Chapitre 5 : "Résonances post-coïtales"

Dès le lendemain, Cameron reprit le cours de sa routine au Grayslake General Hospital. Mais pour la première fois en quatre mois, elle arriva légèrement en retard. Qui pourrait la blâmer, compte tenu des événements de la veille ? La douleur du décès de son patient restait une plaie à vif, une ombre qu'elle portait en silence. Et puis, il y avait eu House qui était venu pour la voir et qui c'était finalement retrouvait au coeur de ce cas si complexe, il avait tout bouleversait son âme son esprit et son corps. Ces moments intenses qu'ils avaient partagé, entre colère et une intimité émotionnelle et physiques , continuaient de la perturber, même si elle refusait de se l'avouer.

En franchissant les portes de l'hôpital, elle se redressa, enfila son masque de cheffe de service. Les épaules droites, le regard concentré, elle se promit de plonger tête baissée dans le travail. Chaque nouveau dossier traité serait une armure contre la tempête qui grondait encore en elle.

Elle se dirigea vers la cafétéria. Une dose de café noir, bien corsé, était nécessaire avant d'attaquer sa journée. Là, à une table près de la baie vitrée, se trouvait Elena, la cheffe du service de radiologie. Une femme vive et perspicace, de deux ans son aînée qui partageait avec elle une passion pour la médecine avec un sens de l'humour acéré. Leurs discussions allaient souvent bien au-delà du travail, et Elena s'était rapidement imposée comme une confidente précieuse. Sa présence avait été un véritable souffle d'air frais pour Cameron depuis son arrivée à Chicago. Contrairement à Cameron, elle n'avait pas traîné les bagages d'une relation tumultueuse avec un mentor comme House. Sa carrière était le fruit d'un parcours classique, mais exigeant, jalonné de succès mérités à Boston avant son transfert à Chicago.

Elena était plongée dans un dossier radiologique, un café à la main, ses lunettes glissant dangereusement sur le bout de son nez. Sans lever les yeux, elle lança d'un ton nonchalant :

— « Toi, tu n'as pas dormi. »

Cameron esquissa un sourire, à moitié amusée.

— « Nuit compliquée, » admit-elle en s'asseyant.

Elena releva les yeux, posant ses lunettes.

— « Laisse-moi deviner… ça a un rapport avec le fameux Dr House ? J'ai entendu dire qu'il avait fait une entrée renversante en ce faisant passer pour un représentant pharmaceutique et qu'il c'était retrouver à travailler sur un cas avec ton équipe»

Cameron leva un sourcil, à moitié amusée. Comment fait-elle pour toujours tout savoir ? Elle s'assit face à son amie, croisant les bras sur la table.

— « Il est venu, » finit-elle par répondre. « Il m'a aidée sur ce cas, a tenté de me convaincre de revenir à Princeton… puis il est reparti. »

Elena hocha la tête, attentive, mais sans insister.

— « Et ça t'a remué, pas vrai ? »

Cameron haussa les épaules, jouant avec sa tasse de café.

— « Perdre un patient n'est jamais facile. »

Elena secoua la tête, un léger sourire amusé aux lèvres.

— « Tu sais très bien que je ne parle pas de ça, Allison. Ne détourne pas la conversation. »

Cameron baissa les yeux, un léger rictus sur les lèvres. Elle hésita, puis murmura :

— « Il a ce don… de tout chambouler. En quelques heures, il m'a ramenée à tout ce que j'essayais de fuir. Le stress, l'adrénaline, la perte de contrôle et d'autres choses... » dit elle tout bas en baissant les yeux et en avalant une gorgée de café comme pour passer très vite à autre chose.

Elena resta silencieuse un moment, son sourire s'adoucissant. Lorsqu'elle répondit, sa voix était calme, presque apaisante :

— « A ce qu'il parait House est un phénomène. Il bouleverse tout, mais toi, tu es là maintenant. Tu as changé, Allison. Et ici, tu n'as rien à prouver à personne. »

Cameron hocha la tête, même si une tension persistait au creux de son estomac. Elle savait qu'Elena avait raison, mais une part d'elle-même refusait encore d'accepter cette vérité.

Ces instants de complicité avec Elena étaient devenus essentiels pour Cameron. Grâce à elle, elle avait trouvé une alliée, quelqu'un capable de comprendre ses silences aussi bien que ses mots.

Quelques minutes plus tard, Cameron retrouva son service. La familiarité des lieux, les visages concentrés de son équipe, les discussions feutrées sur les cas en cours : tout cela aurait dû l'aider à retrouver son équilibre. Pourtant, le tumulte qui grondait en elle refusait de se calmer. Elle plongea dans le travail avec une détermination presque fébrile, espérant qu'une routine bien rodée suffirait à étouffer le souvenir de la veille.

Elle parcourait un dossier lorsque David s'approcha, un document à la main. Cameron leva les yeux. Il hésitait, ses doigts crispés sur les bords de la chemise cartonnée.

— « Docteur Cameron, je voulais vous montrer ceci. Les résultats de l'autopsie de Mark Wensley. »

Elle sentit son souffle se suspendre un instant. Elle posa doucement son stylo, tendit la main et prit le dossier. L'interne, mal à l'aise, sembla chercher ses mots avant de finalement poser la question qu'elle redoutait :

— « Est-ce qu'on aurait pu faire quelque chose de plus ? Pour lui ? »

Le poids de cette question s'abattit sur elle comme une lame. Elle ouvrit le dossier, parcourut rapidement les résultats : embolie pulmonaire massive, complications imprévisibles, un enchaînement fatal contre lequel ils n'auraient pu lutter. Les mots sur le papier validaient ce qu'elle savait déjà, mais cela n'apaisa en rien la tension dans sa poitrine.

Elle ferma le dossier d'un geste mesuré, ses yeux ancrés dans ceux de l'interne.

— « Non, » répondit-elle, sa voix claire mais empreinte de gravité. « Nous avons fait tout ce qu'il fallait. Rien de ce que nous aurions pu faire n'aurait changé l'issue. »

L'interne resta silencieux, son expression marquée par un mélange de soulagement et d'incertitude. Cameron adoucit son ton, consciente du poids que les jeunes médecins portaient parfois inutilement :

— « Parfois, même nos meilleurs efforts ne suffisent pas. Ce n'est pas facile à accepter, mais c'est la réalité de notre métier. »

Il hocha la tête, murmurant un remerciement avant de s'éloigner. Cameron le regarda partir, puis posa le dossier sur son bureau. Mais l'image de Mark Wensley, ce patient à l'espoir fébrile, refusait de quitter son esprit. Et avec elle, la voix de House résonnait encore, incisive et provocante, comme un fantôme incapable de la laisser tranquille.

Le reste de la journée se déroula comme une routine orchestrée avec soin. Pourtant, chaque sourire adressé à ses collègues, chaque directive donnée, chaque page tournée dans un dossier médical semblait teintée d'une étrange mélancolie.

Ce soir-là, en quittant l'hôpital, Cameron se surprit à penser à Princeton-Plainsboro. Pas à House, non… mais à cette version d'elle-même qu'elle avait été là-bas : idéaliste, parfois impétueuse, toujours prête à aller plus loin pour ses patients, quitte à franchir des lignes floues. Avait-elle perdu cela en venant à Chicago ? Ou bien avait-elle gagné une stabilité qu'elle n'osait pas encore apprécier ?

Cette nuit-là, allongée dans son lit, Cameron repensa à sa journée. Entre son équipe et ses conversations avec Elena, elle se rendit compte qu'elle avait enfin trouvé un équilibre. House resterait toujours une ombre dans son esprit, mais ici, au Grayslake General Hospital, elle avait une nouvelle chance. Une chance d'être plus qu'un reflet de ses choix passés.

Et elle comptait bien la saisir.

Du côté de House

Quelques heures après son départ de Chicago et après un passage éclair par son appartement. House franchit les portes du Princeton-Plainsboro comme s'il revenait d'une simple promenade. Le bruit régulier de sa canne sur le sol était familier, presque rassurant pour quiconque croisait son chemin. Mais dans son esprit, tout était un chaos silencieux. Les fragments de ces dernières 24 heures à Chicago tournaient en boucle : le patient perdu, Cameron, leur proximité inattendue, et l'impulsion qu'ils n'avaient pas su contrôler.

Arrivé dans son bureau, il déposa sa veste sur le canapé. Mais à peine avait-il allumé la lampe de son bureau qu'une silhouette familière se découpa dans l'encadrement de la porte. Wilson, bien sûr. Il était appuyé contre le mur, les bras croisés, affichant ce sourire à la fois moqueur et inquiet qu'il réservait à son meilleur ami.

— « 24 heures sans nouvelles, et tu réapparais comme si de rien n'était, c'était bien Chicago ? » lança Wilson en guise de salutation.

House ne leva même pas les yeux de son bureau.

— « Chicago? comment ça? J'ai aidé un zoo à retrouver un bébé panda. Il me remercie encore, » répliqua House en s'installant lourdement dans son fauteuil, sans même un regard pour son ami.

Wilson avança dans la pièce, bien décidé à ne pas laisser House esquiver.

— « Arrête, House. Tu peux balancer toutes les répliques cinglantes que tu veux, je sais que tu étais à Chicago pour voir Cameron. »

House fit tourner sa canne entre ses doigts, comme s'il pesait le pour et le contre de cette conversation. Puis il haussa un sourcil.

— « Écoute, si tu es si obsédé par Cameron, appelle-la. elle doit probablement être en train de faire un truc chiant à mourir comme du yoga, ou une autre connerie du genre. »

Wilson soupira, mais il n'abandonna pas pour autant. Il s'assit en face de House, le regard sérieux.

— « House, je te connais. Quand tu te volatilises comme ça, c'est rarement anodin. Et maintenant, tu es revenu, et quelque chose est différent. Je le vois bien. »

House, agacé, tapota sa canne contre le bureau.

— « Tu veux jouer à Freud, Wilson ? Bien. J'avoue j'ai pris l'avion, je suis allé à Chicago j'ai vu du monde, mangé une pizza hors de prix, et perdu un patient. Fin de l'histoire. Satisfait ? »

Le silence qui suivit n'était rompu que par le bruit de la balle anti-stress. Finalement, Wilson fronça les sourcils interrogateur.

— « Perdu un patient ? Tu ne m'en diras pas plus, hein ? Mais sache que je suis là, House. Si tu veux parler… ou même boire un verre. »

House esquissa un sourire, mais il ne répondit pas. Wilson se leva et quitta le bureau, laissant derrière lui une tension palpable.

Le reste de la journée se transforma en une véritable chasse à l'homme orchestrée par Cuddy. House savait qu'elle ne lâcherait pas l'affaire tant qu'elle n'aurait pas des réponses. Alors, il évita les couloirs principaux, prit les escaliers au lieu des ascenseurs, et contourna même la salle des infirmières pour ne pas croiser son chemin.

Mais Cuddy était tenace. Elle finit par le coincer dans la cafétéria, juste au moment où il venait de voler un muffin sur le plateau d'un résident distrait. Elle s'assit en face de lui, les bras croisés, sa posture trahissant un mélange de frustration et de détermination.

— « Vous avez enfin décidé d'arrêter de jouer à cache-cache ? » lança-t-elle, les yeux rivés sur lui.

House mordit dans son muffin, feignant l'innocence.

— « Moi ? vous éviter ? Jamais. Je suis simplement un homme très occupé. »

Cuddy poussa un soupir, mais son ton devint plus direct.

— « House, vous avez disparu pendant 24 heures. Vous n'avez prévenu personne. Votre équipe a dû gérer seule un patient dans un état critique, et Foreman était à deux doigts de démissionner. Où étiez-vous passé ? »

House releva enfin les yeux, un sourire narquois étirant ses lèvres.

— « En mission top secrète pour sauver le monde. Mais ne vous inquiétez pas, j'ai gardé les reçus si vous voulez me rembourser les frais. »

Cuddy ne céda pas à l'ironie.

— « Les rumeurs disent que vous étiez à Chicago. »

House haussa un sourcil, l'air presque amusé.

— « Les rumeurs. Eh bien, si vous voulez tout savoir, je suis aussi le père du bébé de Beyoncé. Vous devriez peut-être lancer une enquête. »

— « Wilson a tout fait pour m'éviter durant votre absence et quand je l'ai trouvé il m'a sorti tout un tas de bobar pour vous couvrir. Par contre Taub lui n'a pas hésité une seconde pour énoncer sa théorie »

Cuddy se pencha légèrement en avant, son regard se durcissant.

— « House, je ne vais pas insister. Mais quelque chose s'est durant votre absence, et ça se voit. Vous n'êtes pas… vous-même. »

House ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun sarcasme ne lui vint. Cette fois, elle avait percé quelque chose en lui qu'il aurait préféré garder enfoui. Plutôt que de répondre, il se leva brusquement, attrapa sa canne, et quitta la cafétéria sans un mot de plus.

Dans la salle de diagnostic, Foreman, Taub, et Thirteen attendaient, leurs visages trahissant une impatience contenue. House entra d'un pas nonchalant, saisit un feutre, et se dirigea vers le tableau blanc.

— « Bon, le patient. Toujours vivant, ou il a décidé de mourir pendant que je me sacrifiais pour le bien de l'humanité ? »

Foreman, les bras croisés, lui lança un regard glacial.

— « On s'en est tirés. Pas grâce à vous, mais on l'a stabilisé. Vous seriez surpris de voir ce qu'on peut accomplir sans vos interruptions constantes. »

House esquissa un sourire en coin.

— « Eh bien, félicitations. Vous voyez ? Vous pouvez très bien vous débrouiller sans moi. Peut-être que je devrais m'absenter plus souvent. »

Taub leva les yeux au ciel.

— « On pourrait essayer, mais je suis sûr que vous trouveriez quand même un moyen de nous compliquer la tâche. »

Thirteen elle, resta silencieuse, mais son regard était fixé sur House. Elle semblait chercher quelque chose, percevant une tension qu'il s'efforçait de dissimuler.

House leur confia un nouveau dossier, griffonnant des hypothèses sur le tableau avant de leur assigner une batterie de tests à effectuer. Mais même au milieu de l'agitation, il semblait ailleurs, comme s'il fonctionnait en pilote automatique.

Ce soir-là, seul dans son bureau, House laissa tomber le masque. La balle anti-stress tournait entre ses doigts, mais son esprit était ailleurs. Les images de Chicago le hantaient : Cameron, son sourire teinté de tristesse, leurs efforts désespérés pour sauver Mark Wensley, et ce moment où tout avait basculé.

Il avait tenté de fuir, comme toujours. Mais cette fois, il avait l'impression d'avoir franchi une ligne qu'il ne pourrait jamais effacer.

Avec un soupir, il se leva et regarda par la fenêtre. Les lumières de la ville brillaient dans la nuit, indifférentes à ses tourments. Il saisi sa veste éteignit la lumière et rentra chez lui.