Les rayons du soleil perçaient à travers les frondaisons des arbres, projetant des éclats dorés sur le tapis de feuilles mortes. Le souffle léger du vent portait les senteurs de la forêt, mêlant l'odeur de la mousse humide à celle des pins résineux. Aragorn, accroupi derrière un buisson, observait le mouvement d'un cerf à quelques dizaines de pas devant lui. La bête, les oreilles dressées et le museau en l'air, paraissait méfiante, consciente de la présence d'intrus.

À sa gauche, Calion se tenait immobile, l'arc bandé, une flèche prête à être décochée. Ses yeux perçaient la distance, concentrés sur l'épaule de l'animal, là où le cœur battait, protégée par une fine couche de muscle et d'os. Dix années avaient passé depuis leur rencontre dans la Vieille Forêt, et leur entente était devenue aussi naturelle que le cours d'une rivière. Aragorn n'avait pas besoin de parler pour comprendre les intentions de son compagnon ; chaque regard, chaque signe de tête était une parole muette.

Le cerf fit un mouvement brusque, relevant la tête. Calion, ses yeux verts captant la lumière, maintint sa position, patientant comme une ombre. Aragorn leva légèrement la main, signalant de ne pas tirer tout de suite. La proie hésitait, ses muscles tendus. Le silence s'étira, seulement interrompu par le bruissement léger des feuilles au-dessus d'eux.

Enfin, d'un geste précis, Calion relâcha la corde de son arc. La flèche fendit l'air et se logea dans l'épaule du cerf, perçant le cœur. L'animal fit un bond avant de s'effondrer, sa chute amortie par le sol couvert de mousse. Le silence retomba, et Aragorn se leva lentement, un sourire satisfait aux lèvres. Calion, toujours silencieux, abaissa son arc, ses yeux scrutant les alentours avant de se diriger vers leur prise.

Ils s'approchèrent ensemble de la bête, et Aragorn posa une main sur l'épaule de Calion, un geste devenu familier entre eux. « Une belle prise, bien visée, » murmura-t-il. Calion hocha simplement la tête, un sourire discret étirant ses lèvres, ses yeux verts se perdant un instant dans la lumière filtrante.

Aragorn observa son compagnon, remarquant une fois de plus l'apparente jeunesse qui n'avait jamais quitté ses traits. Le temps semblait n'avoir aucune prise sur lui, une observation qui l'avait troublé à l'origine, mais qu'il avait fini par accepter, tout comme les mystères que Calion gardait pour lui.

Ils s'agenouillèrent près du cerf pour préparer l'animal. Calion, avec des gestes précis, commença la tâche tandis qu'Aragorn l'aidait, ses mains suivant un rythme appris au fil des années. Ce rituel silencieux s'était répété des centaines de fois, et chaque fois, ils agissaient en parfaite synchronisation, sans échanger un mot.

Alors qu'ils terminaient, un cri strident retentit, émis par un oiseau caché dans les hauteurs. Calion se redressa, tendant l'oreille, ses yeux sondant les environs. Aragorn s'arrêta, ses sens se mettant immédiatement en alerte. Calion leva lentement la main, un geste d'avertissement. Aragorn, accroupi, suivit le mouvement de son compagnon, son regard parcourant les ombres.

« Un sanglier, peut-être, » murmura-t-il en ajustant sa position, conscient que ces créatures pouvaient être aussi redoutables que des prédateurs affamés. Calion resta silencieux, mais ses yeux brillaient d'une intensité nouvelle. Ils connaissaient bien ces bois et savaient que le moindre faux mouvement pouvait les trahir.

Les bruits de la forêt reprirent, le craquement d'une branche se fit entendre, suivi du bruissement de feuillages. Calion plissa les yeux, ses muscles tendus. Il s'accroupit, effleurant le sol du bout des doigts, analysant chaque bruit avec une précision que seuls les rôdeurs pouvaient atteindre. Les ombres bougeaient, mais rien ne semblait se rapprocher.

« Il se peut qu'il ait senti notre présence, » continua Aragorn, tout en observant la tension dans le corps de Calion. « Ou alors, un loup. » Il se tut, attendant que Calion donne un signe.

Le regard de Calion, fixe et perçant, scrutait les profondeurs des sous-bois. Ses doigts effleurèrent le manche de son grand couteau de chasse, qu'il gardait à sa ceinture, comme une assurance discrète. Puis, finalement, il relâcha un peu de tension et se redressa lentement. « Rien de proche. » Ses mots étaient rares, mais suffisants.

Ils restèrent un instant immobiles, écoutant les bruits ambiants, jusqu'à ce que Calion fasse un signe pour continuer. Aragorn acquiesça sans un mot, et ils levèrent le cerf pour reprendre leur chemin. Tout en marchant, Aragorn repensa à une autre fois où ils avaient traqué un sanglier blessé à travers la forêt. Calion, avec une habileté impressionnante, l'avait attiré vers un piège naturel formé de racines et de ronces, lui évitant ainsi de devoir abattre la bête de front.

« Tu te rappelles de ce sanglier près de la Rivière Cendrée ? » lança Aragorn en marchant, un sourire au coin des lèvres.

Calion hocha la tête, un éclair de malice traversant son regard. « Il était plus têtu que celui-ci, » répondit-il simplement.

Ils continuèrent en silence, mais l'échange, bien que bref, témoignait de leur complicité. La forêt, malgré ses ombres mouvantes, semblait un peu moins hostile en leur présence.

Le chemin qui menait au camp des rôdeurs serpentait entre les arbres et longeait un ruisseau, un sentier connu seulement de ceux qui en faisaient partie. Le soleil commençait à décliner, projetant des ombres allongées sur le sol, tandis qu'Aragorn et Calion portaient leur prise avec la même coordination qu'un équipage de longue date. Les bruits de la forêt s'éloignaient progressivement, remplacés par le murmure des conversations, les éclats de rire, et le crépitement des feux du camp.

Lorsque les premières structures apparurent entre les arbres, le camp des rôdeurs se dévoila peu à peu. Il s'étendait au pied des Collines des Tertres, niché dans une clairière cachée, protégée par les racines noueuses des arbres anciens qui formaient de véritables remparts naturels. La végétation dense des alentours et les troncs massifs des hêtres donnaient l'impression que le camp était enveloppé, comme s'il faisait partie intégrante de la forêt elle-même.

Un ruisseau cristallin traversait la clairière, serpentant entre les tentes et les constructions. Ses eaux claires, scintillant sous le soleil déclinant, offraient non seulement une source d'eau fraîche, mais servaient également de ligne de défense naturelle. Ses méandres creusaient des fossés naturels autour du camp, ce qui ajoutait une protection supplémentaire. Par endroits, de petits ponts de bois avaient été construits pour faciliter le passage des rôdeurs, renforçant l'impression d'un lieu pérenne et bien organisé.

Les tentes, faites de toile épaisse et sombre, s'alignaient en rangs ordonnés le long des chemins de terre battue. Chaque tente portait la marque personnelle de ses occupants, qu'il s'agisse de petites gravures dans le bois de leurs piquets, de bouquets de plantes séchées suspendus à l'entrée ou de boucliers appuyés contre les toiles. Elles servaient de logis temporaires, mais certaines avaient été aménagées avec soin, comme si leurs occupants y avaient élu domicile pour une durée indéterminée.

À côté des tentes se dressaient des constructions en bois et en pierre, solidement bâties. Ces abris servaient de lieux de rassemblement : de grandes salles communes où les rôdeurs prenaient leurs repas ensemble, abrités des intempéries, et des ateliers où les tâches essentielles étaient menées. L'une de ces constructions abritait une forge, son toit laissant échapper un fin filet de fumée. À l'intérieur, on distinguait le tintement régulier du marteau sur l'enclume, et la lueur rouge des braises se reflétait sur les visages des forgerons, concentrés sur leur tâche. Des armes y étaient façonnées, des lames étaient aiguisées, et le cuir, récupéré des bêtes chassées, était travaillé en armures légères et en fourreaux.

Un peu plus loin, un groupe de rôdeurs s'affairait autour d'un enclos rudimentaire où quelques chevaux étaient attachés. Les jeunes rôdeurs brossaient les animaux, remplaçaient les ferrures, et s'assuraient de l'état des selles et des harnais. Leurs rires et leurs échanges animés se mêlaient au martèlement du fer chaud.

Près du ruisseau, des femmes et des hommes s'agenouillaient, lavant des vêtements ou préparant des herbes médicinales. Certains, les mains plongées dans l'eau glacée, rinçaient des peaux, tandis que d'autres, assis sur des pierres plates, tissaient des filets de pêche ou réparaient des capes usées par les voyages. Leurs gestes étaient précis, fruits d'une routine quotidienne qui témoignait de l'importance de chaque tâche accomplie pour le bien-être de la communauté.

Au centre du camp, une grande place dégagée servait de cœur névralgique. C'est là que se trouvait le grand feu de camp, un cercle de pierres entourant des bûches crépitantes. Autour, des bancs de bois avaient été disposés, permettant aux rôdeurs de se rassembler en fin de journée pour discuter des événements récents ou partager des histoires de leurs voyages. À l'arrière de la place, une structure plus imposante, faite de bois robuste et de pierre, servait de salle de conseil. Les murs étaient ornés de cartes marquées, de trophées de chasse, et de drapeaux aux couleurs effacées par le temps.

Chaque coin du camp fourmillait d'activité, et les rôdeurs se déplaçaient avec une aisance qui montrait qu'ils connaissaient ces lieux comme leurs poches. Bien qu'il fût un camp de guerriers, un sentiment de camaraderie et de solidarité émanait de l'endroit, où chacun trouvait sa place et où chaque tâche, aussi modeste soit-elle, contribuait à la vie collective.

Aragorn et Calion franchirent les premières lignes de tentes, et les visages familiers se tournèrent vers eux. Un groupe de rôdeurs, occupé à réparer une charrette près de la forge, leva la tête en les apercevant. Un sifflement de bienvenue retentit, suivi de quelques acclamations joyeuses. « Aragorn ! Calion ! De retour avec une belle prise, à ce que je vois ! » lança un homme à la chevelure grise et aux yeux plissés de malice, levant une main en signe de salut.

Un jeune rôdeur, encore tout échevelé, s'avança avec un sourire espiègle. « Combien tu paries que c'est encore Calion qui a tiré ? » dit-il en riant, provoquant des éclats de rire autour de lui.

Aragorn, amusé, posa le cerf à terre pour prendre part à la conversation. « Il a l'œil, c'est vrai, » admit-il en lançant un clin d'œil à Calion. « Mais cette fois, c'est bien moi qui ai repéré la bête. » Les rôdeurs rirent, secouant la tête comme s'ils n'étaient pas convaincus.

Calion, légèrement en retrait, sourit en hochant la tête, ses yeux verts observant ses compagnons avec bienveillance. Halbarad, lieutenant d'Aragorn et ami fidèle, s'approcha de Calion en lui tapotant l'épaule. « Alors, maître archer, tu comptes un jour nous apprendre comment tu arrives à tirer aussi précisément, ou tu préfères rester mystérieux ? »

Calion leva un sourcil, un sourire amusé étirant ses lèvres. « Ce n'est pas un secret, Halbarad. Il suffit de viser juste. » Sa réponse, simple et pleine de sous-entendus, fit éclater de rire les rôdeurs présents.

« Facile à dire ! » lança Halbarad, croisant les bras en souriant. « Mais je suis sûr que même en nous expliquant, on n'aurait jamais ton œil. »

Calion haussa les épaules, feignant l'indifférence. « C'est que je suis né sous une bonne étoile, » répondit-il en jetant un coup d'œil malicieux au ciel. Cette touche d'humour discret ne passa pas inaperçue, et les rôdeurs lui rendirent ses sourires, appréciant ces moments de complicité avec lui.

Aragorn, observant la scène, sentit une satisfaction profonde en voyant Calion si bien intégré au sein de sa compagnie. « On dirait qu'ils te connaissent bien, » murmura-t-il en souriant. Calion, toujours avec ce même sourire en coin, répondit à voix basse : « Ils commencent à comprendre que je les aime bien... quand ils sont occupés à travailler. »

Les rôdeurs autour d'eux éclatèrent de rire en entendant la répartie de Calion, et Halbarad secoua la tête, amusé. « Toujours aussi impénétrable, celui-là, » dit-il en levant les mains en signe de défaite. « Mais on sait que derrière ce mystère se cache un cœur de rôdeur. »

En continuant vers le centre du camp, ils croisèrent plusieurs scènes de la vie quotidienne. Un groupe de rôdeurs travaillait à réparer une charrette près de la forge, tandis que plus loin, des femmes et des hommes s'affairaient à moudre des herbes médicinales, à tisser des vêtements, ou à préparer des filets de pêche. Tout autour d'eux, des éclats de rires résonnaient, des discussions s'échangeaient, et le son des marteaux sur l'enclume rythmait l'activité. Le camp était un véritable lieu de vie, où chacun jouait un rôle essentiel pour assurer la survie et le bien-être de tous.

Calion, bien qu'il restât souvent en retrait, s'était intégré à cette communauté de rôdeurs. Chaque matin, avant l'aube, il se levait pour vérifier les pièges qu'il avait disposés autour des bois environnants. Lorsqu'il revenait, il rapportait souvent du petit gibier, qu'il préparait lui-même ou qu'il laissait aux autres pour s'en occuper. Il aidait également à renforcer les défenses du camp, testant la solidité des palissades de bois ou conseillant sur les pièges à mettre en place aux points stratégiques.

Alors qu'ils avançaient vers le centre, ils s'arrêtèrent près des écuries improvisées où quelques chevaux de la troupe étaient entretenus par les jeunes rôdeurs. Althar, un jeune rôdeur que Calion avait pris sous son aile, s'approcha, l'air déterminé. « Calion, j'ai trouvé une pierre comme celle que tu m'as montrée. Est-ce que tu peux m'aider à affûter ma lame ? »

Calion hocha la tête en signe d'accord et s'accroupit près de l'atelier de forge, où les outils brillaient sous la lumière du feu. Il prit la pierre et commença à montrer à Althar le mouvement précis, lent et régulier, pour affûter une lame. Le jeune rôdeur l'observait avec une attention presque religieuse, ses yeux suivant chaque geste de son mentor. Bien que Calion parlât peu, ses enseignements étaient clairs ; ses gestes et ses regards suffisaient pour guider ceux qui voulaient apprendre.

Plus tard, il se rendit au ruisseau pour laver les peaux des animaux qu'il avait récupérés le matin. L'eau froide lui piquait les doigts, mais il y était habitué. Tout près de lui, deux rôdeuses, Míriel et Elda, discutaient en tissant des filets de pêche. Míriel, une amie proche d'Aragorn, lui adressa un sourire chaleureux. « Calion, on dirait que tu ne t'arrêtes jamais. Viens donc te reposer un peu et bavarder avec nous. »

Calion leva la tête, un sourire franc étirant ses lèvres. « Toujours un filet à réparer ou une lame à aiguiser, Míriel. Mais si je finis à temps, je vous rejoins. » Ses mots, bien que brefs, étaient accompagnés d'un regard complice.

Elda gloussa en se tournant vers lui. « Eh bien, on ne te changera pas, Calion. Toujours en mouvement, mais au moins, on sait qu'on peut compter sur toi. »

Calion répondit d'un clin d'œil, ajoutant : « Et c'est vous qui tissez les filets les plus solides. Un jour, je devrais vous demander conseil pour mes pièges. »

Les rôdeuses rirent de bon cœur, visiblement heureuses de l'échange. Calion se concentra de nouveau sur sa tâche, mais resta à l'écoute, répondant de temps en temps aux anecdotes des deux femmes avec un commentaire ou un sourire. Même s'il parlait peu, ses gestes et ses regards montraient qu'il appréciait leur compagnie et qu'il faisait véritablement partie de cette communauté.

Les rôdeurs du camp avaient appris à connaître ce côté de Calion : un homme de peu de mots, certes, mais qui prenait toujours le temps d'interagir avec ceux qu'il côtoyait. Qu'il rapporte du gibier, surveille les frontières, ou aide aux tâches quotidiennes comme l'aiguisage des lames, il se montrait présent et accessible, offrant sa compagnie avec une simplicité naturelle qui le rendait proche de tous. Le soir venu, autour du grand feu central, les rôdeurs se regroupèrent pour le repas. La viande de cerf grillait sur les braises, et les discussions allaient bon train. Le feu projetait des ombres dansantes sur les visages fatigués mais souriants de la compagnie, un instant de repos après une journée de patrouilles et de travail.

Calion s'installa près d'Aragorn, légèrement en retrait mais visiblement détendu. Halbarad se leva, une chope à la main, l'air malicieux. « Allez, on connaît tous ce moment où Calion nous a sauvés de l'avalanche, » lança-t-il, sa voix pleine d'enthousiasme. « Mais ce que vous ignorez peut-être, c'est comment il s'en est sorti. »

Les regards se tournèrent vers Calion, les rôdeurs hochant la tête, impatients d'entendre le récit. Halbarad continua, prenant une pause théâtrale. « Imaginez : une masse de neige dévale la pente, un vrai mur blanc ! Nous, on panique, on court, et Calion, lui, reste là, impassible. »

Des murmures amusés traversèrent l'audience, et les rôdeurs se penchèrent un peu plus près du feu. « Là, ce type se retourne et me dit : 'On va par là.' » Halbarad imita le geste calme de Calion, pointant un chemin escarpé qui, selon ses dires, paraissait mener droit dans le vide. « Je vous jure, j'ai cru qu'on allait finir au fond d'un ravin. Mais il a insisté. Et c'était un passage qu'il avait repéré des semaines avant, en explorant la zone. La neige nous a frôlés, mais grâce à lui, on s'en est tous sortis. »

Les rôdeurs applaudirent, certains hochant la tête d'un air impressionné. « Il a l'œil, c'est sûr, » dit un rôdeur au visage tanné, levant sa chope vers Calion. Un autre ajouta : « Avec lui, on pourrait traverser des montagnes les yeux fermés ! »

Calion, un sourire discret aux lèvres, leva sa chope en réponse. « Il faut bien avoir quelques tours dans son sac, » répliqua-t-il, l'air détendu mais laissant deviner une certaine fierté.

Alors que l'ambiance se réchauffait et que les rôdeurs partageaient des anecdotes, un jeune rôdeur nommé Althar se leva, un sourire espiègle aux lèvres. « Et si on parlait de cette fameuse biche, Calion ? Celle qui t'a mis en déroute l'an dernier ? »

Les rires fusèrent, et Calion leva un sourcil, feignant l'indignation tout en souriant. « Althar, fais attention, tu risques de finir avec les pieds mouillés dans le ruisseau, » plaisanta-t-il.

Encouragé par l'enthousiasme général, Althar continua. « C'était à l'aube. On était tous à l'affût, et une biche surgit hors des buissons, pile devant Calion. Il reste là, immobile, à la regarder droit dans les yeux. Et là, sans prévenir, elle fonce droit sur lui ! »

Les rôdeurs éclatèrent de rire, et Halbarad secoua la tête, riant si fort qu'il en renversa sa chope. « Il a fait un bond comme un chat, je vous jure ! Mais elle l'a poursuivi et l'a poussé droit dans le ruisseau. »

Calion secoua la tête en souriant, un éclat d'humour dans les yeux. « Je me souviens surtout de l'eau glacée, » dit-il en haussant les épaules. « Et de vos rires… Vous n'avez pas été d'une grande aide, il faut le dire. »

« On était trop occupés à rire ! » répliqua Míriel, les larmes aux yeux. « Et puis, avoue, tu étais plus rapide que la biche ! »

Le cercle de rôdeurs éclata de rire à nouveau, et même Calion, secouant la tête, se joignit à eux. « D'accord, d'accord, celle-là, je l'avais bien méritée, » admit-il avec un sourire franc.

Alors que l'ambiance se réchauffait davantage, un rôdeur à la chevelure sombre et aux yeux brillants de malice posa la question que beaucoup avaient en tête. « D'ailleurs, Calion, » commença-t-il, « pourquoi 'le 81ème' ? C'est une tradition familiale ou juste pour nous embrouiller ? »

Les rires se calmèrent, et le silence retomba autour du feu. Tous les regards se tournèrent vers Calion, certains amusés, d'autres visiblement curieux. Calion hésita un instant, le regard baissé vers sa chope. Il leva les yeux, son sourire habituel légèrement effacé, comme s'il pesait ses mots. « C'est une ancienne tradition, » finit-il par répondre, sa voix plus basse qu'à l'accoutumée.

Les rôdeurs se penchèrent un peu plus, captant son hésitation. « Ma lignée n'est pas noble, » continua-t-il en haussant légèrement les épaules. « Mais il y a une coutume, un nom qui se transmet de génération en génération. Le premier fils s'appelle toujours Calion. Et la particularité de ma famille... » Il marqua une pause, observant les flammes qui dansaient devant lui, avant de reprendre. « ...ce sont les cheveux noirs et les yeux verts. Cela remonte à des temps si anciens que même les écrits les plus vieux de ma famille n'en parlent plus. Je suis le 81ème Calion à fouler cette terre. »

Un murmure de fascination parcourut l'audience. Certains hochaient la tête, impressionnés par le poids de cette tradition. D'autres échangeaient des regards, visiblement captivés par l'histoire de cette lignée mystérieuse.

« Eh bien, » intervint Míriel avec un sourire taquin, « tu fais honneur à tes ancêtres. Et tu ne cèderas pas le flambeau de sitôt, à ce que je vois. »

Calion haussa les épaules, un sourire énigmatique revenant se dessiner sur ses lèvres. « Qui sait ? La lignée est longue. » Son regard se perdit un instant dans les flammes, avant qu'il ne lève sa chope en signe de salut, rompant le silence avec un clin d'œil complice.

Les rôdeurs éclatèrent de rire, saluant son sens de la répartie. Les échanges reprirent, et les histoires autour du feu se poursuivirent, mais une aura de mystère persistait autour de Calion, renforçant l'idée que, bien qu'il fût intégré à la compagnie, il y avait encore des secrets qu'il gardait précieusement. Le camp, illuminé par les flammes, résonnait des rires et des voix, créant une ambiance de camaraderie qui liait chacun de ses membres.