- Wow…
- Elle est géniale hein?
Mei ne pouvait qu'acquissiez à la question posée par Tia. L'envolée lyrique de l'actrice était plus qu'impressionnante.
Allongées sur le lit de Mei, les deux jeunes filles regardaient l'adaptation en film d'une comédie musicale. C'est Tia qui avait choisi. En toute honnêteté, Mei avait accepté à contre-cœur lorsqu'elle l'avait proposé. Elle aurait espéré imposer à son amie le visionnage d'une de ses émissions préférées pour cette soirée film.
Il s'agissait de leur toute première. C'était inaugurale. Tia avait proposé le concept en même temps que le film. L'idée ne l'avait pas convaincue. Au premier abord. Mais si Tia avait de si bonnes recommandations en réserve, elle reverrait son jugement.
Mei n'aimait pas le cinéma. Curieux pour une jeune fille qui courait les castings depuis sa plus tendre enfance mais c'était ainsi. C'était sa mère qui avait fait son éducation à ce niveau-là et il fallait croire qu'elles n'avaient pas les mêmes goûts du tout. Sa mère adorait les séries et films dramatiques à l'eau de rose. Il n'y avait que ça à la maison. Et au cinéma où elle se rendait, il n'y avait que des navets ou de très vieux films. Pour cause: peu de nouveautés sortaient sur Akillian. Faute de rentabilité. Le salaire moyen était si bas que bon nombre de productions ne jugeaient pas rentables de diffuser leurs films sur la planète glacée. Pour voir les dernières nouveautés, il fallait les pirater. Ce que Thran et Ahito s'amusaient à faire depuis touts petits d'après ce qu'elle en savait. Le piratage: c'était condamnable mais courant pour la jeunesse Akilienne. Les autorités fermaient les yeux en général donc ce n'était pas tant par crainte des répercussions que Mei n'avait jamais rien pirater. Elle pensait seulement, naïvement, que les œuvres audio-visuelles piratées qu'ils possédaient à la maison étaient représentatifs de ce qui faisait dans toute la Galaxie.
Quelle sombre idiote elle avait été.
Un nouveau monde s'ouvrait à elle désormais.
Lorsque le générique de fin apparut à l'écran. Mei avait les larmes aux yeux.
- Alors? Qu'est-ce que tu en as pensé Mei?
La jeune fille ne répondit rien. Elle était émue.
- Mais… tu pleures?
Elle hocha la tête. L'histoire avait de quoi émouvoir aussi. Ses deux amies si différentes qui se rencontrent, se détestent au début, s'apprécient, relèvent des défis puis se séparent. Et cette fin… Et les chansons. C'était la quintessence de l'art!
Tia rit à la présentation de ses arguments. Non pas d'un rire moqueur mais plutôt amusé.
- Je ne dirais pas que c'est la quintessence de l'art. Mais le film est bien réalisé. Et le choix du casting est excellent. Même si je suis nostalgique de celui d'origine.
- D'origine?
- Oui, je te l'ai dit. Il s'agit de l'adaptation d'une comédie musicale. Elle a eu un sacré succès. Je suis étonnée que tu n'en ai jamais entendu parler.
Ma mère ne doit pas être très comédie musicale.
- C'est elle qui a fait ta culture cinématographique?
- Malheureusement oui et je viens de réaliser qu'elle a très mauvais goût! rigola Mei.
- Oh, ne dis pas ça.
- Oh si je le dirais! S'exclama la jeune fille en se mettant à genoux, oh Tia je t'implore: partage ton bon goût artistique avec moi!
Tia fit mine d'hésiter.
- Je ne sais pas trop… Je ne pense pas avoir si bon goût que ça.
La défenseuse lui envoya un regard complice.
- Oh voyez-vous ça? Mademoiselle Tia souhaite qu'on lui passe la crème. Je savais bien que tu n'étais pas parfaite!
Piquée au vif, Tia attrapa un cousin et frappa Mei qui tomba à la renverse. La jeune fille rigola tout en attrapant l'autre et cela dégénéra très vite en une sordide bataille d'oreiller.
Cinq minutes après, par manque de souffle tellement elles riaient, elle prit fin.
Allongées sur le dos, les deux amies prirent le temps de récupérer.
- Ah ce que ça fait du bien! s'exclama Mei.
- Tu m'étonnes.
- Je ne me souviens plus la dernière fois que j'ai fait une soirée pyjama comme ça! Ni même que je suis allée dormir après minuit! Je pensais que je serai trop crevée pour tenir tout le film après la journée qu'on a eu mais là, je bouillonne! Je tuerai pour aller dehors!
Tia sourit tout en regardant le plafond. Elle était dans le même état euphorique que son amie. C'était la première fois depuis leur victoire qu'elle avait l'impression de réellement pouvoir profiter de l'instant présent. L'interview de cette soirée avait été épuisante. Dès lors que le présentateur avait fait mention de sa famille, elle avait cru que tout était fichu. Et rien ne s'était arrangé lorsqu'elle avait surprise Callie alors qu'ils venaient de s'embrasser.
C'était le pire des scénarios catastrophes.
Et pourtant. Après la pause, personne n'avait réabordé le sujet et cela ne semblait pas forcé. Callie et Nork avaient pris les rennes de l'interview ce qui l'avait rendu beaucoup plus sympathique que durant la première partie.
Et Callie… Elle n'avait pas cherché à mettre en avant leur relation à Rocket et elle. Pourtant, ils en étaient persuadés, elle les avait surpris.
La jeune fille n'avait eu de cesse d'y réfléchir sur le chemin du retour. La perspective que Callie puisse partager cette information sans son autorisation un jour l'avait rendu anxieuse.
Une fois de retour à l'hôtel, après avoir signé moultes autographes à leur sortie du studio et devant leur lieu de résidence temporaire, il était près de minuit. Les Snowkids avaient été invité à rejoindre leur chambre et à bien se reposer.
Tia, toujours aussi nerveuse, avait continué de communiquer par messages avec Rocket qui, il faut le dire, avait du bien du mal à la calmer à distance. Elle avait fini par se convaincre qu'un bon film l'y aiderait mais impossible d'aller le regarder dans la salle commune sans se faire surprendre par Aarch, Simbai, Clamp voire même les parents et Stella qui étaient logés à l'étage du dessus et qui, vraisemblablement, passaient beaucoup de temps à discuter avec leur équipe technique. Elle n'avait eu d'autres choix que de proposer à Mei ce visionnage.
Et c'était une grande réussite.
- Ah! s'exclama Mei tout en s'étirant, c'était une trop bonne idée! Tu fais souvent des soirées films comme ça?
- Oh oui… Pas mal, répondit Tia en se remémorant toutes les soirées qu'elle avait passé devant son holotv.
- C'est sympa! Vraiment! Et comment vous faites avec tes amis pour vous mettre d'accord sur les films?
- Hum…
Tia tourna la tête vers Mei et lui sourit timidement.
- Je n'ai pas vraiment d'amis en fait.
Face au regard confus de son amie, elle voulut développer mais la porte s'ouvrit d'un coup les faisant toutes les deux sursautées. Sur le pas de la porte, la soignante de l'équipe vêtue de son pyjama les toisait d'un regard sévère.
- Je me disais bien que j'avais entendu du bruit. Comment se fait-il que vous soyez encore debout?
Les deux jeunes filles, désormais bien assisse, échangèrent un regard. Elles ne s'attendaient pas à se faire ainsi réprimander.
- Alors?
- Euh… On regardait un film…
- Il est presque trois heures du matin. Vous devez dormir. La cup est peut-être finie mais vous êtes loin d'en avoir terminé avec la tournée des médias. On vous l'a dit, c'est une période intense qui débute pour vous et il faut absolument que vous vous reposiez correctement.
- Oui Dame Simbai…
- On comprend…
- Tia, va dans ton lit maintenant. Je vais éteindre la lumière et je ne veux plus vous entendre.
Tia se leva et se dirigea vers son propre lit. A peine s'eût-elle glissé sous les couvertures que la soignante éteignit les lumières de leur chambre.
- Bonne nuit les filles.
- Bonne nuit Dame Simbai, répondirent-elle en chœur.
La soignante ferma la porte. Les minutes suivantes s'égrenèrent dans un silence de mort. Tia se tourna et se retourna dans son lit. Elle se sentait honteuse et déçue. Elle avait bien aimé ce moment avec Mei. Elle aurait apprécié qu'il se prolonge surtout qu'elle avait eu la sensation que ce début de conversation allait pouvoir les mener à se faire des confidences. Mais, en même temps, se faire rabrouer ainsi par Simbai qu'elle estimait beaucoup lui fichait le cafard. Et lui rappelait quelques mauvais souvenirs.
Il allait être dur de s'endormir avec ça.
Tout d'un coup les draps se soulevèrent à côté d'elle, l'air frais de la pièce pénétrant sous les couvertures. Tia sursauta pour la seconde fois en moins de dix minutes.
- Coucou, chuchota une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.
- Mei?
Elle était tellement plongée dans ses réflexions qu'elle ne l'avait pas entendu se lever.
- Mais qu'est-ce que…
- Ce serait dommage de finir la soirée là-dessus tu ne trouves pas? Puis Simbai a demandé que tu regagnes ton lit. Elle ne m'a rien dit à moi.
Dans l'obscurité de la chambre, la jeune fille sourit. Elle n'aurait pas pensé que Mei aurait souhaité poursuivre leur conversation après de telles remontrances. Et pourtant… ça lui faisait chaud au cœur.
- Alors, reprenons, continua la défenseuse en chuchotant, c'est moi ou tu as dit que tu n'avais pas vraiment d'amis?
- C'est bien ce que j'ai dit.
- J'ai dur à y croire. Ça veut dire que tu n'as jamais fait de soirée pyjama?
- Si mais… Pas avec des amis.
- Avec qui alors?
- J'ai quelques cousines. Mais, étant donné que mon père n'est pas en très bon termes avec ses frères et sœurs, c'était très occasionnel.
- Et tes soirées films?
- Je les faisais seule dans ma chambre. Et avec Stella parfois. Mais souvent seule.
- Oh… Je suis désolée.
- Faut pas. Tu sais, je suivais beaucoup mes parents en déplacement alors je n'avais pas le temps pour m'attacher aux autres enfants. Et quand ils ont commencé à partir sans moi pour que j'ai un peu de stabilité, je n'ai pas réussi à m'intégrer dans mon établissement scolaire.
- Il y a des raisons à ça?
- Je sais pas. Je n'aimais pas trop l'école. J'étais une mauvaise élève puis il y avait une sorte de rivalité malsaine entre tout le monde. Je ne me sentais pas à ma place.
- Toi: une mauvaise élève?
- J'ai toujours eu des notes à la limite de la moyenne. Sauf en langues. C'est peut-être ce qui me sauvait. Et encore. Je ne suis bonne qu'à l'oral. L'écrit: c'est une vraie catastrophe.
Mei fronça les sourcils. Elle avait dur à se figurer que Tia puisse être mauvaise en cours. Mei avait toujours été une excellente élève. Brillante même. Elle appréciait étudier. Ce plaisir était venu de la contrainte de l'attente inhérent à chaque casting où sa mère la trainait. Il leur arrivait t'attendre deux heures pour passer cinq minutes devant des jurés. Ou alors, de faire cinq heures de navettes pour passer une audition sur une autre planète.
En apparence, Mei et sa mère semblent très proches mais la réalité est tout autre. Sa mère ne s'est jamais intéressée à ses passe-temps de petite fille. C'est Mei qui s'est adapté aux siens pour se rapprocher d'elle et, quand elle n'avait pas l'énergie de faire semblant, elle préférait se plonger dans autre chose. L'histoire par exemple, la géographie, le calcul. C'était incroyable tout ce qu'on apprenait en cours! L'école était une véritable échappatoire à son quotidien d'enfant star.
- Mais… Tu as une excellente culture générale Tia! J'apprends plein de choses quand on discute.
Tia était une véritable bibliothèque de connaissance en ce qui concernait la politique et certains pans spécifiques de l'histoire d'Akillian, de la lune d'Obia ou des Wambas. Elle les avait surpris plus d'une fois lors de leur périple à travers la Galaxie à leur compter l'importance d'un lieu ou d'une personne. Et elle restait toujours très attentive lorsque les actualités passaient.
- Je répète simplement ce que j'ai entendu.
Mei devina qu'elle haussait les épaules.
- Je suis incapable de lire bien longtemps. Alors d'étudier… Mais il y a des infos qui reste pour peu que j'y demeure attentive. Et puis, avec le métier de mes parents, je dois bien retenir deux-trois choses.
- Tu as difficile à lire? Tu peux développer?
- Ah euh… C'est juste que, lorsque je lis… Je ne sais pas. Je suis lente, je me trompe. Je n'arrive pas à reconnaitre certaines associations de lettres et savoir comment elles se prononcent…
Tia fourra sa tête dans son coussin.
- Désolée, c'est la honte… Tu ne le répéteras pas hein?
- Tia, il n'y a pas de honte à avoir!
- Comment ça?
- Je ne suis pas une experte, il faudrait que tu ailles faire vérifier ça mais ce que tu décris ressemble beaucoup à de la dyslexie.
Un silence accueillit cette révélation. Mei tiqua.
- Tu sais ce que c'est quand même?
- Non…
- Attends: on ne vous a jamais parlé des troubles «dys» ou de l'attention dans votre école?
Tia se remémora ses années scolaires dans son établissement privé sur Obia. Pas une seule fois elle n'avait entendu ces mots-là. Cela dit, ils lui étaient vaguement familiers. Elle remonta le fil de ses souvenirs. Et c'est là qu'elle percuta.
- Ah mais oui! J'ai commencé l'école sur une petite planète où mes parents avaient été missionnés. Je me souviens que ma maitresse a parlé à mes parents de troubles mais…
- Nous y voilà! Tu as passé des tests?
- Non.
- Comment ça?
- Ben… Je pense qu'ils trouvaient ça absurde. Ça remonte à loin…
- Absurde? Comment ça absurde? s'écria-t-elle.
- Je ne sais pas Mei. J'étais petite. Arrête de t'énerver sinon Simbai va revenir.
La défenseuse soupira.
- Je suis désolée Tia. C'est juste que…
Elle hésita. Elle ne pouvait tout de même pas descendre les parents de son amie devant elle. Tia avait déjà parfaitement conscience qu'ils n'avaient pas été de bons parents pour elle. Enfoncer le clou n'arrangerait rien. C'était parfaitement idiot de leur part, de l'égo mal placé que de ne pas avoir cherché à comprendre comment leur fille fonctionnait. Si Tia avait été diagnostiqué d'un trouble, elle aurait pu beaucoup plus apprécier sa scolarité.
Peut-être qu'il n'était pas encore trop tard.
- En fait, la dyslexie, c'est un trouble de l'apprentissage relativement courant. Si tu as des difficultés à lire, à associer certaines lettres ou sons comme tu dis: il est probable que tu en souffres. Ça ne te rend pas plus bête qu'un autre. Ça veut juste dire que tu as besoin d'une approche différente pour apprendre et ça peut se trouver assez facilement.
- Ah bon?
Tia se remémora toutes les fois où elle avait dû lire devant sa classe et toutes les moqueries qui en avaient découlé. Elle se souvenait de ses professeurs qui la jaugeaient durement du regard. «Trop lente» disaient-ils, «A votre âge, il serait temps de savoir lire». Lorsqu'il s'agissait de discours à lire dans le cadre du travail de ses parents, elle demandait à Stella de le lui faire répéter. Au début, elle se trompait tellement qu'elle laissait sa gouvernante le lire à sa place. Elle en profitait pour en mémoriser le plus d'éléments possibles puis elle les restituait. Elle finissait ainsi par connaitre tout par cœur et faisait semblant de lire devant les gens. Elle avait bien tenté de procéder de la même manière pour les cours mais, plus elle grandissait, plus les lectures à haute voix se faisait au hasard pour tout et n'importe quoi. C'était une grande source de stress pour elle de lire devant tout le monde. Si Mei disait vrai, ce serait à la fois merveilleux et terriblement injuste d'apprendre que ce n'était pas de sa faute.
- Oui et, d'ailleurs, peut-être que tu pourrais avoir un trouble de l'attention.
- Comment ça?
- Tu disais que c'était dur pour toi de rester assisse à étudier… ça a toujours été comme ça?
- Oui enfin… Je me souviens surtout que je n'aimais pas être assisse en cours. C'était très pénible. Mais je pense que c'est normal si on n'arrivait pas à apprécier les cours.
- Peut-être en tout cas il ne serait pas perdu de vérifier ça. La dyslexie et le trouble de l'attention sont parfois liés.
- Si tu le dis…
Mei perçut le changement de ton dans la voix de Tia. Mieux valait-il changer de sujet pour l'instant.
- Qu'est ce que tu penses qu'on aura demain?
- Je sais pas. Une débrief de notre interview probablement.
- Rah, j'en ai marre. Quand est-ce qu'on aura le temps de faire les boutiques?
Tia rigola.
- Non sérieusement Tia! C'est toi qui m'as dit que tu voulais de nouveaux vêtements et j'aimerais trop qu'on fasse du shopping ensemble.
- Ouais… Je sais mais…
- Ne te débine pas je t'en prie, la supplia-t-elle.
- T'inquiète, on en fera une. C'est juste que je n'ai pas un bon passif avec les séances shopping.
- Ça: c'est parce que tu n'en as pas encore faite avec moi!
- Si tu le dis, je te crois, rigola Tia.
Les deux jeunes filles continuèrent de papoter jusqu'au petit matin.
Le lendemain matin, après un bon petit-déjeuner, les Snowkids se réunissait à nouveau dans leur salle commune. L'équipe technique était présente ainsi que leurs parents qui se tenaient, respectueusement, debout derrière leurs fauteuils.
C'était un peu étrange mais soit.
Arno entra en dernier dans la pièce. Il arborait un sourire rassurant ce qui détendit immédiatement l'atmosphère. Il était suivi d'Erik Lamer, l'analyste en communication ainsi que d'Adim
- Bien! Bonjour à tous, s'enthousiasma Arno, tout d'abord, nous allons revenir sur la grande interview d'hier soir. Comment vous sentez-vous par rapport à ça?
Quelques regards s'échangèrent entre les SK. Était-ce une question piège? Pourquoi sollicitait-on leurs opinions en une fois? Quelques vagues «bien», «pas trop mal» se firent timidement entendre.
- Oh non. Ici, on joue franc-jeu. Il ne faut pas hésiter à vous exprimer. Je ne mords pas à moins que cela ne soit dû à la présence de vos parents.
- Non, c'est juste qu'hier, vous ne vous souciez pas trop de notre avis alors…
- Je suis désolé que tu ais eu cette impression Micro-Ice. Je vous ai peut-être un peu trop bousculé. Il faut dire qu'il y avait urgence mais j'ai fait le maximum pour vous aider à poser les bases de votre image publique selon les souhaits que vous aviez formuler. Et c'est d'ailleurs là-dessus que je souhaitais revenir. Avez-vous l'impression d'avoir projeter au monde ce que vous aimeriez qu'il perçoive de vous?
La plupart des Snowkids hochèrent la tête. Tia n'en fit rien. Elle préféra demeurer en retrait de ce débat.
- Parfait. En tout cas, sachez qu'Erik a fait ses recherches et a pu établir quelques changements significatifs au niveau de votre image publique. C'est une excellente chose. Nous avons fait du très bon travail avec le peu de temps mis à notre disposition. Je tenais à vous en féliciter. Vous n'étiez pas très bien partis avec ce Onister comme coprésentateur. Il a cherché à vous mettre à mal mais vous vous êtes protéger les uns les autres. Vous avez fait preuve d'une excellente cohésion en plus d'appliquer au mieux mes conseils.
- Et c'est pour ça que je suis ici. La Ligue a décidé de vous faire confiance et nous sommes parvenus à un accord avec vos parents concernant la régularité de vos engagements à nos côtés durant ces quatre prochaines années. Je leur ai déjà fait parvenir une copie de vos contrats, vous pourrez les consulter avec eux juste après cette réunion. Bien entendu, s'il y a des points qui vous dérangent, n'hésitez pas à m'en faire part. En ma qualité de présidente de la Ligue, je m'assurais que vous vous sentiez le plus à l'aise possible durant notre collaboration.
La surprise se lut sur le visage des Snowkids. Depuis leur victoire, les pourparler entre les adultes s'éternisaient. Tous les aspects légaux, la rémunération, les temps de travail, … Tout devait être minutieusement revu car il était la première équipe exclusivement composée de mineurs à remporter la Cup. C'était comme si le temps s'était arrêté pour eux. Ils trainaient à l'hôtel évitant au maximum de sortir pour ne pas se faire harceler par les journalistes et les fans. Ils n'avaient rien de prévu mais Simbai tenait à ce qu'ils gardent un certain rythme de vie. Les grasses matinées étaient proscrites, les couchers tardifs également. Il n'y avait plus de matchs, plus d'entrainements, bien qu'Aarch ait organisé par-ci, par-là quelques sessions pour les maintenir en forme et surtout il n'y avait plus de vie. Aucun d'eux ne savait quand ils pourraient rentrer chez eux et passer du temps en famille comme avant. Ni pour combien de temps.
Un semblant de réponse allait enfin voir le jour.
Ils étaient tous suspendus aux lèvres d'Adim.
- Vous allez faire quelques brèves apparitions publiques sur le Genèse. Notamment au siège de la Ligue après-demain pour signer officiellement vos contrats. Les deux jours suivants, nous organiserons plusieurs rencontres avec vos fans dans des clubs et magasins de sport liés à la Ligue. Votre premier engagement officiel aura lieu le 15 mai sur la Lune d'Obia dans le cadre d'un gala de bienfaisance.
- Le 15 mai? Mais: c'est dans trois semaines! s'étonna Thran
En effet, en concertation avec vos parents ainsi que votre équipe technique, nous avons jugé préférable de vous laisser une dizaine de jours pour rentre chez vous et vous reposez.
Tia leva la main, Aarch lui fit un bref signe de la tête l'invitant à prendre la parole.
- Il ne s'agirait pas du Gala «Ressorting Humanity» par hasard?
Aarch échangea un regard avec Adim. Cette dernière hocha la tête.
- Tu y es déjà allée Tia? l'interrogea Mei discrètement
- Oui, j'y vais tous les ans depuis mes huit ans. J'espérais y échapper. Quelle plaie.
Mei leva un sourcil, interrogateur. Ce n'était pas du genre de Tia de se plaindre des formalités. Qu'est ce qui rendait cet événement plus pénible que les autres?
Rocket avait également perçu l'agacement de la milieu de terrain. Qu'est ce qui pouvait bien la perturber? Il prit un instant et l'évidence le frappa.
- Eh mais c'est le jour de …
- C'est ton anniversaire ce jour-là! l'interrompit Micro-Ice.
- Mais oui! s'exclama Thran.
La milieu de terrain sembla se racrapoter dans le fauteuil alors qu'Aarch lui envoya un regard interrogateur.
- C'est vrai Tia?
La jeune fille hocha doucement la tête. Désormais: tous les regards étaient braqués sur elle.
- Mais... J'ai l'habitude qu'on ne fasse rien le jour-même, ne vous inquiétez pas.
Tia ne mentait pas. Il y avait toujours de nombreux galas de charité prévu durant le mois de mai. Au début, elle fêtait son anniversaire à la bonne date uniquement avec Stella. Puis, lorsqu'elle s'était mise à accompagner son père et sa mère à ce gala, sa fête d'anniversaire avait naturellement été repousser au début du mois de juin. Alors, oui, elle avait l'habitude des reports de sa fête. Cependant, elle mentait sur un point. Tia aurait bien aimé, cette année, le fêter le jour même et avec les Snowkids. Elle ne pouvait pas dire qu'elle avait eu beaucoup d'occasion auparavant de marquer le coup avec des amis. Comme elle l'avait confié à Mei: elle n'avait jamais été très populaire auprès des autres enfants. Heureusement, elle n'avait jamais été harcelé. Il y avait eu des débuts de ce qui pourrait s'y apparenter mais Tia leur avait coupé l'herbe sur le pied avec son talent pour le football et sa capacité à bien viser. Il y avait eu quelques yeux au beurre noir. Bien qu'elle en soit fière, elle devait le reconnaitre, cela ne l'avait pas aidé à se forger une bonne image. Elle entretenait quelques rapports amicaux avec deux trois élèves de sa classe… Et encore, depuis qu'elle avait rejoint les SK, ils n'avaient plus échangé le moindre message.
Cette année, Tia aurait bien voulu organiser un petit quelque chose… Comme une sortie au cinéma ou un petit diner… Même une simple balade l'aurait rendue heureuse. Faire des choses avec ses amis. C'était une normalité à laquelle elle avait trop peu goûté. A défaut d'amis proches, Tia avait fait toutes ses bêtises d'enfances et de début d'adolescences avec ses cousines. Cependant, elle ne le les voyait pas assez pour que ce soit vraiment régulier.
- Ne t'en fait pas, dit Mei en l'étreignant rapidement, on fera tout pour que tu passes le plus beau des anniversaire. Foi de SK.
Tia lui sourit tandis que ses coéquipiers hochaient vivement la tête. Avant qu'elle ne puisse remercier qui que soit, Adim se racla bruyamement la gorge.
- Donc, ce gala sera votre premier engagement officiel. Pour ce qu'il en est des suivants…
Une fois la réunion terminée, l'équipe se dispersa avant que chaque SK puisse prendre connaissance de son contrat.
Maya, D'jok, Micro-Ice, Mana-Ice ainsi que Thran, Ahito et leurs parents décidèrent de rester dans la même salle pour prendre connaissance des termes de ce dernier. La mère de Mei embarqua pratiquement sa fille de force décrétant qu'elles discuteraient de tout cela dans sa chambre. La défenseuse envoya un regard désolé à Tia. Quand sa mère était dans ce genre d'état, mieux fallait-il l'éviter.
«C'est peut-être mieux ainsi.» avait-pensé Tia en regardant sa gouvernante. Elle savait très bien que le contenu de son propre contrat différait sûrement de celui de ses camarades.
- Tu veux qu'on reste ici ma chérie? l'interrogea Stella.
- Non, pas vraiment. On peut aller dans la salle à manger.
- C'est toi qui décides.
Alors qu'elles se rendirent dans le couloir, Norata, Kira et Rocket leur emboitèrent le pas. Le capitaine des SK devança légèrement ses parents.
- Tia.
- Rocket. Tu dois te sentir soulagé maintenant.
Au petit-déjeuner, il lui avait fait part de ses inquiétudes concernant le contrat avec la ligue qui n'arrivait pas. Apparemment, il en avait mal dormi cette nuit. Rocket n'appréciait pas rester dans l'incertitude… Pour certaines choses du moins.
- Ça va te paraitre bête, mais je stresse encore plus maintenant qu'on l'a.
- Au moins, tu sauras à quelle sauce tu vas être manger, plaisanta-t-elle.
- Tu vas dans ta chambre?
- Non. Mei y est prise en otage par sa mère. On va aller dans la salle à manger.
- On comptait y aller aussi. Ça ne vous dérange pas?
Tia échangea un bref regard avec sa gouvernante. Le petite sourire qu'elle lui fit la gêna. Il était plein de sous-entendus.
- Non pas de problème.
- Super, intervient Norata qui était plus proche d'eux qu'ils ne le pensaient, ça m'arrangerait d'avoir un autre parent avec qui discuter
- Norata, le rabroua Kira.
- Rocket se prit le visage dans la main, gêné par l'attitude son père. Tia étouffa un rire.
Tia et moi allons devoir discuter de certains points ensemble, nous pourrons échanger ensuite.
Une fois assis à l'une des tables à l'opposé de celle qu'occupait Tia et Stella, Rocket se prit le visage entre les mains.
- Papa… maugréa-t-il, tu es vraiment gênant parfois…
- Mais, qu'est-ce que j'ai fait?
- Norata, intervient Kira, tu n'auras pas dû employer le mot parent pour désigner Stella.
- Je sais que Stella est sa gouvernante mais elle remplit le rôle de parents en l'absence de siens. Je ne vois pas où…
Tia était très déçue que ses parents soient partis aussi vite, répondit sèchement Rocket.
- Pardon mon fils. Je n'ai pas réfléchi.
Rocket ronchonna dans sa barbe tout en s'interrogeant. Depuis quand était-il devenu si sensible au ressenti de son entourage? Était-ce lié à Tia? Sans doute, être avec elle avait éveillé une capacité qu'il ne pensait pas avoir: celle de se lier aux autres et de percevoir leurs émotions ainsi que d'extérioriser les siennes. D'ordinaire, que son père soit un peu gênant: il s'en fichait du moment qu'il le laisse rapidement tranquille. Désormais, il le sentait, il ne saurait faire autrement que de s'exprimer.
Kira décida de changer de sujet. Durant quelques minutes, ils discutèrent avec leur fils de la teneur du contrat. Engagement publicitaire, produits dérivés, intervention publique, … Tout ça avait de quoi lui faire tourner la tête. Il n'y connaissait pas grand-chose, son père encore moins. Sa mère, qui avait côtoyé le monde du spectacle durant sa jeunesse, décodait tout cela avec plus d'aisance. Elle expliqua à Rocket que, jusqu'à ses dix-huit ans, le nombre d'heures de travail serait limité et qu'il serait toujours accompagné par Norata ou elle-même. S'il le désirait, précisa-t-elle ne se sentant pas encore tout à fait légitime à s'occuper de lui.
Rocket hocha la tête. Il ressentit une sorte de pincement au cœur. C'était encore nouveau pour lui d'avoir une mère. Qui plus est une mère semblant sincèrement s'intéresser à lui. Tout comme un père… Plus attentif.
Cela lui donnait envie de se confier. De leur ouvrir un peu son jardin secret.
- Voilà. Pour ce qui est de la gestion de ton image, la Ligue met à votre disposition un agent pour gérer vos réseaux sociaux. Apparemment, une présence en ligne serait intéressante pour la suite. Sur ce point, ce sera à toi de voir. Pour ma part, je te conseillerais d'accepter l'agent qu'ils te proposent et voir si ça marche, si vous avez la même vision des choses. Si cela ne convient pas, tu es tout à fait libre de t'attacher les services d'une autre personne mais il te faudra également l'aval de l'un d'entre nous.
- Hum, l'agent par défaut sera très bien.
- Parfait, déclara Norata, alors je pense que nous avons fait le tour. Dans la mesure de ce que nous avons saisi en tout cas.
- Merci pour tout. Ça n'a pas dû être facile de gérer ça.
Rocket réalisait à quel point leurs parents avaient dû parlementer avec la Ligue. Il y avait plusieurs points qui avaient été revus selon eux pour qu'ils puissent encore bénéficier d'une certaine liberté durant les quatre prochaines années. Les précédentes équipes étant composées de joueurs majeurs, le peu d'espace que laissait le contrat leur convenait. Ils savaient comment s'organiser pour quand même profiter de leurs proches ou trouver des façons de relâcher la pression. Dans leur cas, leurs parents s'étaient assurés qu'ils aient des périodes de creux où ils pouvaient ne rien faire d'autre qu'être … des adolescents finalement.
C'était rassurant.
- Ce n'est rien Rocket.
- C'est le moins que l'on pouvait faire.
Norata jeta un coup d'œil à l'autre bout du réfectoire.
- Elles n'ont pas l'air d'avoir terminé. Est-ce que tu veux qu'on les attende ou…
- Oui, je veux bien.
Un petit silence s'installa.
- On pourrait en profiter pour discuter un peu, proposa Kira, de quoi aimez-vous parler ensemble?
Norata sembla gêner.
- C'est que… On ne …
- Ça fait quelques années qu'on ne discute plus beaucoup.
- Ah!
- Je te l'ai dit Kira, je n'ai pas été un très bon père.
Rocket le sentait, l'ambiance était en train de retomber. Le silence allait se réinstaller. Il ne le souhaitait pas. Il souhaitait encourager les efforts que faisaient sa mère. Et la perspective de vivre dans une maison où les conversations seraient plus aisées lui plaisait. Mais, pour cela, il fallait qu'il y mette du sien lui aussi.
Et l'envie de partager des choses avec ses parents lui revient.
- Je voulais vous dire quelque chose.
Ses parents le regardèrent, curieux.
- En fait, je… Tia et moi, on… est ensemble. Enfin, je crois que c'est comme ça qu'on dit.
Le sourire de sa mère valut tout l'or du monde. Son père, quant à lui, semblait amusé sans qu'il ne comprenne pourquoi.
- C'est super ça Rocket, lui dit sa mère, je suis heureuse pour toi! Pour vous!
- Merci maman.
- Je suis rassuré, lui dit son père, on avait peur que tu n'oses pas lui parler.
- Comment? s'étrangla le jeune homme, vous saviez que…
- Disons qu'on l'a deviné. Vous allez très bien ensemble.
Rocket sentit le rouge lui monter aux joues. Il regrettait un peu d'avoir partagé cela avec ses parents. Néanmoins, il se rassura très vite. Cela simplifierait les choses pour justifier de voir Tia en dehors de leurs activités de Snowkids. Il se voyait mal inventer des bobards à chaque fois et, il devait le reconnaitre, il n'était pas des plus doués dans ce domaine.
La discussion se fluidifia. Norata et Kira voulant avoir quelques détails sur cette relation toute nouvelle. Ils ignoraient depuis combien de temps leur fils éprouvait des sentiments pour la jeune femme et, curieusement, ce dernier était d'humeur à leur donner quelques détails.
Assisses à l'autre bout du réfectoire, Tia et Stella terminaient la mise au point concernant le contrat.
La jeune femme était agréablement surprise. Elle s'attendait à plus de restrictions que ses coéquipiers. Elle s'en tirait à bon compte.
Grâce à l'intervention de Stella, l'équipe des SK n'aurait pas à participer à des événements jugés trop politisés. D'ordinaire, l'équipe victorieuse se devait de soutenir la candidature de certaines personnalités politiques ayant des liens étroits avec la Ligue. Cette clause avait sauté dans le contrat ce qui empêcherait la jeune fille de se retrouver dans des situations embarrassantes mais également à ses amis, qui n'avaient pas encore une conscience politique très développée, de se laisser embarquer dans une machine dont ils ne comprenaient pas les rouages.
Un point important également: Tia ne se voyait pas imposé un agent pour sa communication via les réseaux sociaux. Stella lui avait expliqué qu'elle avait carte blanche concernant ce point.
- Ça veut dire que je peux choisir mon agent?
- Oui ou même de ne pas avoir de présence en ligne. C'est comme tu le souhaites.
- Et si je désire me représenter seule?
- Tu le peux. On en a discuté avec tes parents. Ils te pensent tout à fait capable de gérer ça.
- C'est vrai ça? demanda-t-elle avec suspicion, j'ai dur à le croire.
Stella posa une main sur la sienne.
- Tia. Tes parents ne savent pas toujours trouver les mots mais je peux t'assurer que c'est leur idée. Ils te pensent tout à fait apte à gérer ton image comme tu le désires.
Tia reporta son regard sur le contrat. Elle eut un petit sourire. Si ses parents lui faisaient confiance: cela changeait beaucoup de choses.
Ça aurait été si bien qu'ils le lui disent en face.
- J'ai encore du temps pour choisir?
- Bien sûr. Prend tout le temps que tu souhaites.
- Merci.
- Avec plaisir ma chérie.
Tia rendit le duplicata du contrat à sa gouvernante qui le rangea. Au loin, elle voyait que Rocket et ses parents étaient en pleine discussion. Cela avait l'air animé. Ils devaient avoir fini depuis un petit temps.
- Stella?
- Oui?
- Comment penses-tu que mes parents réagiraient si je leur disais que je sortais avec quelqu'un?
Il ne fallut pas longtemps à Stella pour comprendre.
- Je suis certaine qu'ils seraient ravis pour toi. Rocket semble être un bon garçon.
- Oui, c'est vrai, admit-elle, mais je ne pense pas que c'est qu'ils souhaiteraient pour moi.
- Tia, quand bien même tes parents ne seraient pas d'accord avec ça, il s'agit de ta vie. Si tu penses que cette relation est bonne pour toi: vas-y. Ne te soucie pas de ce qu'ils pensent. Tu verras ensuite. Comme tu l'as fait pour le football.
Tia lui sourit.
- Je t'aime Stella.
- Moi aussi ma puce. Est-ce que l'on rejoint?
- Oui, allons-y.
Les deux femmes se levèrent et rejoignirent Rocket et ses parents. Elles furent accueillies à bras ouverts et tout les cinq se mirent à discuter des nombreux événements s'étant déroulés ces dernières semaines.
Dans sa chambre, Mei retient un bâillement tandis qu'elle écoutait sa mère déblatérer sur la teneur du contrat. Trop restrictif selon elle. Elle avait dû se battre contre les autres parents afin d'obtenir que les collaborations commerciales individuelles soient maintenues.
- Tu imagines à quel point cela aurait pu nuire à ta carrière?
Et c'était reparti. Sa carrière. Elle n'avait que ce mot à la bouche. Mei pensait pourtant avoir été claire avec elle: elle ne souhaitait pas devenir top-model. Si, dans un premier temps, sa mère n'avait pas réabordé le sujet avec elle: depuis leur victoire, elle n'avait eu de cesse de lui dégoter de nouveaux contrats. Depuis qu'elle était entrée dans sa chambre, elle avait évoqué quatre marques que Mei ne connaissait ni d'Adam, ni d'Eve. De nouveaux sponsors apparemment.
C'était sa faute. Peut-être. Elle avait montré un peu trop d'enthousiasme par rapport au shooting de l'autre jour. Sa mère avait dû croire qu'elle était à nouveau partante pour faire tout et n'importe quoi.
La jeune femme repensa aux conseils de Micro-Ice. Ils étaient efficaces sur le moment mais pas sur la longueur. Il fallait qu'elle en discute avec lui. Il aurait sûrement une nouvelle idée pour empêcher sa manager de mère de trop empiéter sur sa nouvelle vie. Celle qu'elle tentait en vain de construire à son image plutôt qu'à la sienne.
Le point positif est que, désormais, grâce à son contrat avec la Ligue, sa mère était dans l'obligation d'avoir l'aval de sa fille pour établir une collaboration. Auparavant, il suffisait qu'elle signe en son nom et tout était bon et elle se retrouvait embarquer dans un projet dont elle ne connaissait ni le tenant, ni les aboutissants.
C'était une lueur d'espoir pour les deux prochaines années. A partir de dix-huit ans, elle gérait tout toute seule. Hors de question que sa mère lui impose quoi que ce soit dès qu'elle sera majeure. Elle avait assez donné.
En attendant, elle écouterait d'une oreille distraite ses monologues incessants.
Elle pourrait lui dire de se taire. Vraiment, elle le pourrait. Mais cela entrainerait forcément des tensions, une dispute peut-être et elle n'en avait pas l'énergie aujourd'hui. La nuit quasiment blanche qu'elle avait passé à discuter avec Tia avait complétement aspiré son énergie.
Elle ne le regrettait pas cela dit, elles s'étaient bien amusées.
Alors qu'elle se remémorait certaines parties de leur discussion, elle bailla à nouveau ce qui agaça passablement sa mère.
- Je t'ennuie, jeune fille?
- Hum? Ah non, non. C'est juste que je n'ai pas assez dormi cette nuit.
Sa mère vient s'asseoir à ses côtés prenant le visage de sa fille entre ses mains afin de l'examiner.
- Maintenant que tu le dis: tu as un teint affreux aujourd'hui ma chérie. Tu devrais prendre plus soin de toi. Depuis combien de temps dors-tu mal?
Mei secoua la tête tout en repoussant sa mère.
- Maman! Je dors très bien! J'ai juste un peu abusé la nuit dernière c'est tout.
- Comme ça «abusé»?
- Je me suis endormie tard. Avec Tia: on parlait et on a pas fait attention à l'heure. C'est pas grave.
- Je le savais, marmonna sa mère.
Mei tiqua.
- Tu savais quoi?
- Cette fille a une mauvaise influence sur toi.
Mei fut trop choquée pour répondre. Venait-elle vraiment d'entendre sa mère sortir une pareille ineptie? Ne remarquant rien du trouble de sa fille, elle poursuivit comme si de rien n'était:
- Ce n'est pas parce que vous êtes les deux seules filles que vous devez forcément partager la même chambre. Il était évident qu'un jour ou l'autre cette cohabitation ait un impact néfaste sur toi. J'en toucherai deux mots à votre coach. Il doit bien y avoir un moyen de remédier à cela.
- Mais…
- Bon, tâche de bien dormir les prochains jours.
Alors qu'elle se redressait, Mei saisit le bras de sa mère.
- Attends! Pourquoi tu penses ça?
- Qu'est-ce que je pense?
- Pourquoi tu penses que Tia a une mauvaise influence sur moi? Tu ne la connais même pas!
- Oh je t'en prie! s'emporta sa mère en se dégageant de son emprise, c'est le genre de personne qui n'a rien à faire dans la vie pour réussir. Comme par hasard, elle a eu un meilleur poste que toi dans l'équipe alors qu'elle est bien moins douée. Elle n'a aucun goût de l'effort. La preuve: elle se néglige complètement.
Pour appuyer ses propos: elle se dirigea vers le lit de Tia. Elle désigna quelques affaires qui trainaient notamment sa veste orange sans manche qui trainait, aller savoir pourquoi, par terre depuis deux jours. C'était curieux car elle adorait la porter. Ensuite: elle entreprit d'ouvrir son dressing. Ce fut le déclencheur pour Mei qui se leva de son lit et s'exclama:
- Tu n'as pas le droit! C'est privé!
- C'est aussi ta chambre.
- Non mais je rêve maman! Je t'interdis d'aller fouiller dans ses affaires! Et je t'interdis de parler d'elle comme ça!
- Depuis quand tu interdis des choses à ta mère?
- Depuis que tu te permets de dire du mal d'une de mes amies!
Ce dernier propos fit rigoler la femme.
- Tu la considères comme ton amie?
- Exact. Et je ne vois pas en quoi c'est drôle.
- Vous n'avez rien en commun Mei. Tu es quelqu'un de spécial. Tu devrais t'entourer de personnes comme toi qui te tirons vers le haut. Pas de gens quelconques que le monde oubliera bien assez tôt.
- Sors de ma chambre tout de suite.
Le ton de Mei était si glacial et autoritaire qu'elles le surprirent autant l'une que l'autre. Il y eut un état de choc passager.
- Tu plaisantes? Mei, je suis ta mère et…
- Tu sors! Immédiatement!
Dans le couloir, Arthur, le père de Mei, attendait depuis peu que mère et fille finissent de discute. Frya, sa femme, avait tenu à être seule avec elle. Encore une chose qu'il ne pouvait comprendre et pour laquelle il serait inutile de discuter.
Ça faisait bien longtemps que l'homme avait pris le parti de se soumettre exclusivement aux caprices de sa femme, depuis la naissance de Mei en fait.
Arthur et Frya avaient eu leur fille à l'âge de quarante ans. Ce qui faisait d'eux les parents les plus âgés dans cette aventure bien que ceux des jumeaux, Mina et Bertie, les suivent de près. Ils étaient de trois ans leur cadet. Cependant, eux au moins avait eu le mérite d'avoir déjà été parents lors d'un précédent mariage. Arthur et Frya s'étaient mariés jeunes mais n'avait jamais réussi à avoir d'enfants. Ils avaient renoncé à l'idée quand la grossesse de Frya avait été annoncé.
Ils étaient heureux en ménage. Cette grossesse tant espérée et inattendue aurait dû renforcer le mariage. C'est que tout leur entourage avait pensé et pensait probablement encore mais cela avait eu l'effet inverse.
Depuis que Mei était née, Frya n'avait plus d'yeux que pour sa fille faisant de sa réussite une obsession. C'était venu progressivement. Au début alors qu'elle n'était qu'un bébé, Frya avait envoyé une photo de Mei à un holomagazine spécialisé pour les vêtements de bébé. Surprise: on lui avait proposé de mettre leur fille en couverture. Une chance. Mei toucha ainsi, avant même de savoir marcher, son tout premier cachet.
Frya y avait vu une opportunité pour sa fille. Elle avait fait marketing auparavant et elle savait flairer la bonne affaire. Il y avait de l'argent à se faire dans ce milieu, et, en cette période de crise extrême sur Akillian, les perspectives d'avenirs n'étaient guère reluisantes.
«Mei pourrait gagner de l'argent tout en allant à l'école. Une fois adulte, elle aura de l'argent de côté. Elle n'aura pas à se limiter. Elle pourra partir poursuivre ses études, une carrière ailleurs que sur Akillian.»
L'argumentaire était imparable. De plus: Frya avait perdu son travail à la suite de la grande glaciation. Qui désirais encore vendre sur une planète en crise? Le pouvoir d'achats des akilliens était quasiment nul. Il fallait bien qu'elle s'occuper et, être mère au foyer ne la comblerait pas de bonheur. C'était trop peu pour elle qui était habituée à gérer plusieurs contrats à la fois.
Arthur n'avait rien trouvé à redire. Il en aurait bien eu du mal de toute façon, il n'était pas du genre à émettre des opinions contraintes. S'il se le permettait, il perdrait sans nul doute son boulot. Il travaillait pour la technoïde. Un emploi qui avait gardé toute sa stabilité même après la glaciation. Il fallait qu'il se charge de l'entretien des robots. Avant la glaciation, ils aidaient dans de menus tâches les citoyens, ils se sont, par la suite, avérés particulièrement utiles lors des années qui suivirent la catastrophe. Déneigeant, reconstruisant, ravitaillant. Depuis quelques années, ils inspectaient également les moindres recoins de la planète mais ça, il n'avait le droit d'en piper mot.
Cependant, il ne voyait pas d'un bon œil tous ces vas et viens pour le prétendu travail de sa fille. Il ne comptait plus le nombre de fois qu'elle avait dû manquer l'école pour des castings et qu'elle se trouvait fatiguée. Il avait apprécié que sa fille intègre les Snowkids. Cela l'avait, un temps, éloigné des projecteurs au sens… littéral du terme. Cela la sortait d'un milieu très codifié et lui faisait découvrir de nouveaux horizons.
Etant donné qu'il appréciait plutôt le football, il se réjouissait également d'avoir un sujet de discussion avec sa fille. Peut-être que cette expérience les rapprocherait?
C'était sans compter sur Frya.
Les premiers mois: elle s'était faite plus discrète que d'ordinaire. Elle n'avait plus la possibilité d'amener Mei partout à cause des entrainements rigoureux d'Aarch.
Ils auraient pu en profiter pour se retrouver, passer du temps en couple.
Il n'en fut rien. Frya avait rongé son frein faisant des recherches sur le Genèse Stadium, prenant contact avec des agents plus importants dans le cas improbable où les Snowkids atteindraient les phases finales de la Cup. Ce qui fut malheureusement le cas.
Une fois sur le Genèse, Frya avait couru à droite à gauche avec leur fille. Et Arthur n'avait pas eu l'opportunité d'avoir un réel échange seul à seule avec elle depuis.
Il ignorait ce qu'elle pensait de toute cette histoire.
Peut-être appréciait-elle ces instants partagés avec Frya. Et, dès lors, qui était-il pour juger? Une mère et sa fille qui partagent du bon temps, il pouvait bien le tolérer même s'il en était exclu.
C'est ce qu'il s'était toujours dit mais, aujourd'hui, il n'en était plus si sûr. C'était peut-être pour cela qu'il patientait dans le couloir.
D'ordinaire, lorsque Frya s'enfermait avec sa fille pour discuter, il partait de son côté. Impossible de savoir exactement pour combien de temps elles en avaient. Il était sur la touche et il s'en accommodait.
Là: il espérait pouvoir échanger deux trois mots avec sa fille. En toute simplicité.
Soudainement, Frya déboula dans le couloir.
Elle avait sa tête des mauvais jours. Celle qui signifiait qu'elle n'avait pas obtenu ce qu'elle désirait.
Elle tapait des pieds et son visage était cramoisie et déformée par une grimace qui ne lui sciait guère.
- Comment ose-t-elle me parler comme ça? A moi: sa mère? maugréa-t-elle dans sa barbe
Elle dépassa son mari sans le voir. Ce dernier l'interpella.
- Est-ce que… Je peux voir Mei?
- Voir Mei? s'exclama Frya, oui! Et tu ferais bien de lui remonter les bretelles. Si tu savais comment ta fille vient de me parler!
Elle reprit la direction de l'ascenseur d'un pas décidé tandis qu'Arthur encaissait le choc.
«Ta fille» quand elle était en colère, «ma fille» quand elle était satisfaite d'elle. Jamais le terme «notre» ne ferait partie du vocabulaire de sa femme?
Une pointe de révolution s'anima en lui montant et trébuchant.
Arthur prit la direction de sa fille non sans ressentiment à l'égard de son épouse.
La porte était toujours ouverte et, de la pièce, émanait quelques bruits de sanglots étouffés.
- Ma chérie? Je peux entrer?
- Si tu veux, répondit laconiquement Mei en se frottant les yeux.
Son père vient s'installer à ses côtés.
- Que se passe-t-il?
- Elle… Elle me… Argh, je ne sais pas comment décrire ça.
- Peut-être que…
- Elle m'étouffe! J'en ai assez qu'elle décide tout pour moi! Elle prend trop de place dans ma vie, je n'en peux plus.
- Mei…
Arthur caressa tendrement le dos de sa fille et sentit que cette dernière était secouée par les sanglots. Cela lui mettait le cœur au bord des lèvres.
- Désolée…
Il ne répondit pas. Il n'était pas très doué pour réconforter, rassurer et, tout simplement, parler avec sa fille. Son ado. Il manquait d'expérience. Ils passaient trop peu de temps ensemble. Non pas qu'il travaillait de trop. Il y avait seulement… Trop de Frya dans leur vie pour leur laisser la possibilité à une relation père/fille d'exister et de s'épanouir.
- D'ordinaire, ça me dérange pas tant que ça. Mais là: ça a été la goutte d'eau. Ce qu'elle a dit…
- Qu'a-t-elle dit?
- Elle a… Non, j'ai pas envie de te le répéter…. Ça m'énerve trop.
- Comme tu veux.
- Papa?
- Oui?
- Est-ce que tu penses que… Je suis capable de savoir quelles relations est bonne pour moi?
Arthur n'était pas certain de comprendre. D'où venait cette interrogation?
- Mei, bien sûr que oui.
Il posa une main réconfortante sur son épaule.
- Quant bien même, tu constaterais un jour qu'une relation a été néfaste pour toi, ce n'est pas grave. Ça ne voudra pas dire que tu es quelqu'un de crédule. C'est ainsi qu'on apprend.
Il pensa à sa femme. Cela le rendit amer. Est-ce que leur relation était encore bonne? Ne se voilait-il pas la facedepuis quelques années maintenant?
- Parfois, les gens changent. Les relations qui étaient bonnes deviennent mauvaises. On ne peut rien prévoir.
Arthur sentit sur lui le regard de sa fille. Comprenait-elle qu'il faisait allusion à sa mère? Ou était-elle seulement intriguée par ce qu'il racontait?
Allez savoir.
- L'essentiel, finit-il par dire, c'est d'en tirer le meilleur.
Sa fille lui sourit.
- Merci papa.
Cette simple phrase donna du baume au cœur à l'homme. Ce genre d'échanges père/fille était devenu bien trop rare.
- Qu'as-tu prévu de faire demain? De ce que j'ai compris: vous êtes libres!
- Hum….
Mei réfléchit. Elle n'avait rien prévu de spécifique. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu la liberté de choisir comment occuper une de ses journées.
Elle pourrait trainer avec D'jok. Mais il était probable qu'il ne lui parle que de football ou de la cup et, elle avait beau apprécié son côté passionné, elle avait besoin de faire une petite pause.
Ne pas penser au foot une partie de la journée lui serait favorable.
Elle pourrait rester ici à lire tranquillement ou se renseigner sur les différents cursus qu'elle pourrait suivre à distance les prochains mois. Il était hors de question qu'elle abandonne ses études.
Ses yeux se posèrent sur la veste de Tia.
Elle sourit.
- Je crois que j'ai une idée.
Bonjour à tous !
Alors, il me semble que, la dernière fois que j'ai mis cette fanfic à jour : c'était en octobre. Je ne sais pas pourquoi : le début m'est venu tout seul puis j'ai eu des difficultés à avancer. Non pas que je n'avais pas d'idées mais j'avais de grandes difficultés à me concentrer sur mes projets. Je n'avais plus goût à grand chose. Je me suis sentie... débordée ! C'est le terme.
Je ne sais pas si vous lisez mes autres histoires mais, dans la dernière mise à jour de TZ, j'ai annoncé avoir eu vingt-cinq ans. Je trouve que c'est un drôle d'âge. J'ai toujours eu une fâcheuse tendance à me comparer. A me demander si j'étais en retard ou en avance par rapport aux gens de ma tranche d'âge. Tout ça a été exacerbé avec mon anniversaire. Bref.
Tout ce que je constate, c'est que j'ai beau avoir trouvé un petit travail, être très proche d'avoir mon permis, rien ne me satisfait plus que d'avoir bien avancé ou conclure un chapitre. Ça ne changera pas le monde, c'est certain mais ça change le mien.
Alors, pour le début de ce chapitre : on sent que j'étais matrixée par Wicked... Qui n'était pas encore sortie au ciné et, étant belge, ben je ne savais pas forcément de quoi ça parlait. Cette comédie musicale n'ayant jamais été adapté en français. J'y allais donc de mes suppositions et j'imagine très bien Tia appréciée les comédies musicales.
En conclusion, j'ai bien aimé Wicked partie 1. Bien que je l'ai trouvé un poil cliché sur les bords en terme d'histoire, tout était qualitatif. Par contre, grand nope pour "Dancing through life". Genre qui piétine les livres ainsi ? Mon coeur a saigné je vous jure !
J'imagine très bien Mei être une excellente élève ! Et Tia plutôt moyenne. Effectivement, elle a certains troubles de l'apprentissage mais ses parents ont toujours jugé que ce genre de truc "c'est n'importe quoi". Ouais, ça c'est du vécu perso ;)
J'aime ce duo d'amies ! Je vous jure. J'aime la dynamique qu'elles ont !
Tia a eu une enfance très solitaire. Ce n'est pas la première fois que je l'évoquais mais je tenais à remettre ça en avant. Mei a été entouré d'amis mais je voyais plus des amitiés validées par sa mère.
Parlons-en de sa mère ! Je l'ai toujours trouvé imbuvable dans le dessin animé ! L'idée m'est venue de la développer plus par la suite. Ainsi que la dynamique familiale du côté de Mei. Je rêve qu'on remette cette bonne femme à sa place ! Et je la voyais tout à fait ne pas valider Tia en tant qu'amie de sa fille. Tia étant un peu à l'opposé de Mei, elle est loin de l'idéal que Frya a en tête.
Je suis désolée pour le nom pourri du Gala que j'ai trouvé. Je n'avais absolument aucune idée ! Peut-être qu'en j'en trouverai un mieux d'ici aux prochains chapitres et j'en changerai.
Bon les SK, ils ont envie de vie un peu. Je ne sais plus trop comment j'avais décris la semaine qui a suivi leur victoire en tout cas je la percevais longue et peu reposante malgré l'absence de grandes promotions. Quand on attends quelque chose, qu'on ne sait pas ce qu'il nous attend, ça bouffe notre énergie. Je voyais bien Simbai insisté sur les bienfaits d'une bonne nuit de sommeil et de tenter de maintenir un cadre.
Enfin, suite à la dernière phrase de Mei, vous savez sûrement où va nous mener le prochain chapitre.
Sur ces mots, je vous laisse.
Prenez soin de vous,
Affectueusement,
Memori Plume
