Précédemment : Le lion rouge est revenu de son voyage à New Altéa en apportant la nouvelle d'un test à venir… et d'une forme de magie qui pourrait aider Matt et Val à gérer leur problème cristallin. En attendant l'arrivée de Kolivan et des autres conseillers, Hunk et Shay sont retournés au Balméra de cette dernière pour trouver des soigneurs à même de s'occuper des autres survivants du projet Balméra. Ils ont obtenu toute l'aide nécessaire, mais Shay et son frère Rax se sont disputés sur des questions de devoir et de loyauté et se sont quittés sans se réconcilier.

Note de l'auteur : Oh mon dieu, vous m'avez vraiment gâtée ce week-end !

Malaayna a fait un dessin épique de Matt couronné de flammes et niyalune a fait deux montages : un de l'équipe au début de la série et un autre avec tous les paladins. (Vous pouvez aller les voir sur AO3, si vous n'êtes pas sur Tumblr.)

Merci à vous deux ! Je suis encore en train de crier en mon for intérieur.


Chapitre 5

L'Aile ardente

Meri tomba sur l'hologramme de Lealle au tournant et manqua de faire une crise cardiaque. Elle se figea, détaillant cette silhouette qui lui était presque aussi familière que celle d'Allura il fut un temps, et résista à l'envie ridicule de prendre les jambes à son cou.

— Meri !

Lealle se fendit d'un grand sourire en la voyant et sans la teinte bleue de son visage, Meri l'aurait cru sur le point de fondre en larmes. Lealle s'avança de cette manière propre aux hologrammes, répliquant parfaitement son allure habituelle, mais de façon bien trop uniforme pour être naturelle. Elle s'arrêta juste avant d'entrer dans sa zone de confort et s'enveloppa de ses bras avec un sourire incertain.

— Allura m'a dit qu'elle t'avait retrouvée.

Meri voulut lui sourire en retour, vraiment. Mais les traits de Lealle étaient trop lisses et réguliers et sa voix retombait loin du cri tonitruant qui accueillait autrefois Meri du bout d'un couloir.

— Ouais, dit faiblement Meri. Vive les cryo-capsules, hein ?

C'était une très mauvaise tentative de conversation, mais Meri n'avait pas la force de trouver mieux. Elle aurait dû protester quand Coran avait dit qu'il pensait permettre aux IA de parcourir le château en toute liberté. Jusqu'alors, ils étaient confinés à la salle du noyau informatique, le souvenir des défunts étant trop frais dans les mémoires. Mais avec le retour de Meri et la découverte de New Altéa, Allura et Coran commençaient enfin à guérir. Et puis, les anciens paladins avaient des montagnes de connaissance à partager avec la nouvelle génération.

Vraiment, comment aurait-elle pu refuser ? Elle avait eu le temps de faire son deuil. Il fallait qu'elle tourne la page.

N'empêche qu'un nœud se forma dans sa gorge et les larmes lui montèrent aux yeux tandis que le silence s'abattait sur elles. Meri avait laissé ses parents en venant au château et Lealle avait rempli leur rôle de son mieux avec Coran, lui offrant une épaule sur laquelle pleurer, des encouragements et tout ce dont elle avait besoin pour prendre ses marques dans cet environnement méconnu.

Meri avait l'impression de ne pas s'être montrée à la hauteur des attentes de Lealle. Alfor était mort, Altéa n'existait plus et elle n'avait même pas réussi à être là pour Allura quand elle avait eu besoin d'elle.

— Comment tu te sens ?

Meri haussa les épaules.

— Pas trop mal, on va dire. Écoute, Coran voulait que je… euh… l'aide à réparer quelques trucs, alors je vais…

Elle se tut, la gorge serrée par cet air de compassion si familier qui s'était emparé des traits de Lealle. Meri n'avait jamais su lui mentir.

— Va, dit Lealle avec un pas en arrière. Je serai là quand tu seras prête.

Le fait qu'elle savait que Meri ne supportait pas de la voir, le fait qu'elle ait reculé, une étincelle de douleur dans le regard… c'était tellement du Lealle tout craché que Meri faillit rester. Elle avait grandi dans un monde sans profils mémoriels ou hologrammes pour remplacer les défunts, mais à l'époque, Coran ne jurait que par eux. C'est un moyen de dire au revoir, disait-il. Un moyen de se souvenir des bons moments et pas seulement des adieux déchirants.

À cet instant, Meri pouvait presque y croire.

Mais c'était encore si douloureux. Plus que ça ne devrait l'être, vraiment. Pourquoi était-elle encore en train de pleurer quelqu'un qui avait perdu la vie il y a si longtemps ?

Meri ouvrit la bouche, cherchant quelque chose à dire. « Je m'en remettrai vite » ou « Ce n'est pas ta faute » ou n'importe, parce que Lealle la regardait toujours avec tant de peine qu'elle avait l'impression que son cœur allait se briser.

Les mots ne vinrent pas et Meri tourna les talons sans rien dire, le silence qu'elle laissait derrière elle formant comme un courant électrique qui lui rongeait la peau. Elle déambula sans destination précise en tête. Coran et Allura étaient sur la passerelle, discutant avec Anamuri de l'arrivée prochaine des New-Altéens. Les paladins étaient pour la plupart au hangar du lion jaune pour accueillir Hunk, Shay et la demi-douzaine de soigneurs qu'ils avaient ramenés.

Meri évita ces deux endroits, une drôle de mélancolie s'emparant de son être. Revenir au Château des Lions ne lui avait pas fait l'effet du retour au bercail qu'elle attendait, surtout quand les couloirs qui foisonnaient autrefois d'activité étaient désormais aussi sombres et froids. Jusqu'ici, elle avait évité d'y penser en se concentrant sur ce qui devait être fait, mais ils étaient actuellement en stand-by, à attendre l'arrivée de Kolivan avec ses pilotes et les autres conseillers. Il aurait au moins pu leur dire ce en quoi allait consister le test pour qu'ils puissent s'y préparer.

Les pas de Meri finirent par la mener aux étages résidentiels, où s'étaient installées les familles des paladins. Ils avaient revendiqué un petit ensemble de pièces presque juste au-dessus du lieu de vie des réfugiés galras. Ce qui fit penser à Meri qu'elle ferait mieux de ne pas dire à Mateo que les conduits d'aération reliaient sa chambre à celle de Maka.

Ces deux-là étaient quasiment inséparables ces jours-ci et Wyn se joignaient à eux dès qu'il n'était pas collé à Coran. Ils faisaient déjà les 400 coups sans l'aide de Meri, pas la peine d'ajouter du stress à Rosario en permettant à son plus jeune fils de disparaître dans les murs.

Rosario et Ramon étaient regroupés autour d'une table de la salle commune avec Sebastian et Lana, cherchant à mettre à plat un programme scolaire pour Luz et Mateo. Personne n'avait la moindre expérience en matière d'éducation à domicile et l'aperçu que Meri avait donné à Rosa de l'IA pédagogique l'avait convaincue que ça ne pourrait pas remplacer un vrai professeur. Les écoles publiques américaines n'auraient pas été intéressées par les sujets proposés par les ordinateurs du château, de toute façon.

Heureusement, Lana était enseignante (elle donnait des cours de physique-chimie au lycée, ce qui n'était pas la matière la plus utile dans leur cas, mais c'était mieux que rien) et avait passé les derniers jours à rassembler toutes les informations qu'elle pouvait trouver sur le programme de CM2 et de cinquième. Sebastian avait pris des cours de littérature classique pour enfants le semestre dernier, alors il leur avait fait don d'une petite bibliothèque et d'une sélection de podcasts historiques. Meri avait quant à elle proposé ses services de baby-sitter, ainsi que sa grande collection de ressources diverses et variées qu'elle avait amassées durant son temps sur Terre.

Elle était vraiment surprise que Rosa ait accepté son offre. Il y avait un malaise entre elles depuis la bataille, ce qui devait certainement avoir quelque chose à voir avec le fait que Meri n'était pas, en réalité, une humaine entrant dans la fleur de l'âge.

Dans ses meilleurs jours, Meri se convainquait que cette gêne était celle qui collait à la peau des Altéens qui choisissaient de côtoyer d'autres espèces. Meri avait déjà cent cinquante ans et se considérait à peine comme une adulte, mais déjà avant sa sieste de dix mille ans, la plupart des non-Altéens avec qui elle avait grandi commençaient à grisonner. C'était d'ailleurs en grande partie pour cette raison qu'elle avait décidé de vivre au Château des Lions. Le navire marchand de ses parents, qu'ils avaient acheté peu après sa naissance, était géré pour l'essentiel par des habitants d'autres mondes et elle avait vu grandir et mourir toute une génération durant sa vie. Ses parents étaient entourés par les enfants et les petits-enfants de leurs amis et Meri n'avait personne de son âge pour s'amuser.

Ses parents étaient donc retournés à Altéa, Meri avait emménagé à bord du château-vaisseau et pendant un temps, les choses s'étaient améliorées.

Mais Meri savait qu'elle ne pouvait pas appliquer cette situation au cas présent. Le malaise avait pour cause ses mensonges et le fait que Rosa ne la connaissait pas vraiment. L'anxiété commença à la prendre à la gorge, mais avant qu'elle ne puisse l'emporter sur sa détermination fragile, Rosario pivota et remarqua sa présence. Elle écarquilla les yeux, dit quelque chose aux autres d'une voix trop basse pour que Meri l'entende, puis vint à sa rencontre.

— Salut, euh.

Rosario hésita, son regard se dirigeant vers Luz, qui regardait un dessin animé altéen avec Azra et Zuza. Celle-ci semblait la plus intéressée des trois alors qu'elle avait presque le double de l'âge de Luz. Les deux petites semblaient surtout perdues. Rosario se frotta la nuque.

— Pardon. J'ai failli t'appeler Lena.

— Ce n'est rien, dit Meri. Tu peux continuer à m'appeler comme ça si tu veux.

Elle détacha son regard de Luz pour étudier l'expression de Rosario. Elle avait l'air gênée, mais pas en colère. C'était bon signe, non ?

— Une petite promenade, ça te dit ?

Rosario acquiesça et elles sortirent de la pièce. Meri était pleinement consciente des quelques centimètres qui les séparaient, une barrière formée par treize ans de semi-vérités.

— Alors… fit Rosario après un moment. On n'a pas vraiment discuté depuis…

Meri grimaça.

— Je suis désolée, Rosa. J'aurais dû te dire la vérité dès le début.

Rosario souffla sur ses mains. Ce niveau n'était plus utilisé avant l'arrivée des humains et le système climatique ne s'était pas encore ajusté à leur température idéale.

— J'aurais aimé que tu le fasses, dit Rosario. Personne ne devrait se retrouver seul après avoir vécu un truc pareil.

Meri en eut le souffle coupé et elle pivota, surprise de voir Rosario lui sourire. Il y avait désormais des rides au coin de ses yeux et du gris dans ses cheveux qui n'étaient pas là quand Meri l'avait rencontrée pour la première fois. Mais la douceur de son regard n'avait pas changé.

— Je n'étais pas seule, Rosa, dit Meri. Tu étais là.

Rosario s'arrêta au milieu du couloir et attira Meri dans une étreinte.

— Je serai toujours là pour toi.

Meri posa timidement ses mains sur les épaules de Rosario.

— Même si c'est à cause de moi que Lance se retrouve impliqué dans cette guerre ?

— Je dois bien admettre que ça ne me plaît pas trop, dit Rosario. Mais je ne t'en veux pas. Tu n'es pas beaucoup plus vieille que lui, hein ? Tu n'as pas pris une ride depuis que je t'ai rencontrée.

— C'est vrai, avoua Meri. Il n'existe pas d'outil de conversion entre l'âge humain et l'âge altéen, mais à ce niveau, j'ai dépassé la puberté, alors on va dire que pour moi, ces treize dernières années c'était comme si… un an et demi s'était passé pour toi ?

Rosario poussa un soupir plaintif.

— Eh bah ça, c'est vraiment pas juste.

Meri eut un sourire, aussi fugace fut-il.

— Alors… on n'est pas fâchées ?

Rosa la serra contre elle, ses doigts s'enfonçant dans son dos.

— Je ne sais pas si je devrais te demander de surveiller les arrières de Lance et de Val ou si je devrais faire de mon mieux pour te protéger, toi.

— Les deux ? suggéra Meri. Je veille sur eux et nous, on se refait des soirées entre filles, comme au bon vieux temps ?

Avec un grand rire qui la prit au corps, Rosario recula.

— Je ne sais pas si je peux encore être qualifiée de « fille », mais ça me ferait plaisir de réinstaurer la tradition.

Elle lui sourit et Meri sentit un peu de son stress s'envoler.

— Ok, alors on fait comme ça.


— Donc on se disait qu'on allait établir la base d'opérations à Carlsbad ? dit Hunk.

Il parlait aux soigneurs balmérans qu'il s'apprêtait à emmener sur Terre, mais il n'arrêtait pas de jeter des coups d'œil aux autres, à Lance en particulier. C'était une habitude qu'il avait prise depuis la grande bataille qui avait eu lieu deux semaines plus tôt.

Une partie de Lance lui soufflait « bien sûr qu'il n'arrête pas de te regarder, Shiro t'a laissé aux commandes pendant la bataille de Carlsbad ». L'autre partie était occupée à pousser un long cri de terreur silencieux.

C'était déjà quelque chose que les instructeurs de vol de la Garnison l'aient traité comme leur supérieur pendant la bataille et ait continué à le faire, bien qu'avec réticence, les quelques fois qu'ils s'étaient revus depuis. Et, purée, que les autres élèves le prennent pour une sorte de héros folklorique, c'était absolument dément.

Mais Hunk ?

C'était juste bizarre. Lance avait envie de le prendre par les épaules et de le secouer jusqu'à ce qu'il reprenne ses esprits.

— Ça m'a l'air d'un bon point de départ, dit Lance, essayant de se donner l'air désinvolte. Tu as dit qu'il y a trois survivants à Carlsbad ?

— Quatre, corrigea Hunk. Puis deux autres à la côte Ouest, deux au Brésil et les autres sont tous partis de leur côté.

Lance hocha la tête. Ce n'était pas vraiment surprenant. À part le triple coup de malchance constitué par le désastre de Kerberos, la disparition de Lance et ses amis et leurs familles qui s'étaient déchaînées, tous ces événements ayant mené à la bataille de Carlsbad, l'alliance entre les Galras et la Garnison s'était donné beaucoup de mal pour rester dans l'ombre. Ils avaient capturé ceux qui s'étaient trop approchés de la vérité en faisant de leur mieux pour éviter d'en faire un schéma discernable.

Il en résultait un casse-tête logistique. Des quinze humains qui s'étaient échappés avec Val, douze possédaient des implants cristallins et étaient éparpillés dans six pays différents. Les guérisseurs balmérans allaient devoir les rencontrer les uns après les autres pour leur expliquer ce qu'étaient ces cristaux et en quoi consistait le traitement à base de quintessence qu'ils leur proposaient. Personne ne voulait donner l'impression aux survivants d'être obligés à quoi que ce soit et ils étaient si éloignés les uns des autres que les Balmérans allaient devoir mettre en place un roulement, si bien que Shay avait voulu leur aménager une sorte de base qu'ils pourraient considérer comme chez eux. Rassembler les aliens pour éviter qu'ils ne se sentent trop dépaysés.

Lance était complètement d'accord avec ça. Il ne comprenait simplement pas pourquoi Hunk et Shay semblaient avoir besoin de son approbation.

— Et donc, tu comptes les emmener à la surface aujourd'hui, ou pas ?

Hunk hésita.

— Ouais, j'imagine… Tu– ?

— Lance !

Lance sursauta et se tourna vers l'ascenseur.

— Shiro ?

Shiro fit un signe de tête à Hunk et à Shay, puis indiqua à Lance de venir le voir. Lance s'approcha, les sourcils froncés.

— Tu voulais un truc ?

— La délégation de New Altéa est arrivée, dit Shiro. Allura et Coran sont en train de leur montrer rapidement la flotte de la Garde de Voltron, mais on va bientôt se réunir dans la salle du conseil de guerre pour parler stratégie.

Lance s'arrêta juste devant l'ascenseur tandis que Shiro y entrait.

— Ok… ?

Shiro le regarda de travers.

— Tu veux venir ? demanda-t-il avec lenteur, comme si c'était une question qui n'aurait pas dû se poser.

— Tu… veux que je vienne ?

— Bien sûr, dit Shiro. Ça fait déjà deux fois que tu as pris les devants pour mener l'équipe quand Allura et moi étions… indisposés.

Il eut un sourire un peu croche, empêchant la porte de l'ascenseur de se refermer.

— Ça me paraît une bonne idée que tu sois au courant de tout au cas où la situation se représente. Et puis, Coran dit que tu es un bon stratège.

Lance se sentit rougir et se précipita dans l'ascenseur, se positionnant de façon à ce que Shiro ne puisse pas bien voir son visage et se frottant la nuque.

— Je ne suis pas si doué que ça en stratégie, tu sais. C'est juste que je joue beaucoup aux jeux vidéo.

— Si tu le dis…

Shiro croisa les bras, s'appuyant sur le mur.

— Eh bien, doué ou non, je sens que ce « test » va être vicieux. Allura et moi pensons tous les deux que ça nous serait utile d'avoir quelqu'un d'autre avec qui échanger des idées.

Pour une fois, Lance ne sut pas quoi répondre. C'était beaucoup de responsabilités d'être consulté sur une mission qui déterminerait le futur de leur alliance avec New Altéa. Autant il avait envie de sauter de joie d'avoir été invité à quelque chose de si important (au fait que Coran et apparemment Shiro et Allura le croyaient digne d'être invité), autant il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir, eh bien, absolument terrifié.

Et s'il foirait complètement ?

Il n'eut pas le temps de s'en inquiéter davantage (les ascenseurs altéens étaient très rapides), car en un clin d'œil, il se retrouva à la porte de la salle du conseil de guerre, entouré d'Altéens aux postures régales et de Galras si grands qu'il avait l'impression d'être redevenu ce gosse de dix ans qui voulait participer en vain à la conversation des adultes.

— Shiro ! fit Allura avec un enthousiasme qui ne faisait pas tout à fait naturel.

Les conseillers semblaient la stresser et la présence silencieuse d'Yvis au coin de la pièce ne faisait rien pour diffuser la tension.

— Tu tombes à pic. Laisse-moi te présenter au Haut Conseil de New Altéa ; du moins une partie de celui-ci. Voici les conseillers Meeran, Vek et Amay, dit-elle en les désignant tour à tour.

Ils avaient tous les trois l'air altéens au premier regard et il fallut un moment à Lance pour remarquer que les yeux de Vek avaient une teinte jaune et luisaient légèrement. Ael était en partie galra ? Il croyait se souvenir que Coran l'avait mentionné. Il se demanda si ses cheveux violets et ses marques (pas seulement les glaes habituels qui soulignaient ses yeux, mais aussi celles à la racine de ses cheveux) provenaient également de ce mixage.

Allura se tourna pour finir vers le seul conseiller galra.

— Et voici le conseiller Kolivan, dit-elle. Il commande l'armée de New Altéa et ce sont ses pilotes qui vont protéger la Terre en notre absence.

Shiro s'inclina, attendant de s'être redressé avant de prendre la parole.

— Takashi Shirogane, se présenta-t-il. Je pilote le lion noir avec la princesse Allura. Et voici Lance Mendoza, un de nos paladins bleus. C'est un honneur de vous rencontrer, Conseillers. J'espère que vous avez fait un agréable voyage ?

— Aussi agréable que possible, dans ces circonstances, dit Amay.

La manière qu'elle eut de regarder les autres conseillers indiquait que, parmi ces « circonstances », il devait y avoir eu pas mal de chamailleries sur le chemin. Si on lui posait la question, Lance dirait qu'Amay devait avoir à peu près le même âge que Coran, bien que son style pastel (des cheveux pervenche, des yeux vibrants tirant plus sur le vert et des glaes rose bonbon) lui donnait un air de princesse de dessin animé pour enfants de six ans. Sa robe bleu et vert pâle complétait l'illusion.

— Le Gardien est en bas avec nos pilotes, dit Kolivan. Jana, notre cheffe de l'Aviation, est avec lui pour l'aider à les installer, mais elle nous rejoindra avant le début de la mission.

Lance fronça les sourcils.

— Le Gardien ? Vous voulez parler de Coran ?

Kolivan hocha la tête.

— Nos légendes ont beaucoup à dire au sujet des Deux Survivants. La Princesse perdue et son Gardien ; ceux qui reviendront un jour pour nous mener au combat.

Il y avait un certain tranchant dans le ton de sa voix qui voûta les épaules de Vek et plissa les lèvres de Meeran, mais ce n'était visiblement pas le moment de demander des détails. S'il avait des questions sur les dix mille ans d'histoire et de politique planétaire, il ferait mieux de les adresser à Yvis, en privé. Iem ne semblait pas comprendre la notion de vexation, ce qui était pratique pour combler des lacunes, mais Lance se demandait quand même si c'était une bonne idée qu'iem assiste à cette réunion.

Remarque, iem avait plus d'expérience que lui (facile, il n'en avait pas) pour traiter avec les conseillers, alors Lance n'allait pas lie virer.

— Quoi qu'il en soit, reprit Kolivan en se redressant (au cas où il ne surplombait pas déjà tous les autres) et joignant les mains dans son dos. J'imagine que ça ne vous dérange pas si nous commençons le briefing maintenant ? Je suis sûr qu'aucun d'entre vous n'a envie de perdre davantage de temps.

Allura s'installa avec Shiro d'un côté de l'énorme table qui occupait le centre de la salle du conseil de guerre. Un projecteur holographique était incrusté sur le plateau, émettant des volutes bleues dans l'air tandis que les conseillers prenaient place de l'autre côté. Meeran avait amené une assistante un peu nerveuse, à la peau lavande et aux glaes d'un rouge profond. Elle resta debout derrière son siège et Yvis fit mine d'aller la rejoindre.

Lance lui prit la manche à son passage, puis fit un signe de tête aux sièges vides à côté de Shiro. Yvis les considéra un court instant, puis hocha la tête et s'assit à côté de Lance. Shiro leur jeta un œil alors que Kolivan insérait une clé dans le projecteur.

— Au cas où j'ai des questions, chuchota Lance. Comme ça, je ne vais pas déclencher une guerre en vexant un dirigeant planétaire.

Shiro eut un petit sourire.

— Bien pensé.

Le compliment ragaillardit Lance et il se redressa, beaucoup moins nerveux que dans l'ascenseur.

Bien sûr, cela ne dura que jusqu'au moment où Kolivan prit la parole.

— L'Aile ardente est un vaisseau civil qui a quitté New Altéa le décafib dernier.

Une image apparut au-dessus de la table : c'était un vaisseau élégant et épuré qui rappelait à Lance une version plus modeste du château-vaisseau. Il était un peu plus clinquant, mais c'était évident que celui qui l'avait construit partageait la même vision graphique que l'architecte du château.

Kolivan appuya sur un bouton et une douzaine de visages apparurent d'un côté du vaisseau, à la fois galras et altéens. Lance remarqua deux enfants parmi eux et son souffle se coinça dans sa gorge.

— Nous avions préparé un autre test pour vous, paladins, mais ce matin, notre cheffe des services secrets nous a envoyé un message nous indiquant que l'Aile ardente a été repérée par les forces de Zarkon. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne se lancent à son assaut, si ce n'est pas déjà fait. À la place d'un test, nous vous demandons de l'aide pour sauver les passagers et les membres de l'équipage.

— À la place d'un test ? releva Meeran, regardant Kolivan comme s'il venait de faire une fleur aux paladins. C'est le test. S'ils ramènent notre peuple et empêchent notre vaisseau de tomber entre les mains de Zarkon, ils passent. Sinon, ils n'auront pas prouvé leur valeur et je voterai toujours pour une alliance non-militaire.

Amay se redressa.

— Ce n'est pas juste. Vous vous attendez à ce qu'ils fassent tout ça alors qu'on ne sait même pas s'il y a encore des survivants ?

Lance se pencha vers Yvis tandis que le débat virait à la querelle, Kolivan se pinçant l'arête du nez.

— Hé, siffla Lance. Yvis. Je croyais que vous partiez rarement de chez vous.

— C'est vrai, dit Yvis. C'est la première fois que je quitte la surface.

Lance acquiesça.

— Hm. Ok. Dans ce cas… qu'est-ce qui se serait passé si on n'était pas là pour s'occuper du sauvetage ? L'Entente s'en serait chargée ?

Yvis sembla pour une fois sortir de sa torpeur, une expression sincèrement chagrinée s'emparant de ses traits.

— Dans ce cas, l'Aile ardente aurait été laissée à son sort.

— Quoi– vous n'auriez même pas essayé de les sauver ?

— Non, dit Yvis. On… Jusqu'à récemment, seuls nos espions étaient autorisés à quitter la planète. Le Sénat s'inquiétait trop de voir quelqu'un se faire prendre ou se faire tuer. Mais les gens ont commencé à protester et New Altéa n'était pas censé devenir une prison pour notre peuple, seulement un havre de paix. Le Sénat a donc fait passer une loi qui permet à n'importe qui de demander un visa de sortie. Le Sénat fournit alors un vaisseau qui ne peut pas être retracé jusqu'à nous, mais en retour, ceux qui partent doivent promettre de couper complètement les ponts avec New Altéa. Ils ne peuvent pas revenir et on ne leur vient pas en aide s'il leur arrive quelque chose. De toute façon, ce n'est pas dit qu'on en entende parler.

Lance voulait dire quelque chose. Demander combien de vies auraient pu être sauvées si le Conseil avait décidé de se bouger les fesses.

Il se souvint ensuite que Wyn et sa famille avaient quitté New Altéa. Qu'ils avaient été attrapés par l'Empire et que Wyn devait sûrement être le seul survivant. Il se demanda s'ils avaient regretté leur décision de partir.

Yvis prit Lance par l'avant-bras.

— On les aiderait si on le pouvait, murmura-t-iem. Dès qu'on entend ce genre de nouvelles, on pleure tous ceux qui nous ont quittés. Mais une fois qu'on sera sortis de notre cachette, il n'y aura plus de retour en arrière.

Iem marqua une pause, penchant la tête, et Lance entendit à peine la suite.

— Croyez-moi quand je vous dis que je vous souhaite sincèrement de réussir, paladin. Non seulement pour cette mission de sauvetage, mais aussi pour convaincre le Conseil.

— Merci, Yvis, répondit Lance. On ne vous décevra pas.


Akira se frotta la nuque alors que l'escouade de six hommes se posait dans le hangar de la Garde N-2. Il y eut quelques oscillations, mais ils parvinrent à se placer au bon endroit sans incident et Akira relâcha son souffle.

— C'est mieux que la dernière fois, commenta Layeni d'une voix tombante de fatigue.

Akira émit un grognement pour toute réponse, résistant à l'envie de souligner que la dernière fois que cette escouade en particulier était partie pour une séance d'entraînement à grande échelle, deux vaisseaux avaient subi de graves dégâts structurels et un des pilotes avait dû s'allonger toute une heure pour dissiper ses vertiges.

Ils s'amélioraient tous. Mais les vaisseaux altéens se pilotaient bien différemment de tout ce que les hommes d'Akira avaient connu jusqu'à présent, même pour ceux qui sortaient des rangs d'Anamuri. Akira avait passé presque cent heures à s'entraîner ces deux dernières semaines, dont la moitié sur le simulateur qu'il avait trouvé dans les tréfonds d'une des tours du château. Une fois le traducteur de Pidge branché, sa compréhension de ce qui l'entourait dans le cockpit sombre et étriqué s'était grandement améliorée.

Une centaine d'heures d'entraînement (plus que n'importe qui sauf peut-être Layeni, qui n'avait pas quitté le château-vaisseau depuis la bataille) et Akira faisait toujours quelques erreurs de calcul dans ses manœuvres. Les chasseurs altéens étaient tout simplement trop rapides et il n'avait jamais quitté l'atmosphère en dehors des simulateurs, alors dieu seul savait comment il était censé entraîner le reste de ses pilotes.

Ils étaient désormais une douzaine, séparés en deux escouades de six personnes sans compter Akira. Celui-ci avait accepté à contrecœur la candidature de Jeya, une sorte de petit dinosaure qui avait l'air encore plus jeune que Pidge, mais c'était l'une de ses meilleurs pilotes. La meilleure derrière Layeni, en fait. Il l'aurait placée aux commandes de l'autre escouade s'il pensait que les autres pilotes auraient respecté son autorité.

Comme il en doutait, il avait affecté Jeya à l'équipe de Layeni avec Ivka et Henrok, les deux réfugiés galras qui s'étaient portés volontaire lors de la bataille de la Terre, et deux pilotes de la Garnison qui, comme Akira, préféraient défendre leur planète plutôt que de suivre les ordres d'une organisation qui s'était alliée à l'Empire Galra (quand bien même ce qui restait du commandement de la Garnison souhaitait défaire les dégâts causés par Iverson).

L'autre escouade était entièrement constituée des hommes d'Anamuri, même si Akira commençait à se douter qu'ils étaient pilotes plus par nécessité que de métier. Ils n'étaient pas mauvais. Ils avaient juste besoin d'entraînement.

De beaucoup d'entraînement.

— Ok, c'est bon, dit Akira en se forçant à adopter un ton léger.

Heureusement qu'il les observait depuis la plate-forme au-dessus du hangar, puisqu'il n'avait pas besoin de retenir ses grimaces.

— Vous pouvez couper les moteurs et allez vous dégourdir les jambes. Je vais aller demander à la princesse Allura quand est-ce qu'on part. Restez prêts à rejoindre le Kera à tout moment.

Quelques pilotes levèrent la main pour signaler qu'ils avaient entendu et Akira éteignit le mégaphone avant de pousser un grand soupir, s'affalant dans la chaise tournante près des contrôles de communication.

— Tu dois te montrer plus ferme avec eux, dit Layeni, se tenant bien droite à côté de lui. Ils se sont enrôlés comme soldats, traite-les comme tels.

Akira ferma les yeux, refusant de prêter attention au mal de crâne qui s'installait.

— Tu as raison, dit-il. Je le sais, mais… je ne suis pas un soldat. Je n'ai jamais eu la patience pour tout le tralala militaire.

— Alors laisse-moi leur serrer la vis.

Akira rouvrit les yeux pour mieux étudier son expression.

— Tu es sérieuse ?

— Bien sûr.

Layeni hésita un moment, puis se décrispa et s'assit à côté de lui.

— Tu n'es pas un sergent instructeur, d'accord. Je vois bien que tu as plus la carrure du leader charismatique. Alors occupe-toi de rallier les troupes avec des discours inspirants et laisse-moi gérer leur entraînement.

Akira ne pouvait pas nier que sa proposition était alléchante, mais il voyait en elle les semaines passées sans se reposer convenablement. Des plis profonds semblaient s'être creusés de façon permanente entre ses sourcils et aux coins des yeux. La peau sombre qui soulignait son regard était gonflée de sommeil et ses mouvements étaient particulièrement lents ce jour-là, comme si elle aurait bien passé quelques heures de plus au lit. Elle s'était rasé la tête après le calvaire infligé par le projet Balméra, ne supportant pas ses cheveux fragiles et abîmés, et ça commençait à peine à repousser.

— Je ne peux pas me reposer entièrement sur toi, dit-il en se redressant. Je– je vais m'y faire.

Layeni ricana.

— Tu n'es pas de taille, Akira. Sans vouloir te juger, ajouta-t-elle en levant les mains. Je ne le suis pas non plus.

— Ouais ?

Elle se frotta les yeux avec un soupir fatigué.

— On parle d'aliens, d'une guerre intergalactique, de cristaux magiques… Je crois que personne ne pourrait gérer tout ça. Discipliner de nouvelles recrues, c'est un truc pour lequel je suis douée. Quelque chose de familier, ce qui est peut-être le plus important. Faut bien faire quelque chose pour éviter de perdre la tête, hein ?

Akira faillit en rire.

— Tu dis ça comme si c'était possible.

Il posa les mains sur ses genoux et secoua la tête.

— Bon, d'accord. Tu es officiellement chargée de l'entraînement. Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour te décharger ailleurs ?

— La maintenance ? suggéra-t-elle. Je me débrouille quand il s'agit de faire des réparations mineures sur les vaisseaux que j'avais par chez moi, mais cette technologie extraterrestre me dépasse complètement. Il va nous falloir au moins un guide de poche sur la mécanique spatiale. Apprends par toi-même ou trouve un expert quelque part, comme tu veux, mais tôt ou tard, les réparations d'urgence vont devenir une priorité qu'on ne saura pas gérer.

Akira hocha la tête.

— Ça, je peux faire.

Il se leva, carra les épaules et fit un signe de tête à Layeni.

— Bonne chance, Lieutenante. Fais-leur en voir de toutes les couleurs.


Ils ne mirent pas longtemps à élaborer un plan, notamment parce qu'à part la présence de pièges à bord de l'Aile ardente relayée par les espions de Keena, ils avaient très peu de détails. Ils ne savaient rien du nombre de vaisseaux déployés par l'ennemi ou si des robeasts ou d'autres armes particulièrement puissantes allaient leur tomber dessus. Ils n'avaient que les coordonnées et assez d'informations pour reconnaître leur cible.

Zarkon semblait avoir fait exprès de cibler ce vaisseau, si bien que Shiro avait dû souligner qu'il avait peut-être découvert l'existence de New Altéa et cherchait à rassembler plus d'informations. Il était donc probable qu'une armée conséquente les attende à la sortie du trou de ver. Après dix minutes, la réunion tactique prit fin, les conseillers allant préparer leurs troupes, Shiro, Allura et Lance discutant de stratégies qui allaient devoir être révisées dès qu'ils auraient évalué la situation sur place.

Kolivan, Amay et Vek avaient tous choisi de les accompagner tandis que Meeran avait rejoint Anamuri pour « commander les troupes new-altéennes ». Il avait laissé auprès d'eux un petit robot pour lui servir de yeux et d'oreilles et Pidge avait déjà commencé à lui faire de l'œil, comme s'iel pensait à s'en emparer pour le décortiquer.

Coran n'irait pas jusqu'à dire que Meeran était lâche de rester en arrière. Il le pensait peut-être, mais il savait qu'il devait mesurer ses propos. Kolivan et Amay étaient cent pour cent du côté de Voltron et Coran pensait probable que Vek se laisse amadouer si cette mission de sauvetage se déroulait bien, mais Meeran était une tout autre affaire.

Enfin, s'inquiéter de ça ne servirait à rien pour le moment. Des vies innocentes étaient en jeu et il incombait à Voltron de les sauver. Les alliances se feraient plus tard.

Tout le monde était déjà en position : les paladins dans leurs lions, Tev et Zelka à leur poste sur la passerelle. Akira était là aussi, faisant les cent pas derrière le poste du paladin noir. Il avait laissé ses pilotes sur Terre, mais il avait insisté pour être présent. Il prendrait les contrôles d'un drone de sécurité une fois le combat commencé et il avait un chasseur paré au décollage au hangar si la situation le demandait.

Les familles des paladins étaient au château ; du moins, ceux qui avaient voulu venir : les parents de Shiro, inquiets de la santé de son grand-père, avaient choisi de rester sur Terre. La plupart étaient dans les étages inférieurs, à faire ce qu'ils pouvaient pour se distraire, mais Karen, Eli, Akani et Rosario avaient rejoint Akira aux postes de contrôle des drones, chacun démontrant des degrés variés de malaise.

— Ça ira, dit Akani, abandonnant le bout de peau qu'elle était en train de ronger autour de son ongle.

Elle posa son regard sur Akira, dont la tenue de vol lui conférait un air d'autorité.

— Pas vrai ?

Il lui sourit.

— Bien sûr. Ils savent ce qu'ils font.

Rosario acquiesça, les doigts serrés sur le siège du paladin bleu.

— Et puis, Lena est avec eux. Elle ne laissera rien leur arriver.

Coran rencontra le regard d'Akira alors qu'il se détournait des autres et y vit se refléter la même appréhension qu'il ressentait.

Ce n'était pas que Coran doutait des capacités des paladins. C'était juste que tout était plus stressant avec leurs familles à bord. Notamment avec les yeux de Karen Holt qui cherchaient à lui transpercer le crâne. Il trouvait difficile de lui reprocher sa colère, mais ça réveillait de vieilles cicatrices en lui. Il avait passé sa vie entouré de paladins, de la famille royale qui partageait un lien spécial avec les lions. Ça ne l'avait jamais dérangé de ne pas ressentir cette connexion. Jusqu'à l'arrivée de cette nouvelle génération, Coran se retrouvant à rester en arrière alors que des enfants menaient le combat.

Il ne pouvait rien y faire. Se raclant la gorge, il activa le canal de communication.

— Vous êtes prêts, paladins ?

— C'est quand tu veux, Coran, lui répondit Shiro. Ramenons ces gens chez eux.

Un petit son amoindri attira le regard de Coran du côté où se tenaient les conseillers. Kolivan restait impassible tandis que Coran allumait le teludav et confirmait les coordonnées, mais Amay s'accrochait à lui comme si elle aurait foncé tête baissée dans le danger si elle le lâchait et Vek semblait sur le point de fondre en larmes.

Coran carra les épaules, resserrant sa prise sur les piédestaux de contrôle.

— Très bien. Allons-y.


Sebastian leva le nez des livres qu'il triait quand le premier laser percuta les défenses du vaisseau. Le bruit n'était pas très fort, si loin dans les profondeurs du château, mais il tendait l'oreille depuis une heure et la soudaine interruption du rythme du château brisa sa tentative de se distraire.

Un autre coup les toucha, émettant comme le son d'une corde de guitare pincée. Mateo s'affala dans son siège, poussant un grognement qui recouvrit le reste.

— Mais Papa, geigna-t-il. On est dans l'espace. Je suis obligé de faire des devoirs de maths ?

Tío Ramon rit doucement en lui ébouriffant les cheveux et Sebastian se détourna, essayant d'ignorer le poids qui s'était installé dans son estomac. Il se dit que c'était une bonne chose que Luz et Mateo soient capables d'ignorer la bataille qui faisait rage dehors. Sebastian ne voudrait leur retirer leur innocence pour rien au monde, même si ses entrailles à lui étaient serrées par la nervosité et la résignation. (C'était peut-être ça le pire : ce sentiment d'insensibilité. Comme si, rien ne pouvant changer le fait que sa sœur et son cousin risquaient leur vie, il valait mieux ne pas perdre d'énergie à s'en inquiéter.)

— Les maths, c'est très important, tu sais, dit Lana, les mains sur les hanches et le sourcil haussé. Tu crois que ton frère aurait pu devenir pilote sans s'y connaître un peu ?

Mateo plissa le nez.

— C'est que des chiffres, dit-il. C'est quoi le rapport avec des vaisseaux spatiaux ?

— Il y a un rapport, et il est plus important que tu ne l'imagines.

Lana marqua une pause, le léger sursaut de son épaule trahissant le fait qu'elle aussi écoutait la bataille. Son sourire se crispa et elle s'installa à côté de Mateo et Tío Ramon.

— Je comprends. Les maths t'ennuient et tu ne vois pas à quoi elles servent. Tu sais, moi non plus je ne révise pas mes tables de multiplication juste pour m'amuser.

— Ah bon ? fit Tío Ramon avec une surprise exagérée qui fit grogner Mateo.

Luz, à l'autre table avec les parents de Sebastian, leva le nez avec un air perdu.

Lana leva les yeux au ciel.

— Bien sûr que non. Il y en a qui arrivent à en faire leur carrière, grand bien leur fasse, mais pas moi. Je dois quand même connaître mes maths. Comprendre comment ça marche. C'est comme… comme…

— Comme les concours d'orthographe, dit Tío Ramon.

Le sourcil haussé de Mateo fit apparaître un bref sourire au coin des lèvres de Sebastian tandis qu'il déplaçait trois nouveaux livres dans la pile de rejet, les trouvant trop simplistes pour Luz et Mateo.

— Les concours d'orthographe, répéta Mateo, dubitatif.

Tío Ramon sourit.

— Oui, les concours d'orthographe ! Tu as toujours détesté ça, je sais, mais ils t'ont appris à épeler de nouveaux mots, fit-il remarquer. Et à les reconnaître dans tes lectures.

Mateo n'avait pas l'air convaincu.

— Et alors ?

Le laser d'après fit grincer une bouche d'aération et Sebastian perdit le fil de l'explication de Tío Ramon sur l'utilité des maths dans la vie de tous les jours. Il regarda l'aération, le malaise lui tordant l'estomac, et attendit. Quoi, il ne le savait pas. Ce n'était pas comme si l'ennemi allait soudainement sortir en rampant du conduit, l'arme au poing.

C'était juste que ça lui paraissait anormal de continuer comme si de rien n'était dans des circonstances pareilles.

Il commençait à regretter de s'être laissé entraîner par ses parents. Il n'avait rien d'un professeur. Il ne savait même pas de quoi on parlait en cours d'anglais au collège. Ils faisaient des listes de vocabulaire ? Des analyses de discours ? Son seul souvenir du collège, c'était un faux journal qu'il avait dû faire après avoir lu Tom Sawyer, et encore, il s'en rappelait seulement parce que sa sœur avait tellement insisté avec les taches de café et les coins brûlés qu'il avait failli tout recommencer.

Il s'était dit qu'il pouvait leur faire étudier des livres. Ça se faisait à l'école, non ?

Sebastian était conscient que cet effort collectif d'enseignement n'était qu'une vaste farce destinée à empêcher les autres d'admettre qu'ils pensaient à la bataille qui faisait rage dehors. Luz et Mateo étaient peut-être vraiment dans l'ignorance, mais les adultes ? Sebastian ne voyait que leurs visages lugubres et leurs regards qui se perdaient dans le vide trop longtemps.

Qui pourrait leur en vouloir ? Leurs enfants (la sœur et le cousin de Sebastian) étaient en train de risquer leur vie pour une poignée d'étrangers. Il était fier de Lance et de Val, dans l'absolu, mais il n'arrivait pas à se faire à l'idée que c'était la réalité.

Il aurait dû aller à la passerelle avec Tía Rosa. Il n'aurait rien accompli de plus, mais au moins, il n'aurait pas eu l'impression d'être une autruche avec la tête dans le sable, prétendant avoir des compétences d'enseignant et dissimulant ses grimaces dès qu'il entendait les barrières gémir.

Mais il ne pouvait pas monter. Il le savait. C'était peut-être difficile de rester ici à ne rien faire d'utile, mais rassembler l'énergie de partir, essayer de se préparer mentalement aux paysages horrifiants de la guerre, c'était beaucoup trop lui demander. Quand Lance avait disparu de la Garnison trois mois plus tôt, Sebastian avait été dévasté. Quand Val l'avait suivi dans le néant, ça l'avait presque détruit. Il y avait des limites à l'angoisse que l'esprit humain pouvait supporter avant de se rompre. Alors que les semaines s'écoulaient et que la triste réalité de la brisure de sa famille s'abattait sur lui comme un voile mortuaire, Sebastian s'était plongé dans une déprime apathique, luttant à se rappeler que se nourrir et s'habiller n'étaient pas que des corvées fastidieuses, que c'était bon pour sa santé.

Il avait désormais retrouvé sa famille, mais l'apathie s'accrochait à lui, formant une faible barrière contre les choses qu'il n'avait pas envie de voir en face. Et il savait, avec cette sorte de certitude qui vous prenait aux tripes, que la seconde où il mettrait les pieds sur la passerelle, cette barrière ne pourrait plus le protéger.

Il n'était pas encore prêt à faire face à la réalité.

Alors il resta là, parcourant des livres qu'il n'avait pas lus depuis dix ans ou plus et sursautant à chaque fois que quelque chose faisait trembler les murs.


Pidge ne pouvait qu'assumer que sa mère avait parlé à Shiro et Allura. Ou c'était peut-être Matt. Ça ne pouvait pas être une coïncidence qu'iel soit cantonné·e au rôle du conducteur pour cette mission.

Non, c'était même pire que ça. Un conducteur avait au moins une tâche à accomplir. Shiro avait littéralement dit à Pidge de rester là et d'attendre.

Iel sentait l'inquiétude de Ryner dans le lien. Ça, et un murmure sirupeux qui semblait lui dire de se calmer. Ryner ne comprenait pas sa frustration. Elle ne voyait pas ce qui clochait dans cette manière de faire, qui ne divergeait pas beaucoup de ce qu'ils faisaient d'habitude. Mais bon, ce n'était pas elle qui se retrouvait soudainement avec une mère surprotectrice sur le dos.

Avant le départ, ils avaient eu un briefing aussi court que la présentation des informations à leur disposition. Un vaisseau new-altéen en danger, une embuscade en cours, voire déjà terminée… Il n'y avait qu'à y aller, botter quelques fesses, sauver une poignée de citoyens reconnaissants. La routine, quoi, pas vrai ?

Bon, peut-être pas. Une scène de carnage les attendait à la sortie du trou de ver. L'Aile ardente était facilement repérable avec son design altéen. On ne pouvait pas la comparer au Château des Lions, bien sûr, mais ses lignes artistiques et l'argent pâle sur lequel les réacteurs jetaient des lueurs turquoise se détachaient nettement de la flotte galra comme un phare au milieu d'une tempête.

Le vaisseau était encerclé, ses attaquants rendant quatre à cinq tirs à ions pour chaque salve de lasers que l'Aile ardente parvenait à lancer. Des chasseurs fourmillaient tout autour de lui comme des mouches autour d'une carcasse, cette comparaison d'autant plus juste que les barrières du vaisseau new-altéen avaient pris une teinte rougeâtre. Elles étaient trouées par endroit et des traînées de cendre noircissaient la coque là où des lasers l'avaient touchée.

Les paladins prirent un instant pour analyser la scène, puis plongèrent dans la mêlée. Black prit les devants, ses lasers créant des points incandescents sous les paupières de Pidge, même avec Green qui filtrait les lumières les plus intenses. Ses tirs cueillirent une bonne partie de la cohue, réduisant des douzaines de chasseurs en poussière ardente.

Puis Blue et Yellow arrivèrent chacune d'un côté, deux marteaux jumeaux qui prirent en tenaille l'un des trois vaisseaux de guerre. Yellow traversa les barrières et la passerelle comme dans du beurre, les écrasant dans un pêle-mêle indescriptible avant que qui que ce soit n'ait le temps de réagir.

Pidge, venant de lancer un programme pour écouter les transmissions galras, vit le moment où la flotte s'aperçut de la nouvelle menace. Il y eut une hausse soudaine des transmissions et Green relaya un sentiment général de panique, avec quelques murmures au sujet de Voltron.

— On dirait que notre réputation se propage, dit-iel en slalomant entre les tirs.

Avec Ryner, la précision de Green était multipliée par dix et elle fila sans peine dans le chaos, le bouclier dans son dos absorbant l'énergie des lasers. (Pidge comprendrait comment ça fonctionnait un jour. Iel le jurait. S'iel pouvait répliquer cette capacité pour l'intégrer à l'armure des paladins… ? Rien que d'y penser, iel en avait des frissons.) Une jauge sur la console se chargeait un peu plus à chaque coup absorbé et quand elle atteignit le max, Pidge déclencha une décharge avec LOKI (techniquement, le « Lanceur d'Orage Kilotonnique » (1), ce qu'iel n'avait pas du tout inventé pour avoir la classe de dire que Loki faisait partie de l'équipe).

Un éclair sortit de la gueule de Green, grillant tous les vaisseaux sur son passage et se propageant de là dans une réaction en chaîne qui réduisit la moitié gauche de la flotte en petits flocons de suie. Red se glissa par l'ouverture ainsi créée, abattant les rescapés en quelques tours du champ de bataille tout en faisant l'état des lieux.

— On dirait que l'Aile ardente a pris un auto-stoppeur, dit Matt d'une voix tendue.

Il activa un levier, laissant les autres voir à travers les yeux de Red. De l'autre côté du vaisseau altéen se trouvait une sorte de boîte accrochée à la coque comme une tique. Un navire d'embarquement. Il se détacha, activant ses réacteurs pour se propulser à l'autre bout du champ de bataille, vers l'un des vaisseaux de guerre.

Shiro marmonna un juron.

— Ils s'en vont, dit-il. Ils doivent avoir pris des prisonniers. Ce n'est rien, on a prévu le coup. Pidge ?

Pendant un instant, iel considéra l'idée de se rebeller. L'équipe de terrain attendait dans son cockpit : Nyma, Meri et une Galra nommée Jana. Au départ, elle était censée mener la protection de la Terre, mais quand elle avait entendu parler du sort de l'Aile ardente, elle avait supplié pour qu'on la laisse leur venir en aide. C'était en rapport avec Wyn, de ce que Pidge avait compris. Apparemment, Jana avait voulu qu'on aille le sauver, mais elle avait essuyé un refus.

Ryner était censée les accompagner tandis que Pidge et Green restaient dans le coin, dissimulés et prêts à les évacuer en vitesse si ça ne se passait pas comme prévu. Mais Pidge était rapide et pouvait se montrer assez têtu·e pour dissuader les autres de perdre leur temps à essayer de lui faire changer d'avis. Si iel le voulait, iel pourrait s'incruster de force dans l'équipe.

La réprimande mentale de Ryner et le désarroi de Green étaient faciles à ignorer, mais les petites poussées de Shiro étaient plus insistantes. Il ne pouvait pas lire dans les pensées de Pidge (du moins, pas sur le papier), mais quand lui et Allura étaient à bord du lion noir, ils avaient accès à une version diluée du lien de Voltron qui leur permettaient d'entrer en contact avec l'esprit des autres paladins, recueillir une partie de leurs intentions et leur insuffler certaines idées.

Là, Shiro lui disait de s'en tenir au plan.

Tu veux que ta mère croie en tes capacités de paladin, lui dit mentalement Ryner, légèrement mordante. Pour ça, il faut que tu agisses comme tel.

La honte lui gratta la peau comme une piqûre d'insecte et iel rentra la tête dans ses épaules pour dissimuler le rougissement qui devait sûrement lui prendre les joues. Ryner avait raison, bien sûr. Foncer tête baissée comme un enfant en plein caprice n'allait pas l'aider. Ça restait très tentant.

— Allons-y, dit Pidge avec un soupir résigné, activant le camouflage.

Ryner sourit et lui envoya une vague de compassion, à laquelle Pidge répondit en levant les yeux au ciel.

Ce n'est pas une punition, lui dit Ryner alors que Green s'accrochait à la coque du vaisseau dans lequel s'était introduit le navire d'embarquement.

Pidge ne rajouta rien. À quoi bon ? Iel savait que ce n'était pas une punition. Sa mère voulait juste qu'iel reste en sécurité, Matt essayait de « voir les choses de son point de vue » et Shiro et Allura faisaient de leur mieux pour n'énerver personne. Green était un bon choix niveau discrétion, Pidge ayant passé près d'une semaine à améliorer son dispositif de camouflage. Il était plus robuste que celui des autres lions et durait plus longtemps. Et ce n'était pas comme si c'était une mauvaise idée de laisser Ryner se charger de l'infiltration.

C'était juste que ça avait toujours été le boulot de Pidge jusqu'à présent et ce changement soudain était déroutant, surtout avec les disputes acerbes qui l'avaient précédé.

— Bonne chance, dit Pidge tandis que les autres fermaient leur casque et plongeaient dans le vaisseau de guerre, Rover les suivant pour lui servir de yeux et d'oreilles.

Pidge resta à sa place, portant son attention sur les scanners. Iel avait pour consigne de ne pas lancer les hostilités tant que les autres ne seraient pas revenus, avec les prisonniers si tout se passe bien. Iel n'avait donc rien de mieux à faire que de bidouiller les systèmes du vaisseau galra. Rover était toujours compatible avec la plupart de leurs dispositifs, ce qui lui permit d'accéder sans peine aux caméras, aux contrôles des portes et aux patrouilles de sentinelles.

Faire tourner en rond leur système de sécurité était une jolie petite distraction, même si Pidge ne pouvait se débarrasser de la petite voix qui lui disait qu'iel donnait plus de grain à moudre à sa famille en faisant ça. Plus iel devenait doué·e pour le piratage à distance, moins iel avait besoin de se trouver dans l'action.

Mais iel ne pouvait pas se tourner les pouces, alors iel continua.

— Je vois les prisonniers, dit-iel en affichant quelques images supplémentaires sur l'écran déjà bien recouvert de Green.

Des sentinelles et une poignée d'officiers galras entouraient un petit groupe de prisonniers. L'image n'était pas de la meilleure qualité, mais Pidge en compta au moins dix. Avec un peu de chance, cela voulait dire que personne n'avait encore été tué.

— On dirait qu'ils les séparent. Comme si– oh.

Pidge sentit son estomac sombrer et iel dut ravaler une montée de bile.

— Parle-nous, Pidge, dit Lance. Qu'est-ce qui se passe ?

— Ils séparent les Altéens des Galras, dit-iel. Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne présage rien de bon.

Quelqu'un poussa un juron coloré, d'une voix trop étouffée pour que Pidge puisse l'identifier. Certainement un membre du conseil.

— Ce ne sont pas les premiers Altéens qu'ils voient, dit sombrement Kolivan. Zarkon compte sûrement les questionner. Il va vouloir découvrir d'où ils viennent.

— Et les Galras ? demanda Lance.

Kolivan ne répondit pas et l'atmosphère s'alourdit.

— Ils vont être exécutés, dit Pidge. Pas vrai ?

Des cris de protestation en provenance du château-vaisseau recouvrirent la confirmation de Kolivan, mais Pidge n'avait pas besoin de l'entendre. C'était évident. À quoi serviraient une poignée de rebelles à l'Empire ? Les survivants altéens avaient bien plus de valeur. Pidge avait envie d'aller les aider, sachant que le temps était limité des deux côtés. Si les Galras étaient voués à être exécutés, ils n'allaient pas être détenus très longtemps ; pas alors qu'ils pourraient répandre la rumeur d'Altéens en liberté. En parallèle, les commandants du vaisseau voudront apporter les Altéens à leurs chefs le plus rapidement possible, avant l'intervention de Voltron.

— On est juste derrière les Altéens, murmura Meri, son appareil de communication haussant le volume de sa voix et la rendant granuleuse.

Pidge pivota vers un autre écran, tapant sur son clavier à toute vitesse.

— Ryner ! Tu as toujours le–

— Je m'en occupe, dit Ryner.

Il y eut un bruit de secousse suivi d'un clic, puis les voix des officiers impériaux s'élevèrent très clairement.

— …rien dit pour l'instant, leur parvint une voix sèche. Mais c'est sûrement à cause du gaz des druides.

Quelqu'un d'autre ricana.

— S'il y a bien une chose sur laquelle tu peux faire confiance aux druides, c'est pour te retourner le cerveau.

— De quoi ils parlent ? demanda Amay. D'une sorte de sédatif ?

Allura émit un son mécontent.

— Je ne sais pas trop. Nous n'avons jamais rencontré ce genre de choses avant. Vos espions n'ont rien rapporté à ce sujet ?

Il y eut un silence, puis Kolivan dit :

— Non. Je vais en parler à notre cheffe des services secrets, mais nous n'en savons pas plus que vous.

À bord du vaisseau, un des gardes poussa une prisonnière devant lui, une jeune altéenne qui s'aplatit contre le mur, se tenant la tête jusqu'à ce que les sentinelles la prennent par les bras pour la forcer à retourner dans le rang.

— Tu crois que les rumeurs sont vraies ? demanda le premier officier. Que ces gens viennent de… ?

— New Altéa, compléta l'autre. J'en suis sûr.

L'inspiration brusque que prirent collectivement les membres du Conseil serra l'estomac de Pidge par pure sympathie et les jurons qui suivirent lui tiraillèrent la peau.

— Quelqu'un nous a trahis, murmura Vek, horrifié·e.

Amay émit un petit son douloureux.

— Un des autres captifs ? Si un seul d'entre eux a parlé sous la torture…

Kolivan ne dit rien, mais Pidge le vit à l'épaule de Coran, le visage sombre. Iel se demanda s'il pensait à la même chose qu'iel : si l'Empire était déjà au courant de l'existence de New Altéa, alors ne pas entrer en guerre ne les protégerait pas. Zarkon les cherchait et ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne débusque leur cachette. Ils devaient se battre, non seulement parce que c'était la bonne chose à faire, mais aussi pour leur propre préservation.

Peut-être que la peur serait le moteur qui forcerait Meeran à agir.

— Meri, dit Allura. Écoute-moi. Vous allez devoir vous séparer. Pidge, garde un œil sur les deux équipes. Tu vas devoir les faire sortir de là avant–

Pidge sentit le tremblement à ses pieds, comme un moteur se mettant à rugir. Ses dents s'entrechoquèrent et un bruit sourd se mit à monter dans ses oreilles. L'épouvante se glissa dans ses veines et iel jeta un œil à son écran là où iel pouvait voir Shiro et Allura.

— Ils préparent un trou de ver, dit Pidge. Ils vont s'enfuir.

Shiro serra les lèvres et Pidge sentit sa réticence dans le lien. Il savait déjà ce qu'iel allait suggérer et n'aimait pas ça. Bien sûr : c'était Shiro, après tout. Mais il savait aussi que Pidge avait raison. Les autres lions étaient occupés à contenir le reste de la flotte, ce qui n'était pas chose facile sans Voltron. Ils pouvaient peut-être se séparer d'un pilote ou deux, mais le temps de rejoindre le vaisseau et d'y pénétrer, le cours de la bataille aurait peut-être bien changé.

— Tu sais que j'ai raison, marmonna Pidge, cherchant déjà les caméras de sécurité, planifiant le chemin le plus court jusqu'au générateur de trous de ver.

Iel avait étudié les plans d'une poignée de modèles, alors iel devrait pouvoir le mettre hors d'état de nuire rapidement. Il fallait juste qu'iel s'en approche.

Shiro soupira.

— De quoi parle-t-iel ? demanda la mère de Pidge, le souffle court. Que compte-t-iel faire ? Pidge ?

Pidge sourit, détestant la culpabilité qui lui rongeait l'estomac.

— Pardon, Maman. Le devoir m'appelle. Shiro ? On a deux minutes max avant qu'ils s'en aillent.

Il hésita encore un instant, puis acquiesça.

— Ok. Vas-y. Et fais attention à toi.


Note de la traductrice :

(1) Oui, j'ai enfin trouvé comment traduire l'acronyme LOKI de la version originale au lieu de le remplacer par THOR. Ça m'aura juste pris deux ans, quoi.