Le camp s'étendait sous un ciel automnal aux teintes orangées, les feuilles des arbres virevoltant doucement dans la brise fraîche. Calion, assis à l'écart, se tenait en retrait du feu central, ses traits éclairés par les flammes dansantes. Ses cheveux noirs tombaient en mèches éparses autour de son visage, accentuant le contraste avec la lueur de ses yeux verts. Ils captaient chaque reflet des flammes, donnant l'impression qu'ils brillaient d'une lumière propre, presque irréelle.

Il faisait glisser la pierre lentement le long de l'acier de son couteau, le mouvement répétitif et précis, mais son regard restait fixé au loin, comme perdu dans des souvenirs ou des pensées lointaines. Ses yeux, d'habitude si vifs et perçants, semblaient voilés, reflétant un mélange de mélancolie et de concentration. L'expression de son visage, fermée et impassible, trahissait une tension intérieure qu'il tentait de dissimuler.

Les muscles tendus de ses bras, visibles sous sa tunique, témoignaient d'une force maîtrisée, mais en cet instant, il paraissait ailleurs, détaché du monde qui l'entourait. Le bruit régulier de l'affûtage se mêlait aux murmures des autres rôdeurs, mais Calion ne semblait plus y prêter attention, son esprit voyageant loin des préoccupations du camp.

Un peu plus loin, Aragorn se tenait aux côtés de son lieutenant, Halbarad, écoutant attentivement le rapport que celui-ci lui faisait. Halbarad avait une expression grave, ses yeux scrutant l'horizon tandis qu'il exposait la situation. « La bande de brigands que nous surveillions a été repoussée au-delà des frontières de la Comté. Nous avons réussi à les disperser vers l'est, mais il reste un risque. Ils sont désorganisés pour l'instant, mais avec le temps, ils pourraient se regrouper et frapper plus loin, là où nos patrouilles sont moins régulières. »

Aragorn hocha la tête, les sourcils froncés. « C'est préoccupant. Nous devrons renforcer la surveillance des routes à l'est et nous assurer qu'ils ne trouvent pas de nouvelles recrues parmi les hommes désespérés. »

Halbarad acquiesça. « J'ai déjà préparé une rotation des patrouilles. Les éclaireurs rapporteront tout signe de regroupement. Mais il faudra être prudent. Ces hommes se déplacent rapidement et savent se fondre dans le paysage. »

Alors qu'Halbarad poursuivait ses explications, Aragorn, au départ attentif, se laissa distraire par un mouvement dans son champ de vision. Ses yeux se détournèrent lentement de son lieutenant pour se poser sur Calion, un peu plus loin, perdu dans ses pensées. Le couteau de chasse de Calion glissait avec régularité le long de la pierre, mais son regard était absent, lointain.

Halbarad, remarquant que l'attention de son chef se détournait, suivit son regard et fronça les sourcils en voyant Calion. « Aragorn, tu m'écoutes ? » demanda-t-il avec un soupçon d'inquiétude.

Aragorn, pris de court, hocha la tête rapidement, mais ses yeux restèrent fixés sur Calion. « Oui, oui... mais... » Il s'interrompit, scrutant la silhouette du rôdeur penchée sur sa lame. « Il est encore plus fermé depuis la visite de Gandalf, » finit-il par dire, le ton empreint de préoccupation. « Il reste souvent à l'écart... et ne parle presque plus. »

Halbarad suivit le regard d'Aragorn, ses yeux se plissant légèrement. « Oui, j'ai remarqué. Il semble ailleurs, comme s'il portait un poids invisible. » Il marqua une pause, puis ajouta d'un ton plus doux : « Penses-tu que c'est une de ces périodes où il s'éloigne ? Pour se retrouver seul pendant plusieurs mois, comme il l'a déjà fait par le passé ? »

Aragorn resta silencieux un moment, ses yeux toujours rivés sur Calion, dont la main continuait son mouvement précis mais mécanique. « C'est possible, » admit-il. « Chaque fois que la vie du camp devient trop lourde pour lui, il préfère disparaître pendant des mois, se fondant dans les ombres de ce monde. C'est sa manière de préserver sa solitude... et son mystère. »

Halbarad hocha lentement la tête. « C'est un être discret, c'est certain. Mais cette fois... il semble plus tourmenté. »

Leur discussion fut interrompu par l'arrivée soudaine d'un cavalier, couvert de poussière, galopant à vive allure à travers la clairière. Aragorn se redressa immédiatement, ses sourcils se fronçant d'inquiétude, tandis qu'Halbarad, alerté, posait une main sur le pommeau de son épée, prêt à réagir. Le cavalier tira brusquement sur les rênes de sa monture, sautant à terre d'un bond, l'urgence marquant ses traits.

« Seigneur Aragorn, » dit-il d'une voix haletante, tendant un parchemin scellé d'un cachet familier. « C'est une missive de Gandalf. Il m'a dit que c'était de la plus haute importance. »

Aragorn prit la missive avec précaution, brisant le sceau d'un geste rapide. Il lut le message, et au fur et à mesure que ses yeux parcouraient les mots, son visage se durcit. Il baissa légèrement le ton, comme si les mots qu'il allait prononcer avaient un poids immense. « Gandalf me demande de le rejoindre à Bree, » murmura-t-il en se tournant vers Halbarad, « pour escorter un hobbit jusqu'à Fondcombe... et il mentionne l'Anneau Unique. »

Halbarad se figea, ses traits devenant graves. L'évocation de l'Anneau n'était pas une chose à prendre à la légère. Aragorn jeta un regard autour d'eux, vérifiant que personne d'autre n'écoutait. Il replia soigneusement la missive et posa une main ferme sur l'épaule de son lieutenant. « Je vais partir immédiatement. Le camp doit rester sous ta direction, Halbarad. Assure-toi que tout se passe bien en mon absence. »

Halbarad hocha la tête avec détermination. « Tu peux compter sur moi, Aragorn. Que la route te soit sûre. »

Aragorn se tourna à nouveau vers Calion, toujours assis près du feu, son couteau de chasse en main. Il l'observa un moment, sachant que Calion, bien plus qu'un compagnon d'armes, était un ami de longue date, un allié sur lequel il pouvait toujours compter. Peut-être que cette mission, bien que dangereuse, serait l'occasion pour Calion de se recentrer, mais Aragorn savait aussi que sa présence serait cruciale pour le succès de leur tâche.

S'approchant de lui, Aragorn parla d'une voix calme mais ferme. « Calion, j'ai besoin de ton aide. Gandalf m'a demandé de le rejoindre à Bree pour escorter un hobbit jusqu'à Fondcombe. » Il baissa légèrement le ton, comme s'il ne voulait pas que d'autres entendent. « Il est question de l'Anneau Unique. »

Calion réagit immédiatement, ses yeux verts se plissant de méfiance. Une tension palpable passa dans son regard, et il se redressa légèrement, sur la défensive. « L'Anneau... » murmura-t-il, la voix empreinte d'une inquiétude qu'il ne parvenait pas à dissimuler. « C'est un fardeau dangereux, Aragorn. »

Aragorn hocha la tête, comprenant les craintes de son ami. « Je sais. Mais Gandalf a besoin de nous, et je ne veux pas faire ce voyage sans toi. » Il marqua une pause, son regard se fixant dans celui de Calion. « Tu es un compagnon précieux, et j'ai confiance en toi plus qu'en quiconque. Ta présence à mes côtés est essentielle. De plus, cela te permettrait de t'éloigner du camp, de retrouver un peu de cette distance que tu cherches. »

Calion resta silencieux un instant, luttant visiblement entre sa méfiance et son attachement à Aragorn. Son regard se fit plus intense, et il détourna les yeux, son visage montrant une hésitation qu'il tentait de dissimuler. Finalement, il soupira, comme s'il cédait face à une évidence.

« Si tu me le demandes, je t'accompagnerai, » dit-il, la voix plus douce, trahissant un lien profond d'amitié. « Je ne te laisserai pas tomber. »

Aragorn posa une main sur son épaule, un geste de gratitude et de camaraderie. « Merci, Calion. Prépare-toi, nous partons au plus vite. »

La pluie tombait en fines gouttelettes sur les pavés détrempés de Bree, enveloppant le village d'une brume humide. Les maisons, aux toits pentus et aux fenêtres étroites, diffusaient des lumières vacillantes, créant des ombres mouvantes sur les murs. Lorsque Calion et Aragorn franchirent les portes de la ville, leurs silhouettes enveloppées dans leurs capes sombres, les regards des habitants se tournèrent aussitôt vers eux. Les murmures s'élevèrent, les yeux se plissèrent de méfiance, et quelques chuchotements furtifs parcoururent les rues.

Les rôdeurs n'étaient pas bien vus dans ces contrées, et l'hostilité se lisait dans chaque visage qu'ils croisaient. Les habitants, habitués à une vie tranquille derrière leurs murailles, n'appréciaient pas la présence de ceux qu'ils considéraient comme des vagabonds, des hommes d'ombre et de secrets. Les commerçants les observaient en silence depuis leurs étals, leurs mains se crispant sur leurs marchandises, tandis que les enfants, curieux, se cachaient derrière les jupes de leurs mères, jetant des coups d'œil timides.

Aragorn et Calion avancèrent sans un mot, leurs capuches tirées bas sur leurs visages. Ils se fondaient dans les ombres, les bottes silencieuses sur les pavés luisants. Lorsque la nuit tomba complètement, ils se dirigèrent vers l'auberge du Poney Fringant, dont les fenêtres diffusaient une lumière chaleureuse et des éclats de voix.

En entrant, ils furent aussitôt assaillis par l'odeur de la bière et du pain chaud. L'effervescence régnait dans la salle commune, les tables remplies de villageois et de voyageurs, tous absorbés dans leurs conversations animées. Les éclats de rire se mêlaient au tintement des chopes et au crépitement du feu qui dansait dans l'âtre. L'atmosphère, bien que chaleureuse, se tendit un peu lorsque les deux rôdeurs franchirent la porte. Quelques têtes se tournèrent, et les discussions baissèrent d'un ton.

Aragorn s'installa à une table dans un coin sombre, Calion à ses côtés, leur offrant une vue dégagée sur la salle. Calion resta silencieux, sa capuche couvrant en grande partie son visage, mais ses yeux perçants scrutaient chaque recoin, captant la moindre lueur et observant chaque mouvement. Même sous la faible lumière des chandelles, ses yeux verts brillaient, reflétant une intensité presque surnaturelle, une caractéristique qui, malgré ses efforts, attirait toujours les regards.

Il observa les villageois sans relâche, analysant les attitudes, les gestes, les sourires feints et les regards furtifs. Chaque individu semblait surveiller les autres, à l'affût d'une nouvelle ou d'un événement. Les joueurs de cartes riaient bruyamment dans un coin, mais leurs yeux étaient méfiants lorsqu'ils se posaient sur les étrangers. Les serveurs passaient de table en table, remplissant les chopes, mais certains jetaient des coups d'œil inquiets vers les deux rôdeurs, murmurant entre eux. Les habitués de l'auberge se détournaient, préférant se concentrer sur leurs conversations, mais l'inquiétude flottait dans l'air.

Calion, toujours en alerte, resta immobile, ses yeux ne cessant de se déplacer de visage en visage. Chaque détail semblait lui importer : la manière dont un homme tenait sa chope, le regard fuyant d'un autre, ou le rire nerveux d'une femme à une table voisine. Rien ne lui échappait, et malgré le confort apparent de l'auberge, il se tenait prêt, comme une ombre tapie, prête à réagir à la moindre menace.

Aragorn, quant à lui, surveillait la porte, attendant le moment opportun pour que leur contact se manifeste. Mais il savait que leur présence suscitait la méfiance et que la discrétion était de mise.

Soudain, la porte de l'auberge s'ouvrit avec fracas, et un groupe de quatre hobbits entra, émergeant des ombres de la nuit. Aragorn fronça les sourcils, surpris. « Des hobbits, » murmura-t-il en penchant la tête vers Calion. « Gandalf ne m'a parlé que d'un seul. »

Calion se redressa légèrement, observant les nouveaux arrivants. Ses yeux verts perçaient l'obscurité de sa capuche, captant chaque détail des petits hommes. « Ce n'était pas prévu, » répondit-il d'une voix basse. « Peut-être que les choses ont changé. » Il resta un instant pensif, ses yeux scrutant les hobbits qui semblaient nerveux en s'avançant dans la pièce. « Quatre, c'est inhabituel. Cela pourrait compliquer les choses. »

Aragorn acquiesça, ses yeux revenant à la porte comme s'il espérait y voir apparaître Gandalf à tout moment. « Attendons de voir ce qu'ils font. »

Les hobbits se regroupèrent autour d'une table, l'air nerveux. Celui qui avait semblé le plus attentif au comptoir—celui que Calion observait avec le plus d'intérêt—regarda ses compagnons, ses traits tendus. « Gandalf devait nous rencontrer ici, » dit-il d'une voix pressée mais discrète, son ton trahissant une pointe d'inquiétude.

« Où est-il alors ? » répondit l'un de ses amis, celui qui tenait une chope de bière à la main. « Il ne serait quand même pas en retard, n'est-ce pas ? »

Le plus grand des hobbits, aux cheveux blonds, jeta un coup d'œil autour de la salle. « Peut-être qu'il est retardé... ou qu'il a changé ses plans. » Mais ses mots semblaient plus destinés à se rassurer lui-même qu'à convaincre les autres.

Le hobbit qui avait parlé le premier hocha la tête, visiblement contrarié. « Il ne nous aurait pas abandonnés. Il a dit qu'il nous attendrait ici. » Il scruta la salle, ses yeux inquiets cherchant une figure familière.

« Tu crois qu'il lui est arrivé quelque chose, Frodon ? » demanda le hobbit aux cheveux blonds, ses traits se plissant d'inquiétude.

Frodon secoua la tête, mais son visage reflétait une anxiété croissante. « Je ne sais pas, Sam... mais on doit rester discrets. »

Calion échangea un regard avec Aragorn, hochant légèrement la tête. « Ils sont en train de le chercher, » murmura-t-il. Aragorn acquiesça en silence. « Ils ne savent pas encore que Gandalf n'est pas là. On va devoir intervenir avant que les choses ne se compliquent. »

Les hobbits continuèrent de regarder autour d'eux, l'inquiétude se lisant de plus en plus sur leurs visages. Frodon sembla hésiter un instant, avant de se pencher à nouveau vers ses amis. « Restons ici pour l'instant. Gandalf finira par arriver. Il a toujours su se tirer des situations difficiles. »

Aragorn et Calion restaient immobiles dans leur coin sombre, leurs yeux fixés sur le groupe de hobbits. Leurs visages étaient partiellement cachés sous leurs capuches, mais même dans la pénombre, une intensité émanait d'eux. Calion, avec ses yeux verts qui brillaient dans la lumière tamisée, et Aragorn, son regard perçant et grave, formaient un duo inquiétant pour ceux qui ne les connaissaient pas.

Frodon, en observant la salle, sentit le poids de leurs regards. Il fronça les sourcils, se tournant légèrement vers ses amis, mais ne pouvait ignorer les deux silhouettes silencieuses qui semblaient le suivre des yeux. Leur immobilité, leur attention concentrée sur lui, lui donna un frisson. « Ces deux-là nous observent, » murmura-t-il en se penchant vers le tavernier, Poiredebeurré, qui se tenait près de lui.

Poiredebeurré, essuyant un verre avec un torchon usé, se tourna pour voir les deux rôdeurs. « Oh, eux ? » dit-il en baissant la voix, son expression se faisant sérieuse. « Ce sont des rôdeurs du Nord. Ils ne sont pas tous mauvais, mais certains apportent des ennuis. Méfie-toi, mon garçon. Reste avec tes amis et évite de croiser leur route. »

Frodon se redressa, son visage se durcissant, mais l'inquiétude restait visible dans ses yeux. Il jeta un autre coup d'œil vers le coin sombre. Les silhouettes des deux hommes ne bougeaient pas, mais il sentait leur présence peser sur lui, comme une ombre menaçante.

Plus tard dans la soirée, l'auberge avait gagné en effervescence. Les rires et les discussions montaient en intensité, et la fumée des bougies se mêlait à celle des pipes. Merry et Pippin, visiblement éméchés, levaient leurs chopes en riant bruyamment, insouciants. Sam, à moitié endormi à table, secoua la tête en soupirant, tandis que Frodon, toujours sur ses gardes, restait à l'écart, surveillant ses amis.

Frodon se rendit finalement au bar pour commander une boisson. Alors qu'il s'approchait, il entendit une conversation qui attira son attention. Pippin, dans un excès de gaieté, parlait un peu trop fort. « C'est notre ami Frodon ! » s'exclama-t-il. « Frodon Sacquet, de Hobbitebourg ! »

Frodon sentit son cœur s'accélérer, et il se retourna précipitamment, bousculant un tabouret en tentant de se frayer un chemin vers Pippin. Mais son pied glissa sur une flaque de bière, et il perdit l'équilibre. La chute fut brutale, et dans le mouvement, sa main se referma involontairement sur l'Anneau qui glissa à son doigt.

À l'instant où Frodon disparut, Calion et Aragorn se redressèrent simultanément, leurs mouvements silencieux mais rapides. Le tumulte de l'auberge se poursuivait, les clients murmurant et se jetant des regards inquiets, mais les deux rôdeurs ne perdirent pas de temps. Ils se faufilèrent à travers la foule avec une discrétion parfaite, leurs capes glissant sur le sol sans bruit.

Aragorn, les yeux fixés sur l'endroit où Frodon avait chuté, s'approcha, ses sens en alerte. Calion se glissa derrière lui, ses yeux perçant les ombres pour repérer le moindre mouvement. Lorsque Frodon réapparut soudain, retirant l'Anneau de son doigt avec une expression de panique, Aragorn et Calion étaient déjà là.

D'une main ferme mais discrète, Aragorn attrapa Frodon par le bras et le redressa, sa voix à peine un murmure. « Suis-nous, et ne fais pas un bruit. »

Calion, couvrant l'action, scruta les alentours pour s'assurer que personne n'avait repéré la manœuvre. Ses yeux verts, toujours cachés sous sa capuche, luisaient d'une intensité accrue, captant chaque détail de la scène. Il fit signe à Aragorn que la voie était libre, et ils se glissèrent dans l'ombre, entraînant Frodon avec eux.

« Vite, » chuchota Calion d'une voix basse et urgente, ses mots mesurés. Ils se dirigèrent vers un escalier dérobé qui menait à l'étage supérieur de l'auberge. Aragorn lança un dernier regard autour de la pièce, vérifiant que les autres hobbits étaient encore occupés, avant de tirer Frodon à l'abri.

Ils atteignirent une petite chambre à l'étage, loin du brouhaha de la salle commune. Aragorn referma doucement la porte derrière eux, et Calion se plaça près de la fenêtre, observant la rue en contrebas pour détecter tout signe d'agitation. « C'était risqué, » murmura-t-il à Frodon, son regard perçant. « Il ne faut pas que cela se reproduise. »

Aragorn posa une main apaisante sur l'épaule de Frodon, son ton plus conciliant. « Tu n'es pas en sécurité ici. Nous devons parler, et vite. » Frodon, encore sous le choc, hocha la tête, réalisant qu'il était désormais entre les mains de ces deux hommes qu'il avait d'abord perçus comme une menace.

Calion, appuyé contre le mur près de la fenêtre, se figea soudain. Son regard, habituellement perçant, devint distant, comme s'il percevait quelque chose au-delà des murs de l'auberge. Aragorn, qui observait les hobbits en train de se préparer, remarqua le changement. Il se tourna vers son compagnon, fronçant les sourcils.

« Calion ? » murmura-t-il, sentant la tension dans l'air.

Calion resta immobile un instant, puis, d'un mouvement brusque, il s'approcha de la fenêtre, écartant légèrement le rideau. Ses yeux verts fixèrent l'obscurité de la rue en contrebas, cherchant des signes de mouvement. Un frisson parcourut son visage, et son expression se durcit.

« Aragorn, » dit-il d'un ton grave et urgent, ses mots pesant lourd dans l'atmosphère tendue de la pièce. « Ce n'est pas un simple danger qui les traque... ce sont les Nazgûl. »

Le nom résonna comme une menace tangible, et Aragorn sentit une bouffée de crainte monter en lui. « Les Nazgûl ? » répéta-t-il, abaissant la voix. Il se rapprocha de Calion, jetant un coup d'œil à travers la fenêtre. « Es-tu sûr ? »

Calion hocha la tête, son visage marqué par l'urgence. « Ils sont là, quelque part, » murmura-t-il. « Leur présence... je la ressens. Ils cherchent l'Anneau. Nous devons agir vite, ou il sera trop tard. »

Aragorn comprit l'urgence de la situation.

Frodon, le visage marqué par l'inquiétude, regarda Aragorn, puis Calion. Il finit par demander d'une voix hésitante : « Qui êtes-vous ? »

Aragorn s'avança, une expression grave sur le visage. « Es-tu effrayé ? » demanda-t-il, son regard intense.

Frodon hocha la tête. « Oui. »

Les hobbits entrèrent en trombe dans la pièce, armés de ce qu'ils avaient pu trouver : une chaise, une bouteille vide, et un tisonnier récupéré près de l'âtre. Sam, en tête, brandit son arme de fortune avec détermination, se plaçant devant Frodon. « Laissez-le tranquille ou je vous rosse, longues jambes ! » lança-t-il avec bravoure, ses yeux fixés sur Aragorn.

Aragorn esquissa un sourire devant le courage du jeune hobbit. « Tu es un vaillant cœur, Sam, » répondit-il, d'un ton presque admiratif, « mais cela ne suffira pas. » Son expression se durcit, et il se redressa, sa voix devenant plus grave. « Vous ne pouvez plus attendre Gandalf. Frodon... ils arrivent. »

Frodon, le souffle court, demanda d'une voix faible : « Que sont-ils ? »

Aragorn et Calion échangèrent un regard. Aragorn prit la parole en premier, « Autrefois, ils étaient des hommes, de grands rois. Puis Sauron leur a offert neuf anneaux de pouvoir. Aveuglés par leur avidité, ils ont accepté sans poser de questions, sombrant l'un après l'autre dans les ténèbres. »

Calion, ses yeux toujours rivés vers la fenêtre, continua d'un ton grave : « Maintenant, ce sont les esclaves de Sauron, les Nazgûl, les spectres de l'Anneau. »

Aragorn hocha la tête, fixant Frodon avec intensité. « Ni vivants, ni morts, ils sentent à chaque instant la présence de l'Anneau. Ils ne cesseront jamais de vous traquer. »

Frodon échangea un regard avec ses compagnons, ses traits marqués par la peur. Calion se tourna vers Aragorn, sa voix urgente. « Nous devons partir maintenant. »

Aragorn acquiesça, ses yeux se durcissant. « Préparez-vous. Aucun bruit, aucune lumière. Suivez-nous. Vous pouvez m'appeler Grand Pas et mon compagnon se nomme Calion.»

La petite chambre de l'auberge qui faisait face au Poney Fringant, éclairée faiblement par une lueur vacillante, semblait encore plus étroite sous l'effet des cris stridents des Nazgûl qui résonnaient au-dehors. Les hurlements glaçants traversaient les murs de bois, faisant frémir les hobbits regroupés au centre de la pièce. Ils se tournèrent instinctivement vers les deux grandes personnes qu'ils avaient à leurs côtés.

Aragorn, debout dans un coin de la pièce, sa cape sombre dissimulant ses traits, remarqua leur panique. Sam, les yeux écarquillés, prit la parole. « Grand-Pas, que se passe-t-il ? Est-ce... est-ce qu'on va s'en sortir ? »

Aragorn les observa un instant, sa voix grave mais réconfortante. « Vous n'avez rien à craindre tant que nous sommes ici. Ces créatures vous cherchent, mais elles ne vous trouveront pas ce soir. »

Frodon, serrant sa veste contre lui, ajouta, la voix tremblante : « Et l'autre homme, Calion... il n'a pas dit un mot depuis qu'on est entré. Peut-on lui faire confiance ? »

Aragorn répondit sans hésitation, un léger sourire rassurant apparaissant sur son visage. « Calion est un homme silencieux, c'est vrai, mais sa loyauté est sans faille. Il sait se battre et il veille sur nous. Tant qu'il est là, nous serons en sécurité. »

Les hobbits, bien que toujours tendus, semblèrent apaisés par les paroles d'Aragorn. Sam, Merry et Pippin se regardèrent, hochant la tête, tandis que Frodon essayait de se détendre. Calion, quant à lui, continuait de fixer l'extérieur, ses yeux attentifs aux ombres, sans prêter attention aux échanges derrière lui.

Les cris des Nazgûl s'éloignaient enfin, se dissipant dans la nuit comme des ombres chassées par l'aube. Calion, toujours figé près de la fenêtre, sembla peu à peu relâcher la tension qui l'avait habité. Sans même tourner entièrement la tête, il laissa échapper quelques mots à peine audibles : « Ils sont partis... reposez-vous. »

Frodon, le cœur encore battant, observa l'inconnu avec plus d'attention. Sa silhouette était sombre et imposante malgré sa stature moyenne, son visage partiellement masqué par les mèches noires qui encadraient ses traits. Les yeux verts de Calion captaient la lumière des flammes, reflétant un éclat que Frodon trouva presque surnaturel.

Son regard descendit vers son épée. À première vue, une arme banale, mais elle était soigneusement enveloppée de bandelettes de cuir, dissimulant la garde et le fourreau. Un choix étrange pour un guerrier, mais Frodon, perdu dans ses pensées, n'osa pas poser la question. Il n'avait encore jamais vu de guerriers comme ceux-ci — ni Aragorn, ni Calion.

Le silence retomba dans la pièce, Frodon se sentant à la fois soulagé et toujours tiraillé par l'inconnu qui les entourait. Ses compagnons semblaient eux aussi incertains, mais Aragorn, avec sa présence rassurante, apaisait leur inquiétude d'un simple regard. Quant à Calion, il restait là, légèrement en retrait, comme s'il appartenait à un monde que Frodon ne comprenait pas encore.

Le soleil perçait à peine les nuages lorsque le groupe se mit en route, les hobbits encore ensommeillés. Ils avaient trouvé un poney, Bill, que Sam caressait doucement en marchant. Fougeron, le propriétaire, l'avait vendu à prix d'or malgré l'état déplorable de l'animal, mais Sam semblait déjà s'attacher à la bête, s'assurant qu'elle avance à son rythme.

Calion, marchant en tête, jetait des coups d'œil impatients derrière lui. Voyant les hobbits à la traîne, il s'arrêta brusquement. « Dépêchez-vous ! » lança-t-il sèchement. Aragorn posa une main sur son bras, son regard calme mais avertissant. « Doucement, Calion. Ils ne sont pas habitués à ce rythme. »

Frodon, tenant son sac fermement, s'approcha d'Aragorn. « Où nous conduisez-vous ? » demanda-t-il.

« À Fondcombe, » répondit Aragorn en gardant un ton rassurant. « La demeure d'Elrond. »

Sam, les yeux brillants d'excitation, s'exclama. « Fondcombe ! Nous allons voir des Elfes. »

« Messieurs, » continua Aragorn en se tournant vers eux, « nous ne ferons pas d'arrêt avant la tombée de la nuit. »

Pippin fronça les sourcils. « Mais notre petit déjeuner ? » demanda-t-il, déjà inquiet.

Aragorn esquissa un sourire amusé. « Vous l'avez déjà pris. »

« Le premier, c'est vrai ! » reconnut Pippin avant d'ajouter d'un ton presque désespéré : « Mais qu'en est-il du second petit déjeuner ? » Merry le taquina en ricanant. « Vaut mieux les oublier, Pippin. »

Calion roula des yeux en entendant la conversation, mais Aragorn, d'un geste apaisant, l'encouragea à continuer. Ils s'enfoncèrent plus profondément dans le paysage vallonné, sous les premières lueurs dorées de la matinée.

Le groupe avançait lentement, les hobbits discutant entre eux pour passer le temps. Le chemin serpentin les emmenait à travers des collines verdoyantes, où les buissons épineux et les chênes se dressaient comme des gardiens silencieux. Les ombres s'étiraient sous le soleil montant, et les murmures des ruisseaux brisaient le silence ambiant.

Merry lança un regard curieux à Sam. « Tu crois qu'ils ont des fruits secs chez les Elfes, Sam ? » demanda-t-il, son sourire espiègle illuminant son visage.

Sam caressa doucement le cou de Bill, le poney, avant de répondre avec un sourire rêveur. « Si les Elfes savent faire pousser des arbres de lumière, je suis sûr qu'ils ont les meilleurs fruits secs de tout le pays. »

Pippin, toujours le plus gourmand, se joignit à la conversation. « Et du pain aux épices, tu penses ? Moi, j'espère qu'ils ont des desserts ! » Il se tourna vers Aragorn, ses yeux pétillant d'espoir. « Grand-Pas, les Elfes font-ils vraiment des gâteaux ? »

Aragorn sourit légèrement, ralentissant le pas pour marcher à leurs côtés. « Les Elfes ont des mets qui surpassent tout ce que vous avez pu goûter dans la Comté. Mais il vous faudra attendre d'arriver à Fondcombe pour en avoir un aperçu. »

Calion, en tête du groupe, restait silencieux, jetant des regards rapides autour de lui, surveillant leur environnement. Lorsque les hobbits lui adressaient un coup d'œil curieux, il se contentait de détourner les yeux, préférant garder ses distances. Aragorn observa ce comportement avec une pointe de nostalgie. Il se souvenait des premières années de leur amitié.

Plongé dans ses souvenirs, Aragorn se revit, il y a dix ans, tentant de briser la glace avec Calion. À cette époque, l'homme restait en retrait, les yeux perçants mais méfiants. Malgré ses tentatives pour l'intégrer, Aragorn avait dû se résoudre à accepter la distance que Calion maintenait. Il se rappelait les regards échangés autour des feux de camp, des silences partagés, des longs voyages où aucun mot n'était échangé, mais où la confiance se construisait lentement.

Il se souvenait des doutes de la compagnie de rôdeurs au départ. Certains voyaient en Calion un étranger dangereux, d'autres se méfiaient de ses silences prolongés. Mais au fil des mois, à force de batailles menées côte à côte, Calion avait gagné leur respect. Ses actions parlaient pour lui : son courage, sa capacité à anticiper les dangers, et sa fidélité inébranlable. Malgré ses secrets, il s'était peu à peu intégré à cette famille nomade.

Mais aujourd'hui, alors qu'il voyait Calion marcher en silence, distant des hobbits, Aragorn se demanda si son ami se sentait encore à sa place. Peut-être était-ce une solitude choisie, une barrière qu'il ne souhaitait plus briser. Avec un soupir, Aragorn se rapprocha, marchant aux côtés de Calion, espérant qu'avec le temps, il retrouverait cette complicité qui les avait unis, même si les secrets de son compagnon persistaient.