Chapitre 15: "Sarcasme, échographie et complications"

Le lendemain de sa journée de consultations imposée par House, Cameron avait repris son poste aux urgences. À six mois et demi de grossesse, elle avait trouvé un équilibre précaire entre les exigences d'un service imprévisible et les besoins d'un corps en pleine transformation.

La matinée s'était déroulée comme une douce accalmie avant la tempête. Cameron avait suturé la main d'un garçon de huit ans qui avait chuté de son vélo. Malgré les larmes du jeune patient, elle avait réussi à le faire sourire en plaisantant sur le fait que les points de suture le transformeraient en véritable super héro. Ensuite, elle avait diagnostiqué une crise d'angoisse chez une femme d'âge moyen venue pour des douleurs thoraciques, rassurant cette dernière avec des explications claires et une prescription légère.

Un peu plus tard, un adolescent prétendant avoir une crise d'appendicite avait éveillé ses soupçons. Après un bref échange, il avait fini par avouer, penaud, qu'il cherchait simplement à éviter un examen de mathématiques.

Alors qu'elle terminait de signer une décharge pour un patient, elle vit deux ambulanciers entrer précipitamment dans le service. Sur leur brancard, un homme d'une quarantaine d'années, menotté, se débattait comme un forcené. Ses cris rauques résonnaient dans tout le service:

— Bande d'incapables! J'ai mal, vous entendez? JE VEUX UN MÉDECIN!

L'odeur d'alcool mêlée à celle du vomi était presque suffocante. Cameron fronça légèrement les sourcils en observant un des internes intervenir, visiblement débordé, il essayait de gérer la situation. L'homme, visiblement en état d'ébriété avancé, tirait violemment sur ses menottes, oscillant entre menace et plainte:

— Lâchez-moi! J'ai besoin d'aide, pas de ces foutus menottes!

L'interne, qui semblait complétement dépassé jetait des regards inquiets autour de lui. Son ton tremblant trahissait son manque d'assurance:

— Monsieur, s'il vous plaît, calmez-vous. Nous allons nous occuper de vous, mais vous devez cesser de bouger...

L'homme répliqua avec une vigueur renouvelée:

— Espèce de gamin! Tu crois m'impressionner?! Amène-moi quelqu'un de compétent!

Cameron, bien qu'occupait ailleurs, ne put rester en retrait. Inspirant profondément, elle prit son rôle de chef de service à coeur et s'approcha, prenant le relais avec une voix calme mais autoritaire:

— Monsieur, je suis le Dr Cameron. Nous sommes ici pour vous aider, mais vous devez cesser de bouger et de crier. Personne ne peut vous soigner si vous continuez à bouger comme ça .

L'homme leva les yeux vers elle, ses pupilles dilatées la fixant. Un sourire tordu se dessina sur ses lèvres:

— Vous? Vous voulez m'aider? Une femme ? Vous vous foutez de moi ou quoi?

Cameron ne broncha pas, mais l'interne à ses côtés fit un pas en avant, visiblement mal à l'aise. Elle lui adressa un léger signe de la main pour lui indiquer de rester en arrière.

— Écoutez, monsieur, nous sommes là pour vous aider. Si vous voulez qu'on vous soigne, il faut que vous coopériez. Cela ne sert à rien de résister.

Mais ses mots semblèrent attiser la colère de l'homme, qui recommença à se débattre frénétiquement. Son visage rouge s'empourpra davantage tandis qu'il hurlait:

— Barrez vous! Ne me touchez pas !

Dans un geste brutal et incontrôlé, il donna un coup de pied qui atterrit directement dans le ventre de Cameron. Elle recula sous le choc, un hoquet de surprise échappant de ses lèvres. L'interne se précipita à ses côtés, la soutenant d'un bras tremblant.

— Docteur Cameron! Docteur Cameron! Vous allez bien?!

Des agents de sécurité, alertés par le tumulte, se précipitèrent pour immobiliser l'homme avec l'aide des ambulanciers. Cameron posa une main protectrice sur son ventre, les yeux fermés un instant alors qu'elle tentait de reprendre son souffle. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle força un sourire, bien qu'un voile d'inquiétude traversât son regard.

— Je vais bien, je vais bien, Ne vous inquietez pas. Murmura-t-elle

Mais à peine avait-elle prononcé ces mots qu'une douleur vive lui traversa le bas-ventre. Elle se figea, son teint devenant livide. Elle avait du mal à se redresser. L'interne, toujours à ses côtés, l'aida à la maintenir sur ses pieds et lui dit:

— Docteur Cameron, votre pantalon...

Cameron baissa les yeux et vit une tache sombre s'étendre sur le devant et l'arrière de son pantalon. Du sang...Une vague d'angoisse l'envahit alors que la douleur devenait plus intense. Inspirant difficilement, elle regarda son interne.

— Oh non...non...non...C'est pas vrai. Dit elle d'une voix faible.

L'interne se mit à crier: Vite! Un obstétricien, tout de suite!

Avant que ses jambes ne cèdent sous elle, l'interne et une infirmière l'attrapèrent pour l'installer sur un brancard. Cameron ferma les yeux, le brouhaha des urgences devenant lointain alors qu'une seule pensée la hantait. Pour vu que le bébé n'ait rien.


House était affalé dans sa chaise, ses jambes négligemment croisées sur le bord de son bureau envahi par le chaos : une pile de dossiers mal équilibrée, une bouteille de Vicodin vide, et un mug abandonné, rempli d'un café froid. Un yo-yo brinquebalait entre ses doigts, montant et descendant avec une régularité presque hypnotique. Face à lui, Taub, Foreman et Thirteen débattaient d'un nouveau cas, le ton oscillant entre l'analyse et l'agacement.

House, comme à son habitude, semblait à mille lieues de la conversation, son air mi-amusé, mi-blasé faisant bouillir ses interlocuteurs.

— Lupus ? lança Thirteen, une pointe d'ironie dans la voix.

Le yo-yo s'immobilisa dans un claquement sec contre sa paume. House leva les yeux au ciel avec un soupir exagéré.

— Bien sûr ! Le lupus. L'explication universelle. Sauf que non, ce n'est pas ça, répondit-il avec un sourire moqueur.

Foreman croisa les bras, visiblement à bout de patience.

— Et si c'était une réaction médicamenteuse ? dit-il d'un ton sérieux. Elle prend un mélange d'antidépresseurs et d'anti-inflammatoires…

House pivota lentement sur sa chaise, un sourire narquois aux lèvres.

— Oh, brillant. Merci, Foreman, pour cette contribution digne d'une fiche Wikipédia. Mais si on voulait avancer avec des idées aussi plates, on serait dans votre bureau, pas dans le mien.

Taub intervint, plus mesuré :

— Les analyses montrent une élévation des enzymes hépatiques. Ça pourrait indiquer une hépatotoxicité médicamenteuse.

House leva un doigt, comme s'il venait de découvrir une révélation cosmique.

— Enfin ! Un commentaire vaguement utile. Mais pourquoi se limiter aux médicaments ? Peut-être qu'elle est fan de champignons vénéneux ou qu'elle vit avec un petit ami jaloux qui l'empoisonne goutte à goutte.

Thirteen roula des yeux, exaspérée.

— Vos théories absurdes n'ont aucun sens.

House ouvrit la bouche pour répliquer, mais la porte s'ouvrit à la volée.

Wilson fit irruption, haletant, sa chemise légèrement froissée. Son expression, d'ordinaire si posée, était marquée par une angoisse inhabituelle.

— House !

Toute l'équipe se tourna vers lui, déconcertée par son entrée dramatique. House releva la tête, intrigué.

— Jimmy ! Tu fais un jogging entre deux patients, c'est ça ?

Wilson ne prêta aucune attention à sa plaisanterie, son souffle court et ses traits tendus trahissant une urgence qu'il ne cherchait pas à masquer.

— C'est… Cameron.

Ces deux mots suffirent.

L'expression de House changea instantanément. Ses jambes retombèrent lourdement au sol, et il se redressa d'un bond, abandonnant toute trace de désinvolture. D'un geste brusque, il attrapa sa canne et sortit du bureau, ses pas rapides résonnant dans le couloir.

Un silence hébété s'installa dans la pièce.

— Est-ce que j'ai raté quelque chose ? lança Taub en levant un sourcil.

Foreman fronça les sourcils, l'air troublé.

— C'était… étrange, murmura-t-il.

Thirteen, encore sous le choc, semblait réfléchir.

— House qui court pour quelqu'un ? Oui, c'est étrange. Et pour Cameron…

Ils échangèrent un regard incertain.

House avançait à grandes enjambées, sa canne frappant le sol avec une violence inhabituelle. Les mots de Wilson résonnaient dans son esprit : C'est Cameron. Une boule d'angoisse qu'il ne voulait pas nommer lui nouait la poitrine.

Chaque pas semblait trop lent. Le dédale de couloirs qu'il parcourait chaque jour paraissait soudain labyrinthique. Enfin, il franchit les portes battantes des urgences. Son regard fouilla la pièce, cherchant désespérément un visage familier.

Il accosta une infirmière, sans se soucier de la politesse.

— Dr Cameron. Où est-elle ? lâcha-t-il d'un ton tranchant.

L'infirmière sursauta, déstabilisée par la brusquerie.

— Elle… Ils l'ont emmenée aux urgences obstétriques, bégaya-t-elle.

House n'attendit pas. Il tourna les talons, ignorant le brouhaha autour de lui, et se dirigea à grands pas vers la section indiquée.

Les néons froids des urgences obstétriques accentuaient l'éclat clinique du couloir. House repéra un médecin et s'approcha d'un pas rapide, l'attrapant par le bras.

— Cameron. Où est-elle ?

Le médecin, surpris, bégaya une réponse :

— Là-bas… au bout du couloir. Mais vous ne pouvez pas…

House ne l'écouta pas. Il se dirigea vers la porte, déterminé, mais sentit une main se poser sur son épaule pour l'arrêter.

Il se retourna lentement, son regard acier transperçant le médecin.

— Touchez-moi encore, et je vous garantis que vous regretterez d'avoir choisi cette carrière, dit-il d'une voix basse, presque dangereuse.

Le médecin recula instinctivement. House poussa la porte et entra.

La scène devant lui l'arrêta net.

Cameron était allongée sur une table d'examen, les jambes dans les étriers, une blouse d'hôpital recouvrant à peine sa silhouette frêle. Son visage, d'ordinaire si lumineux et serein, était déformé par la douleur et la peur. Ses joues striées de larmes, son souffle court et irrégulier, lui donnaient un air presque méconnaissable.

House sentit une tension familière envahir son corps, une douleur sourde qui, cette fois, ne venait pas de sa jambe. C'était comme si son cerveau rationnel, toujours prêt à dégainer une réplique cinglante ou une hypothèse médicale, avait soudain démissionné face à l'émotion brute.

— House! rugit l'obstétricien. Sortez immédiatement! Vous n'avez rien à faire ici!

L'ordre claqua dans l'air, mais House n'en n'avait guère. Ses yeux restaient fixés sur Cameron, immobile comme un tableau figé. Elle tourna lentement la tête vers lui, ses yeux rougis et gonflés de larmes croisant les siens. Malgré tout, elle semblait chercher quelque chose, un point d'ancrage, un semblant de réconfort.

— Laissez-le... murmura-t-elle, sa voix fragile mais ferme.

L'obstétricien fronça les sourcils, hésitant.

— Il est... le père, ajouta Cameron d'une voix plus forte, brisant le silence comme un coup de tonnerre.

House sentit ses jambes vaciller légèrement, une sensation qu'il n'aurait jamais admise. "Le père." Ce mot ricochait dans son esprit, résonnant comme une note dissonante. Il avait passé sa vie à fuir cette possibilité, à l'exclure de son univers. Et pourtant, le voici.

L'obstétricien, bien qu'agacé, soupira et recula, laissant House s'approcher de Cameron. Il marcha jusqu'à elle, ses pas lourds mais mesurés, comme s'il craignait de casser quelque chose. Arrivé à son niveau, il posa une main hésitante sur le bord de la table.

Cameron leva une main tremblante vers lui. Sans réfléchir, il la saisit, son geste empreint d'une délicatesse inhabituelle.

— Qu'est-ce qui s'est passé? demanda-t-il, sa voix rauque, oscillant entre l'inquiétude et une dureté qu'il peinait à cacher.

Elle déglutit, rassemblant ses forces.

— Un patient... il était ivre. Il s'est agité et... j'ai reçu un coup dans le ventre.

House ferma les yeux un bref instant, une vague de rage lui montant à la gorge. Sa mâchoire se crispa, et ses doigts se serrèrent imperceptiblement sur la main de Cameron.

— Tu n'aurais jamais dû être là...gronda-t-il, sa voix basse mais vibrante d'un reproche qu'il ne cherchait pas à masquer.

Cameron détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.

L'obstétricien, cherchant à calmer les choses, prit la parole.

— Les saignements se sont arrêtés, le col ne semble pas ouvert. Je vais vérifier le bébé avec une échographie pour m'assurer qu'il n'y a pas de complications.

House, incapable de rester silencieux, lança sèchement:

— Qu'est-ce que vous attendez?! Que je le fasse à votre place? Bougez vous! Lança House sèchement.

Le médecin fronça les sourcils mais ne répondit pas. Il prépara la sonde et étala du gel froid sur le ventre de Cameron. Elle frissonna légèrement au contact, mais resta silencieuse, fixant obstinément le plafond.

Le silence devint pesant. Chaque mouvement de la sonde sur la peau de Cameron semblait prolonger l'attente insupportable. Puis, soudain, un son emplit la pièce.

Boum boum... boum boum... boum boum.

Le rythme rapide et régulier d'un cœur minuscule.

Cameron ferma les yeux, une larme solitaire roulant sur sa joue. Un souffle tremblant s'échappa de ses lèvres, comme si elle venait de sortir d'un cauchemar.

House, lui, fixait l'écran d'un air captivé, presque incrédule. Pour la première fois, il voyait l'enfant qu'il avait mentalement tenu à distance. Une petite silhouette fragile mais bien vivante.

Le médecin prit la parole, rompant le moment.

— Le bébé va bien. Le cœur bat normalement, et je ne vois aucun signe de traumatisme. Cependant, il y a un hématome au niveau de l'utérus ce qui a surement provoqué les saignements. Ce n'est pas grave, mais il faudra vous reposer strictement pendant quelques jours.

Cameron sembla s'apaiser un peu plus, son visage perdant légèrement sa tension.

House plissa les yeux, observant l'écran avec attention. Un détail attira son regard.

— Attendez...Qu'est-ce que... dit-il brusquement.

Le médecin releva un sourcil, intrigué.

Cameron tourna brusquement la tête vers lui, ses yeux s'élargissant légèrement. House regardait l'écran intensément tout en penchant la tête comme s'il venait d'avoir une grande révélation.

— Ne fais pas semblant de ne pas comprendre, dit-il à Cameron.

Elle fixa l'écran à son tour, ses yeux scrutant l'image avec plus d'attention. Elle sentit son cœur s'emballer.

— Une fille... murmura-t-elle, presque pour elle-même.

Le médecin confirma d'un hochement de tête avant de se retirer.

Cameron, qui avait jusqu'à présent évité de connaître le sexe à chaque échographie se laissant la surprise pour le jour de l'accouchement laissa échapper un sourire en coin qui indiquait qu'elle ne regrettait pas cette découverte inattendue.

House l'observa, ses traits se radoucissant imperceptiblement. Elle semblait plus sereine, presque heureuse, malgré tout ce qu'elle venait de traverser.

Le médecin termina son examen en quelques minutes supplémentaires, avant de poser la sonde et de retirer ses gants.

— Tout semble en ordre. conclut-il avant de se diriger vers la porte. Mais pas d'efforts physiques, pas de stress inutile d'accord? Je vais vous laisser un moment.

Le silence qui suivit était différent. Moins oppressant, plus chargé d'une émotion complexe.

House resta debout à côté de Cameron, les yeux toujours rivés à l'écran. Cameron, de son côté, observait House. Elle voyait son expression changer, se radoucir imperceptiblement.

Elle serra doucement sa main, attirant son attention.

— Merci, murmura-t-elle.

House ne répondit pas tout de suite. Il baissa les yeux vers leurs mains jointes et, lentement, serra la sienne en retour.

Ce simple geste, sans mot, valait tout ce qu'il aurait pu dire.


C'est à cet instant que Cuddy fit irruption dans la pièce, son entrée brutale brisant l'atmosphère déjà tendue. Elle ne prit même pas la peine de frapper, son regard vif balayant immédiatement la scène : Cameron, allongée sur la table d'examen, encore tremblante et vulnérable, et House, debout à ses côtés, la main à peine retirée de celle de Cameron.

— Mon Dieu, Allison, vous allez bien?! lança-t-elle en se précipitant près de la table. Dans son regard, un mélange de peur et d'inquiétude.

— Ça va, le bébé va bien. C'est tout ce qui compte. Plus de peur que de mal, répondit Cameron, la voix légèrement tremblante.

Cuddy posa une main ferme mais douce sur l'épaule de Cameron, ses traits adoucis par une sincère compassion.

— Et vous? Comment vous sentez-vous?

Cameron baissa les yeux un instant, troublée.

— Je vais bien, murmura-t-elle, comme si elle cherchait à se convaincre elle-même. Il y a juste un hématome... Quelques jours de repos, et tout devrait rentrer dans l'ordre.

Cuddy soutint son regard, comme pour évaluer si elle disait la vérité. Son expression s'adoucit davantage.

— Vous devez vous reposer. Je vais m'assurer que vous ayez quelques jours loin des urgences pour vous remettre. Pas de risques inutiles. Et je vais demander une surveillance accrue de votre grossesse. Plus d'héroïsme, Cameron. D'accord?

Cameron hocha lentement la tête, émue par cette attention presque maternelle qu'elle n'attendait pas.

— Merci, Lisa.

Cuddy sembla se détendre légèrement, mais ce fut bref. Son regard se durcit à nouveau lorsqu'elle se tourna vers House.

— Et maintenant, House, expliquez-moi, lâcha-t-elle d'un ton cinglant. Pourquoi Wilson m'a tenue à l'écart d'un accident aussi grave ?! Pourquoi j'apprends qu'une de mes meilleures médecins a été blessée par un patient une heure après les faits ?! Et surtout, pourquoi, vous, avez décidé de violer toutes les règles en vous pointant ici comme si c'était votre bureau ?!

House haussa un sourcil, visiblement peu impressionné.

— Alors là, je ne sais vraiment pas quoi répondre, répondit-il, son ton délibérément provocateur.

Cuddy fixa tour à tour Cameron et House, son esprit semblant relier les points. Puis, ses yeux se plissèrent, et quelque chose sembla s'éclairer en elle.

— Attendez une seconde... dit-elle lentement, les bras croisés.

Elle se mit à réfléchir, son regard revenant sur leurs mains qui, quelques instants plus tôt, s'étaient détachées brusquement.

— Ne me dites pas que…

Cameron ne détourna pas les yeux cette fois. Elle prit une inspiration profonde, cherchant visiblement les mots justes.

— Lisa, je suis désolée que vous l'appreniez ainsi, dit-elle doucement, sa voix claire mais empreinte de gravité.

Elle expira, rassemblant son courage, avant de lâcher:

— Oui c'est bien House...le père.

Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Cuddy resta figée, ses yeux s'écarquillant légèrement sous le choc de cette révélation.

— Bon sang… Vous et lui ?!

House ne nia pas. Il se contenta de fixer Cuddy avant de hocher la tête avec un sérieux inhabituel.

— Eh bien, maintenant que tout le monde est au courant, je suppose que je vais vous laisser entre filles! déclara-t-il avec un mélange d'ironie et de lassitude.

— House!

Il s'arrêta, la main sur la poignée, sans se retourner.

— Vous savez tout ce qu'i savoir, Cuddy. Le reste, c'est entre elle et moi, dit-il d'un ton sec.

Avant qu'elle ne puisse répliquer, il ouvrit la porte et sortit, laissant derrière lui une tension presque palpable.

Cuddy fixa un moment la porte vide avant de reporter son attention sur Cameron, l'air à la fois exaspérée et abasourdie.

— Comment ? Non surtout, je ne veux pas savoir... Pourquoi?!

Cameron baissa les yeux, visiblement épuisée.

— C'est compliqué…

— Vous êtes enceinte de House! Vous réalisez ce que ça implique pour vous, pour lui, pour… vos vies ?!

Cameron releva la tête, une nouvelle détermination dans le regard.

— Oui, Lisa, je réalise très bien.

Cuddy pinça les lèvres, hésitant entre colère et compréhension. Son regard, un instant dur, se radoucit en voyant la vulnérabilité de Cameron. Elle posa une main sur son épaule.

— Je suis désolée. Je suis juste inquiète pour vous. Ce n'est pas mon rôle de vous juger. Mais j'aurais aimé l'apprendre différemment.

Elle inspira profondément, sa voix redevenant plus posée.

— Reposez-vous, Allison. On reparlera de tout ça plus tard.

Puis, sans un mot de plus, elle sortit précipitamment, rattrapant House dans le couloir.

— Et voilà, la reine du drame entre en scène, lança-t-il sans même la regarder. Quoi? Vous voulez nous passer un savon ou organiser une baby shower pour célébrer l'événement?

— Vous vous foutez de moi?!

— Relax, tout est sous contrôle. Vous pouvez retourner sur votre trône, et laisser papa et maman régler leurs histoires. Dit il, tout en marchant.

Cuddy l'attrapa par le bras, l'obligeant à s'arrêter.

— Sous contrôle? reprit-elle, la colère montant. C'est ça, votre idée du contrôle? Faire une scène dans le service obstétrique? Menacer un médecin? Et oser prétendre que cette grossesse ne vous affecte pas?

House ne répondit pas immédiatement, son masque de sarcasme vacillant une fraction de seconde. Mais il se reprit rapidement, haussant les épaules.

— Eh bien, félicitations. Vous venez de résumer ma méthode sur la de gestion de crise.

Cuddy serra les mâchoires, mais au lieu de s'énerver davantage, elle adopta un ton plus calme, presque compatissant, ce qui, elle le savait, avait tendance à désarmer House bien plus que l'affrontement direct.

— House, ne faites pas semblant. Je vois que ça vous affecte. Pourquoi seriez vous là, si ce n'était pas le cas?

House fronça les sourcils, son expression oscillant entre l'irritation et l'hésitation. Finalement, il lâcha d'une voix froide :

— Faites en sorte qu'elle ne retourne pas aux urgences. C'est tout ce que je vous demande.

Surprise, Cuddy le fixa, ses bras croisés.

— Et pourquoi?

— Parce qu'elle n'a rien à y faire. C'est un environnement toxique, dangereux, et elle le sait. Vous le savez.

— Vous voulez la protéger, n'est-ce pas? lança-t-elle, les yeux plissés.

— Protéger? Moi? répondit-il avec un sourire sarcastique. Je veux juste éviter de la retrouver encore une fois sur une table d'examen à cause d'un abruti ivre ou d'un accident idiot.

Mais la tension dans sa voix contredisait ses mots. Cuddy inclina la tête, sondant son visage.

— Vous tenez à elle.

Il ne répondit pas. Feignant l'indifférence

Elle soupira profondément, secouant la tête.

— Ecoutez vous ne pouvez pas la contrôler, House. Cameron fait ses propres choix. Et si elle veut retourner aux urgences, c'est son droit.

— Mais vous, vous pouvez l'en empêcher, répliqua-t-il avec force. Vous êtes sa patronne. Proposez-lui autre chose.

Cuddy haussa les sourcils, légèrement amusée par son insistance.

— Autre chose? Comme quoi?

Un bref silence s'installa, avant que House ne déclare sèchement :

— Faites-la revenir dans mon équipe.

Elle éclata presque de rire.

— Vous voulez qu'elle travaille à nouveau pour vous?

House haussa les épaules, adoptant un air faussement désinvolte.

— Elle est douée. Et vous savez aussi bien que moi qu'elle est bien plus utile dans mon service qu'à distribuer des points de suture aux urgences.

Cuddy secoua lentement la tête, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

— Pourquoi ne pas simplement lui dire que vous voulez qu'elle reste près de vous?

— Parce que je ne veux pas qu'elle pense que c'est… personnel, répondit-il en plissant les yeux.

Cuddy croisa les bras, le fixant d'un regard perçant.

— Vous voulez garder un œil sur elle, House et c'est normal. Vous passez votre temps à traîner aux urgences depuis des semaines. Parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de veiller sur elle.

House ouvrit la bouche, comme pour répliquer, mais se ravisa. Finalement, il lâcha, un sourire ironique sur le visage :

— Bravo Sherlock ! lança-t-il avec une fausse exclamation. Vous avez percé mon grand mystère.

Elle leva les yeux au ciel, puis soupira.

— Très bien. Je vais lui en parler. Mais, House…

Il la regarda, attendant la suite.

— Si elle accepte, ce sera parce qu'elle le veut. Pas parce que vous avez trouvé un moyen de manipuler la situation pour qu'elle revienne.

House ne répondit pas, mais l'ombre d'un sourire effleura ses lèvres. Puis il tourna les talons, s'éloignant sans un mot.

Cuddy le regarda s'éloigner, son esprit bourdonnant encore de cette conversation. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression d'avoir vu une faille dans l'armure de House. Une faille qu'il cachait désespérément, même à lui-même.

Pas trop d'émotions? Tout va bien? Vous avez sorti les mouchoirs ? :D