Résumé :
Précédemment : Les paladins ont confronté Lubos et son culte et ont libéré Olkarion du joug de Zarkon, mais cette victoire ne s'est pas fait sans pertes. Zori, un jeune homme appartenant au groupe de Ryner, est mort au combat et les paladins ont un nouveau problème : un espion se trouve au château-vaisseau et a informé le commandement galra de leurs plans de bataille. Côté bonnes nouvelles, Allura et Meri ont trouvé une piste sur un maître pygnar qui pourrait apprendre à Matt et Val à contrôler leur quintessence. Pendant ce temps, à New Altéa, Karen Holt a demandé à Kolivan de lui apprendre à se battre.
Petit avertissement : Mégenrage accidentel dans la scène qui commence après la ligne « Je vous le promets ».
Chapitre 14
Le flot des souvenirs
— J'ai entendu dire que tu as un profil mémoriel partiel qui flotte quelque part dans le coin.
Allura leva le nez de son bloc-notes, quelque peu surprise de trouver Shiro au seuil de la salle de conférence vide qu'elle avait investi pour réfléchir aux informations données par le xénologue olkari. Il y aurait selon lui un maître pygnar encore en vie qui pratiquait toujours les anciens arts dix ans plus tôt. Elle cherchait encore à mettre un frein à ses attentes, mais la victoire était si proche qu'elle n'en trouvait plus le sommeil.
La carte des étoiles qu'elle avait affichée sur le projecteur baignait le visage de Shiro d'une pâle lumière bleue, lui donnant un air fatigué.
Enfin. Il était fatigué. Tout comme Allura. Ils n'avaient pas osé parler ouvertement de la transmission que Hunk avait découverte dans les archives du commandement galra, qui semblait provenir du château-vaisseau. Quelqu'un avait averti l'Empire des plans des paladins, ce qui avait coûté la vie de centaines d'Olkaris.
Ils ne savaient pas encore si c'était un traître, un appareil électronique ou le produit de la sorcellerie d'Haggar. Quoi qu'il en soit, ils n'avaient encore rien dit aux autres et ça leur pesait, au point qu'Allura passa une bonne trentaine de secondes à se demander si Shiro ne cherchait pas à lui dire que les profils mémoriels seraient peut-être un bon moyen d'en parler sans risquer qu'on les entende.
Quand elle reconnut la question sous-jacente de Shiro, qui attendait les bras croisés, elle se mit à rougir.
— C'est vrai, dit-elle. Une bonne nuit de sommeil dans la capsule et il sera même prêt à l'activation. Je devrais peut-être le faire avant de partir.
Elle œilla les différents itinéraires qu'elle avait prévus sur sa carte. Elle voulait rejoindre le maître pygnar au plus vite, mais en évitant d'attirer l'attention. Compte tenu de la présence d'un espion, elle n'était pas sûre que ce soit si important, mais ce n'était pas une raison de faire n'importe quoi.
— Bonne idée, dit Shiro.
Il se crispa, puis baissa la tête en se pinçant l'arête du nez.
— Sans vouloir donner l'air de dire que tu vas mourir lors de cette mission.
Allura rit, éteignant la carte pour s'approcher de Shiro. Elle lui tapota la joue avec un sourire.
— La fatigue de ces derniers jours commence à nous rattraper.
— On dirait bien, fit Shiro avec un petit rire, laissant Allura le guider dans le couloir jusqu'à l'ascenseur. J'ai bien réfléchi. Les profils mémoriels sont une tradition pour les paladins, pas vrai ?
— Nous créons des profils pour tous ceux qui mènent une vie remarquable, ceux auprès de qui on pourrait venir chercher conseil après leur mort. Les paladins ont tendance à rentrer dans cette catégorie et, avec le danger encouru en permanence, il est souvent sage de… prendre des précautions.
Leurs pas résonnaient dans le couloir et, une fois montés dans l'ascenseur, un silence tourmenté les enveloppa. La bataille d'Olkarion avait été sanglante, peut-être la plus sanglante depuis que cette génération de paladins avait été choisie. Ils en avaient tous été secoués et Allura avait aidé à enterrer beaucoup trop de soldats pour ne pas penser à l'éventualité de perdre un de ses amis avant la fin de la guerre. Les profils mémoriels n'étaient pas la solution parfaite, elle en avait conscience, mais c'était mieux que rien.
— Peut-être…
Shiro ne termina pas sa phrase. L'ascenseur bipa, indiquant leur arrivée à l'étage le plus bas du château, mais ni l'un ni l'autre ne fit signe de descendre. Après un moment, Shiro finit par dire ce qu'ils pensaient tous les deux :
— On devrait peut-être tous en faire un.
— Peut-être.
— Ça prend combien de temps ?
— Un jour ou deux.
Les portes commençaient à se refermer, alors Allura appuya sur le bouton pour les garder ouvertes, se tapotant le menton de l'autre main.
— En fait, nous n'avons aucune donnée pour les humains.
Shiro haussa un sourcil.
— Tu dis ça parce que les Altéens vivent plus longtemps ? Parce que vous avez beaucoup plus de souvenirs que nous ?
Allura acquiesça et, quand les portes de l'ascenseur voulurent à nouveau se refermer, elle soupira et sortit, se dirigeant vers les capsules mémorielles.
— De nombreuses espèces à l'espérance de vie courte ont déjà créé un profil mémoriel. Il semblerait que cela ne change pas grand-chose. Les Altéens et d'autres espèces similaires stockent leurs souvenirs de façon plus efficace, ce qui semble faciliter le transfert. Mais il faut toujours se demander s'il n'existe pas une espèce qui se démarquera du lot.
— Et c'est bien dans le genre des humains, dit Shiro. En tout cas, prévoyons au moins un jour pour créer ces profils.
— Il vaut mieux faire ça en plusieurs fois. Cela peut être épuisant, surtout la première fois.
Shiro hocha la tête, songeur.
— Et il faudrait mettre en place un roulement. Autant éviter de nous mettre tous hors-jeu en même temps.
Allura se tourna pour le regarder.
— Tu es sérieusement en train d'y réfléchir, hein ?
— Oui.
Shiro tapota sa prothèse du bout des ongles, puis laissa retomber ses bras le long de son corps.
— Je ne les forcerai pas si l'idée ne leur plaît pas, bien sûr, mais je crois que nous devrions l'évoquer, pour qu'ils y réfléchissent.
La porte de la salle des capsules apparut devant eux et Allura indiqua à Shiro d'entrer. La vue de cette pièce fit un coup au cœur d'Allura, lui coupant momentanément le souffle tandis que Shiro s'avançait pour la découvrir. Ce n'était pas ici qu'elle avait veillé sa mère, avec Coran et Alfor pour seule compagnie, cette pièce ne servant que pour les derniers sacrements puisque les capsules étaient faites pour être aspirées par le vide de l'espace.
Mais les capsules avaient ce même éclat immaculé, les parois reflétant l'aurore des matrices mémorielles à l'intérieur, qui étaient les supports à base de quintessence dans lesquels étaient contenus les souvenirs. Il y avait comme un écho dans cette pièce, qui sentait le désinfectant et la poussière. Cela lui rappelait bien trop celle qui se trouvait à l'autre bout du couloir, la faisant peiner à reprendre contenance.
— Tu vas le faire ? demanda-t-elle, rejoignant Shiro d'un pas volontaire pour s'extraire au passé.
L'éclat d'une matrice mémorielle se reflétait dans son regard.
— Oui, répondit-il. Pas aujourd'hui, je pense, mais… c'est une bonne idée.
— Est-ce que cela t'aiderait de voir les capsules en action ? Je peux appeler Coran pour qu'il me prépare une session.
Shiro la regarda en biais.
— Seulement si tu en as envie.
— J'en ai envie. Trouver ce maître prendra peut-être du temps, et c'est sans compter celui que nous demandera l'entraînement. Je devrais le faire maintenant que j'en ai l'occasion. (Son sourire se tordit.) Et puis, il faut que j'arrête de penser aux autres problèmes. C'est peut-être le meilleur moyen d'y parvenir.
Coran prit quelques minutes pour les rejoindre et Shiro et Allura l'attendirent en silence. Allura regardait les capsules avec nervosité : le transfert de souvenirs était toujours très viscéral et elle avait évité de s'y soumettre en partie parce qu'elle savait qu'elle revivrait une époque où ses parents étaient encore en vie. Les revoir tout en sachant que ce n'était qu'un souvenir allait être douloureux.
Mais elle devait le faire, si bien que quand Coran finit par arriver, elle se força à sourire et à entrer d'un pas confiant dans la capsule. Ce n'était pas une mise en stase comme dans les cryo-capsules. S'il fallait faire la comparaison, c'était comme si elle s'endormait. Son corps lui parut soudainement très léger et elle se retrouva peu après à se laisser porter par le flot de ses souvenirs.
— Ok, je dois savoir.
Val joignit les mains, tapotant ses lèvres de ses doigts croisés.
— Je suis la seule à avoir l'impression qu'on a tous adopté un enfant de douze ans ?
Meri haussa un sourcil, résistant à l'envie de lui rappeler que Wyn était Altéen et vieillissait différemment des humains.
— Ne dis pas ça devant Coran, il va vouloir se battre pour la garde.
Lance s'étouffa sur son cidre et Nyma lui tendit une serviette.
— Je vois ce que tu veux dire, dit Nyma. C'est comme si… on était responsables de lui, hein ? Merde. Ce n'est pas à ça que je me suis engagée.
— Un peu, si, dit Meri en se radossant.
Elle regarda le dôme transparent qui couvrait la pièce. Le château-vaisseau était toujours en orbite autour d'Olkarion, la protégeant provisoirement tandis que le Conseil remettait en marche les défenses de la planète, dont les éclats verts et dorés se reflétaient dans la partie droite du dôme. Meri venait autrefois ici avec Allura, alors elle savait très bien que c'était l'endroit idéal pour un dîner en privé et la contemplation des étoiles ; ou, au cas présent, pour discuter du nouveau lionceau de Blue autour d'un bon verre de cidre frais.
— Les paladins s'engagent à entraîner leurs successeurs. Ça a toujours été comme ça. Certes, c'est la première fois qu'un lion en choisit un aussi tôt et aussi jeune, mais… (Elle haussa les épaules.) Au moins, ça nous donne du temps ?
— C'est vrai, dit Lance, se raclant la gorge avant de boire prudemment un peu de son cidre. Mais ça ne change pas le fait que tôt ou tard, Wyn va remplacer l'un d'entre nous et que c'est notre responsabilité de s'assurer qu'il soit prêt pour ça. Je ne sais pas pour vous, mais je ne sais pas du tout comment m'y prendre.
Nyma haussa les épaules, gardant les yeux rivés sur sa flûte en cristal.
— C'est bien ce que je disais. On ne s'est pas engagés à ça.
Val engloutit le reste de son verre et le posa sur la table, avant de pivoter pour s'allonger sur les genoux de Nyma.
— Peut-être qu'on devrait laisser les choses se faire. Ou alors juste les orienter un peu. On peut l'encourager à passer du temps avec Blue, apprendre à le connaître et, quand il sera prêt, on lui apprend à se défendre ?
Meri agita son verre dans sa direction.
— C'est… en gros ce que j'ai fait avec Lance, sauf que je ne pouvais pas lui faire rencontrer Blue. Et puis, Wyn sait déjà ce qu'est la guerre et en quoi consiste notre boulot. Pas dans les détails, certes, mais il en sait plus que ceux qui demandent habituellement à se mettre sous la tutelle des paladins.
— Parce qu'il a fait l'objet d'expériences pendant presque un an, fit remarquer Lance. Il s'en sort bien, dans le fond, mais ça n'efface pas ce qu'il a subi. On devrait plutôt l'aider là-dessus avant de se lancer dans quoi que ce soit d'autre, non ? Je ne veux pas être celui qui annonce à un enfant traumatisé que l'univers compte sur lui pour le protéger.
Un rire hystérique menaça de s'échapper de la gorge de Meri et elle le parvint à peine à le déguiser en une quinte de toux pour éviter d'attirer l'attention de ses compagnons. Tu ne veux pas impliquer un enfant traumatisé ? pensa-t-elle, regardant le front plissé de Lance. Tu nous as bien regardés ? Quatre-vingt-dix pour cent des membres de cette équipe sont des enfants traumatisés.
Elle savait que ce n'était pas pareil, et pas seulement parce que Wyn était plus jeune. Les paladins actuels avaient été choisis dans l'urgence. Avec l'étendue de l'empire de Zarkon, la force de son armée, les lions n'avaient pas pu attendre l'arrivée de pilotes plus aptes à remplir ce rôle. Elle ne saurait dire si leur choix s'était fait en fonction de leur proximité ou de leur potentiel, mais ça n'avait pas d'importance au final. Les lions devaient choisir, alors c'était ce qu'ils avaient fait.
Wyn avait échappé à ce sentiment d'urgence. Il deviendrait peut-être paladin un jour, mais ça n'avait pas à être tout de suite.
— Lance a raison, dit Meri en lui faisant un signe de tête quand il se tourna pour la regarder, se mordillant les lèvres. Pour l'instant, il faut simplement qu'on soit là pour Wyn s'il a besoin de nous. Si Blue peut l'aider à se remettre, on peut l'encourager. Sinon… Lance, il est déjà à l'aise avec toi.
— Ouais.
— Alors ce sera à toi de prendre les décisions le concernant. Tu le connais mieux que nous et, à mon avis, c'est avec toi qu'il passera le plus de temps. Il ne faudrait pas qu'on l'étouffe en essayant d'apprendre à le connaître tous en même temps.
Lance acquiesça, songeur.
— Ok, mais je fais quoi, au juste ?
— Fais comme si c'était Luz, dit Val. Veille sur lui, aide-le, mais n'étouffe pas sa personnalité.
Elle s'agrippa au bord de la table pour se redresser le temps de lui adresser un regard sérieux.
— Pas besoin de stresser, petit cousin. Tu sais déjà ce que c'est d'être un frère.
— Oh merde, maman !
— Pidge. Pas de gros mots.
Pidge fit la moue en croisant les bras.
— Je crois que j'ai le droit aux gros mots quand ma mère arrive à la réunion de famille avec un œil au beurre noir. Pas vrai ?
Iel jeta un regard en biais à Matt, qui semblait avoir perdu sa langue. Ce que Pidge comprenait parfaitement : leur mère avait l'air de s'être pris un poing dans l'œil, possiblement plus d'une fois, et iel ne voyait pas du tout ce qui avait bien pu lui arriver.
— Non, mais sérieux, maman. Tu t'es battue ?
Karen se racla la gorge, effleurant du bout des doigts la poche sombre sous son œil. Le bleu recouvrait une bonne partie de son visage, colorant son arcade sourcilière jusqu'au bas de sa joue de nuances de bleu, de violet et de quelques touches de jaune. Une coupure sur sa pommette commençait à cicatriser et elle ne put retenir une grimace quand ses doigts passèrent dessus.
— Tu parles de ça ? fit-elle. Ce n'est rien.
— Tu es sûre ? demanda Matt.
— Mais oui. J'ai trébuché sur la table basse cette nuit.
— Et tu t'es donné un coup de poing au passage ? s'écria Pidge d'une voix qui partait dans les aigus.
Leur mère était pleine de surprises (la vidéo d'elle en train de démonter Iverson après la disparition de Val en était la preuve), mais la voir avec un coquard était d'un tout autre niveau.
Karen soupira, lissant ses cheveux devant son œil comme si cela pouvait dissimuler le bleu.
— Que voulez-vous que je vous dise ? Je suis vraiment maladroite à deux heures du matin.
Elle poussa un petit rire qui ne convainquit absolument personne et s'empressa de changer de sujet. L'heure suivante se déroula de façon presque surréelle tandis qu'ils parlaient de Matt qui allait bientôt partir à la recherche d'une sorte de Merlin de l'espace, des derniers projets robotiques de Pidge, des études de droit intergalactique de Karen et des dernières tâches à accomplir à Olkarion, tout en évitant d'aborder l'évidence violacée.
Quand Pidge mit fin à l'appel, iel s'affala sur son siège en fixant l'écran noir.
— C'était bizarre, hein ?
— Trop.
— Est-ce que… Est-ce que maman fait partie du Fight Club ? C'est ça qui est en train de se passer, là ?
Matt poussa un long soupir.
— Sincèrement ? J'en sais rien du tout. Elle a peut-être vraiment trébuché.
Pidge le dévisagea.
— Trébuché. Sérieux ?
— On est dans l'espace ! protesta Matt. Il se passe toujours des trucs bizarres. J'ai des cristaux magiques dans le corps, bordel de vrekt.
Cela fit rire Pidge et iel se passa une main sur le visage.
— Au moins, on est d'accord sur le fait que l'histoire de maman est aussi vraisemblable que des cristaux magiques.
Matt écarta les mains.
— Elle nous cache quelque chose, ça, c'est sûr. Mais tu la connais, plus têtue qu'elle, tu meurs. Même toi, tu ne lui arrives pas à la cheville là-dessus. Elle ne va rien nous dire tant qu'elle n'en aura pas envie.
Malheureusement, il avait raison. Titillé·e par ces questions en suspens, Pidge se remit au travail, réfléchissant à la meilleure façon de tirer les vers du nez de sa mère.
Keith ne savait pas ce qu'il faisait là.
— Fais-moi confiance, lui avait dit Lance, et Keith n'avait pas trouvé de raison de refuser, même s'il avait l'impression qu'il aurait dû.
Même si Rosa et Val l'avaient accueilli avec des sourires chaleureux (des sourires très entendus, avec des regards lourds de sens qui l'avaient mis à fleur de peau). Même si Luz avait hurlé assez fort pour brouiller l'image holographique en le voyant, ayant l'air de vouloir traverser l'écran pour l'enlacer. Même si aucun des autres Mendoza n'avait dit quoi que ce soit pour lui indiquer que sa présence les dérangeait, Keith pouvait le sentir.
Il n'avait pas sa place ici.
Cela se voyait dans leur manière de parler les uns avec les autres, leurs voix s'entremêlant dans un concert de rires et de taquineries que Keith n'arrivait pas à suivre et encore moins à s'en mêler. Cela se voyait aux blagues persos et aux petits débats dépourvus de venin à force d'avoir été répétés pendant des années. Cela se voyait à la façon dont Rosa s'informait des progrès scolaires de Luz et de Mateo, ainsi qu'au front plissé de Val quand Sebastian répondit à sa question par un haussement d'épaules et un faible sourire.
C'était une famille, et même si Keith serait capable de reconnaître que Lance faisait partie de la sienne, il ne pouvait pas en dire autant pour les autres.
Hunk et ses mères s'étaient installés de l'autre côté de la pièce, même si Hunk avait disparu quelques minutes plus tôt. Leur conversation avec l'oncle de Hunk, Eli, avait cette même familiarité que celle des Mendoza, alors qu'elle portait sur la campagne promotionnelle d'Eli.
Hunk revint au pas de course en tirant Akira derrière lui. Akira rencontra le regard de Keith et haussa les sourcils.
— Toi aussi, hein ?
Keith fronça les sourcils, mais Eli avait déjà attiré son attention, se lançant dans un discours sur la Garde de Voltron et sur le bien que cela ferait d'informer l'univers de son existence. Akira devrait peut-être faire une interview, ou filmer leurs entraînements–
Lance piqua les côtes de Keith, le faisant sursauter. Les sourcils froncés, il lui indiqua l'écran, sur lequel Luz s'était penchée avec un grand sourire.
— Pardon, marmonna Keith. Je ne t'ai pas entendue.
— J'ai dit qu'ils ont des peluches de Voltron ici !
Luz prit quelque chose sur la table et l'approcha de la caméra.
— Mateo a eu le lion bleu, mais je m'en fiche, parce que moi, j'ai eu Red, et Red est bien mieux que Blue.
— Luz, fit Ramon en retenant un sourire.
Luz se ratatina sur son siège en faisant la moue.
— Ben quoi ? C'est vrai ! Red crache du feu et c'est la plus rapide.
Keith sentait sur lui le regard intense de Lance, mais quand il se retourna, Lance prétendit s'intéresser à ses ongles. Il se remit aussitôt à le fixer dès que Keith se détourna.
Je ne sais pas ce que tu attends de moi, voulait hurler Keith. Dis-moi pourquoi je suis là. Il rentra sa main dans la poche de sa veste pour frotter le bout de tissu qu'il avait pris dans les stim-toys de Pidge. Ça n'avait l'air de rien comme ça, c'était sûrement un truc qu'iel avait récupéré dans une poubelle ou découpé sur un vieux t-shirt. Mais le tissu était rêche, un peu comme la veste de Lance, et passer ses griffes dessus lui donnait des picotements.
— C'est… cool, dit Keith quand il se rendit compte que Luz attendait une réponse. Je, euh, le dirai à Red. Elle m'aurait sûrement demandé une peluche du lion rouge si elle savait que ça existait.
Le visage de Luz s'éclaira.
— Je lui en donnerai une quand tu viendras nous voir !
Elle pivota, s'accrochant au bras de Ramon.
— Je peux, hein, papa ?
Ramon jeta un œil à Rosa, secouant la tête.
— Je ne vois aucune raison de dire non, pour le coup.
— Cool ! (Luz lança son poing en l'air et reporta son attention sur Keith.) Ça veut dire qu'il faut que tu viennes nous voir ! Red aura son cadeau et tu pourras m'emmener faire un tour dans l'espace !
— Je– quoi ?
Keith voulut protester, ou au moins souligner le fait qu'ils n'allaient sûrement pas revenir à New Altéa de sitôt, mais Luz s'était déjà convaincue que c'était une excellente idée et avait commencé à se disputer avec Mateo, qui pensait que s'envoler avec Lance serait plus cool.
— Ça ne sert à rien de la contredire, lui murmura Lance à l'oreille.
Keith sentit sa fourrure se hérisser tandis qu'un frisson descendait sa colonne vertébrale. Il n'arrivait pas à décider si c'était une sensation plaisante ou non, mais en tout cas, il s'éloigna de Lance, faisant attention à ne pas entrer dans la bulle de Val de l'autre côté. Lance lui sourit, comme s'il n'avait rien remarqué.
— Quand Luz a une idée en tête, c'est impossible de lui faire lâcher l'affaire.
— Oh.
Keith jeta un œil à l'écran, où Luz et Mateo s'étaient séparés du reste de la famille, Mateo se moquant du jouet de Luz. Luz plissa les lèvres, écrasa le pied de Mateo et partit en courant. Ramon soupira et entreprit de calmer Mateo avant qu'il ne se lance à la poursuite de sa sœur.
Keith laissa le reste de la conversation se dérouler sans lui : il était trop occupé à dévisager Lance pour chercher à démêler les fragments d'émotions qui passaient sur son visage. Il n'en tira rien du tout et se perdit dans la texture du tissu de Pidge sous ses griffes jusqu'à ce que les Mendoza se disent au revoir, Rosa et Val se dirigeant vers la sortie en parlant du repas du soir.
Keith prit Lance par le poignet alors qu'il allait les suivre, rabattant les oreilles en arrière quand il se tourna vers lui avec les sourcils haussés.
Hunk et ses mères étaient partis depuis une demi-heure, si bien qu'une fois Val et Rosa sorties, il ne restait plus que Keith et Lance dans la salle de communication, enveloppés d'un lourd silence.
Keith déglutit et se força à rencontrer le regard de Lance.
— C'était quoi, ça ?
— Comment ça ?
— C'est toi qui m'as fait venir, dit Keith, se retenant à peine de gronder. Tu m'observais comme une sentinelle dès que j'ouvrais la bouche. Ce n'était pas mon idée de m'immiscer dans tes affaires de famille.
Lance écarquilla les yeux.
— Wow, wow, wow ! T'immiscer ? Keith. (Lance le prit par les épaules, apaisant la tempête de frustration et de confusion qui faisait rage en lui.) Attends une seconde, tu veux ? Tu ne t'es immiscé nulle part, tu rigoles ? Ma famille t'adore !
— Alors pourquoi tu me regardais comme ça ?
Lance garda le silence un moment. Il se tourna vers l'écran noir en se mordillant la lèvre et dut s'y reprendre à deux fois avant de réussir à parler.
— Blue m'a montré une vision du futur. Enfin, à moi et à Allura. J'en ai parlé à Meri qui m'a dit de ne pas trop me fier à ce genre de visions. Le futur est en constante évolution, blablabla, bref. Mais je suis quasiment sûr que cette vision va se réaliser.
— Ok…
Keith passa son poids d'un pied sur l'autre, se demandant où Lance voulait en venir.
— Et donc, qu'est-ce que tu as vu ?
— Les paladins. De la prochaine génération, on pourrait dire. (Lance se frotta le menton.) Luz pilotait le lion rouge.
— Quoi ?
— …Dans le futur, en tout cas. Allura pense que ça ne sera pas avant au moins dix ans, mais ouais.
Il leva les yeux avec un sourire et, maintenant que Keith savait ce qui se passait dans sa tête (en partie, en tout cas), il voyait l'incertitude dans son regard.
— Désolé de te l'apprendre comme ça. Ma famille t'adore vraiment et tu peux totalement te joindre à nous pour les trucs de famille, si tu veux. Mais c'est vrai que je ne t'ai pas invité sans arrière-pensée, cette fois-ci.
— Parce que…
Keith secoua la tête sans trouver les mots, essayant de se faire à l'idée. La sœur de Lance. Pilotant Red. L'espace d'une seconde, la panique lui noua la gorge. Il ne voulait pas penser à l'idée de piloter sans Matt, ou pire, d'être celui qui était remplacé. Red était un pilier dans sa vie et il ne pouvait pas se résoudre à laisser sa place à ses côtés.
Dans un soupir, Lance se laissa retomber sur un siège, qui pivota lentement. Il reposa la tête sur son dossier.
— Ouais. Il y a de fortes chances que ce soit toi qui l'entraînes. Ou que tu aides Matt à l'entraîner, en tout cas. Et j'arrêtais pas de repenser au fait qu'elle s'était beaucoup attachée à toi dès le début.
Keith sortit de sa torpeur et s'assit à côté de Lance, tapotant son accoudoir.
— Ouais, je suis sûr que Red l'a choisie car elle adore mes oreilles.
Lance ricana, profitant du pivot de sa chaise pour donner une pichenette à l'oreille de Keith.
— C'est un sacré atout si c'est ce qui te permet de trouver de nouveaux paladins.
Keith écarta sa main sans pouvoir se retenir de sourire.
— Alors, j'ai passé ton test ?
— Mon test ?
— C'était bien un test, non ? Pour voir si tu peux me confier ta sœur en toute tranquillité ?
Lance rougit.
— Quoi ? Mais non ! Je te fais confiance ! C'est juste que, euh… Je voulais voir si vous vous entendez bien. Faut bien commencer quelque part, non ?
Keith l'observa pivoter, décortiquant les nœuds d'inquiétude visibles sur son visage.
— Tu as peur.
— Bien sûr que j'ai peur, Keith, on parle de ma sœur. Tu sais ce qu'on affronte tous les jours. Ce n'est pas facile. Je sais qu'elle n'en est pas encore là, mais un jour, elle devra se battre et je vais sûrement être à cran jusque-là.
— Hé.
Keith arrêta la chaise de Lance et se pencha pour rencontrer son regard.
— Je ne laisserai rien lui arriver.
Il se sentit aussitôt stupide d'avoir dit ça. Pourquoi Lance confierait-il la sécurité de sa sœur à quelqu'un d'autre, qui que ce soit ? Et c'était une promesse trop facile à faire. Keith ne pouvait pas savoir où le destin de Luz la mènerait et il ne pouvait pas garantir qu'il serait en mesure de veiller sur elle.
Mais le sourire de Lance s'adoucit, lui plissant les yeux tandis qu'il le regardait. Toute la tension s'était évacuée de son corps et il était affalé sur son siège, la tête penchée vers son épaule. Keith sentit son pouls s'accélérer et recula, se raclant la gorge en s'efforçant de retrouver le contrôle de ses émotions.
— Merci.
Lance parla si bas que Keith faillit le manquer, et il s'immobilisa aussitôt, craignant de rater la suite.
Mais pour une fois, il ne rajouta rien, s'avançant simplement pour l'étreindre brièvement avant de lui tirer le bras pour le relever.
— Allez, viens. On va être en retard pour le dîner.
— Où est Allura ?
Dès l'instant où Hunk posa sa question, Matt abandonna son assiette, parce que c'était ce que tout le monde était en train de se demander. Ce n'était pas comme les paladins ne manquaient jamais de repas ou le prenaient séparément des autres, mais il ne se passait rien d'important en ce moment, alors l'absence d'Allura était étrange. D'autant plus qu'elle était la seule absente. En cas d'urgence, Shiro serait resté avec elle, ou bien Coran si cela concernait le château et, dans les cas les plus généraux, elle ne manquait un repas que quand Meri l'entraînait quelque part à la place.
Matt n'était pas le seul à s'être arrêté de manger. Presque tout le monde s'était tourné vers Shiro, même Akira et les mamans. Seul Coran semblait indifférent à l'interrogation générale, bien qu'il ait haussé un sourcil à l'intention de Shiro comme s'il attendait de voir sa réponse.
Avec un soupir, Shiro s'essuya la bouche et reposa son bol de soupe (une bonne soupe au poulet et au riz préparée par Akani, dont le fumet n'avait pas manqué de faire baver Matt quand elle avait porté la casserole à table).
— Elle est dans une capsule mémorielle au premier étage, dit Shiro. Elle voulait mettre son profil à jour avant son départ.
L'estomac de Matt fit un bond et il serra son accoudoir tandis que le silence se répandait lourdement sur la table comme de la sauce renversée. Il avait bien sûr déjà réfléchi à la probabilité de perdre l'un des leurs pendant la guerre ; lui-même avait déjà frôlé la mort plusieurs fois. Mais c'était différent de s'y préparer quand il n'y avait aucun danger immédiat. Sans l'adrénaline pour repousser le vide existentiel que créait ce genre de réflexion, il se retrouva à fixer sa soupe en essayant de faire le tri dans ses émotions.
— Mais pourquoi faire, bordel ? demanda Pidge, la voix tremblante.
Iel feignait la colère, mais Matt n'avait pas besoin de regarder son expression pour savoir que c'était la peur qui l'habitait. La guerre était une réalité qui s'imposait de plus en plus chaque jour et Pidge avait jusqu'ici évité d'y penser.
Il lui prit la main sous la table.
Tout autour, les autres semblaient réagir aussi vivement à la nouvelle. Hunk avait pâli et serrait sa cuillère si fort que Matt crut qu'il allait la briser. Lance semblait plongé dans ses pensées et Val refusait de lever le nez de son assiette.
Shiro attendit que tout le monde retrouve un semblant de calme avant de se racler la gorge :
— J'ai l'intention de suivre son exemple quand elle sera sortie. Si ça vous intéresse, je suis sûr qu'elle ou Coran pourra vous expliquer comment ça marche.
Hunk releva brusquement la tête, les yeux écarquillés, et ouvrit la bouche comme pour crier au bluff. Mais il ne parvint qu'à pousser un couinement étranglé et Meri lui prit le poignet.
Matt sourit à Pidge, ignorant la nausée qui lui avait pris l'estomac. Ça ne le surprenait pas que Shiro y ait réfléchi. Il était certainement d'avis à ce qu'ils créent tous un profil mémoriel, mais il savait qu'il ne devait pas les forcer. Hunk et Pidge, déjà, seraient contre l'idée, et Matt ne savait pas comment les autres allaient le prendre non plus.
Lui-même ne savait pas trop quoi en penser. Il n'aimait déjà pas beaucoup les capsules cryogéniques et il y avait beaucoup trop de coins sombres dans ses souvenirs pour chercher à leur donner forme. Un jour, peut-être, quand il aurait eu le temps de s'y préparer. Mais pas aujourd'hui.
Le reste du repas se déroula en silence, les quelques tentatives de conversation s'éteignant rapidement. Ensuite, Meri et Ryner accompagnèrent Shiro à la salle des capsules mémorielles. Lance et Val les observèrent s'en aller, semblant en discuter vivement à voix basse. Matt crut qu'ils allaient les suivre, mais ils s'abstinrent. Shay également, jetant un bref regard au groupe qui s'en allait avant de se précipiter derrière Hunk, qui avait rejoint ses mères et s'était affalé sur l'épaule de Lana.
— Tu ne comptes pas les suivre, hein ?
Matt se tourna vers Pidge, qui avait les poings serrés, comme s'iel était prête à se battre. Mais son regard trahissait une autre émotion et Matt se leva pour l'étreindre.
— Non, dit-il. D'accord, je suis un peu curieux de voir comment ça marche, mais je ne suis pas pressé de transférer mon cerveau dans un supercalculateur extraterrestre.
Il marqua une pause, un sourire aux lèvres.
— Quoique, maintenant que je le dis tout haut…
— Tu veux devenir la GlaDOS (1) du château ? ironisa Pidge.
Sa voix tremblait toujours un peu, mais Matt baissa les yeux et vit qu'iel souriait.
— Non.
Il resserra son étreinte et lui ébouriffa les cheveux, ignorant ses protestations.
— En fait, je me disais qu'on devrait se construire des androïdes et se servir de la technologie du château pour y transférer notre conscience de façon à pouvoir vivre éternellement dans nos nouveaux corps bien supérieurs.
Pidge se débattit pour échapper à Matt, les joues rougies par le rire.
— Tu veux devenir un robot pour toujours ? Sérieux ? Au moins, en devenant un hologramme, tu aurais accès au processeur du château. Ce serait toi, le supercalculateur !
— Mais je resterai coincé au château pour l'éternité, fit remarquer Matt. En tant que robot, je pourrais aller où je veux. Mais t'inquiète, je viendrai te rendre visite, sale ermite.
Pidge lui donna un coup de poing dans les côtes sans même prendre la peine de retenir sa force. Matt se plia en deux, se serrant les côtes tandis que son rire se transformait en râle.
— Tu es le pire frère du monde.
— Ça me fait de la peine de devoir te corriger, petit pigeon, mais on dit « le meilleur ».
Iel ricana et lui sauta sur le dos, le forçant à faire quelques pas pour ne pas perdre l'équilibre. Une fois certain qu'il n'allait pas s'écraser la tête la première, il se redressa, passant les bras sous les jambes de Pidge. Iel tendit le bras droit devant en criant « En route vers le labo ! » et Matt lui obéit, courant dans les couloirs du château, le rire de Pidge résonnant dans ses oreilles.
Le cycle d'Allura était sur le point de se terminer quand Ryner et les autres arrivèrent dans la salle des capsules. Coran se dirigea aussitôt vers le panel de contrôle pour afficher le compte-rendu et émit un petit son pensif. Ryner s'approcha de la capsule d'Allura, à côté de laquelle se trouvait un grand cylindre en verre. Une nébuleuse brillait à l'intérieur, remuant doucement tandis que des pulsations lumineuses descendaient d'une flèche en haut du cylindre.
De la quintessence. Ryner pouvait la sentir sans même toucher le verre et quand elle fit, la sensation s'intensifia. Il était rare de trouver de la quintessence aussi raffinée et d'en voir un tissage aussi complexe. Il lui faudrait un long moment pour comprendre le fonctionnement de cette machine, du temps qu'elle n'avait pas pour le moment.
Le cylindre scintilla une nouvelle fois, et ce fut comme si des centaines d'étoiles se rajoutaient à la nébuleuse avant de se contracter pour former une unique veine d'un bleu violacé. Le processus prit fin et un sifflement de vapeur indiqua l'ouverture de la porte. Ryner recula tandis qu'Allura sortait de la capsule. Elle tituba et s'affaissa contre Shiro, qui s'était avancé pour la rattraper.
— Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il, le souffle coupé.
Ce ne fut qu'après qu'il posa la question que Ryner remarqua les larmes sur les joues d'Allura.
Meri, qui s'était attardé à l'entrée de la pièce, s'approcha aussitôt. Elle prit la joue d'Allura, effaçant ses larmes d'une caresse de son pouce.
Allura sourit.
— Je vais bien, dit-elle. Le dernier souvenir était… plus poignant que je ne m'y attendais. Ma mère était là.
Un pli se forma sur le front de Shiro et il continua de dévisager Allura alors qu'elle reprenait pied et cessait de s'appuyer sur lui.
— Je ne savais pas que c'était aussi saisissant.
— Ce n'est pas toujours le cas. Il y a certains souvenirs qui te happent, si tu les laisses faire.
Cela sembla troubler Shiro et il regarda la capsule mémorielle tandis que Coran faisait passer une batterie de tests à Allura. (« Ce n'est qu'une précaution, les rassura-t-il. Il n'y a jamais eu de problème après un transfert de souvenirs, mais ce n'est pas une raison de relâcher notre vigilance. »)
Après quelques instants, Coran confirma qu'Allura était en parfaite santé et tapa dans ses mains, se tournant vers les autres.
— Eh bien, parfait. Vous êtes prêts pour l'aventure, vous trois ?
— On devrait, euh.
Shiro se racla la gorge, baissant les yeux avant de se reprendre aussitôt pour sourire à Coran.
— On devrait faire en sorte de ne pas immobiliser autant de personnes en même temps. Organiser un roulement. Vous ne trouvez pas ?
Allura hocha la tête trop vivement pour être naturelle.
— Shiro a raison. Et de toute manière, il faut qu'on parle… de ce que Hunk a découvert ?
— C'est vrai, dit Shiro en lui faisant un signe de tête avant de se tourner vers Ryner et Meri. Pas besoin de m'attendre.
Il s'attarda un moment, la bouche ouverte comme pour rajouter quelque chose, puis regarda Allura, qui serra la main de Meri avant de le suivre vers la sortie.
Ryner les observa s'en aller sans un mot, le cœur serré. Le visage de Coran s'était également empreint de compassion, mais il le dissimula derrière un sourire en commençant à expliquer comment ils allaient procéder.
— Nous allons commencer par une petite session d'environ une heure, dit-il. Cela vous permettra de poser les bases de votre profil mémoriel et de vous familiariser avec le processus. Nous organiserons des séances plus poussées par la suite.
— Ouais, merci, mais non merci, dit Meri. Je vais le faire d'une traite, si tu n'y vois pas d'inconvénient.
Coran sembla hésiter.
— Tu es sûre ? Ça va te demander beaucoup d'énergie.
— J'ai dix mille ans de quintessence en stock, Coran. Ça ira.
Coran jeta un œil à Ryner, qui ne saurait dire s'il voulait qu'elle raisonne Meri ou s'il se demandait si elle allait suivre son exemple. Elle secoua la tête.
— Une heure me paraît raisonnable.
Il eut un mince sourire, puis prépara les capsules. Ryner se retrouva bientôt enfermée derrière un mur de glace, la quintessence l'enveloppant jusqu'à ce que le monde autour d'elle s'évanouisse. Elle eut l'impression d'avancer quelque part, comme portée par une rivière d'eau vive, des petits bouts de sa vie dansant dans les flots, avant qu'une chose ne s'accroche à elle et ne la tire brusquement sous la surface. Elle plongea dans une scène de son enfance, des tours gigantesques, le ciel bleu et le clignotement des machines attirant son attention çà et là. Elle vit ses parents, bien plus nettement qu'ils ne l'avaient été dans ses souvenirs depuis bien longtemps, et une vague d'émotions inattendue s'empara d'elle.
Elle retomba très vite, le courant l'emportant vers des douzaines d'autres souvenirs.
La honte.
Vive et incontrôlable, elle prit Allura d'assaut dès qu'elle mit les pieds dans le cockpit du lion noir, l'arrêtant net. Devant elle, Shiro s'immobilisa également, ses épaules se soulevant et s'abaissant au rythme des grandes inspirations qu'il prenait pour se calmer. Lentement, le sentiment s'effaça pour n'être plus qu'un murmure.
Allura ne dit rien en suivant Shiro plus loin dans le cockpit. Il s'installa à son poste devant les contrôles et elle posa les mains sur les piédestaux derrière lui. L'esprit du lion noir prit vie aussitôt et les pensées tourbillonnantes de Shiro lui parvinrent, lui serrant la gorge tandis que le cockpit disparaissait autour d'eux.
L'instant d'après, ils se tenaient dans le plan astral, de l'eau jusqu'aux chevilles reflétant les étoiles au-dessus de leur tête. Le Cœur du lion noir était un endroit serein dans lequel les tourments intérieurs de Shiro faisaient très peu de remous.
Calme.
Black ne parlait pas à proprement dire : sa voix semblait provenir à Allura du fond d'elle-même, et elle le ressentit en écho chez Shiro, dont elle se sentait plus proche que jamais. Leurs esprits ne faisaient pas complètement un, mais cela s'en approchait assez pour que le malaise de Shiro et son rejet automatique de la compassion de Black ne la crispe.
Ils se tenaient à une courte distance l'un de l'autre, Shiro vers la patte avant gauche de Black, Allura à sa droite, et quand celle-ci tenta de se rapprocher, Shiro la retint par la pensée.
Black gronda, faisant affluer des images dans leur esprit : Shiro devant la capsule mémorielle, Allura qui pleurait en tombant dans ses bras. Shiro qui dormait dans le lit qu'il partageait avec Matt, se réveillant en sursaut en se serrant la gorge jusqu'à ce que Matt ouvre les yeux. Il prit la main de Shiro et embrassa chacun de ses doigts, murmurant quelque chose qu'Allura n'entendit pas entre chaque baiser. Shiro le regarda, ses yeux perdant doucement leur lueur paniquée tandis que Matt continuait à parsemer de baisers son bras, son cou, sa mâchoire et la cicatrice sur son nez.
Shiro se secoua et le souvenir se brisa en mille morceaux de lumière. Allura cligna des yeux, peinant à retrouver sa concentration tandis que les éclats de lumière rejoignaient le ciel étoilé.
Shiro la regarda, mal à l'aise, alors que lui et Allura avaient déjà parlé de leurs cauchemars.
Tu te connais, dit Black. Tu n'as pas à en avoir honte.
— Nous ne sommes pas là pour parler de ça, dit Shiro d'un ton cassant.
La culpabilité, la honte et l'anxiété prirent Allura à la gorge et elle se rapprocha de Black pour y puiser le calme nécessaire pour les repousser, inspirant profondément jusqu'à ce que les épaules de Shiro se décrispent. La résistance qu'il leur opposait perdit en intensité et Allura réduisit la distance qui les séparait en un instant.
Elle lui toucha le bras, cherchant à lui transmettre qu'elle comprenait. Ces blessures étaient trop fraîches pour qu'on y retouche tout de suite, même en sécurité dans une capsule mémorielle ; Allura le comprenait très bien. Elle fit surgir le souvenir d'une mauvaise nuit passée il n'y avait pas si longtemps, quand Meri n'était pas là pour apaiser ses cauchemars et que l'évocation de son profil mémoriel incomplet lui faisait l'effet d'une main cherchant à l'étouffer.
— Prends tout le temps dont tu as besoin, dit-elle, posant son front contre sa tempe. Nous ne sommes pas pressés.
Il se débattit un instant, mais les désaccords étaient rares et éphémères au sein du Cœur, où le plus vrai de leur âme était révélé sans barrière. Sa honte se retira, rapetissant jusqu'à n'être plus qu'un petit fragment, et Allura le laissa se concentrer sur d'autres préoccupations.
Un espion.
Allura rejeta aussitôt cette notion. Certes, il était possible que l'un des passagers new-altéens les ait rejoint avec des intentions toutes sauf honorables et soit de mèche avec les Galras. Sauf que Nyma avait remarqué des signes d'un espion bien avant qu'ils n'arrivent à New Altéa, ce qui réduisait énormément la liste de suspects.
Le problème était qu'Allura faisait confiance à tous ceux qui se trouvaient sur cette liste et cela lui faisait mal, physiquement, de penser que l'un d'entre eux les ait peut-être trahis.
— Peut-être pas un espion, dit Shiro. Hunk allait se joindre à Pidge pour ratisser le système informatique. Tu as des nouvelles ?
Green dit qu'il leur faut encore un peu de temps. Il y a beaucoup de choses à vérifier.
Allura acquiesça.
— Ils doivent être prudents. Si ce n'est pas dans les ordinateurs, ils doivent faire attention à ne pas trahir l'objet de leurs recherches.
— Et nous avons à peine commencé l'inspection physique. Il pourrait y avoir un micro.
— Qui aurait été installé quand, Shiro ?
Allura soupira, aussitôt désolée de s'être emportée. Shiro et Black répondirent avec compréhension, ce qui la fit sourire. Sourire qu'elle perdit bien vite. Il y avait tant à faire. Tant de risques de catastrophe. Comment pouvait-elle laisser Shiro se débrouiller seul ?
— Non.
Allura fronça les sourcils.
— Ceci est plus important, dit-elle.
— Que de donner à Matt et Val une solution à long terme à leur maladie cristalline ? rétorqua Shiro en haussant un sourcil, ce à quoi Black poussa un grondement approbateur. Trouver le maître pygnar est plus important.
— Mais c'est vraiment nécessaire que je les accompagne ?
Une poussée de peur. Allura se rendit compte, un peu tard, de ce qu'elle venait de proposer. Ce n'était pas que Shiro n'avait pas confiance en Val et Matt pour se débrouiller seuls, mais ils venaient à peine d'échapper aux prisons de l'Empire Galra. Les envoyer quelque part, seuls, sans autre paladin ou lion pour les soutenir… Ce serait chercher les ennuis. Shiro les aurait bien accompagnés, mais contrairement à Allura, il ne pourrait tirer aucun bénéfice d'un entraînement en magie pygnarate.
— Mais ça va aller ? demanda Allura. Pas que je doute de toi, mais–
Shiro fit un geste apaisant.
— Je sais, Allura, dit-il, l'honnêteté perçant dans sa voix.
Il se tourna vers le ciel, l'esprit calme et indolent.
— J'aurai toujours Akira.
Allura poussa un soupir, soulagée, même si elle savait qu'elle n'avait aucune raison de l'être. Il lui semblait arrogant de dire qu'elle et Matt étaient ce qui évitait à Shiro de couler. Ils faisaient partie de son soutien émotionnel, bien sûr, et en grande partie. Mais ce n'était pas comme si le reste de l'équipe n'était pas là pour lui ou que Shiro n'avait personne d'autre à qui se confier.
— On restera en contact, promit Shiro.
Allura acquiesça.
— Et tu iras voir Coran si tu as besoin de parler.
Ce n'était pas une question et Shiro ne s'embarrassa pas d'une réponse. Il était réticent, certes, mais l'inquiétude d'Allura était sincère, tout comme son assentiment. L'équipe s'en sortirait sans elle. Ils trouveraient l'espion, si toutefois il y en avait un, et ils prendraient soin les uns des autres. Shiro saurait se gérer.
Bien, dit Black, sa présence s'étendant pour les envelopper dans un nuage de brume chaleureuse. Tout ira bien.
— Tu es sûre que tu ne veux pas les accompagner ? demanda le commandant Shirogane. Tu peux encore changer d'avis.
Layeni résista à l'envie de lever les yeux au ciel, mais il en fallut de peu. Shirogane ne… correspondait pas vraiment à sa vision d'un commandant. Il était trop amical et s'intéressait trop à son bien-être. Elle apprenait à l'apprécier, mais elle aurait parfois préféré qu'il soit le genre de personnes à respecter l'appel du devoir.
— Commandant, sauf votre respect, j'ai pris ma décision.
— Les cristaux ne te gênent pas ?
L'hésitation dans la voix de Shirogane la mettait sur les nerfs, si bien qu'elle s'arrêta net, joignant les mains dans le dos et levant le menton.
— Permission de parler librement, monsieur.
Shirogane leva les yeux au ciel, mais prit une posture un peu plus digne de son rang et acquiesça.
— Accordée.
Layeni se permit un petit sourire devant le léger ton autoritaire qu'il avait adopté. Bientôt, elle ferait de ce garçon un véritable commandant.
— Akira, dit-elle, abandonnant tout formalisme. Je n'ai pas fait partie du projet Balméra très longtemps et j'ai tout fait pour qu'on me prenne moins pour cible. Je peux te montrer les cicatrices si nécessaire, mais crois-moi quand je te dis que mon cas est loin d'être aussi grave que celui de Holt et de Mendoza. J'ai encore quelques mois avant l'apparition de symptômes et je compte bien les passer à entraîner la Garde.
— Et tu ne crois pas que je pourrais m'en sortir sans toi ? demanda Akira.
Layeni lui fit un sourire à pleines dents.
— Pas le moins du monde, monsieur.
Akira éclata de rire et Layeni s'efforça de mettre de côté son esprit militaire. Le problème, c'était qu'Akira prenait le formalisme comme une marque de déshonnêteté, ce qui se comprenait après ce qui s'était passé à la Garnison, mais ce qui ne lui facilitait pas la tâche. Layeni était en train de lui apprendre à suivre le protocole, mais en attendant qu'il y arrive, elle devait faire des concessions.
— Ce qu'on fait là, agrandir la Garde, l'entraîner, c'est quelque chose qu'il faut que je fasse. Ça m'est nécessaire pour continuer à avancer. C'est une direction. Une liste bien définie de responsabilités et d'attentes.
Elle hésita, puis guida Akira jusqu'à un poste d'observation qui donnait actuellement sur la lune d'Olkarion, teintée d'une lueur rouge cerise par la lumière du soleil.
— Même si j'accompagne Holt, Mendoza et la princesse, à quoi bon ? Apprendre la magie ? Moi ? Je n'ai pas ce genre d'imagination, Akira. Je suis une soldate. Donne-moi des ordres, des exercices. Pas des rêves pour enfants. J'étais heureuse quand je faisais partie de la brigade stellaire. C'était difficile, mais enrichissant, et j'y serais restée de longues années si le projet Balméra n'était jamais arrivé.
— Tu ne leur fais plus confiance, dit Akira. C'est pour ça que tu n'y es pas retournée.
Son ton n'était pas accusateur, simplement compréhensif. Il alla se placer à côté d'elle, appuyant ses coudes sur le petit rebord de la fenêtre.
— Comment être sûre qu'ils ne sont pas comme la Garnison ?
Layeni se passa une main sur le crâne, sur lequel ses cheveux commençaient à peine à repousser. Elle s'était rasée la tête sans hésitation pour le camp d'entraînement, car c'était difficile de s'en entretenir au milieu des exercices brutaux et des réveils inattendus, mais elle avait toujours préféré avoir un peu de longueur. Elle se sentait nue comme ça, et elle se força à laisser retomber sa main avant que le geste n'attire l'attention.
— Je ne sais pas si je peux y retourner, de toute façon. Je ne sais pas quelle version des faits a été présentée après ma disparition, mais si je n'étais pas déjà une déserteuse à leurs yeux, je le suis certainement aujourd'hui.
— Personne ne s'attend à ce que tu y retournes.
— Mon service n'était pas terminé, dit Layeni. Que cela soit justifié ou non, j'ai déserté, et je m'estimerai chanceuse s'ils ne me font pas passer en cour martiale à mon retour.
Akira ne dit rien pendant un moment, regardant la lune. Il poussa un soupir et baissa la tête, se grattant la nuque.
— Ben… Tu veux y retourner ?
Layeni le dévisagea, réprimant l'instinct de lui dire que c'était son devoir d'aller affronter les conséquences de ses actes. Elle pouvait justifier sa désertion tant qu'il restait une guerre plus vaste à mener, mais ensuite…
— Je ne pense pas avoir le choix, dit-elle d'un ton neutre.
Un sourire étira les lèvres d'Akira et il lui jeta un regard en biais.
— Vraiment ? Il y a des centaines de planètes, des milliers de vaisseaux aussi grands qu'une petite ville, voire plus. Et tu dis que tu n'as pas le choix ? (Il claqua de la langue.) Layeni, la moitié de nos effectifs fuit quelque chose ou essaie de trouver un but qui en vaut la peine. Qu'est-ce qui t'empêche de faire ta vie ici après la guerre ?
Cette idée la remplit de culpabilité. De culpabilité et de honte. Elle laissa ces émotions monter, puis les relâcha doucement dans un souffle. La fin de la guerre était encore loin dans le futur ; elle avait le temps de décider ce qu'elle voulait faire. Mais…
— J'aimerais bien, admit-elle.
Akira eut un sourire si suffisant que c'en était presque insupportable.
— Tu vois ? Je sais de quoi je parle.
— Pour une fois, dit Layeni, souriant devant l'air trahi que prit Akira.
Elle lui donna une tape affectueuse à l'épaule.
— Merci, Commandant.
L'expression de Shirogane s'adoucit, avant de se figer dans un masque de neutralité digne de son rang.
— Il n'y a pas de quoi, Lieutenante. Vraiment pas de quoi.
Il était tard, la plupart des résidents du château dormaient déjà. À part une équipe réduite de la Garde et d'ingénieurs (les premiers intervenants si une urgence se déclenchait dans la nuit), il ne restait que Coran, que le sommeil fuyait à nouveau. Il s'était forcé à s'allonger pendant une heure, une enceinte sur sa table de chevet jouant une douce musique de sa planète natale, mais même si son corps s'était détendu aussitôt, son esprit continuait de s'agiter, cataloguant tous les projets en cours, tous les appels de détresse qui figuraient encore sur leur liste de priorités.
Libérer Olkarion avait pris moins de temps que prévu, mais en contrepartie, stabiliser la situation de la planète s'était avéré difficile et Coran était resté le nez collé à la radio de peur de manquer les premiers signes d'une contre-attaque de Zarkon et Haggar. Pouvaient-ils s'impliquer dans un autre combat dans la durée comme sur Olkarion et ainsi risquer de ne pas pouvoir ralentir Zarkon dans son élan ?
Et qu'en était-il de l'espion à bord du château-vaisseau ? Allura lui en avait parlé à voix basse lors d'un tour à Inanimasi et il avait senti son sang se figer. Il avait vu des visages défiler les uns après les autres dans son esprit. Il avait personnellement examiné chaque candidat de New Altéa et culpabilisait d'avoir peut-être ouvert la porte à une taupe, tout en étant outragé de ces accusations. L'équipage du château-vaisseau était modeste ; suffisamment pour avoir formé une sorte de famille. Coran ne voyait pas comment l'un d'entre eux aurait pu les trahir.
Quand il fut clair que ses inquiétudes n'allaient pas le laisser en paix, Coran se leva, brûlant un peu de la quintessence qui fourmillait toujours en lui pour repousser sa fatigue physique. Il remplaça Tev à la passerelle, l'envoyant se coucher en lui disant bien que ça n'allait pas devenir une habitude.
Mais Coran était agité et n'avait pas vraiment de raison de rester sur la passerelle. Il fit donc en sorte que les transmissions et les alertes arrivent directement sur sa tablette et alla se promener. C'était toujours en bougeant qu'il arrivait à démêler ses blocages mentaux les plus complexes, après tout.
La salle des cartes était rarement utilisée. On pouvait déjà faire apparaître des cartes stellaires à la passerelle pour la navigation et la plupart des holo-projecteurs du château étaient capables d'afficher de petites régions de l'espace, ce qui suffisait généralement. La salle des cartes servait surtout aux cours d'astronomie et de navigation et n'avait pas connu de visiteurs depuis la chute d'Altéa.
Jusqu'à ce soir.
Les murs de la salle absorbaient la lumière pour réduire le flou des hologrammes et les projecteurs avaient été conçus pour répliquer les couleurs aussi fidèlement que possible. Une fois la porte fermée, il était facile d'oublier que c'était une image qui vous entourait et de penser à la place que vous avez quitté votre corps pour marcher parmi les étoiles, comme une sorte de divinité cosmique.
Thace se tenait au centre de la pièce à l'arrivée de Coran et sursauta quand la lumière du couloir se déversa par la porte ouverte. Il tendit aussitôt le bras pour s'empresser d'éteindre les projecteurs.
— Je vous demande pardon, dit-il, marmonnant un juron tandis qu'un voyant rouge s'allumait près d'un projecteur, indiquant que le système n'avait pas reconnu sa demande.
— Ce n'est rien, dit Coran avec légèreté, s'avançant pour laisser la porte se refermer derrière lui.
Les étoiles et les planètes semblèrent briller plus fort, ces dernières formant de petits points roses, violets et verts qui se distinguaient nettement parmi les rouges ternes et les bleus pâles des étoiles.
— Je croyais que la pièce s'était allumée toute seule et je venais vérifier. Cette technologie est vieille de dix mille ans, vous savez.
Thace se figea, ses bras levés illuminés par une étoile qui aurait pu tenir dans la paume de sa main.
— Je vois, dit-il, la légère crispation de sa voix laissant paraître son scepticisme. Cela ne dérange personne que je sois là ? J'aurais bien demandé la permission, mais…
Il s'arrêta là et Coran sourit.
— Insomnie ?
— C'est si évident ?
— Seulement parce que c'est un problème que je connais bien.
Coran fit un geste du poignet pour attirer l'attention du système, puis entra une série de coordonnées dans les airs. Il était possible de faire apparaître un clavier digital pour entrer des commandes plus facilement, mais Coran était venu ici assez souvent pour les connaître par cœur.
— C'était l'une des pièces préférées de Lealle, expliqua-t-il tandis que les étoiles dansaient autour d'eux.
Elles se brisaient au contact de Coran et de Thace avant de se reformer de l'autre côté, tournoyant doucement en suivant leur trajectoire habituelle.
— Lealle ? répéta Thace.
Coran sourit alors que la projection s'immobilisait, une petite planète bleue et orange flottant juste devant lui. Le projecteur avait effectué un zoom pour qu'il puisse mieux la voir, si bien qu'une étoile au fond de la pièce faisait presque un mètre de diamètre et dégageait une lumière assez forte pour révéler qui, exactement, occupait les lieux : deux hommes perdus, debout sur un sol quasiment invisible au beau milieu de l'espace.
— C'était le paladin bleu avant la guerre, expliqua Coran, tapotant la planète devant lui pour faire apparaître un petit écran détaillant son climat, sa population et d'autres informations de base. La mère d'Allura, femme du roi Alfor. Elle a grandi à bord d'un navire marchand et ça lui manquait parfois de visiter des planètes distantes quand bon lui semblait. Voltron ne s'éloignait pas trop d'Altéa à l'époque, à moins que l'on reçoive un appel direct d'une planète ne pouvant pas se défendre seule.
» Lealle venait ici pour se rappeler à quel point l'univers était grand. Elle me racontait plein d'histoires sur les mondes qu'elle avait visités ; sur leurs festivals, leur nourriture, leur culture. Elle disait qu'on peut vendre n'importe quoi à n'importe qui, mais pour faire du troc, il faut savoir à qui on a affaire.
— Ce devait être une femme très sensée.
Coran sourit, regardant la planète entre ses mains. C'était Ystresan. Coran était content de voir qu'elle existait encore après tout ce temps et qu'elle semblait prospérer, selon les informations limitées dont il disposait. Trop de planètes de ses souvenirs avaient été réduites en cendres.
— C'est l'une des personnes les plus intelligentes que j'ai connues, dit-il. Elle me manque.
Thace s'approcha en silence, si bien que Coran fut surpris de le retrouver soudainement à côté de lui. Il ne dit rien, se contentant de regarder Ystresan avec Coran, un léger grondement s'échappant de sa gorge à chaque respiration. Ce son fit sourire Coran. Il avait connu assez de Galras de son temps pour y reconnaître une offre de condoléances.
— L'univers a tellement changé quand j'étais en stase, dit Coran, se plaçant de façon à ne pas faire directement face à Thace, ce qui pourrait être vu comme une marque de méfiance.
Les Galras avaient un langage non-verbal tout aussi complexe que subtil ; du moins c'était le cas à l'époque. Keith ne semblait pas le comprendre, ou même l'utiliser, mais les réfugiés de Revinor avaient été plus réceptifs et Coran les avait observés assez longtemps pour moderniser son « argot », pour ainsi dire.
Thace réagit aussitôt, son corps se décrispant tandis qu'il imitait la posture de Coran.
— Mm. C'est comme si vous veniez de vous jeter d'une falaise et que vous attendiez de percuter le sol ?
Coran eut un petit rire un peu soufflé.
— Comme si tout ce que j'ai appris, tout ce pour quoi je me suis entraîné, ne suffit plus.
— Je ne sais pas si cela a jamais suffi, avoua Thace.
Coran pencha la tête de côté avec un petit son encourageant et le visage de Thace fut traversé par des émotions trop nombreuses pour les nommer.
— J'étais un soldat, dit-il. Mes parents étaient sous-officiers de l'armée de Zarkon, si bien que c'est ce que nous avons toujours connu, ma sœur et moi. Nous avons terminé notre formation, décroché nos rangs, fait ce qu'on attendait de nous. Nous ne nous serions jamais engagés de notre propre gré, je pense, mais Keena supportait cette vie moins que moi. Elle a toujours détesté ce qu'on nous demandait de faire. Elle voulait changer les choses.
» C'est ce qu'elle a fait, et je l'ai suivie. Nous avons appris tous seuls à espionner et nous l'avons fait presque tout le long de notre vie adulte.
Thace marqua une pause, touchant la cicatrice qui marrait le côté droit de son visage.
— J'ai toujours cru que je mourrais au service de l'Entente. Je n'avais pas prévu d'y survivre et je n'ai jamais réfléchi à la suite, aux conséquences.
Coran sentit son cœur se serrer. La voix de Thace trahissait une solitude que Coran ne connaissait que trop bien. Ils avaient eu des vies bien différentes, mais ils s'étaient tous les deux entièrement dévoués à un devoir qu'ils ne pouvaient plus remplir et ils avaient perdu tous les soutiens sur lesquels ils auraient pu retomber. Ils dérivaient, mais ils étaient trop investis dans cette guerre, trop attachés à leurs obligations, pour se retirer des lignes de front.
Coran tendit la main, troublant l'image d'Ystresan, pour la poser sur l'épaule de Thace.
— Eh bien, dit-il. Nous ne pouvons pas revenir en arrière et vivre nos vies différemment, mais nous ne sommes pas encore morts, n'est-ce pas ?
— J'imagine, dit Thace, un sourire ironique aux lèvres.
Coran hocha la tête.
— Alors tant que nous ne pouvons pas trouver le sommeil, nous pouvons nous tenir compagnie. Avez-vous déjà joué à l'eshet ?
— Non. Qu'est-ce que c'est ?
— Un jeu de stratégie ?
Coran se pencha, la main en coupe autour de sa bouche.
— Je suis l'un des meilleurs joueurs du coin, si ça vous dit de relever le défi.
Une étincelle compétitive se mit à briller dans le regard de Thace et il eut un sourire narquois.
— D'accord, dit-il. Mais j'ai une condition.
— Dites-moi.
— Ne soyez pas mauvais perdant.
Ces mots, et peut-être surtout le ton présomptueux qui les accompagnait, fit éclater de rire Coran, et il donna une grande tape dans le dos de Thace avant de se diriger vers la sortie.
— Ne vous inquiétez pas. Je ne pense pas que la question se posera.
— Vous devez m'emmener.
Allura regarda Edi, bouche bée.
— Tu veux venir avec nous ?
Elle jeta un œil à Val et Matt, qui étaient tout aussi stupéfaits. Ils étaient devant le petit vaisseau épuré qu'ils comptaient prendre pour leur quête, avec les autres paladins et Rosario rassemblés pour leur dire au revoir. Meri venait de sortir de la capsule mémorielle, le regard hanté, et elle restait dans le coin tandis qu'Allura terminait ses préparatifs.
Lance se pencha à l'oreille d'Allura :
— Les Galras peuvent faire de la magie ?
— Je ne sais pas, avoua Allura.
Elle hésita, puis s'agenouilla devant Edi.
— Tout le monde ne peut pas apprendre les arts pygnarats. Tu le sais, n'est-ce pas ?
— Les druides peuvent faire de la magie, répliqua Edi.
Allura devait bien lui concéder ce point, même si la magie druidique était bien différente de ce que les Pygnars enseignaient.
— Pourquoi insistes-tu pour nous accompagner ?
Edi haussa les épaules, frottant le bout de son pied sur le sol.
— Je sais pas… J'ai juste envie d'agir. De faire un truc important.
Allura leva les yeux, rencontrant le regard de Shiro. Il était au courant de la vision que le lion bleu lui avait donnée d'Edi en armure de paladin noir. Il avait l'air partagé, mais comme Allura, ce n'était pas un non catégorique.
— En as-tu parlé à Zelka ? demanda Allura à Edi, qui tressaillit.
Les enfants de Revinor étaient pour la plupart des orphelins ou avaient été déshérités par leurs parents lors de leur exil. Les autres prisonniers les avaient adoptés et Zelka était de bien des façons la matriarche de ce petit clan recomposé. Hava Zelka, l'appelaient les enfants. Grand-mère Zelka.
Allura soupira, puis se dirigea vers le poste de communication sur le mur pour appeler la passerelle, où Zelka montait la garde. Elle garda un visage de marbre tandis qu'Allura lui exposait la situation et haussa un sourcil à l'intention d'Edi, dont les oreilles ne pouvaient pas s'empêcher de bouger en attendant le verdict.
— Edita, finit par dire Zelka. Je dois m'entretenir avec la princesse en privé. Peux-tu nous laisser seules ?
Les oreilles d'Edi se plaquèrent contre son crâne, mais elle acquiesça et rejoignit Keith et Matt, qui se disaient au revoir. Keith sursauta quand elle s'accrocha à sa taille, enfouissant son visage dans sa veste. Il la regarda avec un mélange de panique et de stupéfaction. Matt éclata de rire, ce qui fit sourire Allura.
Elle se refroidit en se tournant à nouveau vers Zelka.
— Je sais que c'est soudain.
— Peut-être, dit Zelka. Cela couvait chez les jeunes depuis que vous nous avez libérés.
— Si vous préférez qu'elle ne vienne pas–
Zelka fit non de la tête.
— Ce que je préfère n'a pas d'importance. Ces enfants ont été prisonniers pendant longtemps. Je ne veux pas qu'ils se sentent coincés ici.
— Alors vous voulez bien qu'elle vienne ?
— Cela dépend, dit Zelka. Pensez-vous rencontrer des ennuis ?
Allura hésita.
— Nous sommes des paladins de Voltron. Nous devons toujours être préparés à nous battre. Nous avons espoir d'être assez discrets pour éviter d'attirer l'attention de Zarkon, mais je ne peux rien garantir.
Zelka n'eut pas l'air surprise outre-mesure.
— Le danger court partout ces temps-ci. Elle sera moins protégée avec vous, tout en risquant moins d'être mêlée à un combat. Le château-vaisseau est mieux défendu, mais connaît des batailles régulières. Qui peut dire où elle sera le plus en sécurité ? La vraie question, c'est de savoir si vous êtes prête à assumer sa responsabilité.
Allura ouvrit la bouche pour dire qu'elle n'était pas prête, pas le moins du monde. Mais elle s'interrompit quand Black poussa un grondement distant. Ils se trouvaient dans le hangar de la Garde, puisque le vaisseau qu'ils empruntaient appartenait à leur flotte, mais même d'aussi loin, la présence de Black était claire dans son esprit.
Edi était déjà sous la responsabilité d'Allura. Black l'avait choisie, ou le ferait un jour. Allura pouvait déjà lire la détermination d'Edi, voir son cœur qui savait exactement ce qu'il voulait et n'avait pas peur de s'en saisir. Serait-il vraiment bénéfique de garder Edi enfermée ici, loin du moindre danger ?
Ou serait-il mieux de l'emmener, de lui apprendre à être prudente, à surmonter les défis qu'elle rencontrerait ? Les Olkaris leur avaient indiqué une région calme de l'espace, quasiment intouchée par le règne de Zarkon. Le maître qu'ils cherchaient ne s'était pas fait repéré jusque-là. Selon toute vraisemblance, la seule menace qu'Edi risquait de rencontrer en les accompagnant serait un ennui mortel, si jamais il s'avérait qu'elle n'avait pas le don pour la magie.
Somme toute, c'était l'occasion idéale d'apprendre à la connaître et d'analyser sa façon de se comporter quand on la laissait livrée à elle-même.
Allura rencontra le regard de Zelka et fut surprise de la voir sourire avec une certaine mélancolie.
— Prenez soin d'elle, Princesse, dit Zelka. C'est tout ce que je vous demande.
La gorge d'Allura se serra, mais elle garda son calme en acquiesçant.
— Je vous la ramènerai saine et sauve. Je vous le promets.
Sam sourit tandis que Rolo se matérialisait dans l'espace qu'ils occupaient en quittant leur corps. Ce n'était pas vraiment le monde réel, mais ça ne s'en détachait pas complètement non plus. Le corps de Rolo était une nouvelle fois allongé sur la table à l'intérieur du tube métallique qui opérait la séparation.
L'esprit de Rolo, quant à lui, se tenait actuellement à trois mètres de là, en train de regarder son corps, l'air partagé entre le rire et l'hystérie.
— Ça fait bizarre, hein ? dit Sam en s'avançant.
Rolo pivota, les yeux écarquillés.
— Sam ? Qu'est-ce que tu fais là ? Comment t'es sorti ?
Il pâlit, se tournant vers les deux druides qui surveillaient l'expérience.
— Vrekt.
Il poussa Sam dans un coin sombre de la pièce où les druides ne pourraient pas les voir.
Sam se laissa entraîner, même s'il n'y avait aucun risque qu'ils soient repérés. Une semaine s'était écoulée depuis sa première rencontre avec Rolo dans cet espace et les druides étaient restés étrangement calmes dans l'intervalle. Sam avait passé le plus clair de son temps à observer Rolo, attendant de voir s'il ressortirait encore de son corps.
Il aurait dû se douter que ça ne se passerait pas comme ça. Il lui avait fallu plusieurs excursions forcées avant de pouvoir le faire de façon spontanée ; Rolo pensait certainement que la dernière fois n'était qu'un rêve.
Ils venaient juste d'atteindre le couvert des machines au bout de la pièce quand Rolo se figea, raffermissant sa prise sur le bras de Sam. De son autre main, il parcourut les contours de sa jambe depuis la hanche jusqu'au genou. Il tituba, puis souleva son pantalon (un bout de tissu abîmé de couleur marron, calé dans une bonne paire de bottes). En dessous, Sam aperçut une prothèse mécanique qui, sans être aussi élégante que certains designs qu'il avait vu sur Terre, était visiblement bien entretenue.
— On est où ? murmura Rolo. Qu'est-ce qui se passe ?
— Je serais incapable de te l'expliquer en détail, dit Sam, pivotant et s'asseyant dos à la machine la plus proche.
Ses circuits semblaient l'appeler, comme une sorte de conscience qui s'éveillait quand il était à proximité, mais Sam repoussa cette part de lui et tapota le sol à côté de lui. Rolo s'assit, un voyant lumineux sur la machine frémissant avant de s'éteindre. Rolo regarda le phénomène, le front plissé.
— Ce que je sais, c'est que les expériences des druides visent à séparer notre quintessence de notre corps. Il s'avère que, ce faisant, l'esprit ressort également et, euh… se balade. C'est ce que nous sommes.
Rolo détourna le regard de la machine, les sourcils froncés.
— Des esprits ?
— Des consciences, si tu préfères. S'ils continuent à faire ces expériences sur toi, tu pourras éventuellement sortir de ton corps quand tu le voudras. Tu ne pourras pas t'en éloigner beaucoup, même si je me suis entraîné à allonger ma portée.
— Pourquoi ?
Sam haussa les épaules.
— C'est mieux que de rester assis à rien faire en attendant que la mort arrive. Et puis, cet… état, peu importe comment tu veux l'appeler, a quelques avantages.
Sam posa la main à plat sur la machine, son esprit se déroulant dans ses circuits. Il se concentra sur les voyants lumineux entre lui et Rolo, les allumant un par un.
— C'est de la technopathie. La première chose à faire est d'apprendre à la contrôler. Les Galras savent que ce qu'ils nous font nous permet de bousiller leurs machines. Mais ils n'ont pas remarqué l'étendue de mes capacités, si bien que j'ai pu fouiller leurs dossiers sans qu'ils ne s'en aperçoivent.
— Wow, fit Rolo, se passant une main dans les cheveux. C'est… euh.
— Ce n'est pas tout.
Sam sortit de la machine, le cœur battant à tout rompre. C'était une sensation étrange, surtout quand il savait que tout se passait dans sa tête. Il n'avait pas de corps et pouvait même contrôler à un certain degré son apparence. Mais son esprit était habitué à certaines réactions physiologiques, si bien qu'il en faisait encore l'expérience quand il s'y attendait. Il inspira, se forçant à y aller par étapes.
— Les druides ne savent pas que leurs expériences nous permettent de sortir de notre corps. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils ne sont pas au courant que notre conscience forme une entité distincte de notre corps et de notre quintessence ou s'ils croient que nous ne sommes pas assez lucides pour le faire. En tout cas, ils ne nous surveillent pas. Quand nous sommes dans cet état, nous pouvons parler librement.
Rolo le regarda, bouche bée, comprenant ce que cela voulait dire.
— Alors–
— Je t'aiderai à comprendre comment ça marche, bien sûr, dit Sam. Mais d'abord… je t'en prie, je dois savoir. As-tu rencontré mon fils ?
Rolo hocha lentement la tête.
— Matt Holt, c'est ça ?
Le souffle de Sam se coupa, un nœud d'émotions se formant dans sa gorge.
— Oui.
— Si c'est bien celui à qui je pense, alors ouais. C'est un paladin de Voltron. Lui et son adelphe… Pidge ?
Pidge. Sam se frotta les yeux, conscient que s'il s'était trouvé dans son corps, il serait en train de pleurer. C'était un nom qu'il n'avait pas entendu depuis très longtemps. Pidge. C'était le surnom que Matt donnait parfois à Katie. Elle l'avait toujours détesté, mais ça ne pouvait être personne d'autre. Sam ne savait pas ce qu'elle faisait dans l'espace, comment elle était devenue paladin de Voltron. Il aurait cru que cette nouvelle l'aurait contrarié, mais ce n'était pas possible. Ce n'était tout simplement pas possible, maintenant qu'il venait d'obtenir la preuve que son fils avait échappé à la captivité, avait pu rentrer à la maison, au moins pour un temps.
— Que– ? (Sam se racla la gorge.) Quelqu'un d'autre s'est fait capturer en même temps que nous. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais il était encore avec Matt quand nous avons été séparés. Son nom est Takashi Shirogane.
— Shiro ? (Le visage de Rolo s'éclaira.) Ouais. Il est avec Matt et Pidge.
Le soulagement se déversa dans les veines de Sam, brouillant sa conscience. C'était difficile de se concentrer sur le maintien de cet état en apprenant des nouvelles pareilles.
Ils s'étaient échappés. Ils avaient réussi.
— Mon dieu, murmura Sam, la voix tremblante.
Rolo lui prit le poignet, visiblement inquiet, mais Sam le rassura d'un sourire. Il avait l'impression qu'on gonflait sa poitrine d'hélium et qu'il allait s'envoler à tout moment, comme un ballon prêt à éclater. Il était en enfer et il devait protéger Rolo, mais au moins, Shiro et Matt avaient échappé à ce destin.
Cette information à elle seule valait tout ce qu'il avait enduré ici.
(1) Intelligence artificielle du jeu vidéo Portal.
NdT : Un nouveau fanart de Matt est visible sur Tumblr :)
