Précédemment : Notre petite équipe de sorciers a enfin pu poser ses Questions. Allura a demandé la raison de la fondation d'Oriande, Edi si les Galras pouvaient apprendre la magie et Val un moyen de trouver ceux qu'ils cherchaient. Ensuite, ils sont rentrés au château-vaisseau et ont aussitôt appris que Pidge et Ryner venaient de réchapper à un combat contre une copie maléfique du lion vert. Après que le chaos soit retombé, toute l'équipe est allée installer l'appareil de fusion de l'esprit pour que Matt puisse leur montrer ce qu'il avait appris à Oriande concernant le début de la guerre.

Avertissements pour ce chapitre : rien de super intense (tout ou presque se passe en off), mais il y a plusieurs mentions de désastres naturels, d'émeutes, de guérilla et de vieux enfoirés riches ou au pouvoir.


Chapitre 29

Avant la guerre

Une certaine tension pesait sur la salle d'entraînement tandis que Coran vérifiait une dernière fois l'installation de l'appareil de fusion de l'esprit. Il avait fallu un moment de délibération de la part de plusieurs résidents du château, bien que tous s'étaient tacitement mis d'accord pour s'en remettre à Allura si jamais elle décidait que ça ne nécessitait pas de public, mais ils avaient finalement convenu qu'il valait mieux inclure tout le monde dès le début plutôt que de forcer qui que ce soit à relayer ce qui s'annonçait comme un sacré lot de souffrance.

Lealle.

Dans les souvenirs de Coran, c'était une femme joyeuse, lumineuse et généreuse, toujours prête à offrir un câlin. Elle était, de bien des façons, la meilleure d'entre eux, et c'était sa mort qui avait fait le plus de mal à Coran. Il savait que le passé de Zarkon ne contenait que de la douleur. Celui d'Alfor… Coran suspectait qu'il ne connaissait pas toute l'histoire. Mais il ne pouvait pas imaginer ce que Matt pouvait avoir vu ou entendu au sujet de Lealle que lui-même ne savait pas déjà. Elle n'avait jamais été du genre à dissimuler quoi que ce soit.

Le fait qu'il s'agissait des parents d'Allura qui seraient jugés ici, pour ainsi dire, jetait une ombre sur la salle. Ils avaient limité le public aux paladins et leurs adjuvants, soit les plus directement concernés par le passé de Voltron, mais ça faisait tout de même quatorze personnes disposées sur des chaises, des coussins ou à même le sol. Matt et Keith restaient ensemble, Keith ayant évidemment une idée de ce qui se passait dans la tête de Matt. Shiro et Akira étaient de chaque côté des paladins rouges. Ils ne s'éloignaient pas d'un iota, échangeant des regards inquiets, sans pour autant chercher à les toucher ou leur parler. (Shiro avait déjà essayé plusieurs fois avec Matt et n'en avait tiré que quelques grognements peu amènes.)

Allura était assise à côté de Shiro, les genoux serrés contre son torse. Elle observait Matt, le visage dénué d'expression, mais Coran n'avait pas besoin d'être son adjuvant pour sentir la peur qui s'échappait d'elle par vagues. Elle avait idolâtré ses parents et, même si elle avait commencé à douter de son père ces derniers mois, Coran doutait qu'elle ait jamais cessé de le voir comme un héros.

— Ça devrait être bon, dit Ryner.

Même sa voix basse suffit à trancher le lourd silence et Coran ne put s'empêcher de grimacer alors que plusieurs regards se tournaient dans leur direction.

Le problème de l'appareil de fusion de l'esprit était qu'il n'était censé fusionner que cinq esprits à la fois, soit une formation complète de paladins, du moins au sens où on la considérait complète à l'époque de sa construction. Les paladins actuels ne l'avaient utilisé que par paires depuis l'extension de l'équipe et Coran ne voulait prendre aucun risque avec quatorze esprits à la fois. Aussi, lui et Ryner avaient modifié les paramètres pour que la fusion ne soit que partielle. Ce serait plus une projection mentale qu'autre chose, en réalité. Ryner avait recruté le lion vert pour les aider et ils avaient fait appel aux capacités de réseau psychique du programme de traduction pour inclure tout le groupe dans le lien et ne laisser qu'à Matt la possibilité de projeter ses pensées.

Coran jeta un œil aux résultats du calibrage, puis carra les épaules.

— Très bien, dit-il. Nous sommes prêts.

Allura sortit de sa coquille aussitôt, se redressant et dévisageant Matt d'un air sévère.

— D'accord. Matt, tu peux nous expliquer de quoi il retourne ?

Matt poussa un soupir et tourna lentement les yeux vers Keith, qui haussa les épaules.

— Ok, dit Matt. Alors je crois qu'il faut revenir à l'attaque de Zarkon lors de la conférence.

— Tu es au courant ? demanda Shiro.

— On s'est vus dans le Cœur du lion rouge, dit Keith. Pendant l'attaque, Red a eu… on pourrait appeler ça un flashback, ou un truc du genre. Je suis allée la voir et elle m'a emmené au Cœur. Matt était là aussi, alors je lui ai raconté ce qui s'est passé.

Shiro acquiesça.

— Ah oui. Tu me l'avais dit.

Matt voulut sourire, mais abandonna bien vite et tripota l'ourlet de son pantalon. Il avait quitté son armure pendant que Coran mettait l'appareil en place, comme les autres qui n'étaient pas déjà en tenue plus confortable.

— Bref, Keith a été entraîné dans les flashbacks de Red et a vu certains de ses souvenirs. Ou… des souvenirs collectifs de Voltron, en tout cas. On ne sait pas ce que Red a vu de ses propres yeux. Mais un des souvenirs montrait Lealle. Et… et Zarkon.

Allura n'eut aucune réaction à part une légère crispation de ses doigts sur ses chevilles.

— Et ?

— On n'est sûrs de rien, dit Keith. Red ne voulait pas nous en parler et j'ai l'impression qu'il nous manquait pas mal de détails, mais… On aurait dit que Lealle se rangeait du côté de Zarkon. Contre Alfor.

Une vive sensation traversa Coran, le forçant à fermer les yeux un moment tandis que la salle d'entraînement semblait basculer de son axe. Il entendit Allura prendre une inspiration et sentit le regard noir qu'elle jeta à Keith.

— Ma mère ne ferait jamais ça–

— Je sais, dit Matt en levant les mains, l'expression abattue. C'est pour ça qu'on n'a pas voulu en parler. Red ne voulait rien expliquer, mais elle nous a dit qu'elle a fait confiance à Lealle jusqu'au bout. Je me suis dit que ça ne devait être qu'un gros malentendu, mais je n'arrêtais pas d'y penser, alors quand je suis arrivé au temple pour poser ma Question, c'est le seul truc qui m'est venu.

— Tu t'es renseigné sur Lealle ? demanda Val, le menton posé sur ses genoux.

Matt acquiesça.

— J'ai demandé pourquoi elle aurait choisi le camp de Zarkon au lieu de celui d'Alfor, si c'est bien ce qui s'est passé.

Un lourd silence pesa sur le groupe, personne ne voulant poser la question à laquelle ils pensaient tous. Coran se prépara à le faire, mais Allura retrouva sa voix en premier.

— Qu'a dit le sage ?

Sa voix était toute petite, entre l'espoir et l'effroi. Coran s'était déjà installé à côté d'elle et posa la main dans son dos. Il attendit, évaluant sa réaction et, quand elle ne se dégagea pas, il commença à frotter ses omoplates en petits cercles jusqu'à ce qu'elle se laisse aller à son contact.

Matt inspira, puis expira lentement.

— Elle ne m'a pas dit grand-chose. Juste que je comprendrais mieux en le voyant de mes propres yeux.

Il leva la tête pour rencontrer le regard d'Allura.

— Elle avait raison. C'est pour ça que je ne vais pas essayer de vous expliquer. Ça fera peut-être plus de mal comme ça, je sais, mais je… Je ne sais pas encore quoi en penser et je ne veux pas que vous ayez une idée biaisée de ce qui s'est vraiment passé.

— D'où la fusion de l'esprit, acquiesça Allura en se redressant (se rapprochant de Coran d'un même mouvement). Très bien. Rien ne sert de retarder l'échéance.

— Ouais.

Matt ferma les yeux et la vision de Coran commença à se brouiller, la salle d'entraînement se dispersant dans la brume, les autres disparaissant un par un jusqu'à ce que Coran se retrouve seul dans un tourbillon de lumières colorées.


Le temple était magnifique, évoquant les ruines les plus célèbres et les plus anciennes d'Altéa, sauf qu'il était dans un état impeccable, sans un seul bloc qui dépassait. Les gravures sur les piliers semblaient avoir été faites la veille et Lealle osa à peine poser le pied sur les marches en marbre blanc de peur d'en abîmer l'éclat poli.

Sa poussa un petit cri et escalada les marches quatre à quatre.

— C'est du klennav ?

Lealle suivit son regard jusqu'à une série de gravures autour de l'auvent du portique. Elle avait visité suffisamment de ruines altéennes pour reconnaître cette langue morte, vestige d'une des cultures qui s'étaient unies lors de l'Entente d'Hythan. Seule une poignée d'érudits pouvait la décrypter, mais Lealle ne serait pas surprise que Sa en ait fait l'objet d'une étude un mois qu'il s'ennuyait.

— Donc… c'est là ? demanda Rukka, se frottant l'oreille. On rentre et on pose nos Questions ?

— Oui.

La voix de Katrona était sèche, la rencontre avec le groupe d'Allura étant visiblement venu à bout de sa patience.

— Vous pouvez y aller en groupe et écouter les Questions et réponses de chacun, ou y aller séparément. Ça ne fait aucune différence en ce qui me concerne.

— Il n'y a pas de raison qu'on n'y aille pas ensemble, si ? demanda Rukka.

Zarkon ouvrit la bouche, puis hésita, détournant le regard.

— En fait… Si ça ne vous dérange pas, j'aimerais poser ma Question en privé.

— Pourquoi, t'es timide ? le taquina Lealle.

Elle perdit son sourire quand Zarkon se tortilla. Il avait l'air vraiment mal à l'aise, si bien que Lealle fit aussitôt marche arrière :

— Non, hé, tu as raison. Tu as une Question personnelle à poser, tu as tout à fait le droit. On se retrouve ici quand on aura fini.

Il lui fit un faible sourire et monta les marches. Sa le rejoignit alors qu'il passait devant une épaisse colonne de marbre et se mit à bavasser sans interruption qui lui aurait permis de s'échapper. Zarkon eut un moment de flottement et Lealle se demanda si elle devait intervenir. Avant qu'elle ne puisse se décider, Zarkon secoua la tête, ses épaules se décrispant, et ils s'en allèrent tous les deux, accompagnés d'un assistant du temple.

— Et pour les autres ? demanda Alfor. Quelqu'un d'autre veut partir de son côté ou on y va tous ensemble ?

Keturah haussa les épaules, Rukka fit un son vague et Lealle tapa dans ses mains.

— Eh bien, si personne n'a de préférence, allons-y ensemble.

Elle fonça en haut de l'escalier et interpella un autre assistant, qui mena le groupe à une petite salle de consultation, où le sage Tryvium les rejoignit bien vite.

— Bienvenue, paladins, Votre Majesté.

Tryvium inclina la tête à l'attention d'Alfor, puis joignit les mains dans ses manches et les regarda tous avec curiosité.

— Je suis certain que vous avez tous hâte de vous y mettre, alors si cela vous convient, nous pouvons commencer tout de suite. Qui aimerait poser sa Question en premier ?

Lealle leva la main en sautillant presque, une vague d'énergie la prenant par surprise. Cela faisait des siècles qu'elle attendait ce voyage, même avant qu'elle n'apprenne qu'elle pourrait y poser une Question. Honnêtement, elle n'avait pas beaucoup réfléchi à cet aspect de la visite, mais elle savait apprécier les traditions et, puisque les autres cherchaient encore les leurs, elle pouvait aussi bien passer en premier. Pas vrai ?

— Ce ne sont pas vraiment des informations que je cherche, dit-elle, mais un petit conseil.

Tryvium lui fit signe de continuer et elle se sentit soudainement hésiter, bafouillant un peu en essayant de trouver la meilleure formulation à sa Question.

— Quel est mon rôle dans cette équipe ? Je… Je ne pose pas la question parce que je ne me sens pas à ma place. Je crois que je suis bien installée dans mon rôle de paladin. Ce que je veux dire, c'est que… Blue et moi, nous nous entendons bien. J'ai vu de l'amélioration dans mes compétences en vol et au combat. Mais un paladin ne relève pas que de ça. Alors… quelle est ma place dans cette équipe ? Comment puis-je les soutenir ?

Le sourire de Tryvium était plus chaleureux qu'elle ne l'escomptait, comme un grand-père chouchoutant sa petite-fille préférée.

— Voilà une question qui a beaucoup de mérite. Et peut-être plus de poids que vous ne l'imaginez. Vous savez que chaque lion apporte quelque chose de différent à l'équipe ? Et que, par extension, les paladins également ?

Lealle acquiesça.

— Par exemple, Black mène et Red doit contrôler ses impulsions. (Quelque part derrière elle, Keturah poussa un son indigné, mais Lealle l'ignora.) Et donc ?

— Que savez-vous du lion bleu ? Pourquoi vous a-t-elle choisie ?

— Eh bien… On a bien accroché, c'est tout ? Je ne sais pas. Les paladins bleus n'ont pas vraiment de spécialité comme les autres. On s'adapte à tout.

Une étincelle amusée apparut dans le regard du sage.

— Ah. Et n'est-ce pas là une qualité en soi ? La flexibilité. Un don pour s'adapter à toute circonstance, à toute équipe. Les quatre autres sont comme des piliers, fermes dans leurs idéaux et leurs aspirations. Vous, en revanche, vous vous glissez telle la marée dans les espaces vides qu'ils créent.

— Je ne suis pas sûre de vous suivre.

— Le lion bleu maintient les liens au sein de Voltron. Pas seulement celui qu'il a avec le paladin bleu, mais tous les liens. Il est le seul lion à pouvoir choisir ses paladins unilatéralement : toutes ses sœurs s'en remettent à son jugement.

Alfor laissa échapper un rire surpris.

— Vraiment ? Je ne le savais pas.

Tryvium acquiesça.

— Les autres lions trouvent ceux qui, selon eux, feraient un bon paladin, mais le lion bleu est plus doué qu'eux pour voir l'équipe dans son ensemble. Ils lui font part de leur choix et il les approuve ou les rejette à sa guise.

Tryvium marqua une pause, son regard plus intense qu'avant.

— Personne ne peut devenir un paladin de Voltron sans que le lion bleu ne les choisisse et pourtant, il est assez difficile en ce qui concerne ceux qu'il autorise à le piloter.

» Ses paladins, voyez-vous, ont pour tâche de soutenir et d'unifier l'équipe. Les paladins noirs sont les meneurs, chargés de faire respecter le travail d'équipe, de prendre des décisions et d'arbitrer les conflits qui peuvent surgir. Les verts résolvent les problèmes, identifient les blocages, proposent des solutions et veillent à ce que l'équipe dispose des ressources adéquates à relever les défis qui se présentent. Les rouges sont la motivation et le sens moral de l'équipe, la guidant vers ses objectifs et l'incitant à l'action. Les jaunes, comme les bleus, sont des soutiens, mais les jaunes sont chargés du bien-être physique de leur équipe : soins, défense, d'autres petits conforts qu'il est facile d'oublier au milieu de destins aussi grandioses que ceux menés par Voltron. Quant aux bleus, ils président sur les soucis émotionnels de l'équipe, à la fois en tant qu'individus et en tant que groupe qui a besoin de relations saines pour fonctionner de façon optimale.

— Oh.

Lealle en était toute retournée. Elle ne savait pas à quelle réponse elle s'attendait, mais ce n'était certainement pas quelque chose d'aussi grandiose que ça.

— Alors… qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je commence à conspirer avec Coran pour organiser davantage d'exercice de cohésion d'équipe ?

Keturah grogna et Rukka rit nerveusement, mais l'humour de Lealle fut refroidi par l'expression de Tryvium. Il eut l'air terriblement triste en la regardant et elle attendit qu'il reprenne, retenant son souffle.

Il finit par s'avancer, la prenant par les épaules.

— Si je peux vous donner un conseil, dit-il doucement, faites confiance à votre cœur. Vous ne pouvez pas contrôler les décisions que prennent les autres et certains abuseront de votre loyauté, mais cela ne veut pas dire que vous devez vous abaisser à leur niveau. Gardez la tête haute, Lealle, Paladin du lion bleu, Reine d'Altéa, et vous inspirerez les autres à la grandeur.


— Ce n'est qu'une rencontre diplomatique, Coran, dit Alfor, donnant une claque dans le dos de Coran alors qu'il redressait pour la énième fois le fermoir de la veste du roi. Je ne pars que deux jours. Je vais m'ennuyer à mourir à les écouter blablater et je reviens juste après.

— Mais tu es sûr de ne pas vouloir emmener les paladins ? Pas même Zarkon ? Tu as dit qu'il avait besoin de plus d'expérience en la matière.

Alfor soupira, réprimant son impatience de s'en aller. La situation à Cybile apprendrait certainement certaines choses à Zarkon sur l'art de la négociation, mais Alfor craignait qu'elle ne soit trop instable pour amener des acteurs inexpérimentés. Certes, Zarkon s'était affirmé en tant que paladin noir ces trois dernières décennies, mais il avait toujours un côté impulsif et une tendance à se braquer quand les gens ne l'écoutaient pas.

— La prochaine fois, promit Alfor. Pour l'instant, il vaut mieux qu'il emploie son temps à s'entraîner avec son équipe.

— Tu ne penses pas que c'est à lui de prendre cette décision ? demanda Coran en haussant un sourcil. Ce n'est plus un enfant.

Alfor eut un large sourire.

— C'est drôle que tu dises ça, Coran. C'est toi qui lui rappelles toujours qu'il n'a qu'un demi-siècle pour le taquiner.

Coran s'assombrit et Alfor cessa de le titiller. Coran n'était pas du genre à se tracasser pour rien et Alfor avait appris qu'il valait mieux écouter ses mises en garde.

Même si, cette fois-ci, elles n'avaient vraiment pas lieu d'être.

— Je t'assure, dit Alfor. Ce voyage n'est pas aussi important que je n'en donne l'impression. Je ne m'y rendrais pas si la capitaine Jikalla n'avait pas de famille dans la région. Elle m'a demandé de faire acte de présence pour éviter que ça ne dérape, tu comprends. C'est tout. L'escouade de Jikalla me servira de garde pendant la durée de la rencontre et je vais t'appeler dans huit vargas pour me plaindre de mon ennui.

Voilà qui dérida un peu Coran et il secoua le doigt.

— Ah non, hein. Tu as fait ton choix. Si tu veux te plaindre, tu ferais mieux de trouver quelqu'un d'autre.

Alfor rit, car il savait que Coran le laisserait se lamenter autant qu'il le voulait.

— Bien sûr. Veille à bien tenir les paladins en haleine en mon absence. Il ne faudrait pas qu'ils se relâchent.

L'étincelle dans le regard de Coran indiquait que l'équipe allait passer un sacré mouvement et Alfor ne doutait pas qu'il allait avoir plus d'une récrimination à écouter à son retour. Il se demanda un moment s'il devait rappeler à Coran de ne tuer personne, mais bon, si les légendaires paladins de Voltron ne pouvaient pas survivre à ses manigances, ils ne méritaient pas de se donner le titre de défenseurs de l'univers.

Alfor fit un signe d'au revoir, puis se dirigea vers le hangar secondaire de la Garde, où il devait retrouver Jikalla et son équipe. Il alla au passage embrasser Allura et lui remettre officiellement les commandes. Elle était devenue une belle jeune femme et s'épanouissait sous le fardeau du commandement d'une manière qu'Alfor lui aurait enviée à son âge. Entre Allura et Coran, il ne faisait aucun doute que le Château des Lions pourrait surmonter tous les obstacles qui pourraient surgir en son absence.

Jikalla exécuta un salut quand Alfor entra dans le hangar, puis aboya des ordres à son escouade pour préparer leur départ. Ils prenaient un vaisseau juste assez grand pour eux sept. Alfor était certain que Zarkon critiquerait ses défenses minimalistes. Il ne s'était jamais complètement défait de l'état d'esprit qu'on lui avait inculqué quand il faisait partie de la garde d'honneur d'Alfor. C'était quelque peu attendrissant, mais aussi sacrément frustrant.

Ils rejoignirent discrètement la station en orbite au-dessus de Cybile, refusant de signaler leur présence sur les systèmes automatiques pour ne pas alerter les politiciens, les économistes et les autres parties prenantes assistant à la conférence. Plus précisément, Alfor refusa de signaler sa présence à la grille de sécurité qui faisait son rapport au déploiement disproportionné de troupes gouvernementales et de mercenaires privés qui traînaient dans les parages. Cela reviendrait à perdre du temps dans la paperasse et à gâcher la surprise de surcroît.

Rien au monde n'amusait autant Alfor que les regards de sidération mêlée d'horreur qui accueillaient toute visite surprise du roi d'Altéa. Comme un troupeau d'enfants surpris à colorier sur les murs, leurs chamailleries pour savoir qui avait les droits sur les ressources de la lune à leurs pieds se calmèrent petit à petit, puis d'un seul coup. Quelques assistants et scribes près de la porte le remarquèrent en premier, blêmissant, et leurs murmures le suivirent jusqu'au centre de la pièce, jusqu'à ce qu'il se retrouve à contempler une table de riches entrepreneurs qui se croyaient tout permis, le visage rougi par leur tumulte.

Le fait était qu'Alfor savait capter l'attention d'une pièce. Il avait appris cette compétence très tôt et la maîtrisait très bien. Sur Altéa, le poids de sa lignée se suffisait à elle-même, mais même alors, il semblait fait pour la diplomatie, laissant le Sénat gouverner, et sa mère avait engagé les meilleurs tuteurs pour le préparer. Le côté dramatique, théâtral, l'avait toujours fasciné.

Il était désormais investi d'une autorité différente. Pas seulement de la couronne altéenne, mais des lions de Voltron. Ce n'était pas un jeu, ce n'était pas du divertissement. L'autorité était une arme, peut-être même l'une des plus puissantes de son arsenal, et tous ceux qui se trouvaient dans cette pièce en ressentaient le poids quand ils pénétraient dans sa ligne de mire.

— Roi Alfor, balbutia une des personnes à la table centrale, se levant à moitié de son siège. Je veux dire, Votre Majesté.

Il fit une révérence hâtive et faillit perdre son chapeau. À en juger ses habits, sobres et pratiques comparés aux apparats somptueux des autres, il devait s'agir de l'ambassadeur de Ruta, une des deux planètes qui cherchaient à obtenir le contrôle de Cybile. En face de lui était attablée la délégation de la planète jumelle de Ruta, Voch. Ce groupe était composé exclusivement d'hommes d'affaires, accompagnés de quelques hommes de main pour ajouter du muscle quand l'argent ne suffisait pas.

Un des entrepreneurs de Voch se leva avec plus de grâce, tendant la main à Alfor comme s'ils étaient sur un pied d'égalité.

— Votre Altesse. C'est un plaisir de vous recevoir sur Cybile. Je n'étais pas au courant de votre venue, autrement je vous aurai réservé un accueil digne d'une personne de votre rang.

Alfor jeta un œil à la main de l'homme une brève seconde avant de lever le menton et de prendre place sur le siège qu'il avait libéré.

— Le titre à me donner est « Votre Majesté », dit-il avec un sourire en coin, mais je vous remercie quand même. J'ai entendu dire qu'il y avait une certaine controverse autour du droit de conquête dans cette région. Permettez-moi d'offrir mes services de médiateur.

Ce n'était pas une offre qui se refusait et, clairement, toutes les personnes présentes en avaient conscience. Ils avaient tous déjà vu Alfor. Ils savaient tous à qui ils avaient affaire.

C'était fastidieux de démêler l'écheveau de bureaucratie et d'intrigues corporatistes qui avaient mené à cette situation, mais le tableau que lui avait dressé le capitaine Jikalla était celui d'un conflit sur le point de dégénérer en violence pure et simple. Alfor n'était là que depuis vingt dobashes et il comprenait déjà pourquoi elle lui avait demandé de l'aide.

Enfin, Alfor avait déjà réglé des démêlés bien plus compliqués autrefois. D'ici quelques quintants, tout ceci serait réglé et, avec un peu de chance, tout le monde pourrait en rire. Après tout, il détestait les situations tendues.


Zarkon regardait les scènes de conflit et de tension croissante qui défilaient à l'écran devant lui, le cœur dans la gorge. La situation à Daibazaal s'était détériorée ces derniers fibs à un tel point qu'elle avait suscité l'intérêt de l'Alliance tout entière. La chaîne d'informations avait appelé un analyste olkari pour disséquer les facteurs socio-économiques à l'origine des émeutes et des pillages, mais Zarkon n'écoutait qu'à moitié, pris de nausée.

C'était son peuple.

Certes, il n'avait pas mis les pieds sur Daibazaal depuis des lustres, n'avait même pas visité la région depuis son départ cinquante décafibs plus tôt, mais le temps ne pouvait pas rompre les liens qui l'attachaient à son foyer. Aux Galras. Il n'avait pas remarqué les premiers signes de la crise à venir, mais, depuis que les émeutes avaient fait la une des journaux intergalactiques quelques fibs plus tôt, il s'était plongé dans les archives et avait contacté les quelques amis qu'il avait toujours là-bas.

Quand il avait décidé de rejoindre la Garde de Voltron, il n'avait pas pensé que l'attaque du Vkullor allait avoir des répercussions si profondes.

— Tu es inquiet, je le comprends, dit Alfor quand Zarkon aborda le sujet le soir venu, après une longue conférence avec les autres membres de l'alliance altéenne. Je le suis aussi et nous faisons déjà tout ce que nous pouvons pour le peuple galra. Nos scientifiques envisagent de remplacer le cristal mondial par des générateurs de quintessence et Altéa a envoyé de l'aide humanitaire aux villes les plus sévèrement affectées.

— C'est tout ? demanda Zarkon. Des gens sont en train de mourir, Alfor. Nous devons faire quelque chose.

— Comme quoi ?

Le ton d'Alfor était calme : ce n'était ni des reproches, ni du dédain, mais de la curiosité.

— Voltron n'est pas fait pour ce genre de combat.

Zarkon serra les dents.

— Je ne comptais pas faire disparaître le problème à coups de lasers, répliqua-t-il sèchement. Mais nous pouvons sûrement nous rendre à Daibazaal. Aider l'évacuation, donner un peu d'espoir aux habitants.

— D'autres personnes ont besoin de nous, Zarkon, dit Alfor, les sourcils froncés. Je… C'est toi qui décides. En tant que paladin noir, tu as le droit de mener ton équipe où tu le souhaites sans que je n'intervienne. Mais je te prie de bien y réfléchir : est-ce vraiment le meilleur choix ?

Il s'attarda un instant, la main posée sur l'épaule de Zarkon dans un geste presque paternel, malgré le fait qu'ils avaient désormais le même âge selon les normes de leurs peuples respectifs. Zarkon se sentit révulsé par cette façon d'être traité, mais tint sa langue tandis qu'Alfor souriait avant de se tourner vers un assistant qui venait d'arriver avec une tablette holographique. Comme Alfor s'éloignait, Zarkon pivota et s'en alla en fulminant.

Alfor pensait-il qu'il n'avait pas réfléchi aux conséquences de sa décision ? Zarkon avait dédié sa vie à Voltron et au sauvetage des personnes en détresse. Il savait très bien que de nombreux problèmes l'attendaient au tournant. Keturah le critiquait souvent pour ce qu'elle appelait de l'arrogance, mais Zarkon n'avait jamais compris les gens qui pouvaient se contenter de sauver quelques vies, de remporter quelques batailles, tout en capitulant sur tous les autres aspects car ils semblaient trop compliqués pour en valoir la peine.

Zarkon continua de fulminer en se dirigeant vers les quartiers des paladins au cœur du château. À cette heure de la journée, les autres devaient être en train de s'entraîner ou étudier les appels à l'aide et autres informations transmises par la Garde. Avec un peu de chance, il aurait la paix dans la salle commune le temps qu'il retrouve son sang-froid.

Sauf que quelqu'un occupait le canapé à son arrivée et, au cas où le rejet d'Alfor n'avait pas suffisamment nui à son humeur, un écran holographique était allumé et affichait les mêmes images sur lesquelles il avait passé la matinée à se morfondre.

Rukka sursauta quand Zarkon s'assit à côté d'elle, rabattant les oreilles en arrière.

— J'imagine que tu as appris la nouvelle.

Zarkon fusilla l'écran du regard, une rage impuissante brûlant dans ses entrailles en regardant les émeutes se répandre dans la capitale. Rukka, heureusement, avait coupé le son, Zarkon n'ayant pas besoin d'écouter en prime des analystes réducteurs tenter de déterminer l'unique cause de cette agitation.

— Oui, gronda-t-il.

— Oh oh.

Zarkon se retourna pour jeter un regard glacial à Rukka, mais il était difficile de rester en colère contre elle. Elle était paladin depuis dix ans de plus que Zarkon et était déjà une professionnelle à son arrivée au Château des Lions. Il avait passé beaucoup de temps avec elle, le paladin galra, icône de tout leur peuple et fierté de leur planète.

Elle était vieille, désormais. Vieille pour une Galra et encore plus pour un paladin. Les Galras ne vivaient pas particulièrement longtemps, selon les normes de l'Alliance, mais Rukka était parmi les seules à avoir tenu son poste de paladin jaune aussi longtemps. Même plus longtemps que certains Altéens. Zarkon se disait toujours qu'elle allait bientôt prendre sa retraite, mais elle ne partait pas, même si leur travail mettait ses articulations à rude épreuve.

Parfois, Zarkon pensait qu'elle ne restait que pour veiller sur lui.

— Quoi ? demanda-t-il, se détournant de son sourire narquois. Pourquoi tu me regardes comme ça ?

— Pour rien, dit Rukka. Je connais ce regard. Tu as déjà parlé à Alfor ou tu es en train de t'y préparer ?

Zarkon plissa les lèvres, détestant qu'elle le connaisse si bien.

Rukka rit, plaçant une main sur la nuque de Zarkon et la serrant doucement.

— Laisse-moi deviner. Il pense que c'est le genre de choses que nous devrions laisser à la Garde.

— Il ne l'a pas exactement présenté comme ça, dit Zarkon. Mais oui.

Prenant une grande inspiration, Rukka acquiesça.

— Ce n'est pas surprenant. C'est ce qu'on ferait d'habitude. La Garde est bien mieux équipée que nous pour apporter de l'aide sur de vastes zones. Ou pour faire respecter l'ordre, comme maintenant.

Un grondement monta dans la gorge de Zarkon alors qu'il observait des gardes de Daibazaal justement tenter de le faire, avec des armes non létales et d'autres moyens de dissuasion.

— Réprimer les émeutes ne fait que masquer le vrai problème, dit-il.

— Je sais.

Ça l'interrompit dans la tirade qu'il allait faire et il regarda Rukka, surpris de voir ses yeux se voiler de larmes.

— Ça ne va pas, Zarkon. Je ne sais pas si la Garde est à même d'aider notre peuple… mais je ne suis pas certaine qu'on le soit non plus.

— Alors, quoi ? On reste les bras croisés alors que des millions de personnes sont en train de mourir ?

— Je ne sais pas.

Elle pencha la tête pour rencontrer son regard.

— Je sais que ce n'est pas la réponse que tu attends, Zarkon, mais c'est la vérité. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas ce qu'on peut faire. Mais si tu as une idée, tiens-moi au courant. Je serai avec toi jusqu'au bout.


Lealle était avec les autres quand la nouvelle était tombée. Les Galras, qui avaient toujours été un peuple pacifique, même dans leur ambition intarissable, avaient lancé un assaut sur une planète sans défense. Le cœur de Lealle cessa de battre, son esprit s'engourdissant comme s'il avait décidé de ne plus traiter la moindre information jusqu'à ce que le danger immédiat soit passé.

Mais elle vit quand même comment les autres digérèrent la nouvelle : Rukka avec deuil et cœur brisé, Sa avec indignation. Keturah avait déjà commencé à analyser la situation, cherchant le moindre détail qui pourrait la tourner à leur avantage. Et Zarkon avait simplement l'air frustré, même si sa manière de serrer les poings contre ses hanches indiquait qu'il essayait très dur de ne pas montrer de réaction.

Ils se rendirent aussitôt sur place. Évidemment. Lealle demanda plus de détails à Alfor sur le trajet et il leur décrivit la situation. Le secteur Hovent était une petite zone de l'espace recueillant peu de planètes habitables et encore moins de civilisations notables. La planète que les Galras avaient attaquée était le foyer d'un peuple primitif, suffisamment avancé pour être considéré intelligent par les lois de l'Alliance et donc protégé contre toute intervention extérieure, mais trop peu développé pour résister à une invasion.

— Dans un souci d'équité, dit Alfor alors que la planète apparaissait devant eux, bleue et verte avec une seule lune et deux croiseurs galras en orbite, il me faut préciser que les Galras n'ont pas attaqué directement. Il semble qu'ils voulaient coloniser la planète, mais quand l'Alliance a émis une résolution de censure, ils se sont obstinés et ont commencé à rassembler une flotte. L'Alliance craint qu'envoyer nos armées ou même la Garde de Voltron ne ferait qu'attiser les tensions.

— Tu espères que l'apparition de Voltron les fera plier, déduisit Sa.

Alfor esquissa un sourire.

— Autant se montrer optimistes. Mais soyez prêts à tout. Le commandement local n'a pas eu l'air de vouloir courber l'échine jusqu'ici.

Zarkon acquiesça et leur indiqua de former Voltron d'un ton sec. La tension résonnait dans le lien, mêlée à de la colère, du malaise et une profonde tristesse émanant de Zarkon et Rukka. C'était leur peuple qui s'en prenait à une planète innocente. Ils ne voulaient pas envisager le pire et voulaient croire, au moins, que cette flotte agissait sans l'autorisation du gouvernement qu'elle servait.

Mais tous les paladins savaient ce qu'ils avaient à faire. Ils s'arrêtèrent devant la flotte galra tandis qu'Alfor ouvrait un canal de communication pour ordonner son retrait immédiat.

Les Galras ne répondirent pas, ou du moins, pas verbalement : ils ouvrirent le feu sur Voltron.


La bataille s'acheva rapidement. Il n'y avait que peu de flottes qui pouvaient résister à Voltron au combat et celle des Galras n'en faisaient pas partie. En quelques dobashes, l'issue de la bataille devint claire, mais les Galras refusèrent de se rendre ou de battre en retraite. Ils maintinrent leur position et, après la chute du premier navire de guerre, le deuxième visa la planète à leurs pieds.

La peur et l'épouvante propulsèrent Voltron vers le croiseur, l'épée prête à frapper. Lealle passerait le prochain fib à rejouer ce moment dans son esprit, se demandant s'ils auraient pu agir différemment. Ils avaient évité les lasers de peur de causer des dégâts collatéraux, mais un laser aurait pu atteindre le navire à temps. S'il avait traversé la barrière à particules, s'il avait frappé au bon endroit pour détruire la source d'énergie de l'arme pointée vers la planète… Ou peut-être qu'ils auraient pu attirer la flotte loin de la planète dès le départ, pour l'affronter à un endroit où elle n'aurait pas pu être visée.

Au final, ça ne changea rien à ce qui arriva. Le croiseur arma un unique tir d'une tourelle qui jusqu'ici n'avait rien fait. Ce n'était pas un laser, ni un canon à photon, ni aucune arme que les paladins avaient déjà vue, et ça ne laissa aucune trace visible sur le paysage en contrebas. Mais quand les paladins se posèrent après la bataille pour évaluer les dégâts, Lealle sentit son estomac se retourner.

Quelque chose était arrivé au cristal de cette planète. Il faudrait encore quelques quintants de plus pour que des savants d'Altéa ne déterminent qu'il était mort, la planète perdant lentement sa quintessence.

D'ici là, Zarkon était déjà passé du chagrin à la rage la plus pure. Il avait coincé Alfor sur la passerelle pour l'informer qu'il se rendait à Daibazaal « pour assurer que ça ne se reproduise plus ».

Alfor n'essaya pas de l'en empêcher.


Cybile se fracturait.

Près de quinze décafibs s'étaient écoulés depuis le traité qui avait séparé la lune en deux pour que les mondes rivaux aient un accès égal aux riches gisements de minerai et de quintessence qui la rendaient si précieuse. Dès le départ, le compromis avait été accepté à contrecœur. Les deux parties se sentaient flouées de terres et de ressources qui auraient dû leur revenir.

Certaines personnes en voulaient encore à l'Alliance altéenne d'être intervenue. C'était presque comme s'ils avaient envie d'entrer en guerre.

Mais ce n'était pas la première fois qu'Alfor avait provoqué des remous et ce ne serait pas non plus la dernière. Si on le détestait d'œuvrer pour la paix, qu'il en soit ainsi. Tant que cela empêchait des guerres d'éclater, il essuierait toutes les critiques de l'univers. La paix en valait la peine.

Cela en aurait également valu la peine sur Cybile si les planètes rivales n'avaient pas éventré la lune comme si elles craignaient que d'autres entreprises allaient voler leurs ressources sous leur nez. Après dix décafibs, plus de la moitié du minerai était épuisé. Après douze, des entreprises avaient commencé à se retirer puisque le coût d'extraction des ressources restantes devenait plus élevé que la valeur de ce qui était collecté. Après treize, Cybicore Industries avait accusé CyTech de piller dans ses réserves.

Désormais, le secteur était à nouveau au bord de la violence, les gouvernements s'impliquant par des mesures de sanctions et des forces de sécurité de plus en plus nombreuses.

Une migraine commençait à poindre derrière les yeux d'Alfor tandis qu'il rédigeait un communiqué aux deux côtés. Il n'était pas prêt à proférer des menaces ouvertes (impliquer Voltron trop tôt avait tendance à avoir un effet incendiaire), mais avec un peu de chance, le rappel que d'autres personnes de pouvoir les observaient mènerait les factions rivales sur le chemin de l'arbitrage.

La porte du bureau privé d'Alfor s'ouvrit alors qu'il ajoutait le point final et il jeta un œil par-dessus son épaule, découvrant Lealle, vêtue de sa chemise de nuit avec une robe de chambre en soie nouée par-dessus.

— Sur quoi travailles-tu aussi tard ? demanda-t-elle, tirant sur le col de sa robe en s'approchant de son bureau.

Alfor envoya le communiqué avant qu'elle n'ait le temps de le lire, puis lui adressa un sourire en coin.

— Des histoires de politique, dit-il. Sauve-moi de cet enfer, je t'en conjure.

Elle rit, s'enroulant autour de ses épaules, et il se retourna pour l'embrasser sur la tempe. La situation à Cybile continuait de lui trotter dans la tête, l'intimant d'attendre une réponse de l'une ou l'autre partie avant d'aller se coucher, mais il savait qu'il allait devoir patienter plusieurs vargas avant d'en obtenir une.

Il laissa donc Lealle le tirer au lit et repoussa ses inquiétudes jusqu'au lendemain.


— Notre planète est morte, dit Gorak. Et notre peuple se meurt avec elle.

Zarkon s'efforça de garder une expression neutre. On ne lui apprenait rien. Tout le monde le savait déjà. Daibazaal était morte en même temps que le Vkullor qui l'avait attaquée il y a si longtemps. Altéa, Olkarion, Bairel et une demi-douzaine d'autres planètes travaillaient nuit et jour pour produire des générateurs de quintessence et des nutriments synthétiques pour permettre à la population de survivre pendant que l'Alliance cherchait à reloger le peuple galra ailleurs. Il était difficile de vivre sous la bannière de l'Alliance sans être au courant de la tragédie de Daibazaal.

— Je sais, dit Zarkon.

Il portait son armure de paladin pour représenter l'Alliance et Voltron. Il avait cru que ça serait porteur d'espoir pour son peuple de voir qu'il se souciait de leur sort, qu'il cherchait à améliorer leur situation, mais partout où son regard s'était posé, on le lui avait rendu avec haine et méfiance.

— J'imagine que vous vouliez faire de la planète d'Hovent le nouveau foyer des Galras, mais je ne comprends pas pourquoi. Vous auriez certainement pu trouver une planète inhabitée qui répond à vos besoins.

Gorak poussa un rire amer. Une partie des occupants de la pièce se joignirent à lui, tandis que l'autre détournait le regard. Près de la moitié des sièges réservés aux Princes étaient vides ce jour-là et ceux qui étaient présents avaient l'air déplaisants. Zarkon avait entendu parler d'un coup d'état. Des groupes activistes avaient dénoncé l'inaction du gouvernement depuis plusieurs décafibs et réclamé un changement de régime. Zarkon n'avait accordé aucun crédit à ces rumeurs, mais maintenant qu'il était là, il n'était plus si sûr de lui. Les dirigeants avaient changé. Qu'ils aient été mis au pouvoir par l'opinion publique ou par une démonstration de force ne changeait pas grand-chose.

C'était eux les dirigeants de Daibazaal. Ils contrôlaient les flottes qui patrouillaient le ciel et les ports spatiaux. Ils recevaient et distribuaient les ressources envoyées par l'Alliance. Et, comme ils venaient de l'admettre, c'était eux qui avaient autorisé l'assaut de la planète sans nom du secteur Hovent.

— Vous vivez vraiment dans votre petite bulle, hein ? demanda Gorak. Dans votre petite utopie, avec des centaines de personnes qui vous encensent tous les jours. Vous pensez vraiment que vous contribuez à changer les choses dans l'univers.

Zarkon sentit la colère monter et croisa les bras pour la contenir. Des gens mouraient, se rappela-t-il. La tension était à son comble, c'était normal que les gens perdent un peu leur sang-froid, surtout que Zarkon n'avait pas de solution tangible à leur proposer.

— Qu'essayez-vous de me dire, Gorak ?

— Nous avons essayé de faire les choses bien.

Il pivota et retourna à la table où il était assis avant l'arrivée de Zarkon. Il ouvrit un tiroir, sortit un petit appareil et le bidouilla en revenant au centre de la pièce.

— Nous savons que nous avons besoin de nous en aller depuis vingt décafibs. Nous l'avons suspecté même bien avant et c'est il y a vingt-deux décafibs que nous avons déposé une demande de relocalisation d'urgence. Nous avons rempli tous les formulaires, passé tous les contrôles. Nous avons trouvé une petite planète habitable sans forme de vie pour s'opposer à notre venue.

Zarkon sentit sa bouche s'assécher.

— Mais… si c'est vrai, alors pourquoi– ?

— Notre demande a été rejetée.

Gorak lui tendit l'appareil, sur lequel il avait affiché plusieurs fichiers : les formulaires remplis par Daibazaal, la décision officielle d'accorder les droits sur la planète Philitrakka à un autre pétitionnaire.

— Le roi Alfor a enterré notre pétition et fait passer l'autre requête.

Le cœur de Zarkon sombra.

— Pardon ? Ça ne lui ressemble pas.

Il ferma les fichiers que Gorak avait sélectionnés et tria les autres. Daibazaal, semblait-il, avait soumis une demi-douzaine d'autres requêtes depuis Philitrakka. Chacune d'entre elles avait été rejetée, deux à cause de la terraformation nécessaire pour répondre aux besoins environnementaux des Galras, une parce qu'elle était le foyer de plusieurs espèces protégées.

Les trois autres planètes avaient chacune été l'objet de pétitions d'autres parties : des planètes et des peuples que Zarkon connaissait. Les Krovites étaient un groupe de réfugiés qui avaient fui un génocide sur leur planète natale, planète qui avait par ailleurs refusé de rejoindre l'Alliance altéenne. Luinal et ses satellites avaient un problème de surpopulation considéré comme crise humanitaire. La planète natale des Ibellans avait été touchée par une pandémie qui avait tué des millions de personnes avant l'intervention de l'Alliance. Des évacuations en masse, des confinements et un traitement des rescapés avaient été mis en place dans une dernière tentative désespérée de sauver la culture ibellane. Il avait fallu combiner les efforts de plus de cinquante planètes et, au bout du compte, le demi-milliard d'Ibellans qui avaient été sauvés s'étaient retrouvés sans nulle part où aller.

Zarkon avait aidé à résoudre chacune de ces crises.

Il avait entendu Alfor promettre au peuple, à chaque fois, qu'il leur trouverait un nouvel endroit pour vivre.

— Je ne savais pas que vous aviez également demandé un droit à la relocalisation, dit Zarkon d'une voix douce. Personne ne me l'a dit.

Gorak ricana.

— Est-ce que cela aurait changé quelque chose ?

Zarkon leva la tête pour le fusiller du regard.

— Oui. Même si les autres cas étaient urgents, l'Alliance aurait dû reconnaître la situation critique de Daibazaal. Elle aurait dû vous aider à vous trouver une planète.

— Les planètes habitables ne poussent pas sur les arbres, Paladin Zarkon, dit Gorak. Et Voltron n'est pas dans notre camp.

Zarkon sentit son sang se glacer dans ses veines.

— Voltron ne choisit pas de camp. Nous défendons tous les peuples.

Un sourire tranchant se dessina sur les lèvres de Gorak sans atteindre ses yeux.

— C'est drôle que vous y croyiez toujours. Mais vous voulez la vérité ? Cette arme que vous avez, aucune planète, même aucun rassemblement de planètes, ne peut s'y mesurer. Selon vous, il s'agit de ne pas choisir de camp, mais c'est parce qu'il n'y a pas de camp quand Voltron entre en jeu. Dès que vous ou votre roi décidez de quelque chose, ça pourrait tout aussi bien être une loi. Personne ne va s'opposer à Voltron. Personne n'en a le pouvoir.


— Et tu n'as jamais cru bon de m'en parler ? D'en parler aux autres ?

— Je me suis déjà excusé, Zarkon. Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? J'avais des affaires urgentes à traiter et des peuples en crise à sauver, tout comme toi, si je ne m'abuse. Peut-être que j'ai été informé de la situation de Daibazaal ; je n'en sais honnêtement rien. J'ai oublié l'anniversaire de ma propre fille quand nous aidions les Ibellans !

Lealle s'arrêta à l'entrée de la salle de communication privée d'Alfor, hors du champ de vision de l'écran qu'il avait allumé. Zarkon et Alfor étaient tous les deux du genre têtu aux opinions bien arrêtées, si bien qu'il n'était pas rare qu'ils se disputent, même de façon virulente. Mais Lealle n'avait jamais entendu Zarkon adopter une voix si froide, ni Alfor un ton si dédaigneux.

Zarkon gronda et son visage se plissa de rage.

— Je ne te crois pas.

— Crois-moi ou non, Zarkon, dit Alfor en se redressant. Ce n'est pas mon problème. Est-ce que tu as réglé la situation à Daibazaal, oui ou non ?

Zarkon garda le silence un long moment et un nœud terrible se forma au creux de l'estomac de Lealle.

— Non, finit par répondre Zarkon. Je pense que ça me prendra beaucoup plus de temps que je ne l'avais estimé. Je te tiens au courant si j'ai d'autres éléments à te rapporter.

Il coupa la connexion sans attendre de réponse d'Alfor et Lealle resserra sa veste autour d'elle en plaquant ses bras croisés dessus, rejoignant son mari.

— Est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle.

Alfor se crispa, puis lui lança un regard.

— Ça va.

Lealle le dévisagea, haussant lentement un sourcil.

— Ça va, répéta-t-elle d'un ton ironique. Ça n'a pas vraiment l'air « d'aller », Alfor. Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai cru t'entendre mentionner les Ibellans ?

Alfor inclina la tête, se frottant l'arête du nez.

— Apparemment, Daibazaal a envoyé à Voltron une demande d'aide durant la pandémie. Elle a dû se perdre dans le chaos et ils rejettent la faute de ce qui s'est passé à Hovent sur notre absence de réponse.

— Quoi ?

Lealle recula, regardant l'espace vide où l'image de Zarkon s'était tenue.

— Ils rigolent.

Alfor fit un signe malheureux de la main.

— Zarkon est en colère. Je ne sais pas si c'est à cause de ce qui s'est passé ou du climat politique actuel sur Daibazaal. Peut-être les deux.

— Tu veux que je lui parle ? demanda Lealle, penchant la tête de côté. Peut-être quand il aura eu le temps de se calmer un peu ?

Les épaules d'Alfor perdirent un peu de leur rigidité et il se tourna vers elle, l'attirant sur ses genoux.

— Non, ça ira. Je vais l'appeler demain pour lui demander ce que nous pouvons faire pour arranger les choses.

Lealle sourit et se pencha pour l'embrasser.

— Si tu le dis, dit-elle. Allez, viens. Allura voulait te parler de l'entraînement des paladins.


Cette nuit-là, incapable de dormir, Lealle se faufila hors de sa chambre jusqu'à la salle de communication. Elle n'avait pas besoin que les sages d'Oriande lui disent que le bien-être émotionnel de son équipe était sa responsabilité. Elle n'avait jamais su ne pas s'en mêler quand ses amis s'embrouillaient et avait toujours détesté les voir contrariés.

Elle aurait peut-être dû écouter Alfor et les laisser régler la situation le lendemain, mais… Eh bien, son mari excellait dans de nombreux domaines, mais répondre aux craintes et frustrations des autres n'en faisait pas partie. C'était un homme d'action, comme Zarkon. Il était possible qu'ils mettent leurs différends de côté le lendemain pour le bien de l'univers, mais ce n'était pas pareil que résoudre le problème à la racine.

Il était encore tôt à la capitale de Daibazaal, mais Zarkon ne répondit pas à l'appel de Lealle. Après y avoir réfléchi un moment, elle décida de lui laisser un message pour lui faire savoir qu'elle avait entendu parler des problèmes avec les dirigeants planétaires et qu'elle souhaitait en discuter avec lui, s'il en avait l'occasion.

Zarkon ne la recontacta pas.


Un festival se déroulait à Ruta, sans rapport avec l'hostilité grimpante qui planait au-dessus de Cybile : ce n'était qu'une petite célébration locale de peu d'importance. Si l'on trouva étrange d'y trouver les paladins de Voltron, personne ne fit de commentaire. Et les paladins, par ailleurs, ne semblèrent pas remarquer la tension sous-jacente.

Alfor envisagea de leur dire ce qui se passait, mais il s'agissait toujours des machinations de petites factions et d'entreprises isolées. Ça n'avait pas besoin de tourner au conflit. Il suffisait de faire apparaître les paladins, les lions présidant sur le festival, et de rencontrer le regard du chef de CyTech dans la foule.

Il pâlit devant le regard fixe d'Alfor, qui esquissa un mince sourire.

Il priait pour que la situation ne dégénère pas au-delà de ces airs qu'ils se donnaient.


Un fib s'était écoulé.

Une profonde fatigue tenaillait Zarkon et il savait qu'il avait besoin de prendre du recul, de rattraper tout le sommeil qu'il avait manqué entre les rencontres avec les princes de Daibazaal et l'aide apportée aux équipes de construction. L'on prévoyait de construire des cités-dômes en lisière des étendues désertiques de plus en plus vastes dans l'espoir que les générateurs de quintessence altéens pourraient préserver des petites poches de civilisation. Le lion noir était un outil précieux pour déplacer de grandes sections de machines et pour transporter les travailleurs et les fournitures d'un dôme à l'autre.

Il en résultait bien entendu que Zarkon ne dormait qu'une poignée d'heures par nuit, voire même moins, puisqu'il restait éveillé dans son lit à chercher une solution plus permanente à son problème. Il en avait parlé à Sa une fois, au début de son séjour à Daibazaal, et à Keturah plus récemment, mais la plupart de ses conversations étaient avec Alfor, qui se terminaient chacune en dispute puisque ce dernier refusait d'admettre ses torts.

Lealle l'avait appelé trois fois et Zarkon avait rejeté chaque appel. Il ne savait pas si elle était consciente des actions de son mari, mais en tout cas, il n'avait pas le cœur à se disputer avec elle, que ce soit au sujet de la trahison d'Alfor ou des raisons qu'elle allait évoquer pour le justifier. Il avait déjà entendu les arguments du roi et respectait bien trop Lealle pour laisser les choses s'envenimer.

Ou peut-être qu'il ne voulait tout simplement pas apprendre qu'elle avait pris le parti d'Alfor. Voltron était une équipe soudée, plus une famille que des amis, mais Lealle avait toujours soutenu son mari. Zarkon ne voyait pas pourquoi ce serait différent cette fois-ci.

Il rentra à la capitale tard dans la soirée, ayant passé une grande partie de la journée à aider le peuple à s'installer dans la dernière cité-dôme en date. La population restait sceptique, et c'était peu dire. Tandis que les étendues désertiques se répandaient de plus en plus et que la planète se faisait de moins en moins hospitalière, le peuple s'était rassemblé à la capitale, où la quintessence était plus abondante, ou avait déjà quitté la planète à la recherche d'un nouveau foyer. Les cités-dômes constituaient une solution expérimentale, et temporaire, en plus de ça. Peu de monde se fiait à leur capacité de durer, surtout que la terre perdait sa quintessence. Un mouvement de foule avait presque semé la panique au Dôme 5 cette fois-ci, les gens cherchant à émigrer en masse pour la capitale.

Zarkon avait calmé la panique, mais la journée avait été longue et épuisante et il avait hâte de profiter de tout le sommeil que l'univers pourrait bien lui offrir.

Cependant, quand il regagna ses appartements à Cel Daibazaal, il trouva une lumière clignotante sur le panneau de communication qui indiquait un message urgent. Grognant, Zarkon lança l'enregistrement et alla se servir un verre d'eau.

— Zarkon.

C'était la voix de Gorak, fatiguée et tendue. C'était la première fois que Zarkon l'entendait presque implorant.

— L'accord avec Trenchaar a échoué. Alfor y a encore fourré son nez. Il a dû dire aux Aaraks qu'ils ne pouvaient pas nous faire confiance. Que nous les attaquerions comme nous avons attaqué cette planète d'Hovent.

Le cœur de Zarkon sombra tandis que Gorak poussait un soupir. Gorak avait eu de l'espoir pour Trenchaar. Lui aussi. Les Aaraks étaient des alliés fragiles pour les Galras, mais ils étaient alliés. Trenchaar faisait partie de leur système stellaire et était donc sous leur juridiction, mais les princes avaient négocié un accord selon lequel une petite partie de la population de Daibazaal pourrait établir une colonie sur la planète en échange de droits de taxation.

— Je ne sais plus quoi faire, Zarkon, continua Gorak. La nouvelle va faire grand bruit demain matin et si nous n'avons pas d'autre plan, il y aura encore plus d'émeutes. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.

Zarkon entendit ce que Gorak ne disait pas tout haut : s'ils ne pouvaient pas pétitionner ou négocier un nouveau foyer pour le peuple galra, il ne leur restait plus qu'une seule option. La conquête. Zarkon s'y était opposé dès le début et les princes l'avaient écouté, parce qu'ils savaient que le moindre conflit avec l'Alliance causerait la mort de milliers de Galras.

Et maintenant, cela semblait de plus en plus inévitable.

Zarkon déplora la perte de son sommeil, mais il n'aurait pas pu dormir dans une telle situation de crise, même si sa conscience ne s'était pas manifestée. Il redressa donc son armure de paladin et sortit, mais n'alla pas directement au cœur de Cel Daibazaal pour rencontrer les princes. Il prit plutôt son speeder pour rejoindre les falaises en dehors de la ville, donnant sur le paysage lumineux de la capitale. Il grimpa jusqu'au plateau où reposait le lion noir et, se préparant à une conversation houleuse, il contacta Alfor.

— Trenchaar, dit Zarkon sans préambule quand l'Altéen décrocha.

Il fulminait, ses pensées s'enchevêtrant dans une tempête inépuisable d'indignation et de rage. Alfor n'avait aucun droit de se mêler de ces affaires.

Le regard du roi était triste et fatigué, mais aucune surprise n'étira ses traits. Il savait donc ce qui l'attendait.

— Les Aaraks méritaient de savoir ce dans quoi ils s'engageaient, dit Alfor. Pas seulement ce que les princes voulaient bien leur divulguer.

Zarkon sentit le lion noir grogner à ses pieds, sa fureur égalant la sienne.

— Ce n'est pas le sujet et tu le sais, Alfor. Tu as œuvré contre les Galras trop de fois pour prétendre que tu ne le fais pas exprès. Cela a commencé avec Philitrakka et ça n'a pas cessé depuis. Est-ce que tu essaies de les tuer ?

— J'essaie de maintenir la paix dans l'univers, Zarkon. C'est notre boulot. Je suis désolé que les conditions à Daibazaal se soient dégradées autant, mais ça n'excuse pas leur attaque sur une race douée de conscience, surtout une qui ne sait rien de l'univers qui s'étend au-delà de leurs horizons.

— Tu ne peux pas rejeter entièrement la faute de ce désastre sur les princes, Alfor. Tu les y as poussés. Tu leur as ôté toutes les autres possibilités. Tu es responsable de la bataille d'Hovent. Nous n'allions attaquer personne : nous aurions coexisté avec ces gens pacifiquement. Nous aurions même amélioré leur vie !

Alfor laissa échapper un rire.

— Nous ? Alors tu te ranges de leur côté, maintenant ?

— Après ce que tu as fait pour Trenchaar ? Oui.

L'expression d'Alfor s'assombrit et Black lança un avertissement à Zarkon. Ils s'approchaient d'une limite qui, une fois franchie, ne laisserait aucun choix de retour en arrière. Zarkon l'ignora.

— Les Aaraks ont fait leur choix, dit Alfor. Je n'ai fait que les conseiller.

— Tu leur as menti. Tu m'as menti, Alfor.

Toutes ces promesses de les aider, d'avoir à cœur ce qu'il y avait de mieux pour le peuple galra, pour au final agir dans le dos de Zarkon et saboter leur dernière chance de maintenir la paix ? Sans parler des sanctions économiques appliquées contre Daibazaal par le Cluster Domenata et leur vaste réseau commercial. Les Galras étaient déjà sous l'eau, leurs richesses venant rapidement à manquer alors qu'ils essayaient désespérément de garder leurs citoyens en vie dans un environnement de plus en plus hostile. Avec ces nouvelles sanctions, ils étaient ruinés.

Et Alfor s'en fichait.

Fermant les yeux, ce dernier prit une inspiration et la relâcha doucement.

— Je n'ai pas menti. Je n'ai simplement pas ressenti le besoin de te tenir au courant de toutes les affaires qui passent par mon bureau, surtout quand cela ne concerne pas Voltron.

Les mains de Zarkon se resserrèrent sur les accoudoirs, s'efforçant d'écouter Black qui l'incitait à respirer, à ne pas laisser la colère lui dicter sa conduite. Il devait garder le contrôle de la situation.

— C'est mon peuple, Alfor. Que cela concerne Voltron ou non, cela me concerne moi.

Et Alfor le savait.

— Tu es un paladin, dit Alfor d'un ton terriblement condescendant. Le paladin noir. Ton devoir va bien au-delà de ta planète natale. Tu dois apprendre à lâcher prise.

Zarkon voulait rire.

— Lâcher prise ? Comme tu as lâché prise, Alfor ? Comme tu as appris à ne pas te mêler des affaires de peuples et de planètes qui ne veulent ni n'ont besoin de ta « main tendue » ?

Les mots de Zarkon atteignirent leur cible et l'expression d'Alfor afficha un instant une colère froide. Zarkon se demanda combien de fois il s'était immiscé dans les politiques locales, s'était servi de Voltron comme moyen de pression lors de négociations sans rien dire aux paladins dont il faisait sa monnaie d'échange.

Après seulement un petit moment, Alfor retrouva son calme altier et leva le menton.

— Ça fait cinq semaines, Zarkon. Tu as largement eu le temps de stabiliser la situation. Il est temps pour toi de retourner au château. Je m'occuperai du fouillis que tu as causé.

Et ça, ça faisait mal. Le lion noir était bel et bien en colère désormais, en colère pour Zarkon et en colère pour tous les gens qu'Alfor avait manipulés. Zarkon ne savait pas quand Alfor était devenu un tyran ni comment cela avait pu en arriver là sans qu'il ne s'en rende compte, mais c'en était assez.

Il ouvrit la bouche, mais Zarkon lui coupa la parole :

— Je ne te fais pas confiance pour gérer la situation à Daibazaal. Pour être franc, je ne te fais pas confiance pour diriger Voltron. Le lion noir et moi-même allons donc rester ici.

— Tu ne peux pas faire ça, Zarkon.

— Je le peux et c'est exactement ce que je vais faire, mon vieil ami. Si tu veux récupérer ton arme si précieuse, il faudra me passer sur le corps. Je me bats désormais pour les Galras.


Zarkon regrettait la bataille d'Ielta. Comme tous les princes. Du moins, ceux-ci prétendaient le regretter. Zarkon ne pensait pas que la paix était leur objectif à tous, mais ils maintenaient une poigne de fer sur Daibazaal et ses ressources. Zarkon devait travailler avec eux. Il ne pouvait pas les provoquer pour une divergence d'opinions.

Leur arrivée à Ielta avait d'abord été du bluff, une démonstration de force qu'ils pourraient utiliser contre le Cluster Domenata pour demander une réduction des sanctions. Ce genre de démonstration était le seul avantage que possédait Daibazaal en matière de politique intergalactique. Même Zarkon, qui abhorrait recourir à la violence, devait l'admettre. C'était pour cette raison qu'il avait pris la tête des opérations avec Black.

Si Alfor pouvait se servir de Voltron durant les négociations, il ne pouvait pas lui reprocher de l'imiter.

Mais Ielta était prête à les recevoir. Prête à se battre. Les princes n'eurent pas le temps de lancer les négociations que déjà des lasers pleuvaient dru sur eux. Zarkon avait répondu à l'instinct, se servant de Black pour viser les mécanismes de défense. Beaucoup se trouvaient dans les grandes villes, mais Zarkon ne pouvait pas se permettre d'y réfléchir. C'était une question de survie.

Il ne savait rien de l'arme – une autre arme expérimentale comme l'appareil qui avait empoisonné le cristal planétaire au secteur Hovent. À en juger les traits tirés des princes après coup, ils ne pensaient pas que les effets seraient si dévastateurs, mais aucun d'entre eux ne semblait particulièrement choqué par le champ d'astéroïdes qui remplaça Ielta.

— C'était nécessaire, lui dit Gorak. Si Alfor veut faire de nous son ennemi, nous devons montrer à l'univers que nous n'allons pas nous laisser faire. Si la mort d'une planète est le prix de la survie de notre peuple, alors c'est un prix que je suis prêt à payer.

Zarkon ne dit rien, mais ce fut le cœur lourd qu'il rentra à Daibazaal pour se préparer aux retombées inévitables.


Zarkon tenta, pour ce qui devait être la douzième fois, de contacter un de ses anciens coéquipiers, n'importe lequel. Ils n'avaient pas répondu la veille et ne répondaient pas non plus ce jour-ci.

Jusqu'à…

— Zarkon ? C'est Lealle. Ce qui se passe… ça va mal. On ne peut plus l'ignorer. …Est-ce qu'on peut se parler, rien que nous deux ? Je t'en prie, je– je ne veux pas qu'on fasse quelque chose qu'on pourrait regretter.


Lealle retrouva Zarkon sur une lune stérile, seuls quelques sortes d'arbres chétifs brisant la monotonie des lieux. Il faisait sombre à l'endroit auquel Zarkon lui avait donné rendez-vous et les étoiles brillaient au-dessus de leur tête comme les cristaux de milliers de planètes dévoilés à la vue de tous. Lealle posa sa navette à une centaine de mètres du lion noir et Zarkon la regarda avec surprise.

— Je ne pensais pas que tu viendrais vraiment, dit-il quand elle sortit.

L'atmosphère de la lune était ténue, mais respirable, ce dont Lealle était reconnaissante. L'idée de se parler en armure de paladin lui donnait l'impression d'être des ennemis à l'aube d'une guerre, ce qui ne lui plaisait pas. De cette façon, Lealle pouvait au moins retirer son casque et s'adresser à Zarkon en tant qu'amie une dernière fois. Zarkon retira le sien également et le tint contre son torse.

— Enfin… Je ne pensais pas que tu étais sérieuse quand tu m'as promis de venir seule.

Lealle eut un petit rire, serrant ses bras autour d'elle.

— Bien sûr que j'étais sérieuse, Zarkon. T'ai-je déjà menti ?

Elle ne mentionna pas que leurs autres amis étaient actuellement en train d'élaborer un plan pour l'abattre. Si Lealle faisait bien son travail, ils n'en arriveraient pas là. Avant tout, elle avait juste une question à poser.

— Zarkon… Je suis désolée, mais il faut que je sache. Il faut que ça vienne de toi. Est-ce que tu as vraiment participé à l'attaque sur Ielta ?

Zarkon se figea, son expression coupable et horrifiée disant à Lealle tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Oui, il avait été sur place, mais ce n'était pas aussi simple que l'avait présenté Alfor. Zarkon avait peut-être essayé d'arrêter la bataille. Il ne savait peut-être pas que les Galras comptaient aller jusque-là. Un millier d'autres « peut-être » traversèrent son esprit alors qu'elle attendait la réponse de Zarkon.

— Ce n'est pas ce que je voulais, finit-il par dire, la voix brisée. Résignée. Je ne voulais pas de morts et si j'avais su ce qui se passerait à Ielta, Lealle, je le jure, je n'aurais jamais accepté le plan des princes.

Lealle ne put retenir un petit élan d'espoir. Zarkon leva les yeux et Lealle essaya de maîtriser les battements de son cœur.

— Zarkon, que s'est-il passé ? J'ai entendu beaucoup de choses et ça n'a aucun sens.

Pendant un long moment, Zarkon resta muet, attentif, comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui crache au visage. Ça lui brisa le cœur de le voir la regarder comme ça. Qu'avait-elle fait pour perdre sa confiance ?

Puis il commença à parler, d'abord avec hésitation, puis de plus en plus confiant en voyant que Lealle l'écoutait en silence, sans le juger. Il lui expliqua tout : la situation désespérée de Daibazaal, les tentatives des Galras de se relocaliser pacifiquement, comment leurs efforts n'aboutissaient jamais.

Comment Alfor continuait à leur faire obstacle.

— Je les ai dissuadés de lancer des attaques de ce type plus souvent qu'à mon tour depuis mon arrivée à Daibazaal, mais je ne peux plus les en empêcher. Des gens meurent, Lealle, et Alfor ne peut s'en prendre qu'à lui-même.

Lealle ferma les yeux, ravalant une vague de douleur et de confusion. Alfor, tournant le dos à un peuple dans le besoin ? Ça ne lui ressemblait pas. Mais Zarkon était une bonne personne, un homme honnête.

Il se tut, sa rage se dissipant dans l'air frais de la nuit.

— Je suis désolé. Je ne… Je ne devrais pas parler de lui comme ça.

— S'il a fait ce que tu dis, alors tu es dans ton droit, dit Lealle, se forçant à sourire. Et vu toutes les affaires qu'il gère sans moi, je n'ai pas de quoi réfuter ce que tu avances.

— Alors tu me crois ?

— Oui, dit Lealle. Pour être honnête, j'ai du mal à croire ce que j'entends sur vous deux, mais je ne pense pas que tu inventerais un truc pareil. C'est… C'est peut-être un gros malentendu. Peut-être qu'on peut arranger les choses.

Zarkon secoua la tête.

— J'ai essayé, Lealle. Alfor me met des bâtons dans les roues à tout bout de champ.

Il soupira, puis fit un pas en arrière.

— Je n'aurais pas dû venir.

— Quoi ?

Lealle le rattrapa par le poignet avec qu'il ne s'éloigne davantage.

— Non. Je t'en prie, Zarkon. Ne fais pas ça. Nous nous faisons du souci pour toi. Pour Daibazaal aussi.

— Et si j'ai raison, Lealle ? Et si Alfor abuse de son pouvoir ? Et si le seul moyen de tout arranger est de l'arrêter ?

Lealle avait les yeux brûlants de larmes contenues, mais elle carra les épaules.

— On va commencer par lui parler. Ensemble. Je ne le laisserai pas te rabaisser tant que tu promets d'écouter ce qu'il a dire, au cas où il y a une explication. Si tu as raison, on prévient les autres. On prévient Altéa, l'Alliance, peu importe. On remontera ça aussi haut qu'il le faudra pour tout arranger, sans déclencher de guerre.

— … Tu ferais ça ? demanda Zarkon. Pour moi ?

Elle sourit, sa vue brouillée par les larmes.

— Tu es l'un de mes meilleurs amis.

— Mais c'est ton mari.

Lealle fit la grimace.

— Je ne suis pas la possession d'Alfor, Zarkon. Je suis d'abord un paladin. Et si tu me dis que mon mari doit être arrêté, alors…

Elle pouvait à peine croire ce qu'elle disait et dut prendre une grande inspiration avant de pouvoir continuer.

— Alors nous l'arrêterons. Ensemble.


Coran fut éjecté de la fusion de l'esprit, un étau autour du cou. Il se souvint soudainement avec clarté de la panique d'Alfor quand il avait effacé son profil mémoriel. Était-ce la raison de sa honte ? Avait-il compris que ses actions avaient mené Zarkon à faire tout ça ? Qu'elles avaient causé la fracture des paladins et la mort de sa femme ? (Mais… était-ce complètement de sa faute ? Alfor n'avait pas tué Lealle. Il n'avait pas tué Keturah. Dans ces souvenirs, Zarkon avait beau sincèrement vouloir faire le bien, c'était lui qui avait attaqué Altéa. C'était son empire à lui qui avait perpétué tous ces massacres. Alfor n'y était pour rien.)

— C'est tout ? Ils t'ont montré que ça ?

La voix de Pidge était tranchante et frustrée, trouvant un écho au fond de Coran. Ces visions avaient révélé beaucoup de choses sur les mois avant la guerre, mais il avait encore beaucoup de questions qui restaient sans réponse. Comment Zarkon était-il passé de la colère justifiée à l'égard de son peuple au despotisme actuel ? Pourquoi avait-il tué Lealle alors qu'elle ne voulait que l'aider ?

Coran était en colère, blessé et confus et, face au silence horrifié qui remplissait la pièce, la présence de cette équipe et ce qu'elle devait penser de ses prédécesseurs lui pesaient lourdement.

Matt inspira, puis retira lentement son casque, les yeux rivés au sol.

— Ouais. C'est tout.

— C'est nul ! cria Pidge, ignorant Karen qui essayait de l'apaiser. Et la suite alors ? Comment Zarkon en est arrivé à tuer ses propres amis, bordel ?

— Je ne sais pas, dit Matt, la voix rauque. J'ai posé la même question au sage, mais elle m'a dit que ce n'était pas ce que j'avais demandé.

— Mais–

— Je comprends, Pidge, vraiment, mais Oriande est parano en ce qui concerne ses secrets. Je n'allais rien en tirer de plus.

Matt marqua une pause, fermant les yeux un instant en remettant sa respiration sous contrôle.

— C'est tout ce que je sais. Ce n'est pas vraiment ce à quoi je m'attendais en posant ma question, mais on ne peut rien y faire, à part le digérer.

Son regard se posa sur Allura, qui avait à peine cillé face au coup d'éclat de Pidge.

— Je… Je sais que ça fait beaucoup… Vrekt, j'aurais peut-être dû te prévenir avant. Désolé. C'est juste que… Je ne savais pas comment–

— Ce n'est rien.

Allura retira son casque et se leva, un faux sourire aux lèvres alors qu'elle s'époussetait les genoux.

— Merci d'avoir partagé cela, Matthew. C'était très… enrichissant.

Son sourire vacilla, son décorum se fissurant alors que des larmes se rassemblaient dans ses yeux. Elle déglutit, cherchant visiblement à se maîtriser, puis jura et se détourna.

— J'ai besoin de temps pour y réfléchir. Veuillez m'excuser.

Elle s'en alla avant que qui que ce soit ne puisse la retenir. Coran pensait qu'il avait touché le fond après les visions, mais son cœur trouva de nouvelles façons de se briser. Si lui trouvait ça dur, ça devait être bien pire pour Allura.

Un dernier regard à la pièce lui montra divers degrés de choc et de compassion sur les visages des autres paladins. Shiro et Lance avaient tous les deux fait mine de se lever et Coran suspectait qu'ils envisageaient de suivre Allura. Ni l'un ni l'autre ne suivirent cette impulsion, cependant, et le reste de l'équipe semblait à peine avoir assimilé son départ.

C'était compréhensible. Ils venaient tous de voir leur perception des anciens paladins et de la guerre complètement chamboulée et il allait leur falloir du temps pour l'accepter.

Coran allait lui-même en avoir besoin, d'ailleurs, mais il pouvait mettre ça de côté pour le moment. Il ne pouvait pas laisser Allura seule. Elle n'était peut-être pas en état de voir son équipe, mais Coran doutait qu'elle le repousse.

À tout le moins, elle aurait bien besoin d'un câlin de quelqu'un qui la comprenait.

Se levant, Coran récupéra le casque d'Allura et le rangea avec le sien. Il posa une main sur l'épaule de Matt et la serra doucement, lui souriant tandis qu'il levait la tête.

— Merci, lui dit-il. Ça n'a pas dû être facile pour toi de tout revivre.

— C'est moins difficile pour moi que pour toi, dit Matt.

Il n'avait pas tort. Mais Coran se contenta de lui tapoter le dos, fit un signe de tête à Shiro, dont l'attention s'était détournée du départ d'Allura pour se concentrer sur la mélancolie de son petit ami. Ils prendraient soin l'un de l'autre, Coran en était certain.

Lui avait besoin de retrouver Allura.


Note de la traductrice : J'espère que ce chapitre vous a plu autant qu'à moi. C'est toujours fascinant de voir comment a débuté le conflit, et ce twist avec Alfor comme possible 'bad guy' ? Top.

Sinon, pour vous prévenir, je serai en vacances la semaine prochaine, ce qui décale la sortie du chapitre 30 (qui sera également le dernier de cet Acte II) au dimanche 19 mai. Je vous souhaite un bon 8 et 9 mai (+ le 10 s'il y en a d'autres qui font le pont) et à bientôt !