Chapitre 61 : une phrase
Parfois j'avais l'impression d'avoir des réactions exagérées pour un propos; c'était comme si j'entendais tout ce qui pouvait être négatif d'une phrase sans même voir si elle avait des effets positifs ou négatifs. Dans ces temps-là, une seule phrase suffisait pour que mes pensées se mettent à tourner en rond : « cet été je prendrai une semaine de vacances avec Camille » qu'il avait dit. Une phrase si simple, mais avec tant d'implications pour moi.
Déjà, je savais que ce qu'il ferait pendant cette semaine était quelque chose qu'il voulait faire depuis au moins l'an d'avant puisqu'il en avait parlé. Et c'était quelque chose que moi je ne pourrais jamais faire avec lui parce que j'avais des enfants. À la fois il y avait une partie de moi qui détestait que la raison qui faisait que je ne pourrais pas faire ce genre d'activité avec lui fût mes enfants; ils étaient la chose la plus précieuse que j'avais au monde et je détestais avoir l'impression qu'ils me privaient de quelque chose. Mais en fait, ils ne me privaient de rien. En toute honnêteté, j'aurais pu faire ce que je voulais; les faire garder au besoin, mais moi je n'aurais jamais voulu être séparé d'eux pendant plus d'une journée. À la fois, il y avait une partie de moi qui voyait tous les avantages que mes enfants m'offraient autant dans ma vie en général que dans ma vie avec Mage. Et je savais bien que nous trouverions quelque chose nous aussi à faire pendant les vacances, mais évidemment ça ne serait pas de l'ordre de passer une semaine ensemble.
Et évidemment, cette unique phrase impliquait aussi qu'on n'allait pas se voir pendant une semaine. C'était déjà arrivé l'an d'avant qu'il parte pendant 2 semaines et j'avais trouvé cela assez long. Évidemment, je me réjouissais quand même un peu pour lui puisque je savais qu'il en était heureux, mais mon côté émotif ne pouvait qu'avoir de la peine de penser que je ne le verrais pas.
Mon côté rationnel regardait la chose en se disant : hey bien! On ne se verra pas pendant une semaine. Mais c'est quand même le fun qu'on ait parlé de faire quelque chose quand même cet été! Bien hâte de voir comment on réussira à organiser quelque chose avec les enfants
Mon côté émotionnel lui ne faisait que sortir des scénarios impossibles : mais qu'est-ce qui arrivera à ce moment? Qu'est-ce qui arrivera s'il réalise pendant cette semaine qu'il peut très bien se passer de moi. Est-ce qu'on va moins se parler? Est-ce qu'il va commencer à oublier de me dire bonne nuit? Clairement, si ces choses allaient arriver un jour, ça serait pendant cette semaine-là!
Quelque part, il y allait toujours avoir un mixte de jalousie et de tristesse dans toutes les situations que je ne pourrais pas vivre avec lui (que ce soit à cause de mes enfants ou pour d'autres causes).
Et voilà que mon côté émotionnel avait alors réussi à se stresser de nouveau et à avoir de la peine en pensant à toutes les choses négatives qui pourraient arriver.
Pourtant, rien n'avait changé et il ne s'agissait que d'une semaine. On avait passé une super belle fin de semaine avec les enfants. On avait même pu aller à la ferme avec ma plus jeune qui avait adoré. Mais, parfois, mon côté émotionnel avait de la misère à considérer tout ce positif comme outil pour amoindrir le stress. Pourtant, mon côté rationnel ne faisait que crier : « une semaine sur 52, mais c'est rien! Comment tu peux ne pas voir tous les magnifiques moments que vous avez passés ensemble et qui vous attendent? Certainement que ce sont ces moments auxquels tu dois penser, c'est tout le positif qui mérite ton attention et ton énergie! »
