La nuit tombait sur Amon Sûl, et les ombres des ruines s'étiraient sur le sol. Les pierres anciennes, marquées par le temps, formaient des silhouettes imposantes sous la lumière pâle de la lune. Les hobbits, épuisés par les jours de marche, traînaient les pieds en arrivant au pied de la tour. Frodon et Sam, les visages marqués par la fatigue, posèrent leurs sacs à terre avec un soupir de soulagement.
« Enfin un endroit pour se reposer, » murmura Merry, en s'asseyant sur un rocher, frottant ses pieds endoloris.
Pippin, lui, déballa le peu de provisions qu'il restait et, sans attendre, sortit quelques morceaux de lard et du pain. « On va se régaler ce soir ! » dit-il, un sourire fatigué aux lèvres.
Aragorn les observa un instant, son regard passant de Calion aux hobbits. « Reposez-vous ici, » leur dit-il d'une voix grave. « Je vais patrouiller les environs pour m'assurer que tout est en sécurité. »
Calion s'installa près d'un amas de pierres, son couteau en main, prêt à faire le guet. Il leva brièvement les yeux vers Aragorn et hocha la tête, un signe tacite de compréhension. Son regard balaya l'horizon, ses yeux verts captant la lumière des étoiles. L'air se fit plus frais, et il semblait sonder chaque murmure du vent.
Alors que le silence s'installait à nouveau autour d'Amon Sûl, Merry et Pippin, déjà bien rassasiés par leur repas, commencèrent à fredonner une ballade, leurs voix s'élevant trop fort dans la nuit. Leurs rires et leurs chants résonnaient, inconscients du danger.
Calion se redressa brusquement, la mâchoire serrée, et se précipita vers eux, les yeux perçants. « Taisez-vous ! » siffla-t-il en baissant la voix, un éclat d'urgence dans son regard. Il posa une main ferme sur l'épaule de Merry pour le faire asseoir.
Frodon, de son côté, semblait tout aussi tendu. « Vous ne pouvez pas faire autant de bruit ici ! » murmura-t-il, sa voix trahissant l'inquiétude.
Mais il était trop tard. Des cris inhumains, perçants et terrifiants, s'élevèrent dans la nuit, brisant le calme. Calion leva la tête, ses yeux sondant l'obscurité. « Ils nous ont entendus... » murmura-t-il, ses mains se crispant sur la garde de son couteau.
Calion inspira profondément, ses yeux verts se fixant sur l'obscurité grandissante. L'air autour de lui semblait s'épaissir, une tension presque palpable, alors qu'il se préparait mentalement à l'affrontement. Ses sens étaient en alerte, chaque muscle tendu, prêt à réagir.
Les hobbits, paniqués, commencèrent à monter les marches de la tour en hâte. « Non, attendez ! » tenta de les retenir Calion, mais leur panique les poussait en avant, ignorant ses avertissements. Il serra la mâchoire et les suivit, conscient que la position en haut de la tour serait difficile à défendre.
Arrivés en haut, il les rassembla d'un geste ferme. « Restez derrière moi, » ordonna-t-il d'un ton sec. Ses yeux balayaient les ombres qui s'étendaient autour d'eux, cherchant une issue ou une faille.
Calion inspira à nouveau, ses sens en alerte alors que les ombres autour d'eux semblaient se resserrer. L'air était devenu presque oppressant, comme si le monde lui-même retenait son souffle. Il observait les hobbits, maintenant regroupés autour de lui, leurs mains agrippant nerveusement leurs courtes épées. Même s'ils n'avaient pas l'expérience du combat, leurs visages montraient une détermination mêlée de peur.
« Restez bien derrière moi, » répéta-t-il d'un ton ferme. Il se positionna de manière à les protéger de son corps, prêt à parer toute attaque. Frodon s'avança légèrement, ses mains tremblant en tenant son épée. « Je... je ne sais pas me battre, » avoua-t-il d'une voix basse.
Calion posa un regard intense sur lui, mais se retint de répondre sèchement. « Vous n'aurez pas besoin de vous battre, » dit-il. « Restez ensemble, gardez vos lames devant vous, et ne bougez pas, quoi qu'il arrive. »
Sam, à côté de Frodon, hocha la tête, son regard passant des ténèbres à Calion, cherchant un signe de sécurité. « Mais, m'sieur Calion... on peut pas juste fuir ? » demanda-t-il.
« Ils sont déjà là, » répondit Calion en jetant un coup d'œil rapide aux ombres mouvantes en bas de la tour. « Nous n'avons plus le choix. Restez près de moi. »
Merry et Pippin se regardèrent, la peur se lisant clairement dans leurs yeux. Merry, serrant son épée maladroitement, lança un regard à Calion. « Tu penses vraiment qu'on peut s'en sortir ? »
Calion croisa son regard, son visage sévère mais calme. « Oui, » dit-il, même s'il pesait chaque mot avec soin. « Mais seulement si vous restez calmes et suivez mes instructions. » Il sentait la terreur dans leurs yeux, mais il savait que la seule chose qui les maintiendrait en vie serait la discipline.
Soudain, un cri résonna dans la nuit, suivi de plusieurs autres. Les Nazgûls approchaient, leurs voix perçant le silence comme des lames glacées. Calion se tendit, levant une main pour faire signe aux hobbits de reculer encore. « Ne bougez pas, et surtout, ne criez pas, » chuchota-t-il.
Les hobbits obéirent, leurs mains serrées sur leurs épées tremblantes. Calion, sentant la tension grandir, ajusta sa position, ses yeux verts scrutant chaque recoin des ruines. Il murmura presque pour lui-même, ses mots à peine audibles : « Nous devons rester unis. C'est notre seule chance. »
Les hobbits se regardèrent, partageant un moment de solidarité muet. Malgré leur inexpérience et leur peur, ils se resserrèrent autour de Calion, formant une barrière fragile mais déterminée.
La nuit pesait lourdement sur Amon Sûl, et l'atmosphère était chargée de tension. Les Nazgûls se rapprochaient, leurs silhouettes sombres se détachant sur les ruines de la tour. Leur présence aspirait la vie, comme si la terre elle-même se mourait sous leurs pas. Leurs lames brillaient faiblement à la lumière de la lune, semblant tailler l'air avec une lenteur menaçante.
Calion, le visage tendu, scrutait les ombres. Ses yeux, plus perçants que jamais, reflétaient les lueurs des flammes du camp en contrebas. Il inspira profondément, préparant chaque muscle de son corps pour l'affrontement qui se préparait. Ses doigts se refermèrent autour de son grand couteau de chasse. À ses côtés, les hobbits, nerveux, tenaient leurs petites épées, les mains tremblantes. Frodon, Sam, Merry et Pippin étaient regroupés, cherchant du réconfort les uns auprès des autres. L'obscurité qui les enveloppait semblait vivante, réagissant à la peur qu'ils ressentaient.
« Restez derrière moi, » rappela encore Calion d'une voix tendue. Sa concentration était totale, chaque sens en alerte. Il savait que leur position en haut de la tour était difficile à défendre, mais il n'avait pas le choix. Les hobbits échangèrent des regards de terreur, et Sam murmura : « Où est Grand-Pas ? » Sa voix était pleine d'inquiétude, mais Calion restait concentré.
Les Nazgûls se rapprochèrent, leurs formes spectrales se mouvant avec une fluidité surnaturelle. Ils semblaient aspirer la lumière autour d'eux, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre. Le souffle de Calion se fit plus rapide, et l'air autour de lui devint dense, presque palpable. Une tension invisible s'étendit, comme si une force mystérieuse se préparait à éclater.
Les hobbits, sentant le changement d'atmosphère, se serrèrent davantage. Frodon, observant Calion, remarqua l'éclat intense de ses yeux, plus vif que jamais. Il murmura, tentant de cacher sa peur : « Pourquoi ne dégaine-t-il pas son épée ? » Mais aucun d'eux n'osa poser la question à voix haute.
La première attaque des Nazgûls fut rapide. Deux spectres se jetèrent sur Calion, leurs lames fendant l'air. Calion esquiva avec agilité, ripostant d'un coup précis de son couteau. Il se déplaçait avec une grâce féroce, chaque geste mesuré, chaque attaque calculée pour repousser les assauts. Un des spectres tenta de contourner sa défense, mais il pivota avec fluidité, le forçant à reculer.
En haut de la tour, les hobbits tentaient de suivre les mouvements de Calion, mais l'ombre des Nazgûls les entourait, rendant leur vision floue. Pippin, dans un élan de panique, serra sa petite épée, prêt à se défendre, mais ses mains tremblaient visiblement. Merry posa une main rassurante sur son épaule, essayant de lui insuffler du courage.
Les Nazgûls continuèrent leur assaut, se rapprochant de Calion avec une lenteur calculée. L'un d'eux tenta de passer sur le côté pour s'approcher des hobbits. Calion leva sa main libre, concentrant toute sa force. Une onde de pression frappa l'air, repoussant brièvement les spectres. Les hobbits, se tenant derrière lui, sentirent l'air vibrer, un frisson les parcourant.
Mais l'arrivée soudaine d'Aragorn détourna l'attention de Calion. Le rôdeur surgit avec un tison enflammé, sa grande épée étincelant à la lumière des flammes. Il se jeta dans la mêlée, frappant avec précision. En un instant, la tension dans l'air se dissipa.
Aragorn attaqua les spectres avec détermination, balançant son épée dans un arc puissant, le feu illuminant ses traits. Calion se joignit à lui, leurs attaques se combinant pour repousser les Nazgûls. Ensemble, ils formèrent une barrière protectrice, défendant les hobbits qui, derrière eux, suivaient chaque mouvement avec des yeux emplis de crainte et d'espoir.
Lorsque Calion sentit un des Nazgûls se rapprocher dangereusement, il se tendit, chaque muscle de son corps vibrant sous l'effort.
Alors qu'il se battait, un autre Nazgûl fondit sur lui, plus rapide et plus vicieux que les autres. Calion para l'attaque de justesse, ses bras tremblant sous l'impact, son couteau de chasse se heurtant à la lame sinistre de son ennemi. Les yeux du Nazgûl, invisibles sous son capuchon, semblaient le fixer, et une vague de froideur traversa Calion de part en part. Il recula d'un pas, un frisson le parcourant, et un mot s'échappa de ses lèvres, presque inaudible : « Sùladan... »
Le choc se peignit sur son visage, ses traits se durcirent, et son souffle devint plus rapide. Une rage incontrôlable l'envahit, transformant son hésitation en une fureur aveugle. Il se jeta sur le Nazgûl avec une violence décuplée, ses attaques devenant frénétiques, chaque coup porté avec une énergie presque surnaturelle. On aurait dit que ses mouvements étaient animés par une force intérieure, une colère qui éclipsait tout le reste.
Calion concentra ses efforts exclusivement sur ce Nazgûl ignorant les autres spectres qui rôdaient autour. Ses coups étaient plus brutaux, et le son de son couteau heurtant le métal résonnait dans la nuit. Il luttait avec une telle intensité que son souffle se transformait en nuages de vapeur sous l'effort. Les hobbits, terrifiés, observaient en silence, sentant la détermination impitoyable de l'homme qui se battait devant eux.
Le Nazgûl sembla reculer un instant, surpris par l'agressivité soudaine de Calion, mais cela ne fit qu'attiser davantage sa rage. Calion accéléra ses mouvements, frappant encore et encore, ignorant la douleur qui montait dans ses bras et le froid qui l'enveloppait. Son regard, intense et implacable, ne quittait pas un instant son adversaire.
Aragorn, remarquant la violence du combat de Calion et l'acharnement de son compagnon, comprenant qu'il y avait un lien entre Calion et ce spectre en particulier. Calion, les dents serrées, ne lâchait rien, frappant sans relâche, comme si cet ennemi représentait plus qu'une simple menace.
Alors que les deux rôdeurs combattaient côte à côte, l'air autour d'eux se fit de nouveau oppressant, presque suffocant. Calion semblait concentrer toute sa volonté pour repousser le spectre. Le Nazgûl recula enfin, et Calion, haletant, se redressa, ses yeux toujours rivés sur son ennemi.
Calion se battait avec une intensité presque bestiale, sa lame rencontrant celle du Nazgûl qu'il semblait connaître avec une violence inouïe. Ses yeux verts, habituellement calmes, brillaient d'une lueur surnaturelle, comme si une flamme intérieure alimentait sa rage. Aragorn n'avait jamais vu son compagnon se battre avec une telle fureur. Chaque coup de Calion résonnait comme un écho d'une colère ancienne.
Les autres Nazgûls, voyant la résistance acharnée d'Aragorn et la rage incontrôlée de Calion, commencèrent à reculer, leurs formes éthérées se fondant dans les ombres. Calion, cependant, n'en avait pas fini. Il fit un pas en avant, prêt à se lancer à leur poursuite, mais Aragorn le retint, posant fermement une main sur son épaule. « Calion, ça suffit. Nous devons protéger les hobbits. »
Calion se retourna brusquement, son regard incandescent planté dans celui d'Aragorn. Pendant un instant, il parut presque méconnaissable, sa silhouette tendue, ses yeux brillants d'une lueur dangereuse. Aragorn sentit le poids de cette rage et de cette puissance, quelque chose de plus ancien et de plus sombre qu'il n'avait jamais perçu chez son compagnon. « Ils fuient, » murmura Calion, sa voix rauque.
« Et ils reviendront, » répondit Aragorn calmement, sans relâcher son emprise. « Mais pas ce soir. Nous avons un devoir ici. »
Calion, le souffle court, restait figé, ses mains tremblantes encore crispées autour de la garde de son couteau. Sa poitrine se soulevait rapidement, chaque inspiration laborieuse montrant l'effort qu'il venait de fournir. Il sentait son cœur battre à un rythme effréné, son visage couvert d'une fine pellicule de sueur. Ses yeux, encore brillants d'une lueur étrange, semblaient fixer un point au loin, comme s'il peinait à revenir à la réalité.
Lentement, il ferma les yeux, cherchant à apaiser la tempête en lui. Ses muscles, tendus comme des arcs, mirent un long moment à se détendre. L'air autour de lui, chargé de tension, commença peu à peu à redevenir normal, mais le processus semblait difficile, comme si son corps refusait de relâcher cette énergie.
Aragorn, toujours près de lui, le regarda avec une certaine inquiétude, mais resta silencieux, lui laissant le temps de se reprendre. Calion finit par prendre une grande inspiration, essayant de calmer les battements de son cœur. Il essuya son front d'un revers de main, la respiration encore haletante, et évita de croiser le regard des hobbits, qui le fixaient avec un mélange de peur et de curiosité.
« Tout va bien, » murmura-t-il enfin, sa voix rauque, mais ses mots semblaient autant destinés à lui-même qu'aux autres.
« Il est devenu... effrayant, » murmura Merry en regardant Calion avec une crainte nouvelle. Sam hocha la tête, son visage pâle. Frodon, quant à lui, ne put détourner les yeux du rôdeur. Aragorn sentit cette inquiétude et, avec une expression rassurante, il s'approcha des hobbits. « Vous êtes en sécurité pour le moment » dit-il. « Calion est un allié puissant. Vous pouvez compter sur lui. »
Mais malgré ses paroles, Aragorn ne put s'empêcher de jeter un dernier regard à Calion, encore tendu, le visage marqué par une rage qu'il ne comprenait pas.
Les hobbits, épuisés et paniqués, couraient derrière Calion et Aragorn, leurs pieds s'enfonçant dans la terre humide de la forêt. L'obscurité pesait lourdement sur eux, chaque ombre projetée par les arbres tordus semblant être une menace potentielle. Les branches craquaient sous leurs pas, et les murmures du vent ressemblaient à des avertissements chuchotés.
Calion, les traits pâles et le regard fixe, menait la marche. Ses mains tremblaient légèrement, et son visage était tiré par l'effort et le choc de sa propre bestialité dans le récent combat. Sa respiration était encore irrégulière, comme s'il luttait pour retrouver un calme qu'il ne parvenait pas à atteindre. Chaque muscle de son corps semblait encore tendu, prêt à exploser sous la moindre impulsion. Ses yeux, d'habitude vifs, paraissaient perdus, fixant le vide sans vraiment voir ce qui l'entourait.
Aragorn se retourna plusieurs fois pour s'assurer que les hobbits ne se laissaient pas distancer. « Calion, ralentis, ils ne peuvent pas te suivre à ce rythme, » appela-t-il d'un ton grave.
Calion ralentit à contrecœur, jetant un coup d'œil vers eux. Les hobbits, essoufflés et trébuchant sur les racines et pierres du chemin, tentaient de garder la cadence. Sam, toujours protecteur envers Frodon, l'aidait à se redresser après chaque chute. Pippin et Merry, eux aussi fatigués, jetaient des regards inquiets autour d'eux, guettant une éventuelle embuscade.
La forêt semblait se refermer sur eux, les branches noueuses des arbres formant un tunnel naturel. Le sol devenait glissant, et chaque pas semblait les enfoncer davantage dans l'obscurité. Les cris lointains des Nazgûls résonnaient encore dans leurs esprits, un rappel constant du danger qui les traquait.
Soudain, un craquement retentit derrière eux. Les hobbits sursautèrent, se retournant en panique. « Qu'est-ce que c'était ? » s'exclama Merry, serrant son épée courte avec des mains tremblantes.
Aragorn, toujours en tête, leva la main pour leur faire signe de se taire. « Calion, prends la tête. Je reste en arrière pour vérifier. » Calion acquiesça d'un signe de tête, resserrant sa prise sur son couteau de chasse avant de continuer à guider le groupe à travers les ombres mouvantes.
Le groupe avançait dans un silence tendu, et même les chants nocturnes des oiseaux semblaient s'être tus. L'air était froid, presque glacé, et chaque souffle formant des nuages de vapeur autour de leurs visages ajoutait à la sensation d'inquiétude. Calion, toujours frémissant, gardait les yeux rivés devant lui, marchant d'un pas rapide, mais ses gestes trahissaient une nervosité palpable.
« Gardez le rythme, » murmura-t-il, sa voix cassée, alors qu'ils gravissaient un sentier abrupt. Sam et Frodon peinaient à suivre, glissant sur les racines et les pierres humides.
La forêt se faisait de plus en plus dense, et les bruits de leurs pas résonnaient étrangement, se perdant dans l'immensité des bois. Calion serra les dents, son regard perçant sondant chaque ombre, cherchant un signe, une menace, ou même une échappatoire. Il devait garder les hobbits en sécurité, coûte que coûte.
Les jours de fuite se succédèrent dans une suite interminable de paysages austères et inhospitaliers. Ils traversèrent des collines escarpées aux versants rocheux, où chaque pas semblait un effort titanesque. Le vent mordant des hauteurs sifflait à leurs oreilles, s'infiltrant à travers les vêtements déjà usés, glacé par les nuits sans fin. La forêt dense offrait un refuge temporaire, mais ses sentiers tortueux ralentissaient leur progression.
Les hobbits, peu habitués à ces terrains rudes, trébuchaient souvent sur les racines et les pierres, leurs visages marqués par la fatigue et le manque de sommeil. Sam, le plus résilient d'entre eux, tentait de réconforter ses compagnons en plaisantant, mais même ses sourires faiblissaient face à l'épreuve. Merry et Pippin, d'ordinaire si joyeux, perdaient leur enthousiasme, leurs visages se creusant sous l'effet de la faim.
Calion, en tête, maintenait un rythme rapide, ses traits se durcissant à chaque obstacle franchi. L'air sec et froid asséchait sa gorge, mais il n'y prêtait pas attention, concentré sur les moindres sons et mouvements autour de lui. Par moments, son visage se plissait de douleur, mais il ne ralentissait jamais, tirant les autres en avant. Aragorn, derrière lui, observait son ami, inquiet de voir que même Calion, pourtant habitué à l'endurance, montrait des signes de faiblesse.
Les collines se transformaient parfois en vallées embrumées, où l'humidité alourdissait leurs vêtements et s'infiltrait dans leurs os fatigués. Des forêts sombres les enveloppaient, leurs branches noueuses se tendant comme des griffes. À chaque halte, les hobbits s'effondraient, épuisés. Frodon, le visage pâle, cherchait un réconfort impossible, ses yeux exprimant à la fois le doute et la peur. Sam, loyal comme toujours, restait proche de son maître, même si ses épaules s'affaissaient de plus en plus sous le poids du voyage.
Calion veillait, immobile en apparence, mais luttant intérieurement contre l'épuisement. Sa vigilance constante était une épreuve pour ses nerfs déjà tendus. Lorsqu'il prenait son tour de garde, ses yeux verts scrutaient l'horizon, brillants dans la pénombre, tentant de percer les ténèbres. L'air nocturne était glacial, le froid mordant ses doigts, mais il continuait, refusant de céder à la lassitude. Aragorn veillait parfois avec lui, partageant le silence, mais respectant les moments où Calion se perdait dans ses pensées, observant l'obscurité avec une intensité que peu pouvaient comprendre.
Alors que la nuit enveloppait le camp, Calion, assis près du feu, redressa brusquement la tête. Un son ténu, un souffle rapide se rapprochait, presque imperceptible. Ses yeux se plissèrent, et il tendit l'oreille. Sa main glissa lentement vers son couteau de chasse, qu'il sortit avec précaution. Silencieux comme une ombre, il se faufila dans l'obscurité, ses mouvements fluides, son regard fixé sur la silhouette qui approchait à cheval.
La tension était palpable. Calion se positionna, prêt à bondir, chaque muscle tendu. La silhouette se rapprochait encore, mais avant qu'il ne puisse frapper, une main ferme saisit son poignet. C'était Aragorn, qui le fixait d'un regard insistant.
« Pas celui-là, » murmura Aragorn d'une voix basse, mais calme.
Calion se figea, ses yeux verts brillant dans la pénombre, une lueur de confusion et de méfiance y flottant encore. Lentement, il relâcha son emprise sur le couteau, mais resta en alerte, ses sens encore aiguisés.
La cavalière s'avança, ses mouvements gracieux et silencieux. Lorsque la lumière vacillante des flammes révéla son visage, Calion observa, méfiant, l'éclat serein de ses traits. La douceur de ses yeux contrasta avec la noirceur environnante, et son arrivée sembla dissiper un instant l'atmosphère oppressante du camp.
Aragorn relâcha doucement la pression sur le bras de Calion et se tourna vers la nouvelle arrivante, un sourire apaisé se dessinant sur son visage. « Arwen, » dit-il doucement, le soulagement perçant dans sa voix.
Arwen s'avança sous la lumière des flammes, révélant ses traits délicats. Ses cheveux noirs cascadaient sur ses épaules, encadrant un visage lumineux, presque éthéré. Ses yeux, d'un bleu profond, portaient une lueur de douceur et de détermination. Sa présence, sereine et apaisante, contrastait avec la rudesse des lieux. Elle portait une tunique sombre, brodée de motifs elfes, et sa cape légère flottait gracieusement derrière elle, ajoutant une aura de mystère et de noblesse.
Calion observa, toujours en retrait, essayant de deviner la nature de cette rencontre, mais les mots d'Aragorn et la manière dont il l'accueillait ne laissaient aucun doute : cette femme était une alliée.
Il perçut immédiatement une familiarité et une tendresse dans leur échange, des regards et des gestes qui témoignaient d'une complicité bien au-delà d'une simple amitié. Arwen descendit gracieusement de son cheval, son visage illuminé par la lumière des étoiles. Sa beauté éthérée captait l'attention de tous, ses cheveux noirs tombant en cascade sur ses épaules, et ses yeux brillants comme des étoiles dans la nuit.
« Mae govannen, Estel, » murmura-t-elle en elfique, sa voix douce et rassurante.
Aragorn répondit d'un sourire, ses yeux se radoucissant en croisant le regard de l'elfe. « Hannon le, Arwen, » dit-il avec gratitude.
Les hobbits, quant à eux, observaient la scène avec une fascination émerveillée. Sam chuchota à Frodon, sa voix tremblant légèrement : « C'est une elfe... je n'en ai jamais vu d'aussi près. Elle est magnifique. »
Arwen se tourna alors vers eux, ses yeux bienveillants croisant les leurs. Elle s'inclina légèrement, un sourire paisible sur les lèvres. « Mae govannen, perianath, » dit-elle en elfique, les saluant respectueusement.
Frodon et les autres hobbits échangèrent des regards, intimidés mais fascinés par sa présence. Pippin se pencha vers Merry, murmurant : « Elle semble si... irréelle. »
Pendant ce temps, Aragorn expliqua la situation à Arwen, toujours en elfique. « Le porteur de l'Anneau est Frodon. Nous devons le conduire en sécurité. Si tu l'emmènes avec toi, les Nazgûl perdront sa trace. »
Arwen, les sourcils froncés, fit un pas vers Aragorn, ses yeux brillant d'une lueur déterminée. Ses mains se crispèrent autour des rênes de son cheval. « Nan ú-cheniel, » répéta Aragorn, posant une main apaisante sur son épaule. « Frodon doit être mis en sécurité. Si tu l'emmènes, les Nazguls te poursuivront toi, et cela nous laissera du répit. » Sa voix se fit plus douce, presque suppliante.
« Egor ú-esteliach anim ? » demanda-t-elle, sa voix vibrante d'émotion. Elle leva les yeux, cherchant son regard, comme pour évaluer la gravité de la situation. Elle se tenait proche de lui, et ses doigts effleurèrent sa manche, un geste à la fois intime et protecteur.
Aragorn lui répondit en silence d'abord, son regard se durcissant légèrement, comme s'il pesait le danger. « Je te fais confiance plus qu'à quiconque, Arwen, » murmura-t-il finalement. « Mais si tu es seule, tu pourras les distancer. Tu es la plus rapide à cheval, et ils ne pourront pas te suivre. »
Arwen hésita, le combat visible dans ses yeux. Elle serra sa main sur le bras d'Aragorn, un geste empli de tendresse mais aussi de tension. « Gwanno le » finit-elle par dire, sa voix se brisant presque. (Que la chance soit avec toi)
Arwen, ayant conclu son échange avec Aragorn, tourna son regard vers Calion, intriguée par cet homme qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Elle s'approcha doucement, ses mouvements gracieux contrastant avec la tension de la situation. « Je n'ai pas eu l'occasion de te saluer, » dit-elle d'une voix douce, un sourire bienveillant aux lèvres.
Calion se redressa légèrement, ses yeux verts captant les reflets du feu. Il resta silencieux un instant avant de répondre : « Calion, » simplement, son ton neutre et réservé. Il évitait tout contact visuel prolongé, préférant observer les alentours. Arwen le détailla, remarquant la lueur étrange dans ses yeux et l'aura de mystère qui l'entourait.
Les hobbits, fascinés par la présence d'Arwen, chuchotaient entre eux avec des yeux écarquillés. Pippin, visiblement ébahi, demanda à Sam : « Tu crois que ses cheveux sont faits de lumière ? »
Sam haussa les épaules, l'air sérieux. « Peut-être. Ou de la magie des étoiles, comme dans les histoires. » Merry, souriant, ajouta : « Tu crois qu'elle sait ce qu'est un second petit-déjeuner ? »
Frodon, essayant de rester sérieux, répliqua en chuchotant : « Si on veut goûter à la nourriture elfique, Pippin, évite de lui parler de tes tartes. » Ils étouffèrent un rire, éblouis mais amusés par leur propre émerveillement.
Arwen s'avança vers les hobbits, son visage calme mais déterminé. « Je vais emmener Frodon, » dit-elle, « pour détourner les Nazguls. Vous serez en sécurité avec Aragorn et Calion. »
Les protestations ne tardèrent pas. Sam se plaça devant Frodon, l'air farouche. « Non, je ne le laisserai pas partir ! » Merry et Pippin firent écho, leurs voix mêlées de panique. « Pourquoi nous séparer ? C'est insensé ! » ajouta Merry.
Aragorn leva une main pour apaiser le tumulte. « Écoutez-moi, » dit-il d'une voix grave mais calme. « Si les Nazguls suivent Frodon et Arwen, nous aurons un répit. Nous pourrons continuer le voyage sans être poursuivis. Frodon arrivera à Fondcombe en deux jours, tandis que nous en avons encore pour quatre à cinq jours de marche. »
Pippin fronça les sourcils, l'air perdu. « Mais pourquoi elle doit partir seule avec lui ? On devrait rester ensemble ! »
Arwen posa une main apaisante sur l'épaule de Pippin. « Il faut me faire confiance. Je serai plus rapide seule avec Frodon. C'est notre meilleure chance. »
Calion, en retrait, observait la scène sans émotion visible, son regard glissant distraitement vers l'horizon, indifférent aux protestations et aux regards inquiets des hobbits.
Arwen, d'un geste habile, souleva Frodon et le posa devant elle sur son cheval gris. Le hobbit, encore sous le choc, jeta un dernier regard vers ses amis. « On… on se revoit bientôt» balbutia-t-il, une note de peur dans la voix.
« Fais attention, Frodon, » dit Sam, les yeux brillants d'inquiétude. Merry et Pippin lui firent un signe de la main, tentant de cacher leur nervosité.
Arwen lança un regard à Aragorn, un mélange de détermination et de tendresse dans ses yeux. « Aniron garo estel, Estel, » murmura-t-elle (Garde espoir, mon amour). Aragorn acquiesça, le visage grave, mais un sourire léger adoucit ses traits. « Va, Arwen. Nous te rejoindrons. »
Elle fit un signe de tête avant d'éperonner son cheval. Ils partirent en trombe, le vent soulevant les mèches de ses cheveux sombres tandis que les sabots martelaient le sol. Les hobbits restèrent figés, regardant leur ami s'éloigner.
Sam, les poings serrés, murmura : « Que les Valar veillent sur lui... »
Aragorn posa une main rassurante sur l'épaule de Sam. « Il sera en sécurité, Sam. Nous devons rester forts. »
Calion, toujours silencieux, hocha légèrement la tête, son regard fixé sur le chemin qu'avait pris Arwen. « Elle sait ce qu'elle fait. Faisons-lui confiance. »
Les hobbits, bien que toujours inquiets, semblèrent se calmer un peu, se rapprochant d'Aragorn et de Calion pour puiser dans leur force avant de se remettre en route.
