujours la même saloperie qu'à la Wammy's."

"Retour de compliment, blondin."

"Tu ne dois ta survie que parce qu'on ne connaissait pas nos véritables identités à la Wammy's. Et que j'ai jamais été assez frappé pour te la révéler."

"T'étais pas un peu jaloux de B. à l'époque, hein, Mel' ?..." provocante.

"Quand on sait la façon dont il a lamentablement crevé..." prenant place sur le fauteuil en face du lit. "Kira, t'en as entendu parler, j'suppose ? Même si tu t'es tirée de la Wammy's avant la mort de L..."

"Le serial-killer qui sévit au Japon ? Un peu. T'en as après lui ?" se redressant, coussin contre son ventre.

"J'en ai après lui que ce connard a buté L." grimacé, nouvelle ne lui passant toujours pas la gorge sans la lacérer.

"L. était... trop doux, M. A l'image des sucreries qu'il engloutissait."

"T'es allée cracher sur sa tombe ?"

"T'es pas du genre à courir après une vengeance. Tu ne t'intéresses qu'aux vivants, M. Les vivants, tu kiffes ça. Parce que tu peux les tordre comme bon te semble. Tu kiffes les voir se tortiller comme des vers."

Sa bouche ripe. "Near est sur le coup."

"Ah, la voilà la raison. Near. Carburant Premium pour toi, sans mauvais jeu de mots."

Les mêmes échanges qu'à la Wammy's. La réplique même.

"Kira nous fait de l'ombre. On veut s'approprier son pouvoir. On veut pouvoir tuer de la même façon que lui. Plus rien ne nous arrêtera."

"Oh God... une telle arme entre tes mains..." réalisant le deal.

"Ou tu es avec nous ou tu peux te considérer comme morte."


Le blond se laisse tomber sur le canapé, déballant une tablette de chocolat avant de croquer dans les carreaux à pleines dents.

"C'était quoi l'histoire avec Watcha ?"

Le visage de son interlocutrice se referme illico.

"Les médias ont élaboré un tas de théories sur l'affaire mais je les trouves toutes affreusement bancales."

"Un flirt qui a mal tourné." laconique.

"Tu te flatterais pas un peu ?" amusé.

"Laisse tomber." pianotant plusieurs codes, concentrée.

"T'as toujours eu l'art des coups foireux, Hope. Tu l'as prouvé avec B." lui décochant la flèche la plus empoisonnée de son carquois.

"TA GUEULE !" agacée, projetant le clavier loin d'elle. "TA GUEULE, EN FAIT !"

"Je crois avoir... touché un nerf." follement amusé par la réaction épidermique. "Aboie autant que tu le voudras, Hope." basculant sur le dos, croquant une nouvelle rangée de carreaux. "N'oublie pas que t'es sous muselière et que je tiens ta laisse."

Elle lui présente un majeur dressé. Il s'en amuse. Personne, ici, n'ose lui parler de cette manière ; personne, ici, ne serait suffisamment dingue pour le provoquer.

Oh, il se murmure bien des choses à son propos mais le blond les emmerde tous avec un tel aplomb qu'ils se retrouvent fatalement à se manger le mur.

Ce ne sont pas quelques gorilles en costards qui lui font peur. Il en a vu d'autres.

S'il le voulait, chacune de leurs têtes tomberait !

L'équilibre de la terreur.

Et jamais, ô grand dieu jamais, la menace n'était venue d'un ado divaguant dans les rues malfamées de L.A. qui ramena, jadis, la tête d'un boss rival dans un emballage cadeau !

Faire tomber un tel renard là où Kira lui-même peinait fut le pass d'entrée pour Mello.

Bon. Maintenant paralyser plusieurs banques et ramasser un max de pognon.

"Tu t'es rencardé sur Watcha ?"

"Et toi, tu le tiens à l'œil ?"

"Agaçant !" frottant son visage dans ses mains. "Ouais."

"Assure-toi qu'il ne vienne pas nous gêner."

"Ça, c'est ton job."

"Tu veux que je lui envoie quelques uns de nos gorilles les plus armés ?"

"Inutile. Il aura quitté sa tanière avant même que les pneus crissent devant l'entrée."

"Je vois. On peut évidemment envisager de lui faire le même coup tordu qu'il t'a fait à l'époque."

Sourire. "Ça, ça me plaît."


Mello, à la Wammy's, c'était déjà l'emmerdeur de première qu'il ne fallait pas trop chercher. Si votre tête ne lui revenait pas, certain que vous alliez être son bouc émissaire doublé de son souffre-douleur pour le restant de l'année !

La tornade slave kiffait le noir, c'était sa marque de fabrique vestimentaire qui le distinguait des autres ados.

Il a un jour vomi sur le pull rayé de Jim. La couleur lui revenait pas. Il s'est fourré un doigt dans la gorge et a dégobillé tout son repas sur le pauvre vêtement...

Mello n'aimait personne, ne s'attachait à personne. C'était un électron libre.

Il respectait peu l'autorité ; interdisez-lui quelque chose et il trouvait l'idée si séduisante qu'il y cédait !

Il n'y avait que Roger à qui il manifestait un semblant de respect - bien que l'empoigner à l'annonce de la mort du grand L., sous le coup de l'émotion, avait été du jamais vu dans l'institution !...

Mello c'était la boule d'émotions brute ; celle qui renversait tout sur son passage !


La baise, Mello l'appréciait active, animée, sans temps mort. Il pratiquait protégé. Avec des inconnues en boîte. Parfois. Ce n'était pas un boulimique. Mais quand il trouvait une bonne affaire, il lui arrivait de demeurer fidèle. Mello goûtait à tout, parfaitement bi. Se restreindre n'était pas son truc.

Piquer Hope au vif en insinuant que B. était le dernier des tocards ou que Watcha la surpassait demeurait de grands moments dans la vie belliqueuse du blond.

Alors Mademoiselle sortait de ses gonds, se ruant sur lui, le frappant parfois et il se retrouvait avec la lèvre en sang avant de rétorquer avec un sévère coup de boule !

Un partout.

Ils se dévisageaient, sauvages.

Est-ce que Mello se baiserait bien Hope ?... Allez donc demander à ce qui renflait outrageusement son pantalon.


Mello tenait de la brindille ; pas musclé pour trois sous, svelte. Point. Toutes les fringues lui allaient et il kiffait gainer son corps de latex ou de cuir, selon l'humeur, agrémentant ses tenues de bijoux rappelant une certaine orthodoxie.


Souvent, le blond venait voir Hope bosser - la déconcentrant au passage.

Et ce soir... ah ce soir, il avait envie de tendresse. Oui cela arrivait parfois.

Alors oui, ce soir, il attrapa l'épaule de Hope pour basculer le haut de son corps en travers de ses cuisses fines.

Moment incrédulité dans le regard de Hope. Gant retiré, doigts dans les cheveux. Le visage est doux tout comme le sourire.

Ce soir, Mello est particulièrement beau. Et son agressivité comme assoupie.

Son attitude désarçonne totalement Hope dont les sens refusent de retomber ; un piège ? Un grand foutage de gueule ?...

Non. Juste là stop. Assez joué.

"J'avoue avoir crevé quand tu as choisi B."

C'est cru et presque craché.

C'est une confession rare dans la vie surchargée du blond.

"Mel'... Je n'ai pas vraiment choisi B., tu sais... c'est lui qui est venu me trouver."

"C'était pour faire bisquer L."

"J'avoue avoir détesté voir Lexi te masser derrière la fontaine aux lions... et encore plus découvrir ta main passée sous la jupe d'Eleanor, sous le grand marronnier(*)."

"C'est pas elles qui m'ont appris l'essentiel de ce que je sais aujourd'hui, Hope."

Sa main se lève, caressant les lèvres du blond, leur offrant un picotement délicieux qui perce jusqu'aux reins.

"Qu'est-ce que... tu proposes ?..."

"Un truc sans engagement."

"Ça me va."

Le visage reprend son aspect féroce. Il se marre. Non, honnêtement, il est plié en deux.

"Toujours aussi facile à berner, hein, Hope ?"

Elle cligne. Une fois. Deux fois. L'enfoiré !

Elle se redresse et fait pleuvoir sur lui une avalanche de coups, hurlant combien il n'est qu'un salaud qui mérite de crever de la main même de Kira !


(*) Ouais, déso, Patapich mais tu m'as dégommé avec ça XD