Bonjour! Désolé pour le jour de retard... Cela ne semble pas avoir dérangé qui que ce soit de toute façon haha

Chou : oui, on est d'accord c'est très frustrant, mais on commence a avoir un peu plus d'explications dans ce chapitre. Désolée d'avance si c'est un peu trop "angst"


Lena, assise sur le rebord d'un bac à fleurs à l'extérieur, observait distraitement la foule en mouvement. Son équipe avait pris en charge le stand, et elle préférait les laisser gérer seuls. Bien qu'elle ne soit pas du genre à s'imposer, Lena savait que la présence d'un supérieur pouvait souvent augmenter la pression. Aujourd'hui, son rôle n'était pas de superviser son équipe mais de rechercher de potentiels partenaires.

Elle aurait pu déléguer cette tâche à l'un de ses employés, mais Andrea – et un brin de curiosité personnelle – l'avaient convaincue de faire le déplacement. Finalement, elle n'avait pas voyagé avec Andrea. Cette dernière, prise par les préparatifs de dernière minute pour une interview, avait accompagné ses collègues.

À présent, Lena faisait une pause alors qu'Andrea était toujours à l'intérieur, probablement occupée à finaliser les dernières prises avec son équipe. La journée, bien que dense, avait été productive pour Lena. Elle avait repéré des opportunités intéressantes, discuté avec de futurs investisseurs et ajouté quelques noms précieux à son carnet d'adresses. Mais malgré ce succès apparent, ses pensées s'égaraient constamment ailleurs. Vers Sam.

Lena s'était à nouveau rapprochée de Sam ces dernières semaines, même si leur conversations restait souvent tournées autour de la saga, elles avaient de nouveau discuté de tout et de rien comme avant fin janvier. Mars venait de commencer, et le printemps s'installait doucement. Le soleil, encore assez haut dans le ciel malgré l'heure avancée de l'après-midi, baignait l'extérieur d'une lumière douce.

Un son familier interrompit ses pensées. Salut.

Une voix qu'elle aurait reconnue entre mille. Lena se retourna lentement, tentant de dissimuler son étonnement et de garder une contenance.

Salut, répondit-elle, un sourire léger aux lèvres, essayant d'avoir l'air parfaitement naturelle. Quelle surprise de te voir ici !

Sam avançait vers elle, avec un sourire sincère. C'est plutôt à toi que je devrais dire ça, répondit Sam. J'ai remarqué le nom de ton entreprise sur l'un des stands. Honnêtement, je ne pensais pas te croiser, mais… l'un de tes employés m'a confirmé que tu les accompagnais.

Sam s'arrêta à quelques pas de Lena, croisant son regard. Une légère brise soulevait ses cheveux, et Lena sentit son cœur battre un peu plus vite. Elle voulait répondre quelque chose, mais l'instant semblait suspendu, comme si chaque mot risquait de briser une bulle qu'elle ne voulait pas voir éclater. Lena resta figée, incapable de répondre.

Elle savait qu'elle aurait dû prévenir Sam de sa présence, mais elle n'avait pas pu s'y résoudre. Chaque fois qu'elle avait envisagé de le faire, elle avait repoussé l'idée, se promettant de le faire une fois sur place. Pourtant, la première journée touchait déjà à sa fin, et elle n'avait toujours pas envoyé ce message. Elle sentait qu'elle allait se dégonfler, comme à son habitude dans ce genre de situation. Et elle savait qu'elle l'aurait regretté, comme toujours. Mais il semblait que le hasard, ou peut-être le destin peu importe, avait pris les choses en main à sa place.

Sam se tenait là, à quelques pas d'elle, et Lena n'avait plus d'échappatoire. Elle inspira doucement, essayant de calmer le tourbillon d'émotions qui l'envahissait. Peut-être était-ce une seconde chance, une opportunité de ne pas fuir cette fois-ci.

Le sourire de Sam, toujours aussi sincère, l'incita à briser le silence. Mais Lena, les mains légèrement tremblantes, cherchait encore les bons mots. Ils semblaient tous insuffisants pour exprimer ce qu'elle ressentait.

En y repensant, je comprends mieux pourquoi Russel avait l'air si enjoué quand je lui ai dit que je participais au Pittcon, dit Sam, pensive. Tu as dû mentionner ta venue à Andrea, j'imagine.

Lena, toujours silencieuse, tentait désespérément de rassembler ses pensées. Ce week-end ressemblait à une sorte de seconde chance, et elle ne voulait pas gâcher cette opportunité. Pourtant, les mots lui manquaient. Andrea est ici aussi, répondit-elle enfin, espérant que cette information remplirait le vide.

Elle se maudit intérieurement d'être si peu loquace. Ce n'était pourtant pas le manque de pensées qui l'handicapait. Bien au contraire, son esprit semblait envahi par un flot incessant au point qu'elle avait du mal à distinguer sa propre voix dans le tumulte.

Vraiment? répondit Sam, un éclat d'étonnement dans la voix. Elle tourna la tête vers la grande baie vitrée, comme si elle espérait y apercevoir Andrea à travers. Il a bien oublié de me préciser ça aussi, ajouta-t-elle avec un sourire en coin.

Lena saisit l'occasion. Parler d'Andrea était bien plus facile que de se confronter à ce qu'elle ressentait réellement. Ça a l'air d'être plus sérieux que je ne l'aurais pensé, dit-elle, adoptant un ton léger.

Sam fronça légèrement les sourcils avant de répondre, un brin amusée. Je t'avoue que j'étais aussi surprise. Pas que Russel soit... enfin... Ils ne sont pas vraiment complémentaires. Et puis, tu m'avais dit qu'Andrea ne recherchait rien de sérieux.

Lena hocha la tête, esquissant un sourire, mais évitant de croiser le regard de Sam. Elle savait que cette conversation lui permettait de détourner le sujet de l'inévitable, mais elle n'était pas certaine que cela suffirait à calmer le tumulte qui grondait en elle.

Elle semble vraiment attachée, fit remarquer Lena, consciente que cette discussion avait désormais un double sens. Elle-même éprouvait quelque chose pour Sam, mais n'était pas encore prête à le reconnaître pleinement. Andrea, en revanche, assumait ses sentiments sans détour. Ce qui changeait maintenant, c'était qu'Andrea construisait une relation stable et ça, c'était inédit. L'éloignement jouait probablement en leur faveur, mais le fait qu'Andrea fasse des efforts pour voir Russel regulièrement en disait déjà long.

Je pense que c'est réciproque, répondit Sam avec un sourire. Lena haussa un sourcil, intriguée, et Sam poursuivit : Depuis qu'on s'est croisées chez moi l'autre jour, Russel est… plus bavard, disons. Il parle souvent d'Andrea. Et de votre groupe aussi.

Oh ? fit Lena, légèrement surprise.

Oui, Andrea évoque beaucoup votre groupe entre toi, Alex et Maggie. Tout ça nous a… rapprochés, d'une certaine manière. Je sais maintenant que je peux faire confiance à Russel. Même si, parfois, il a tendance à partager des détails sur le RPG que j'aimerais mieux qu'il garde pour lui.

Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Lena, curieuse, ne connaissant pas assez Russel pour imaginer de quoi il s'agissait.

Sam esquissa un sourire mi-amusé, mi-exaspéré. Eh bien… Il a mentionné qu'on échangeait beaucoup depuis la cérémonie, toi et moi. Eve s'est mise à plaisanter à ce sujet, à faire des sous-entendus… Certains s'en amusent, mais la majorité voit bien que c'est juste pour taquiner. Cela dit, c'est parfois un peu lourd, et j'aimerais qu'ils se concentrent sur autre chose que ces blagues stupides.

Lena resta silencieuse, digérant chaque mot de Sam. Depuis le début de leur échange, elle avait le sentiment que Sam et elle n'étaient pas sur la même longueur d'onde. Peut-être qu'Andrea, Alex et Maggie s'étaient trompées, mal interprétant les signes. Peut-être que ses sentiments pour Sam étaient à sens unique. Cette idée s'insinuait dans son esprit, et elle peinait à garder le contrôle sur ses pensées. Sam était là, devant elle, et Lena s'efforçait de maintenir son masque intact. Vous trouvez encore du temps pour discuter sur votre forum malgré la saga ? Comment fais-tu, Sam ? Je suis impressionnée, lança-t-elle avec un sourire qu'elle espérait convaincant.

Sam la regarda attentivement, avant de s'avancer légèrement vers elle. Tu es sûre que ça va, Lena ?

Lena haussa les sourcils, surprise par la question. Comment ça ?

Je ne sais pas… J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui te dérange, répondit Sam d'un ton sincèrement inquiet.

Tout va bien, affirma Lena, d'une voix peut-être trop rapide, fermement ancrée dans le déni.

Sam n'était pas convaincue. Elle pencha légèrement la tête, scrutant Lena avec une attention qui fit presque vaciller cette dernière. Lena détourna rapidement les yeux, feignant de regarder les gens sortir par les baies vitrées derrière Sam. Si tu le dis… murmura Sam, visiblement peu convaincue, mais choisissant de ne pas insister.

Le téléphone de Lena sonna, interrompant la conversation et lui apportant un soulagement inattendu. Lena, t'es où ? On vient de finir, je suis en train de sortir au niveau B.

Lena jeta un regard vers Sam avant de répondre. On est dehors, vers la sortie F.

Comment ça on?

Sam est avec moi.

Ah ! Vous vous êtes finalement croisées! s'exclama Andrea, visiblement ravie.

Lena sentit la colère monter en elle, mais elle la refoula. Tu… tu savais ? demanda-t-elle, essayant de garder son calme.

Andrea ne perdit pas de temps et répondit : Bien sûr que je savais. C'est pour ça que j'ai insisté pour venir avec toi. Je te connais, tu aurais trouvé une excuse pour ne pas venir.

Lena se redressa, agacée. Non, rétorqua-t-elle, la patience commençant à lui faire défaut.

Pourquoi est-ce que tu crois que j'ai tant insisté et que j'ai voulu venir avec toi? Enfin en dehors de voir Russel, bien entendu… Andrea enchaîna sans attendre sa réponse. Parce que je te connais, tu te serais dégonflé!

Mais n'importe quoi! S'acaça Lena qui commençait a perdre le peu de patience qui lui restait.

Russel m'a dit que leur entreprise se lançait dans l'intelligence artificielle et qu'ils allaient participer à cette convention. Si tu avais été au courant, honnêtement, tu serais venue ?

Lena fixa Sam, les pensées en désordre. Elle se mordit la lèvre, tentant de se convaincre. Peut-être… je ne sais pas, répondit-elle, hésitante.

Andrea leva les yeux au ciel, un sourire moqueur aux lèvres. Ouais, c'est ça… Ah ! Vous êtes là ! s'exclama-t-elle en apparaissant entre les baies vitrées entre ouvertes. Sam ! Comment vas-tu ?

Bien, répondit Sam, retrouvant soudainement un mutisme gêné. Pourquoi était-elle plus bavarde quand elle était seule avec Lena ? Avait-elle peur des regards d'Andrea ou savait-elle que cette dernière poussait Lena vers elle ? Et toi ? demanda Sam.

Épuisée ! répondit Andrea en exagérant, un air dramatique sur le visage. On se prend un verre ? J'en ai bien besoin…

C'est que… commença Sam en désignant l'espace de la convention. J'ai encore quelques détails à régler avec l'équipe pour le retour dans les hôtels…

Tu nous rejoins, alors ? proposa Andrea. Lena t'enverra l'adresse.

Ok, répondit Sam. À tout à l'heure. Elle s'éclipsa rapidement, sans se faire prier.

Andrea plissa les sourcils en la regardant partir. Il y a un problème ?

Lena haussait les épaules. Aucune idée.

Tu lui as dit quelque chose ? demanda Andrea, les yeux plissés de méfiance.

Mais non ! s'agita Lena. Je n'ai rien dit ! Elle souffla, agacée par la conversation et par le tumulte de sentiments qui se bousculaient dans son esprit depuis tout à l'heure. Écoute, je suis fatiguée, je vais rentrer à l'hôtel me reposer.

Tu te moques de moi ?! Andrea la regarda, choquée. D'abord, non, tu ne vas pas aller te reposer, ou alors je t'accompagne. Lena se mit à geindre, sachant qu'Andrea ne la laisserait pas tranquille. Et ensuite, c'est quoi votre fichu problème avec Sam ?

Lena souffla, prenant une grande inspiration. J'ai besoin de rentrer. Je te propose d'aller à l'hôtel et je t'en parlerai là-bas. Et puis ça me permettra de mieux organiser mes pensées, parce que là… J'ai juste besoin de calme.

Le trajet en voiture s'était déroulé en silence. Elles s'étaient faites raccompagnées par un chauffeur Andrea passait son temps sur son téléphone et Lena restait dans ses pensées. Cette dernière, en voyant le sourire de son amie, savait qu'elle parlait à Russel. D'un côté, elle était contente pour elle, mais de l'autre… Cela la ramenait brutalement à la dernière conversation avec Sam. Pourquoi, lorsqu'elles étaient face à face, leurs échanges finissaient par être toujours aussi gênés ? À la fin du week-end, leur « relation » – peu importait comment la qualifier – s'était détendue. Et puis lors de la visio entourées de leur amis ça avait de nouveau été étrange. Puis la vie avait repris son cours jusqu'à maintenant.

Lena avait l'impression de repartir de zéro avec ces échanges maladroits. Ou peut-être était-ce juste elle ? Elle se faisait sûrement des idées… Et, après avoir été convaincue par ses amies de se lancer, elle n'avait jamais envisagé que Sam ne partagerait peut-être pas ses sentiments. Et cela lui faisait mal de l'admettre.

Une fois dans la suite que Andrea qualifiait d'« outrageuse », Lena lança ses affaires sur la commode de l'entrée avant de s'affaler dans un fauteuil du salon. Andrea, quant à elle, balança ses talons au loin et s'affaissa sans cérémonie sur le canapé.

Je t'écoute. dit-elle enfin, posant son téléphone après plusieurs minutes passées à y taper frénétiquement.

Andrea, je… Elle s'arrêta, cherchant ses mots. Je crois que Sam ne ressent pas la même chose.

Andrea fronça les sourcils, son air taquin disparaissant pour laisser place à une expression plus sérieuse. Tu es sérieuse, Lena ?

Je ne suis pas sûre, mais… quand on s'est revue, j'ai eu l'impression de revenir en arrière, comme à l'époque où on s'excusait de se déranger l'une l'autre pour le week-end. Elle était distante, et je ne savais pas quoi en penser.

Ça ne veut rien dire, ça, conclut Andrea.

Seulement, elle a dit… Lena tenta de contenir sa tristesse. Qu'elle ne voulait pas que… enfin, que Russel en dise trop sur nous. Pas qu'il y ait réellement un "nous", mais… D'après ce que j'ai compris sur leur forum, il s'amuse à la taquiner sur… je ne sais pas, sur elle et moi. Elle n'a pas voulu entrer dans les détails. Lena soupira. Je peux comprendre qu'elle se sente mal à l'aise avec eux… mais pourquoi le reste-t-elle avec moi ?

Et ? demanda Andrea, attendant une réponse.

Comment ça, "et" ?! s'énerva Lena. C'est déjà assez pénible, heureusement que tu es arrivée, sinon on aurait fini par se fixer en silence sans rien dire.

C'est tout ? insista Andrea. Je veux dire, à part des suppositions, c'est tout ce que tu as ?

Des suppositions ? Mais enfin, est-ce que tu as écouté ce que je t'ai dit ou pas ?! s'emporta Lena.

J'ai écouté, oui. Mais pour moi, c'est juste un autre argument pourri, conclut Andrea d'un ton plat.

Lena se leva, la colère bouillonnait en elle. Tu te moques de moi ? Je ne vais pas… je ne vais pas m'ouvrir à quelqu'un si cette personne choisit de rester distante avec moi !

Andrea la regarda, ses yeux brillants d'une intensité que Lena n'avait pas vue depuis longtemps. Lena, écoute… Si tu veux vraiment comprendre, il va falloir que tu confrontes Sam, pas que tu restes à te torturer l'esprit avec des suppositions.

Lena serra les poings, le souffle court. Elle savait qu'Andrea avait raison, mais l'idée de parler ouvertement avec Sam l'effrayait. Et si je me trompe ? Si je me lance et que tout ça n'est qu'une illusion ?

Andrea soupira et se leva à son tour. Alors, on se sera trompées, et tu passeras à autre chose. Mais au moins, tu sauras. Tu ne peux pas continuer à tourner en rond comme ça, Lena. Tu mérites des réponses.

Un silence pesant s'installa entre elles. Lena sentit la vérité dans les paroles de son amie, mais elle hésitait encore. Et si… et si je n'y arrives pas ? murmura-t-elle, presque pour elle-même.

Andrea se leva et s'installa aux coté du fauteuil. Elle posa une main rassurante sur son épaule. Tu y arriveras. Et tu ne regretteras pas de ne pas avoir essayé.

Lena ferma les yeux, se laissant envahir par l'émotion. Le doute et la peur faisaient rage en elle, mais quelque chose au fond d'elle, une lueur de courage, commençait à émerger. Très bien, je vais le faire.

Andrea esquissa un sourire satisfait. Parfait. Envoie-lui l'adresse de l'hôtel pour qu'elle vienne ici.

Lena la fixa, perplexe. Hein ? Je ne vais pas… Pourquoi ici ?

Andrea leva un sourcil, un air moqueur sur le visage. Tu comptes vraiment le faire dans un endroit public ?

Lena se rendit compte de l'absurdité de sa réponse. Non. Mais inviter Sam dans cet hôtel de luxe n'était pas une option, elle en était certaine. Je ne vais pas l'inviter ici, dans cet endroit. Elle désigna l'espace somptueux autour d'elle.

Andrea la regarda, l'air dubitatif. Pourquoi pas ?

Lena hésita, cherchant les mots justes. Parce que… je ne sais pas, je préfèrerais un endroit plus…

Moins tape à l'œil ? coupa Andrea. Écoute, Lena. Tu es PDG, tu as les moyens, c'est ta vie. Si elle est mal à l'aise avec ça, au moins vous saurez où vous en êtes là dessus.

Lena souffla, réalisant que son amie avait raison. Elle ne pouvait pas passer à côté de cette chance, même si l'environnement ne l'aidait pas. Elle n'avait jamais été à l'aise avec tout ce luxe ostentatoire non plus de toute façon. Ce n'était pas une question de honte, mais ce n'était pas le contexte idéal pour une conversation sincère. Pourtant, Andrea était claire : il fallait avancer.

Allez, envoie-lui ton message. On attend sa réponse et, en fonction, je vous laisserai. Andrea lui lança un clin d'œil. Et puis, Russel m'attend, donc j'espère qu'elle ne va pas en avoir pour la soirée.

Lena fronça les sourcils, intriguée. Comment ça ?

Si je te laisse seule, tu serais bien capable de fuir. Andrea la fixa, un sourire en coin.

Lena souffla, consciente que son amie n'avait pas tort. C'était difficile pour elle de l'admettre, mais elle le savait : elle avait tendance à se dérober lorsqu'elle se sentait trop vulnérable.

(...)

Andrea avait tenu parole, et Lena ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou lui en vouloir. Elle s'efforça de ne pas trop se laisser emporter par ses pensées.

Pendant tout le temps d'attente, Andrea était restée absorbée par son téléphone. Au bout de quelques minutes, Lena avait pris son ordinateur portable pour se concentrer sur le travail, une distraction nécessaire pour évacuer le tumulte de son esprit. Andrea n'avait rien dit, se contentant de lever les yeux au ciel. De toute façon c'était la seule manière pour Lena de trouver un semblant de tranquillité.

Après une demi-heure, un coup de sonnette retentit à la porte. Andrea se redressa instantanément, un sourire radieux illuminant son visage. Elle enfila rapidement ses talons, et, alors que Sam pénétrait dans la suite, Andrea se faufila à ses côtés. Sam s'arrêta, ses yeux s'écarquillant légèrement alors qu'elle balayait la pièce du regard. Le luxe qui l'entourait tranchait nettement avec sa simplicité habituelle.

Bon, je vous laisse ! dit Andrea, tentant de masquer son excitation. Elle passa devant Sam et, avant que celle-ci ne puisse dire quoi que ce soit, elle était déjà en route vers l'ascenseur.

Le portier referma la porte, et Sam et Lena se retrouvèrent seules, se fixant en silence pendant de longues secondes avant que Lena ne prenne la parole.

Tu peux poser tes affaires où tu veux, dit Lena en s'avançant vers le salon où elle s'était installée avec Andrea quelques minutes plus tôt. Tu veux boire quelque chose, ou… ?

Non, merci, répondit Sam, encore serrant son manteau contre elle. L'inconfort de Sam résonnait chez Lena, qui se sentit à nouveau mal à l'aise.

Lena lui proposa de se débarrasser de son manteau et lui indiqua un endroit où s'installer. Je suis désolée, je n'avais pas le courage de sortir boire un verre. Si je dois refaire la même journée demain, je vais avoir besoin de calme pour recharger mes batteries.

Sam tenta de plaisanter : Ton comité a les moyens.

Oh, ce n'est pas… Lena sourit. Le gérant de l'hôtel est un ami. Il me propose toujours sa meilleure suite quand il sait que je suis dans le coin.

Sam esquissa un petit sourire. Tu ne risques jamais de subir l'overbooking.

Lena se mit à rire doucement. En effet. Mais j'aurais été tout aussi gênée si j'avais dû m'imposer chez toi. dit-elle en repensant à la situation.

Sans compter Ruby en plus, ajouta Sam. Mais je pense que vous vous seriez bien entendues.

Ah bon ? Lena remarqua que Sam parlait rarement de sa fille. Jusqu'à présent, elle n'avait eu que des bribes d'informations éparses lors de leurs conversations.

Elle est en plein projet sur un robot avec sa classe. Elle adore ça. Elle t'aurait probablement posé plein de questions sur 'tout ça', éluda Sam. Je ne suis pas très douée dans ce domaine.

Pourtant, ton entreprise s'est lancée là-dedans, non ? demanda Lena, curieuse.

Récemment, répondit Sam. L'atmosphère se détendait peu à peu. Parler de travail semblait être un terrain neutre. Ils veulent mettre en place un projet pour la construction d'une automobile entièrement pilotée par l'IA. Mais ce n'est pas mon domaine, tout ça me dépasse un peu.

Pourtant, tu es venue à la convention, dit Lena, intéressée.

Justement parce que je suis un peu… dépassée ? Sam hésita un instant avant de reprendre. Au départ, je devais juste préparer les équipes des différentes branches de production pour la convention. Mais ma boss a eu la brillante idée de m'y envoyer pour que je… Elle chercha ses mots, puis lâcha : Je crois que ses mots étaient quelque chose comme 'se mettre à la page'. Elle grimace, l'air un peu amer. J'ai l'impression d'être la vieille de l'équipe qui à du mal à gérer ses mails sur son téléphone et qui demande au stagiaire de l'aider. C'est très péjoratif, et je t'avoue que je ne l'ai pas franchement bien pris…

Lena observa Sam, elle sourit en l'observant avec un mélange de surprise et de compassion. Elle se leva doucement et se rapprocha de la jeune femme, s'installant sur le canapé à coté d'elle. On a toutes eu l'impression d'être un peu dépassées à un moment ou à un autre. Ça m'arrive aussi, surtout quand je parle avec Andrea. Avec son travail, elle finit par en savoir un peu trop sur tout, confia Lena d'un ton doux. L'IA est un domaine en constante évolution, il faut savoir s'adapter rapidement pour rester au niveau. Elle esquissa un sourire, cherchant à alléger l'atmosphère.

Sam répondit par un sourire timide, touchée par le geste de réconfort. Peut-être… mais je me sens souvent à côté de la plaque par rapport à l'équipe. Ils sont jeunes, passionnés, et moi, j'ai l'impression d'avoir débarqué dans leur monde trop tard.

Lena pencha la tête, réfléchissant à ses mots. Si jamais tu as besoin d'aide pour comprendre ce projet d'IA, n'hésite pas à me demander. Je suis sûre qu'on pourrait démarrer sur quelque chose de simple pour commencer.

Sam éclata de rire, un peu plus détendue. Je te préviens, si on y passe quelques heures, je vais sûrement déraper et commencer à parler de tout et n'importe quoi pour éviter le sujet.

Lena sourit à son tour. Pas de souci.

Eh bien, tu vois, on n'arrête jamais vraiment d'apprendre. Il y a quelques mois, tu ne connaissais même pas les RPG, et maintenant c'est moi qui viens te demander de l'aide, dit Sam avec un sourire.

Un nouveau silence s'installa. Lena sentit son esprit vagabonder, incertaine sur la manière de relancer la conversation. Devait-elle aborder ce qu'elle avait en tête, ou attendre un moment plus propice ? L'enchaînement des sujets lui semblait compliqué, et elle hésitait à interrompre l'ambiance apaisée qui s'était installée entre elles.

Est-ce qu'on va continuer à éviter le vrai sujet, ou... enfin, peut-être que tu ne veux pas en parler, après tout, dit Sam d'une voix simple.

Lena poussa un léger soupir. Ce n'est pas que je ne veux pas en parler, c'est juste que c'est compliqué pour moi. Tu n'es peut-être pas experte en nouvelles technologies, mais moi, c'est dans les conversations... disons, à cœur ouvert, que je me sens un peu perdue.

Eh bien, peut-être que c'est à mon tour de t'aider? proposa Sam, une lueur de détermination dans les yeux.

Lena hésita, son souffle s'éteignant dans un léger soupir. Je ne suis pas sûre que tu puisses faire grand-chose.

Essaie toujours, répondit Sam, encourageante.

Lena marqua une pause, cherchant les mots. Tu sais, quand... Kara a écrit cette histoire sur Olivia et qu'elle m'a donné son ordinateur pour que je la découvre. Quand je l'ai lue, je n'ai... Elle s'interrompit, cherchant la meilleure manière de formuler sa pensée. Je n'ai pas compris la signification cachée tout de suite. Son regard se détourna vers la fenêtre, évitant le regard de Sam. Puis, j'ai découvert votre univers. J'ai appris à mettre mon travail un peu plus souvent de côté et à... Sortir de ma zone de confort. La voix de Lena s'éteignit dans un souffle, incertaine de l'endroit où ce monologue la mènerait. Sam écoutait, silencieuse, et c'était tout ce qui comptait. Lena se demanda si elle ne préférait pas que Sam l'interrompt.

Après un moment de silence, Lena reprit, plus doucement. J'ai aussi appris à vivre sans Kara, à être moins... Sa présence me manque, mais c'est différent. Ensuite, je l'ai re découverte à travers toi, à travers votre histoire. En discutant ensemble, j'ai mieux compris ce que Kara voulait me dire, comme si tu étais la clé pour résoudre l'énigme. Et puis, je crois que Kara, Alex, Andrea... elles essaient toutes de m'aider. Chacune à leur façon.

Le silence persista, et Lena leva les yeux vers Sam, qui attendait patiemment. Lena soupira, perdue dans l'inconfort du moment. J'ai... je suis... je ne sais pas, conclut-elle, le cœur battant fort contre sa poitrine. Le silence de Sam la déstabilisait, l'empêchant de se lancer et d'avouer ce qui lui tenait vraiment à cœur.

Sam prit un moment avant de répondre, ses yeux empreints de douceur et de compréhension. Lena, je ne sais pas ce que tu essayes de me faire comprendre exactement, mais sache que tu n'es pas seule. Sa voix était calme, rassurante, comme une sorte de main tendue dans l'obscurité.

Oui, elle était la ici et maintenant… Mais une fois la convention passée qu'allait il se passer? Est ce qu'elles seraient à nouveau distantes l'une envers l'autre? Lena sentit son cœur se serrer à cette pensée, l'angoisse se mêlant à la chaleur du regard de Sam. Elle voulait y croire, mais un doute sournois persistait, toujours là, prêt à surgir. Un léger sourire, presque incertain, se dessina sur ses lèvres alors qu'elle cherchait les mots à dire.

Lena tourna son regard vers Sam, les yeux légèrement embués. Elle savait qu'elle n'était pas claire, que Sam ne percevait pas ce qui se cachait véritablement sous la surface. Je crois que je me suis attachée à cette idée de fin heureuse, murmura-t-elle, consciente que Sam pourrait penser qu'elle parlait d'Olivia. Ce n'était pas le cas. Lena parlait de ce qui avait commencé à se construire entre elles, de cette relation naissante qui s'était peu à peu installée. Au fait que... il pouvait y avoir des fins heureuses, même pour moi, ajouta-t-elle.

Elle prit une grande respiration, se remémorant son passé. Je n'ai pas grandi dans ce qu'on pourrait appeler une famille aimante. Ma mère… Elle marqua une pause, le souffle un peu coupé. Voyait l'amour comme une faiblesse. Elle ferma les yeux un instant, se forçant à continuer. J'ai grandi, comme Olivia, dans un environnement toxique où l'argent et le rendement étaient les seules choses qui comptaient.

Lena se redressa, sentant ses pensées se clarifier, ses émotions s'ordonner un peu mieux. Je suis plus à l'aise dans les amitiés parce que… eh bien, j'ai appris à faire confiance grâce à Alex et Andrea. Mais mon cercle est restreint. Ça fait tellement longtemps que je les connais, qu'avec elles, tout semble simple.

Elle prit un moment pour réfléchir avant de reprendre, sa voix plus assurée. Elles m'ont appris beaucoup de choses, comme le fait que la famille n'est pas parfaite, qu'on peut faire confiance à quelqu'un en dehors de sa famille, qu'on peut éprouver un amour sincère et amical… Ça, je sais le faire.

Un silence lourd s'installa entre elles, Lena s'étant levée, incapable de supporter le regard de Sam. Mais s'ouvrir autrement qu'en amitié, je ne… je ne sais pas faire ça, avoua-t-elle, la voix serrée. Une larme s'échappa, qu'elle essuya d'un geste rapide. Ça me semble encore plus difficile à apprendre,... Même si je vois qu'Olivia, malgré sa famille compliquée, arrive à dépasser tout ça pour… Pour s'ouvrir à Kate.

Elle marqua une pause, cherchant ses mots, sa voix se faisant plus faible. Sam pouvait penser que Lena avait juste besoin d'une oreille attentive, mais en réalité, elle-même ne savait pas ce dont elle avait besoin. Pourtant, sa bouche continuait de parler, comme si les mots sortaient tout seul, lassés d'avoir été réprimés depuis si longtemps. Elle contempla les lumières de l'extérieur à travers la fenêtre. C'était plus simple de ne pas la regarder. J'ai lu et relu leur histoire, mais c'est leur noirceur qui les a rapprochés. Ce n'est pas… Ce n'est pas comme ça dans la vraie vie. Je ne peux pas m'ouvrir à quelqu'un juste parce qu'on partage la même noirceur. Ça me semble bien plus complexe dans la réalité. Un nouvel instant de silence s'installa, pendant lequel Lena l'extérieur sans vraiment y prêter attention.

Ce que tu cherches dans les mots que nous avons écrits, c'est un véritable plan à suivre. Mais Lena… je doute que ce soit la réponse à tes questions, dit Sam d'une voix calme. Lena sentit la présence de Sam se rapprocher alors qu'elle se levait à son tour. Chacun a sa propre manière de s'ouvrir, de faire confiance et de construire quelque chose avec celui ou celle qu'il aime. Tu ne peux pas chercher la vraie réponse dans une histoire qui n'est pas la tienne.

Alors je ne saurais jamais comment faire, souffla Lena, sa voix tremblant légèrement alors qu'elle s'efforçait de cacher sa tristesse, de la maintenir juste assez enfouie pour qu'elle ne vienne pas la submerger.

Lena sentit une douleur sourde envahir sa poitrine, une tristesse qu'elle avait jusque la retenue, se frayait maintenant un chemin à travers ses défenses. Elle avait cru pouvoir la contenir, la maîtriser, mais les mots avaient fait naître une vulnérabilité qu'elle n'avait pas anticipée. L'idée de ne jamais savoir comment s'ouvrir, de rester enfermée dans des souvenirs et des émotions qui n'en finissaient pas de la hanter, la submergeait.

Une larme se fraya un chemin le long de sa joue, puis une autre, jusqu'à ce que la douleur devienne trop lourde pour être contenue. Elle se laissa aller, incapable de se retenir plus longtemps, les épaules secouées par de silencieux sanglots. Lena se sentit soudainement petite, perdue, comme si tout ce qu'elle avait bâti, toute la façade de force et d'indépendance, s'effondrait autour d'elle.

Sam, qui était restée silencieuse jusque-là, s'approcha doucement. Sans un mot et sans hésitation, ouvrit ses bras et les enroula autour de Lena. Les bras de Sam étaient chauds et réconfortants, un refuge contre la tempête intérieure de Lena.

Lena, je suis là, murmura Sam de sa voix douce et sincère, comme un murmure apaisant au milieu du tumulte. Je ne suis pas sûre d'être la meilleure pour t'apprendre à faire ça, mais saches que tu n'es pas seule.

Lena sentit le poids de la tristesse se relâcher un peu, remplacée par un sentiment de sécurité, fragile mais réel. Pour la première fois, elle se laissa aller, se laissant porter par la chaleur de l'étreinte, le réconfort de cette présence bienveillante.

La proximité, le simple fait que Lena puisse enfouir son visage dans l'épaule de Sam, semblait transformer doucement. Lena ne savait pas exactement ce que cela représentait, mais elle sentait qu'un lien se tissait entre elles, subtil mais puissant. Elle serra Sam un peu plus fort, sentant le réconfort de cette étreinte qui semblait lui apporter un apaisement inattendu.

Elle pouvait percevoir l'incompréhension de Sam, un léger décalage dans la façon dont elle se tenait, comme si elle tentait de comprendre l'intensité de ce qui se passait sans en connaître toute l'étendue. Lena savait qu'elle n'avait pas été complètement honnête, que des vérités essentielles étaient restées enfouies. Ses mots n'avaient été qu'une demi-vérité, et cela se ressentait dans la tension qui habitait encore ses épaules, dans la fragilité de ce qu'elle avait osé exprimer.

Lena n'était pas prête à tout révéler, et l'aveu partiel qu'elle avait fait ne faisait que le confirmer. Mais, à cet instant, elle se permit de savourer l'instant présent, cette étreinte lui offrait un répit, un espoir timide, malgré l'incertitude de ce qui viendrait après.

Lena sentit les larmes glisser sur ses joues, brûlantes et incontrôlables, tandis que le poids de ses propres sentiments la submergeait. Elle savait, au fond d'elle, que ce qu'elle ressentait pour Sam était bien plus que de l'amitié, mais elle avait peur de l'admettre, même à elle-même. Cette conversation, qu'elle avait failli mener jusqu'au bout, lui avait montré à quel point elle était perdue dans un labyrinthe de doutes. Sam méritait plus que des demi-vérités et des mots inachevés, mais Lena n'était pas prête à tout révéler.

Sam resserrait son étreinte probablement sans comprendre encore l'ampleur des émotions qui bouillonnaient en Lena.

Lena secoua la tête, tentant de refouler sa peine, mais la vérité était là, palpables dans son cœur battant. Je… Elle hésita, la gorge trop serrée pour continuer. Ses mots se perdirent dans un souffle, une confession inachevée. Je suis tellement désolée, dit-elle dans un souffle.

Sam resserra son étreinte, la pressant doucement contre elle. Ne sois pas désolée… Tu as le droit de ressentir ce que tu ressens. Tu peux me dire ce que tu as sur le cœur, sans hésitation.. Elle caressa lentement les cheveux de Lena, un geste tendre, plein de réconfort. Mais la réaction de Lena fut immédiate ; elle s'écarta brusquement, comme si le contact l'avait électrisée.

Elle devait se reprendre, se reconnecter à son esprit, reprendre le contrôle et arrêter de pleurer sans réfléchir. Pardon, dit-elle enfin, en réalisant que son geste pouvait être mal interprété. Je crois que… je dois… je vais… La phrase se perdit dans un souffle, ses mots coincés dans sa gorge, incapables de sortir.

Lena, dont les yeux rouges trahissaient les larmes et le visage encore marqué par une vulnérabilité qu'elle avait tant essayé de cacher, leva les yeux et croisa le regard de Sam. Elle la fixa un instant, submergée par la confusion et la honte, avant de détourner le regard et de s'éclipser sans un mot. Sam resta seule, les bras encore tendus, tandis que le silence lourd emplissait la pièce, témoignant de ce qui était resté inavoué.

(...)

Alors ?! Ta soirée avec Sam ? était le message que Lena avait reçu d'Andrea le lendemain matin.

Lena souffla et posa son téléphone. Qu'est-ce qui s'était passé ? Elle s'était enfermée dans la salle de bain après avoir à peine avoué à Sam qu'elle ne savait pas comment aimer, sans même lui dire que c'était elle, Sam, qu'elle aimait. La soirée avait été marquée par des émotions intenses, un tourbillon de sentiments et de regrets. Sam l'avait prise dans ses bras, et cette étreinte… Mon Dieu, pensa Lena en revivant la scène.

Elle avait quitté la pièce, plantant Sam là, seule, avant de se réfugier dans la salle de bain, se repliant sur elle-même jusqu'à ce que la présence de Sam disparaisse enfin. Elle se sentait stupide, enfantine même, en réalisant qu'elle avait agi comme une adolescente effrayée. C'était la première fois qu'elle se sentait aussi vulnérable, si complètement hors de contrôle.

Elle essaya de déchiffrer les gestes de Sam, de trouver le moindre indice sur ce que cela avait bien pu signifier. Mais Sam était restée douce et attentionnée, sans jamais franchir de limites, sauf peut-être avec ce geste, cette caresse. Lena se sentit encore plus perdue en pensant à la caresse de Sam, à la chaleur de son parfum, à l'intensité de ce simple contact. C'était ridicule ! Elle s'était transformée en une version déformée d'elle-même, perdue dans un tourbillon de doutes et d'espoirs irrationnels. Ses pensées se bousculaient, mêlant incertitudes et rêves, la laissant confuse et fragile.

Sam avait été simple et bienveillante, mais pour Lena, chaque geste semblait disproportionné, comme si la moindre attention était une déclaration. Elle voulait crier contre Andrea et Maggie, leur reprocher de l'avoir poussée vers Sam et de s'être laissée emporter par cette situation. Elle regrettait de l'avoir rencontrée.

Après un long moment à se perdre dans ses pensées, Lena prit une grande inspiration avant de répondre à Andrea, le téléphone dans la main, tremblant légèrement sous le poids de ses émotions. Sérieusement, Andrea ? Vous m'avez fait croire que tout cela avait un sens, que je ne me trompais pas. Toi et Maggie, vous avez vu des choses qui n'existaient pas, et maintenant je dois gérer les conséquences. Je ne peux pas croire que je me suis laissée entraîner là-dedans, à espérer quelque chose qui n'existe pas. Je ne veux plus entendre de remarques sur "les signes" ou "les opportunités". C'est terminé. Ne m'envoie plus de messages. Jamais.

Lena s'effondra sur le lit le téléphone toujours dans la main, les yeux fixés sur l'écran éteint. La colère bouillonnait en elle, chaude et brutale, et elle n'avait aucune intention de la contenir. Andrea et Maggie avaient tout gâché, et elle n'avait aucune envie de les affronter ou de les écouter. Elle n'était pas prête à comprendre leurs intentions, ni à les excuser pour lui avoir mis des idées dans sa tête.

Elle balança le téléphone sur la table basse, le bruit résonnant dans la pièce. Elle n'avait plus la force de se battre contre ce tourbillon intérieur. Tout ce qu'elle voulait, c'était un instant de tranquillité, loin des émotions incomprises et des attentes irréalistes.

Elle se leva soudainement, les poings serrés, et se dirigea vers la fenêtre. De là, elle pouvait voir la rue en contrebas, où quelques passants se hâtaient, le regard tourné vers le sol, absorbés dans leurs pensées. C'était le milieu de la matinée, les rues étaient loin d'être bondées. Un couple marchait côte à côte, tandis qu'un homme pressé les dépassait en traînant les pieds, les épaules affaissées. Tout semblait simple, ordinaire, bien loin du tourbillon dans lequel elle se trouvait. Sam... elle préférait ne pas y penser. C'était trop douloureux, trop incertain. Fuir semblait plus facile, laisser tout cela derrière elle. Mais au fond, elle savait que ce n'était pas la solution. Même en colère, elle ne pouvait pas se détourner de Sam. Elle ferma les yeux, le souffle court, et se laissa envahir par l'amertume, une sensation inévitable qu'elle n'était pas prête à affronter.

Elle choisit de rester dans sa suite, laissant ses collaborateurs gérer la situation à sa place. Lena n'était pas du genre à se dérober, mais la tempête d'émotions qui l'envahissait, surtout la colère envers Andrea et ce qui venait de se passer la veille, tout était décuplé. Elle sentait que chaque parcelle de son être était en train de se consumer sous la colère et la tristesse. Retourner à la convention, c'était inconcevable, surtout si Sam y était aussi. La simple idée de croiser Andrea, faisait naître en elle une rage sourde qu'elle savait capable de tout.

Elle se laissa tomber sur le lit, le regard perdu sur le plafond, les mâchoires serrées. Cette colère, elle la sentait dans chaque fibre de son corps, mais ce qui la perturbait le plus, c'était ce vide douloureux qui s'était installé au creux de sa poitrine.

Elle avait passé la journée emmitouflée dans sa couverture, une image bien éloignée de la Lena habituelle, toujours impeccable et en contrôle. Son téléphone avait sonné plusieurs fois, mais elle n'avait pas eu la force de décrocher. Avait-elle au moins droit à un moment de répit, à une journée sans perturbations ?

Alors que les heures s'étaient égrenées et que la nuit commençait à envelopper la ville de son manteau sombre, un bruit de sonnette retentit à sa porte. Un frisson parcourut son échine, interrompant sa torpeur. Qui osait la déranger à cette heure-ci ?

La personne derrière la porte semblait déterminée à ne pas partir, et Lena, toujours en proie à sa colère, se leva d'un bond. Mais son corps protesta immédiatement : elle ressentit une faiblesse, le manque de nourriture commençant sérieusement à peser.

Lena, ouvre ! cria Andrea de l'autre côté.

Lena atteignit la porte, l'exaspération bouillonnant en elle. Dégage, Andrea ! dit-t-elle, sa voix vibrante de rage. Elle hésita un instant, la main sur la poignée, prête à ouvrir pour hurler à pleine voix face à son ancienne amie. Pars et laisse-moi tranquille ! vociféra-t-elle sa voix légèrement étouffée par la porte.

De l'autre côté, Andrea laissa échapper un soupir exaspéré. Tu penses que c'est en restant enfermée ici que tu vas résoudre quoi que ce soit?

C'est mon problème. cracha Lena les poings serrés. Maintenant, va-t'en!

Oh non, je ne bougerai pas, rétorqua Andrea avec fermeté. Je sais que tu es en colère contre moi, et tu as sûrement tes raisons. Mais si tu crois que je vais partir parce que tu me cries dessus, c'est mal me connaître.

Je n'ai pas besoin de tes leçons, Andrea! siffla Lena, s'appuyant contre la porte. Tu es la dernière personne que j'ai envie de voir ou d'entendre.

Un silence tendu s'installa, mais Lena pouvait entendre Andrea se déplacer légèrement, sans doute pour se repositionner confortablement. Très bien, je reste ici, répondit Andrea avec une pointe d'obstination. De toute façon, je n'ai rien d'autre à faire qu'attendre que tu ouvres cette fichue porte et que tu m'écoutes.

Je ne vais pas t'écouter, gronda Lena, ses poings serrés. Tu perds ton temps.

Peut-être bien. Mais tu m'écouteras sûrement plus attentivement si je te disais que j'ai parlé avec Sam.

Le simple fait qu'Andrea prononce son nom fit exploser la colère de Lena. Dégage Andrea ! hurla-t-elle, furieuse. J'en ai assez de toi et de tes idées débiles ! Tu voulais semer le chaos dans ma vie ? Eh bien bravo, c'est réussi ! Maintenant, VA-T-EN !

Un silence s'installa, interrompu par une voix plus calme. Lena.

Sam. C'était Sam. Lena ferma les yeux, sa colère brûlante s'entremêlant à une autre émotion qu'elle ne voulait pas – ou ne pouvait pas – identifier.

Est-ce que tu peux ouvrir la porte ? Je crois qu'on a besoin de parler, toutes les deux, dit Sam, son ton posé tranchant avec l'agitation qui régnait encore.

La colère se dissipa soudainement, comme emportée par un vent invisible. Lena n'arrivait pas à comprendre comment Sam parvenait à la faire se sentir ainsi. Ce n'était pas de l'incompréhension, non, c'était autre chose… C'était de la peur. Oui, Lena avait peur de la réaction de Sam, surtout quand il s'agissait de tout ce qui la touchait. C'était un sentiment nouveau, pas la peur elle-même, mais ce pressentiment que Sam possédait une part d'elle. Une part qu'elle n'avait pas l'habitude de partager. Non. Ce n'était pas le moment de penser à ça.

Pourquoi vous ne me laissez pas tranquille ? demanda Lena d'une voix brisée, presque étranglée par l'émotion.

Lena… La voix d'Andrea s'était adoucie, presque apaisante. Ce que tu ne comprends pas, c'est qu'on n'est pas là pour te forcer. On veut juste s'assurer que tu vas bien.

Tu passes ton temps à me forcer, Andrea ! Tu me pousses toujours à…

Mais, coupa Andrea. Tu ne lui as même pas vraiment dit ce qui te rongeait. Pourquoi ?! Tu ne te rends pas compte que—

Exaspérée, Lena ouvrit brusquement la porte, prête à se confronter à Andrea. Mais, au lieu de la trouver, elle se retrouva face à face avec Sam. Andrea, assise par terre et appuyée contre la porte, perdit l'équilibre sous l'élan soudain et bascula en arrière, surprise. Putain, Lena ! râla Andrea en se redressant tant bien que mal, se massant l'arrière de la tête.

Mais Lena n'entendit même pas le reste de ses protestations. Son regard s'était immédiatement posé sur Sam, debout juste derrière Andrea. Leur regard se croisa, et tout ce qu'elle avait voulu dire où faire s'évapora à cet instant précis.

Sam ne dit rien, mais son expression, douce et attentive, semblait lui parler bien plus que des mots. Lena sentit sa colère vaciller, remplacée par un mélange d'appréhension et de confusion. Elle restait figée, incapable de détourner les yeux, tandis qu'Andrea, toujours au sol, grommelait dans son coin sans qu'aucune des deux ne lui prête la moindre attention.

Lorsque Andrea se releva, elle rompit le silence. Tu ne lui as rien dit, en fait ! lança-t-elle en croisant les bras et en fixant Lena. Eh bien, maintenant, c'est fait. Lena réalisa alors le sens de ses paroles et la fixa, choquée.

Qu... Quoi ? murmura Lena, les yeux écarquillés. Andrea n'aurait pas osé !

Comment voulais-tu que je le sache ? s'emporta Andrea. Tu ne m'as rien dit. Ce matin, j'attendais des réponses. Je t'ai envoyé un message, je t'ai appelée plusieurs fois ! Tu m'as envoyé ton message trop tard! Elle marqua une pause avant de continuer. Donc, quand j'ai croisé Sam à la convention tout à l'heure, comment je pouvais deviner de quoi vous aviez parlé ? J'étais encore dans l'idée que tu lui avais tout avoué !

Flash back quelques heures plus tôt.

Il était encore tôt, ils avaient profité du calme avant l'arrivée de tout le monde aujourd'hui. Installée avec son équipe, Andrea était penchée sur son bloc-notes, rayant rapidement des questions qui ne convenaient plus après sa dernière interview d'hier. Son collègue soufflait. Ces conventions, c'est vraiment pénible, surtout pour le son… J'espère que le rendu ne sera pas trop mauvais.

Bruce, je n'y peux rien si les gens sont excités et qu'il y a trop de monde… Je t'avais dit d'aller dans le fond, mais tu as préféré un rendu plus naturel sur le stand. C'est trop tard maintenant, l'interview est faite, et ce type était trop bizarre. Je ne vais pas tout recommencer.

Ce type était surtout très impressionné par toi, répondit Bruce en riant. Andrea grimaça. Dire qu'il fallait qu'elle se tape une nouvelle journée avec ce genre de personne.

Bonjour, Andrea ! entendit-elle soudain dans son dos.

Elle se retourna et se trouva face à Sam. Hey ! Ça va ? demanda-t-elle par réflexe. Elle jeta un coup d'œil à Bruce qui comprit et s'éloigna vers la sortie. Andrea le vit prendre son paquet de cigarettes et sourit en coin. Jess serait au courant, ou bien elle trouverait un moyen de pression sur lui. Il avait arrêté ? N'importe quoi.

On peut dire ça… répondit Sam en détournant le sujet. Et toi ?

La nuit a été courte. Une vraie nuit de folie, sourit Andrea, les yeux pétillants. Mais je profite de chaque instant, de ma journée et de ma nuit… Je n'ai pas beaucoup de temps, on part déjà demain matin.

Je parie que tu vas en profiter jusqu'au dernier moment ?

Tu paries bien, répondit Andrea avec un clin d'œil. Mais toi aussi, je suppose. Elle haussait les sourcils, un sourire espiègle sur les lèvres.

Comment ça ? Sam fronça les sourcils, ne comprenant pas, et Andrea pensa qu'elle jouait l'innocente.

Oh, allez, Lena t'a tout avoué hier… Je sais très bien ce que vous êtes maintenant. Je ne vais pas jouer la naïve.

Je t'assure, Andrea… Sam la fixait, l'air perplexe. Je ne sais pas de quoi tu parles…

Andrea resta silencieuse un moment, la scrutant avec intensité. Elle n'a pas osé.

Osé quoi ? Sam commençait à s'agiter. De quoi tu parles ?

Elle ne t'a rien dit ? Elle ne t'a pas avoué ses sentiments pour toi ?

Sam resta figée, la bouche entrouverte, incapable de répondre.

Putain elle a vraiment fuit, encore une fois! S'enerva Andrea.

Les sentiments… commença Sam, réalisant quelque chose. Ceux qu'elle a pour… moi ?

Andrea roula des yeux, exaspérée. Sérieusement, ce n'est pas possible ! Entre elle qui se cache et toi qui fais semblant de rien, vous n'irez jamais nulle part!

Faire semblant de rien ? Sam fronça les sourcils, perplexe.

Ok, je vais être claire, dit Andrea, agacée par cette situation qui tournait en rond. Est-ce que tu aimes Lena ? Sam resta silencieuse, mais le rouge sur ses joues trahissait la vérité : Andrea n'avait pas tort. Et ne fais pas comme si tu ne comprenais rien, s'il te plaît.

Je ne vais pas dire qu'il n'y a pas… Sam hésita, le cœur battant. Que je ne ressens pas quelque chose pour elle, mais…

Pitié, pas de "mais". Pitié. Andrea leva les yeux au ciel, exaspérée. Elle se voile déjà assez la face. Elle t'a probablement parlé de boulot hier au lieu de…

Je vais t'arrêter tout de suite. Coupa Sam, les yeux fixés sur Andrea. Hier, elle s'est vraiment ouverte à moi. C'est juste que je n'avais pas compris le vrai sens de ses paroles.

Comment ça ? Andrea la fixa, les sourcils froncés, attendant des réponses.

Elle m'a dit qu'elle avait du mal à s'ouvrir aux autres en amour. Elle s'est confiée sur sa façon de réagir en général face à une situation amoureuse… C'est moi qui n'ai pas compris qu'elle parlait de nous, ou que j'ai … Voulu le comprendre autrement. Eluda Sam, Andrea voyait que Sam était en train de se rendre compte de la vérité. En fait, elle me parlait à moi. Et… c'est moi qui ai mal réagi.

Andrea observa Sam, qui semblait perdue dans ses pensées, son regard fixé sur un point lointain. Elle soupira, croisant les bras. Et maintenant que tu sais ça, qu'est ce que tu comptes faire?

Sam souffla. Il faut que je retourne la voir. Commença t elle.

Le téléphone d'Andrea vibra. Elle découvrit le message de Lena. En fait, je crois qu'il va falloir que je t'accompagne. Nous avons plusieurs choses à mettre au clair.

Fin du Flashback

Elles étaient toutes les trois assises dans le salon. Lena se rendit compte qu'elle portait encore son pyjama, un contraste frappant avec le tailleur d'Andrea et le costume de Sam. L'atmosphère était tendue. Lena en voulait à Andrea, mais elle savait qu'elle n'avait pas été complètement honnête avec Sam, et cela la gênait. De son côté, Sam ne réagissait pas, et cela commençait à l'inquiéter.

Bon. Andrea brisa le silence pesant. Je m'excuse de t'avoir dit tout ça et d'avoir trop insisté pour que tu te rapproches de Sam.

Lena tourna un regard furtif vers Sam, qui jouait nerveusement avec ses mains.

Je pensais que Sam était assez forte pour gérer ta… Enfin, te gérer toi. Mais apparemment, vous êtes pareilles.

C'est comme ça que tu t'excuses ? Lena la fixa, les yeux emplis de reproches. Sam lança un regard amusé à Lena, et elle crut l'entendre pouffer.

Honnêtement, je ne sais même pas pourquoi je suis là avec vous. C'est à vous de gérer vos… vos non-dits. Moi, je devrais être en train de m'envoyer en l'air avec Russel. Andrea soupira, exaspérée. Tu me fais perdre mon temps, Lena. Je t'adore, mais là, je ne vais pas te prendre par la main.

Je ne t'ai rien demandé, pour info ! s'emporta Lena, croisant les bras et lançant un regard agacé à Andrea.

Andrea se leva. Écoute, tu sais quoi ? Très bien. Je m'excuse d'avoir autant insisté pour que tu sois avec Sam. Je croyais vraiment que vous iriez bien ensemble, mais après tout, qui suis-je pour juger ? Continue à te cacher, à ne pas avouer ce que tu ressens vraiment.

Lena se redressa. Je… commença-t-elle avant qu'Andrea ne l'interrompt et poursuive sa tirade.

Vous êtes pareilles, elle est juste meilleure pour cacher sa peur. Lena jeta un coup d'œil à Sam, qui semblait soudainement très mal à l'aise. Vous vous ressemblez bien plus que vous ne le pensez. Mais bon, faites comme vous voulez, moi je vais m'envoyer en l'air. Sur ce, bonne soirée! dit Andrea d'un ton sec.

Elle s'était levée et avait claqué la porte derrière elle. Un long silence s'installa, que Sam finit par rompre. Lena, qui fixait encore la porte, elle réalisa que Sam avait fini par se lever et qu'elle la regardait. Elle a raison, dit elle.

Lena fronce les sourcils. Andrea aurait raison ? Sur quel sujet ? Lena, cherchait les mots pour ne pas blesser Sam, elle poursuivit : J'ai peur aussi. Mais apparemment, je ne suis pas assez discrète, parce qu'Andrea l'a remarqué.

Andrea l'avait vue. Mais pas Lena. Lena, trop perturbée par ses propres sentiments, n'avait pas su lire en Sam. Son silence, ses réserves dans les discussions de groupe, ne lui avaient jamais laissé penser que Sam pouvait elle aussi ressentir de la peur ou d'autres émotions.

Lena resta silencieuse, absorbée par les paroles de Sam qui résonnaient en boucle dans sa tête. La réalité de la situation, celle qu'elle avait refusé de voir, s'imposait maintenant à elle. Elles n'étaient pas si différentes. Sam, tout comme elle, avait peur de ses propres sentiments. Lena comprenait enfin que Sam se battait contre ses propres doutes et hésitations, tout comme elle.

Elle tourna lentement la tête vers Sam, ses yeux s'adoucissant. Je… Je n'ai jamais pensé que… murmura-t-elle, la voix tremblante. Toi aussi…

Sam secoua doucement la tête, un léger sourire triste aux lèvres. Tu ne pouvais pas savoir. Je suis désolée si tu as pensé hier que j'étais distante ou…

Lena inspira profondément, le poids de ses erreurs et de ses malentendus pesant sur ses épaules. C'est moi qui m'excuse, répondit-elle enfin, alors que Sam peinait à finir sa phrase. Je me suis laissée complètement submerger par l'émotion, ça ne m'était jamais arrivé. Je suis vraiment désolée que tu aies assisté à ça.

Sam la regarda, ses yeux s'agrandissant de surprise. Tu n'as pas à t'excuser, Lena ! J'ai été touchée que tu t'ouvres à moi comme tu l'as fait. C'est moi qui suis désolée d'avoir été si distante et de ne pas avoir réagi comme il fallait.

Le silence s'installa de nouveau entre elles, mais cette fois, il n'était pas lourd de non-dits. Il était chargé de la possibilité d'un nouveau départ, d'une compréhension mutuelle qui les rapprochait enfin.

Tu ne pouvais pas savoir, puisque je ne t'avais pas dit toute la vérité, ajouta Lena, le ton empreint de regret.

Sam souffla, son regard hésitant. J'aurais dû le comprendre. Mais j'avais peur de m'imaginer des choses, de voir ce qui n'était pas là.

Lena sourit, réalisant que ces paroles résonnaient en elle. En effet, Andrea a raison, conclut-elle. Mais on ne lui dira jamais parce qu'elle ne sait même pas s'excuser. On ne va pas lui laisser ça, en plus.

Sam laissa échapper un léger rire. Votre amitié est vraiment… particulière, dit-elle. Ce n'est pas le mot exact, mais elle te soutient d'une façon assez… continua-t-elle en cherchant ses mots.

Andreèsque, compléta Lena.

Sam éclata de rire. Oui, c'est exactement ça.

Lena sourit, la tension entre elles se dissipant peu à peu. Est-ce que tu voudrais… rester pour qu'on mange quelque chose ? proposa-t-elle.

Sam hésita un instant. Je devais rentrer pour récupérer Ruby ce soir… elle doit m'attendre depuis un moment déjà, en fait, avoua-t-elle, visiblement un peu gênée.

Lena sentit un pincement au cœur. Oh. Je comprends. Tu devrais y aller maintenant alors, ne la fais pas attendre plus longtemps, répondit-elle, un brin déçue.

Elle accompagna Sam jusqu'à la porte. Un nouveau silence s'installa entre elles, mais il n'était plus aussi pesant. Même si Lena était déçue de ne pas pouvoir profiter de la soirée, elle se sentait plus sereine pour la suite.

Soudain, Sam se tourna vers elle. Tu veux venir à la maison ? proposa-t-elle.

Lena, surprise, mit un instant à répondre.

Enfin… tu es peut-être fatiguée, donc si tu préfères te reposer, je comprendrai, ajouta-t-elle, un peu nerveuse. Lena commençait à comprendre les signaux, à lire le malaise de Sam d'une manière nouvelle.

J'en serais ravie, sourit Lena, tandis que Sam levait les yeux vers elle, surprise. Mais il faut que je me change… Envoie-moi l'adresse et je te rejoindrai quand je serais prête. Lena se remit dans un mode plus rationnel, c'était plus facile à gérer, mais elle sentait déjà une agréable chaleur à l'idée de passer la soirée avec Sam et Ruby.

Le sourire de Sam s'élargit. D'accord. À tout à l'heure, alors ? demanda-t-elle, sa voix légèrement hésitante.

Oui, à tout à l'heure, répondit Lena, le sourire aux lèvres.

Sam resta là, la regardant pendant quelques secondes, avant de se rendre compte qu'elle n'avait pas bougé. J'y vais ! dit-elle à voix haute, en faisant un geste pour se diriger vers la porte.

Lena la regardait s'éloigner, un sourire amusé sur les lèvres. Sam, qui était habituellement si calme et sûre d'elle, se comportait étrangement. Peut-être était-ce parce qu'elles savaient que leurs sentiments étaient réciproques. Bien sûr, elles ne s'étaient pas encore avouées la vérité, mais Lena savait qu'elle ne pourrait pas revivre la même soirée qu'hier. Sam ne devait pas en mener plus large non plus, si l'on en croyait son agitation, ce qui expliquait pourquoi elles avaient décidé de passer à autre chose si rapidement.

(...)

Lena s'était préparée aussi vite que possible, mais le stress de la soirée qui l'attendait ne jouait pas en sa faveur. Chaque objet qu'elle attrapait semblait lui glisser des mains, comme si son propre corps refusait de coopérer avec son esprit agité. Enfin prête après une demi-heure d'efforts laborieux, son téléphone vibra. C'était sûrement l'adresse de Sam.

Elle se figea un instant devant la porte de sa suite avant de partir, prenant une profonde inspiration pour tenter de chasser le stress inutile qui l'envahissait. Une fois dehors, elle monta dans la voiture qui devait la conduire jusqu'à destination.

Le quartier de Sam, niché dans la banlieue de Boston, respirait le calme et la simplicité. Les maisons, toutes alignées avec une certaine uniformité, étaient typiques des quartiers résidentiels familiaux. De charmantes demeures en bois peint, parfois avec des porches accueillants ornés de chaises à bascule, bordaient des rues paisibles bordées d'arbres.

Les lampadaires éclairaient doucement le début de soirée, donnant une teinte chaleureuse à l'ensemble. Quelques voisins discutaient sur leurs pelouses ou promenaient leurs chiens, mais l'ambiance restait paisible, loin de l'agitation de la ville. Ce quartier paisible contrastait avec l'agitation de Lena, mais il lui apportait une sorte d'apaisement.

Elle remercia son chauffeur avant de s'engager doucement dans l'allée menant au numéro 7. À mi-chemin, elle réalisa qu'elle n'avait rien apporté et s'en voulut. Il était beaucoup trop tard maintenant pour retourner chercher quelque chose. Et son chauffeur venait de s'engager dans la rue.

La porte d'entrée s'ouvrit soudainement, interrompant ses pensées.

Lena ! s'exclama Sam, un sourire rayonnant sur le visage.

Avait-elle attendu son arrivée ? Lena préféra ne pas se laisser distraire par cette question et fit les derniers pas qui la séparaient de l'entrée.

Elle est arrivée? Entendit-elle alors qu'elle rentrait dans la maison.

Oui, à l'instant. Dit Sam à l'attention de la voix. Elle l'aida à se débarrasser.

Je suis désolée, je n'ai rien apporté, dit Lena, un peu penaude.

Oh, ce n'est rien… répondit Sam avec un sourire, avant d'être interrompue.

Une adolescente surgit dans l'entrée, débordante d'énergie. Ses cheveux châtain clair étaient relevés en une queue de cheval haute, quelques mèches rebelles encadrant son visage lumineux. Ses yeux, pétillants et curieux, étaient d'un brun chaleureux qui semblait scruter Lena avec une vivacité désarmante. Elle portait un sweat ample aux couleurs vives et un jean décontracté, son allure reflétant une simplicité naturelle et une confiance tranquille.

Salut ! Lena c'est ça ? Je suis Ruby, lança-t-elle avec enthousiasme, un grand sourire éclairant son visage.

Sans plus de cérémonie, Ruby s'approcha et enlaça Lena pour la saluer. Surprise, Lena répondit à l'étreinte de manière un peu maladroite.

Ruby se tourna vers Lena avec un sourire espiègle. Maman a passé les quinze dernières minutes à faire la ronde près de la fenêtre pour voir si tu étais arrivée. Elle leva les yeux au ciel en mimant un soupir exagéré. Ca finissait par être un peu agaçant en fait.

Sam se sentit rougir, légèrement gênée par la remarque de sa fille. Elle secoua doucement la tête, mais un sourire amusé se dessina sur ses lèvres. N'importe quoi… Elle lança un coup d'œil rapide à Lena, espérant que la plaisanterie n'avait pas trop de conséquences.

Lena, de son côté, ne put s'empêcher de ressentir un soulagement en voyant Sam aussi nerveuse. Cette pensée la réconfortait : au moins, elles étaient toutes les deux un peu stressées face à cette soirée qui s'annonçait.

Ruby ajouta, toujours avec malice : Elle en a presque oublié le dîner, et on était à deux doigts de finir la soirée avec des pizzas. Elle sourit en coin. Pas que ça m'aurait dérangée, j'adore la pizza.

Lena esquissa un sourire, en veillant à ne pas trop en faire pour ne pas embarrasser Sam. Moi aussi, j'aime beaucoup les pizzas.

Sam, un peu mal à l'aise mais amusée, reprit la parole pour changer de sujet. Est-ce que vous préférez discuter dans le hall ou on peut enfin passer au salon ?

Lena ne se fit pas prier pour s'installer, tandis que Ruby adressait un sourire en coin à sa mère. Une fois installées sur le canapé, Ruby engagea la conversation. Lena se rendit compte qu'elle était assise exactement là où Andrea et Russel s'étaient posés il y a quelque temps, lors de la célèbre visio surprise.

Elle détournait rapidement son attention sur la décoration, se forçant à rester concentrée sur la conversation pendant que Ruby parlait.

Maman m'a dit que tu travailles dans les nouvelles technologies, commença Ruby.

Ruby, elle vient à peine d'arriver ! s'exclama Sam, connaissant déjà l'intention de sa fille.

Mais maman, ça fait presque une semaine qu'on n'arrive pas à trouver de solution. Et tu as failli faire exploser tout le circuit la dernière fois que tu m'as aidée.

Tout exploser ? demanda Lena en levant les yeux vers Sam, intriguée. Elle n'avait pas entendu parler de cet incident.

Elle a fait surchauffer mon transistor ! protesta Ruby.

Lena tourna son regard vers Sam, un sourire moqueur se dessinant sur ses lèvres. Quand tu disais que tu n'étais pas douée dans ce domaine, tu ne plaisantais vraiment pas, dit-elle en la fixant.

Sam poussa un soupir, levant les yeux au ciel avec un sourire gêné. Moquez-vous, dit-elle en cédant. Mais maintenant, je sais qu'il faut toujours tester le courant avant de commencer un essai.

Est-ce que je peux lui apporter mon projet pour qu'on le regarde avant de manger ? supplia Ruby.

On avait dit après, Rub', dit Sam en croisant les bras.

Mais maman, c'est pas encore prêt. Tu as dit que ça devait encore cuire quelques minutes.

Le repas ! s'exclama Sam en réalisant qu'elle s'était déjà éloignée trop longtemps. Elle se leva d'un bond et fonça vers la cuisine.

Ça veut dire oui ? cria Ruby à travers la pièce. Je suppose que oui, dit-elle en haussant les épaules.

Ruby disparut en courant à l'étage, et Lena se retrouva seule au milieu du salon. Elle prit le temps de le parcourir du regard. C'était un espace chaleureux, décoré avec soin. Des coussins moelleux et des plaids en tricot ornaient le canapé, tandis qu'une grande table basse en bois sombre, couverte de magazines et de quelques livres, trônait au centre. Sur les murs, des cadres en bois étaient accrochés, montrant des photos de famille : des moments de joie capturés avec des sourires sincères, des vacances passées et des instants de complicité entre Sam et Ruby.

Le parquet en chêne clair donnait de la lumière à la pièce, qui était parsemée de plantes vertes pour ajouter une touche de nature. L'éclairage doux des lampes sur les étagères et le petit tapis coloré en dessous de la table créaient une atmosphère accueillante et chaleureuse. Lena sourit en voyant l'endroit, qui semblait être un reflet parfait de l'harmonie et du caractère de Sam.

Lena entendit Sam pester dans la cuisine tandis qu'elle se promenait dans le salon, observant les photos accrochées au mur. Elle ne put s'empêcher de comparer cet espace avec son propre appartement. Le sien était plus moderne, mais manquait de la chaleur qui se dégageait ici. Les rares photos qu'elle avait étaient sur son réfrigérateur, mises par Andrea. Rien de familial, rien de chaleureux. Lena réalisa qu'elle se sentirait bien plus à l'aise chez Sam que dans son propre appartement.

Soudain, Ruby déboula avec son robot, un petit véhicule aux grosses roues et aux bras articulés. Lena fut impressionnée par la sophistication du projet, qui semblait bien au-delà de ce qu'elle aurait imaginé pour un simple travail scolaire.

Eh bien, c'est impressionnant, dit-elle alors que Ruby posait le robot par terre et le mettait en marche.

Oui, sauf qu'on a dû revoir le circuit parce que le transistor qu'on a changé ne correspondait plus, répondit Ruby en lui tendant la manette pour diriger le robot. Et tu vas voir, après un certain temps, il ne répond à aucune commande.

Lena se pencha pour observer attentivement le robot. Elle pressa les boutons, faisant avancer la voiture à grosses roues. Le robot répondit d'abord bien, ses bras articulés se mouvant avec fluidité. Mais, au bout de quelques minutes, il commença à ralentir, puis s'arrêta complètement, comme si la commande ne passait plus.

Elle fronça les sourcils, réfléchissant rapidement. Je pense que le problème vient de l'alimentation, dit-elle. Si le transistor a été remplacé par un modèle qui ne correspond pas, cela a pu perturber le flux électrique. Il faudrait des outils pour tester le circuit, comme un multimètre, et voir si le problème vient de la connexion entre le circuit de commande et la source d'énergie.

Ruby la regarda avec des yeux écarquillés, impressionnée. Tu crois ? demanda-t-elle, l'espoir perceptible dans sa voix. Mais ça va être compliqué ? termina elle un peu déçue.

Il faudrait un atelier pour pouvoir vraiment diagnostiquer et réparer ça. Mais je suis sûre qu'avec le bon matériel, tu pourras trouver une solution, rassura Lena en rendant la manette à Ruby. Si tu veux, je pourrais t'aider à faire ça.

Sam, qui venait de revenir avec un plat dans les mains, s'arrêta en voyant Lena et Ruby penchées sur le robot, un sourire amusé sur le visage. Ça veut dire que le dîner va devoir attendre ? demanda-t-elle. Parce que c'est prêt.

Ruby souffla, légèrement déçue, mais consciente qu'elle ne devait pas trop en demander. Elle posa la manette que Lena lui avait rendue sur la table basse et prit place à table. Lena jeta un dernier regard au robot avant de s'avancer vers la table. Sam lui désigna sa place, et elles s'assirent ensemble pour partager le repas.

Les discussions s'enchaînaient, légères et animées. Ruby, avait demandé à Lena de l'aider à noter tout ce qu'elle devait faire avec son groupe pour les prochaines vérifications du robot. Sam, tout en servant les plats et en écoutant attentivement, souriait en voyant l'enthousiasme de sa fille et la complicité naissante entre les deux femmes.

Le temps s'étira jusqu'à ce que Ruby, baillant de sommeil, décide finalement d'aller se coucher, laissant Sam et Lena seules dans le salon. Après un au revoir sincère et des remerciements chaleureux pour l'aide précieuse que Lena lui avait apportée, Ruby disparut à l'étage.

Sam prit deux tasses de thé et en tendit une à Lena, qui s'était installée sur le canapé. Le silence s'imposa doucement, remplaçant les rires et les questions sans fin de Ruby qui avaient rythmé la soirée. Lena en savourait la tranquillité, sentant l'ambiance de la maison s'imprégner en elle. La fraîcheur et la spontanéité de Ruby lui avaient donné un sentiment de légèreté inattendu, et, pour la première fois depuis longtemps, l'idée d'avoir une famille ne lui semblait pas si effrayante.

Lena regarda Sam, qui s'installa à ses côtés, et ressentit une chaleur douce se répandre en elle. La soirée avait été une parenthèse, une image d'un avenir possible, et, malgré la mélancolie qui s'insinuait, il y avait en elle un espoir fragile, un petit sourire intérieur qui se disait qu'elle pourrait bien y trouver sa place.

À quelle heure est ton avion demain ? demanda doucement Sam, brisant le silence qui s'était installé entre elles.

En fin de matinée, répondit Lena sans s'étendre sur le sujet.

Sam la fixa un moment, cherchant les mots. Tu ne m'as pas dit pourquoi tu ne m'avais pas envoyé de message à propos de ta venue ici, dit-elle, un brin de curiosité et d'inquiétude dans la voix.

J'ai voulu le faire, mais… Lena marqua une pause, jouant avec sa tasse de thé. J'avais un peu peur que tu me proposes de m'héberger. Je n'étais pas vraiment dans un bon état, comme tu as pu le constater hier soir. Son regard restait rivé sur le liquide ambré, incapable d'affronter celui de Sam. C'était trop récent, elle était trop vulnérable pour en parler librement.

Sam soupira doucement. J'aurais pu t'aider… Enfin je crois murmura-t-elle. Elle détourna les yeux, une ombre de gêne sur son visage. Je sais que je ne t'ai jamais montré quoi que ce soit qui aurait pu te prouver mon… attachement pour toi. Les mots semblaient lourds, difficiles à dire. Lena releva les yeux, surprise par ce demi-aveu.

Sam inspira profondément, cherchant à expliquer. C'est parce que… Comme toi, j'ai eu peur. Peur de découvrir que ce n'était pas réciproque. Je l'ai longtemps cru…

Un silence pesant s'installa, seulement troublé par le léger cliquetis des tasses sur la table. Puis Sam reprit, hésitante : Mon manque de réaction hier soir, c'était surtout parce que… eh bien, j'étais surprise, pour commencer. Et ensuite… En te voyant t'ouvrir à moi, j'ai réalisé que ça changeait quelque chose entre nous. Que ça avait changé à la seconde ou tu t'es ouverte. Elle laissa échapper un souffle, visiblement contrariée contre elle-même. J'ai paniqué. Je me suis refermée, j'ai agi de manière maladroite… Parce que, je crois, j'avais peur d'imaginer des choses. De me faire des idées qui n'avaient peut-être aucun fondement. Elle secoua légèrement la tête, un sourire amer sur les lèvres. Comme toujours, j'ai foncé dans le déni. C'était ma manière de me protéger, je suppose.

Lena esquissa un faible sourire, empreint de compréhension. Elle savait trop bien ce que c'était que de s'abriter derrière le déni, cette vieille compagne qui l'avait suivie pendant des années. Elle pouvait comprendre. Et puis… murmura-t-elle, se rendant compte qu'elle n'avait pas mieux réagi. Quand tu as fait un pas vers moi, quand tu m'as enlacée, c'est moi qui ai fui.

Un silence s'installa, chargé d'une étrange complicité. Leurs regards se croisèrent, et, presque malgré elles, un sourire amusé se dessina sur leurs lèvres. Elles réalisaient à quel point elles avaient été stupides, empruntant des chemins opposés là où elles auraient pu avancer ensemble.

Sam releva les yeux vers elle, un mélange de douceur et de tristesse dans le regard. Quand tu m'as laissée seule dans cette immense suite… commença-t-elle d'une voix plus basse, hésitante. J'ai vraiment cru, une fois de plus, que je m'étais trompée.

Lena ouvrit la bouche, mais Sam continua, l'air déterminé à exprimer ce qu'elle avait sur le cœur. Malgré tout ce qu'on venait de partager… Malgré tout ce que tu m'avais dit, quand tu t'es enfuie, ça m'a frappée. Ça m'a donné l'impression que rien de tout ça n'était réel, que je m'étais fait des idées. Sam soupira légèrement, secouant la tête. J'ai cru que ce que je ressentais, ce que je pensais qu'on partageait, n'était pas réciproque.

Lena sentit un pincement au cœur. Elle détourna les yeux un instant, se maudissant intérieurement. Je suis désolée… murmura-t-elle enfin. Je ne voulais pas… Je crois que je n'ai pas su gérer ce que je ressentais. Je n'ai pas su rester.

Un silence s'installa entre elles, chargé d'émotions. Lena releva les yeux, croisant son regard, et malgré tout, un sourire amusé se dessina sur leurs lèvres. Sam marqua une courte pause, laissant ses mots flotter dans l'air. Puis, un sourire en coin apparut sur son visage. Jusqu'à la révélation d'Andrea.

Lena avait maudit Andrea, convaincue que son amie l'avait poussée vers un destin illusoire. Dans un élan de honte après s'être ouverte à Sam, elle avait même envisagé de l'éloigner de sa vie. Mais en y repensant, elle réalisait qu'Andrea avait vu juste. Maggie aussi, d'une certaine manière, et même Alex.

Maggie s'était contentée d'observations ouvertes, ponctuées de taquineries légères, amusée par la situation. Alex, plus réservée, avait simplement évoqué que leurs échanges avaient probablement eu un impact sur Sam, sans en dire davantage. Andrea, quant à elle, n'avait cessé de mettre les pieds dans le plat, affirmant sans détour que Lena et Sam s'aimaient et qu'elles devraient franchir le pas.

Mais ce fameux « pas » n'était pas encore franchi, pas totalement. Elles savaient toutes les deux qu'elles désiraient quelque chose de plus qu'une simple amitié, mais les choses en restaient là, suspendues dans une attente incertaine. Lena reconnaissait que c'était la peur qui la retenait, qui l'empêchait d'aller plus loin, de tenter un geste. Et elle se demandait si Sam ressentait la même chose, si elle était elle aussi prise au piège de cette crainte paralysante.

Un soupir échappa à Lena alors qu'elle murmurait, pensive : Finalement, nous sommes un peu comme Olivia et Kate…

Sam haussa un sourcil, intriguée, mais Lena continua, un léger sourire aux lèvres : Sauf que ce n'est pas la noirceur qui nous définit… mais la peur

Sam hocha la tête avec un sourire amusé. Si tu tiens vraiment à faire un parallèle avec nos personnages... Tant que tu ne râles pas comme Andrea, je ne vois pas d'objection.

Lena éclata de rire, un son léger et sincère. Est-ce que je me suis déjà plainte de mon personnage ?

Sam plissa les yeux, fouillant dans sa mémoire. Tu t'es plaint qu'Olivia te ressemblait un peu trop, ça oui. Mais de la vie que Kara avait imaginée pour elle, non, c'est vrai.

Lena haussa légèrement les épaules, pensant à ce personnage qu'elle connaissait si bien. Parce que, même si le passé d'Olivia est loin d'être enviable, son futur, lui, est idyllique. Je dois avouer que je n'ai pas vraiment pris le temps de lire tout ce que Kara a écrit sur les autres. Votre histoire est tellement dense, avec une multitude de personnages... J'ai préféré me concentrer sur l'essentiel.

Sam acquiesça, comprenant parfaitement. En fait, Andrea est surtout ce qu'on appelle un personnage "de background". C'est un "double compte", autrement dit un personnage que tu joues en plus du principal. Elle fit une pause pour prendre une gorgée de thé avant de poursuivre. Comme Kate était déjà un personnage assez complexe, je ne voulais pas alourdir davantage l'intrigue en ajoutant une grande place à Jen.

Sam semblait plongée dans ses réflexions, et Lena l'observa, intriguée par la passion discrète qu'elle mettait dans ce jeu d'écriture partagé.

Tu veux dire que c'est toi qui joue le personnage d'Andrea ?! s'exclama Lena, visiblement surprise.

Sam haussa un sourcil en la regardant avec amusement. Ça te semble si invraisemblable ? Sache que Jennifer n'est vraiment pas comme Andrea. Jen est calme, posée, et réfléchit à chacune de ses actions.

Lena fronça légèrement les sourcils, intriguée. Pourquoi Kara a-t-elle créé un personnage si éloigné de sa propre personnalité ? Alex, toi, moi… même Kara, nos personnages sont bien plus proches de ce que nous sommes réellement.

Sam hocha la tête avec un petit sourire. Parce qu'Andrea faisait partie des personnages secondaires. Elle était la meilleure amie de Cass… Enfin, d'Alex, je veux dire. Elle n'avait pas de rôle spécifique à l'histoire.

Lena, toujours sceptique, croisa les bras. Et pourtant, elle a une vie bien remplie dans l'histoire. Si je me souviens bien, elle est à la tête d'un grand média et elle est mariée ou en couple avec Russel, non ? D'ailleurs, c'est Russel qui joue le personnage de son partenaire?

Sam eut un sourire en coin. Oui. Mais le personnage de Russel est aussi un double compte. Et maintenant qu'il connaît la vraie Andrea, il veut modifier Jen pour la faire correspondre davantage à sa copine.

Lena arqua un sourcil, intriguée. Et tu as accepté ?

Sam éclata d'un rire léger. Absolument pas. J'ai été catégorique : je ne recommence pas le personnage de Jen juste pour coller à Andrea. Et honnêtement, ce serait beaucoup trop bizarre d'écrire une "Andrea version Jennifer".

Lena secoua la tête en souriant, l'air un peu perdu. Sincèrement, je ne sais pas comment tu fais pour t'y retrouver. Moi, tu m'as perdue dès le premier "Andrea".

Sam éclata de rire doucement avant de s'exclamer, comme frappée par une idée soudaine : Attends, je vais te montrer !

Elle se leva précipitamment du canapé et disparut brièvement dans la pièce d'à côté. Lorsqu'elle revint, elle tenait un ordinateur portable entre les mains, un simple Asus noir. Autant je pourrais facilement confondre le tien avec le mien, autant celui de Kara restera unique, ajouta-t-elle avec un sourire.

Elle s'installa sur le canapé, tout près de Lena, son enthousiasme palpable. Le bureau de l'ordinateur s'ouvrit sur une photo de Ruby et Sam, prises ensemble lors d'un Noël. Lena sourit en voyant leur visage illuminé par la joie, figé dans l'instant. Mais l'image se dissipa rapidement, laissant place à quelque chose de bien plus grandiose.

Un fond coloré et dynamique prit la place, dominé par une illustration imposante. Au centre, Supergirl se tenait fièrement, son regard déterminé et son manteau flottant autour d'elle. À sa droite, Reign, imposante, avec son expression farouche, tandis qu'à l'oposé se trouvait un homme en rouge, portant un masque frappé d'un éclair jaune. Les autres figures héroïques se dessinaient autour, chacune avec des détails précis qui faisaient ressortir leurs traits caractéristiques et leurs postures de combat.

Au-dessous de cette scène héroïque, les mots « Les gardiens de l'aube » étaient inscrits dans une police imposante et stylisée, brillant comme un emblème. Voilà. C'est ça le RPG, expliqua Sam en souriant, fière de montrer son monde.

Mais c'est… C'est toi, là ! s'exclama Lena en découvrant l'image. Qui est cet homme en rouge à côté de Supergirl ?

C'est Flash, le personnage de Russel, répondit Sam. C'est un super-héros avec une grande intrigue aussi, mais un peu moins centrale que celle de Supergirl.

Sam fit défiler la page, et Lena vit les différents noms mentionnés, ceux que Sam lui avait déjà évoqués lors de leurs conversations. Les mots "fondateur" et "administrateurs" ne disaient rien à Lena, qui avait fini par les renommer à sa manière : "directeur général" et "assistants", des termes qui lui semblaient plus naturels. Elle gardait cela pour elle, traduisant mentalement chaque fois ces termes dans son propre jargon.

La page affichait aussi une photo de Kara, accompagnée d'un court paragraphe hommage, expliquant la saga et un compte à rebours qui précisait la date de son premier lancement. Lena sentit un frisson la parcourir en réalisant que c'était la date de la mort de Kara. Un an après sa disparition, la saga allait enfin voir le jour.

Sam lui laissa le temps de lire la page d'accueil avant de la guider vers les catégories et sous-forums. Lena restait silencieuse, absorbée par les détails que Sam expliquait avec enthousiasme. Elle observa même Sam poster un message dans une section appelée "humeur du jour" et repéra ce qu'elle appela un "Avatar". C'était une photo d'une actrice que Lena ne connaissait pas. Sam lui expliqua que l'actrice avait joué dans des films de super-héros et représentait une idée de Kate, du moins pour elle.

Mais pour Lena, l'image de Kate était Sam. C'était difficile pour elle d'imaginer une autre femme, aussi jolie soit-elle, incarner ce rôle à la place de Sam.

Finalement, Lena se désintéressa peu à peu des explications de Sam, se laissant emporter par l'excitation de découvrir ce monde dont elle lui avait tant parlé, mais qu'elle n'avait jamais vraiment vu. Les fichiers Word n'étaient que des copies des messages du forum. Lena pu voir les conversations entre Olivia et Kate que Sam lui montrait enfin. Olivia ne ressemblait en rien à Lena : une blonde aux yeux bleus, le stéréotype même de la PDG froide et distante. Lena, cependant, ne fit aucun commentaire à part remarquer qu'elles étaient très différentes physiquement. Sam la regarda avec un sourire en coin et admit qu'au début, elle avait cru qu'Olivia lui ressemblait vaguement. Mais Sam l'avait très rapidement vue en visio, donc elle avait tout aussi vite imaginé la vraie Lena qui était censée être Olivia. Et pourtant, Olivia, avec sa chevelure blonde et ses yeux bleu glacé, était le parfait contraste de la femme qu'elle avait devant elle. Lena, avec sa chevelure brune et son regard perçant, était bien loin du stéréotype de la PDG froide et distante qu'Olivia représentait. Sam se rendit vite compte que l'image physique qu'elle avait eue au départ ne correspondait en rien à la réalité.

Sam confia qu'elle avait hésité à modifier l'apparence physique du personnage, mais que les taquineries avaient déjà commencé entre les personnages et leurs véritables identités. Pour ne pas éveiller de soupçons, elle n'avait pas voulu insister.

Lena se demandait depuis quand Sam avait développé de véritables sentiments pour elle, et surtout comment elle n'avait pas pu le remarquer. Même si Lena n'avait jamais exprimé ouvertement quoi que ce soit, elle s'était toujours aveuglée, préférant ignorer les signes. Elle-même n'aurait jamais pu dater l'éveil de ses propres sentiments pour Sam.

Mais je vois que je t'ennuie avec ça, conclut Sam, tandis que Lena la fixait sans vraiment l'écouter, perdue dans ses réflexions.

Non, non… C'est juste que… Comme je te l'ai déjà dit, pour moi, tout ça semble si loin de ma réalité. Je comprends mieux maintenant que tu me l'as expliqué, mais… j'ai du mal à partager ton enthousiasme… Je suis désolée.

Chacun ses goûts, répondit Sam en haussant les épaules, un sourire complice aux lèvres. Mais ! s'exclama-t-elle en réalisant soudain quelque chose. Il est une heure du matin !

Lena tourna la tête vers l'ordinateur, surprise de voir à quelle vitesse le temps avait passé.

Lena se redressa brusquement, la surprise se dessinant sur son visage. Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard… dit-elle, sa voix teintée d'une légère panique, son esprit déjà en train de planifier ce qui devait être fait. Je dois rentrer et préparer mes valises. Rien n'est prêt, et je devrais au moins essayer de dormir un peu, sinon je risque de m'endormir à l'aéroport. Mon vol part à 11h demain, je veux être sûre de ne pas le rater.

Bien sur! Compris Sam en fermant son ordinateur.

Merde! Lena laissa échapper en réalisant qu'il était trop tard pour que son chauffeur puisse venir la chercher. Je vais devoir prendre un Uber, je ne suis pas venue ici en voiture… soupira-t-elle, prenant conscience qu'elle avait encore un long chemin à parcourir pour rentrer.

Je peux t'y conduire, si tu veux, proposa Sam.

Tu vas laisser ta fille toute seule ? s'étonna Lena.

Ça ne prendra pas longtemps, elle est déjà restée seule une heure ou deux sans problème. Je vais juste laisser un mot dans la cuisine au cas où elle se réveillerait pendant la nuit, mais je doute que cela arrive. Sam enroula son manteau autour d'elle et chercha ses clés dans le vide-poche. Elle dort très profondément. C'était un vrai soulagement au début, quand j'avais besoin de l'emmener avec moi pendant que j'étudiais.

Lena enfila son manteau, remarquant que Sam était déjà prête à partir. Celle-ci griffonna rapidement un mot sur un bout de papier et se dirigea vers la cuisine. Elle revint aussi vite qu'elle était partie, et ensemble, elles quittèrent la maison.

Le trajet se déroula en silence au début, interrompu seulement par le bruit de la route et le léger ronronnement du moteur. Lena se perdit dans ses pensées, se demandant comment elle avait pu en arriver là, à partager un moment aussi simple et authentique avec Sam, loin des obligations et des pressions habituelles.

Sam, de son côté, volait des regards furtifs vers Lena, observant sa silhouette sous la lueur des réverbères. Tu vas pouvoir dormir un peu, non ? demanda-t-elle enfin, brisant le silence.

Lena esquissa un petit sourire, fatiguée mais reconnaissante. J'espère. Merci, Sam. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans toi ce soir.

Je t'ai proposé de venir diner, c'est la moindre des choses de te ramener. Je suis vraiment désolée de ne pas avoir fait attention a l'heure.

Lena prit conscience que, malgré la soirée passée ensemble, elles n'avaient pas vraiment prêté attention au moment. Elles avaient profité de chaque instant, mais la veille avait marqué un tournant dans leur relation, et Lena avait l'impression d'avoir gâché ce temps précieux. Je n'y ai pas fait attention non plus, répondit-elle, les yeux fixés sur la route, distraitement.

Sam gara la voiture sur les places juste devant, l'heure avancée leur permettant de ne déranger personne. Lena réalisa que ce serait probablement leur dernier moment ensemble avant de reprendre leurs habitudes de messages et d'appels. Cette pensée lui serra le cœur.

Bon, eh bien… Je te souhaite une bonne fin de soirée et surtout un bon voyage, dit Sam en essayant de sourire.

Mais Lena avait appris à déchiffrer les expressions de Sam, et elle pouvait voir la tristesse qui se cachait derrière ce sourire. Merci, répondit-elle, la fixant intensément. Que devait-elle faire ? Était-il approprié de… faire quelque chose ?

Lena n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps ; Sam vint l'enlacer, et malgré la ceinture de sécurité qui les empêchait de se rapprocher complètement, elles parvinrent à partager un câlin. Lena se laissa porter par cette étreinte, prenant conscience que Sam était visiblement plus tactile et à l'aise dans ce domaine.

J'aurais voulu… commença Sam, sans desserrer son étreinte.

Lena sentit une boule se former dans sa gorge. Je sais, répondit-elle, la voix empreinte d'émotion. Elles s'étaient retrouvées, mais il était déjà temps de se séparer. Mais il reste toujours les appels, les messages, Discord… ajouta-t-elle, tentant de se convaincre que cela suffirait. Mais elle savait au fond d'elle que ce n'était pas le cas.

Oui, souffla Sam, en la serrant un peu plus fort.

Lena sentit que Sam était en train de craquer, tout comme elle l'avait fait la veille. Elle la serra un peu plus fort, essayant de chasser la tristesse qui s'emparait d'elles. Le fait de savoir que Sam ressentait la même peine la submergeait. Ce n'est pas un adieu, murmura-t-elle, cherchant à réconforter la femme qu'elle aimait.

Je sais, répondit Sam après un moment, sa voix à peine audible.

Au bout de quelques minutes, Sam s'éloigna doucement, reprenant sa position initiale, se frottant la joue probablement pour effacer une larme. Lena sentit son cœur se tordre à la vue de la tristesse qui marquait les traits de Sam. Elle aurait voulu pouvoir effacer cette peine, rester avec elle, continuer à partager ces instants, avec Ruby, avec elles deux.

Mais elle vivait à Los Angeles, avec des responsabilités et des projets qui l'attendaient. Sam, elle, avait Ruby et son travail à Boston. La distance et les contraintes rendaient tout trop compliqué pour se promettre quoi que ce soit.

Lena sortit de la voiture, le cœur lourd, tandis que Sam démarrait le moteur. Elle la regarda s'éloigner, la silhouette de la voiture se fondant dans l'obscurité, emportant avec elle l'éclat de la soirée, la chaleur de leur étreinte. Sam disparaissait au coin de la rue, et Lena se sentit soudainement vide, comme si le vide s'était étendu au-delà de la simple absence.

Elle tourna les talons et se dirigea vers l'hôtel. La nuit semblait plus froide, plus sombre, après ce moment partagé. L'esprit encore empli de la tendresse de leur étreinte, Lena ne pouvait s'empêcher de penser à la rapidité avec laquelle le temps s'était écoulé. Tout était allé si vite, et il ne restait que des souvenirs fugaces de ce qu'elles avaient vécu. Un petit moment, et pourtant, tout semblait insuffisant.

Une fois arrivée dans sa chambre elle s'asseya, puis, s'allongea à moitié sur le lit, les yeux fixant le plafond. Elle repensa aux mots non dits, à ce qu'elle aurait voulu dire et faire, aux promesses silencieuses qui n'avaient pas pu être formulées.

La tristesse de partir, de ne pas avoir eu plus, l'envahit, mais au fond, elle savait que tout ce qui s'était passé, aussi bref soit-il, resterait gravé en elles. Et même si la séparation était inévitable, elle se promit une chose : cela n'était pas un adieu. Pas pour elles.

Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre, et laissa ses yeux se perdre dans les lumières de la ville qui s'étendait devant elle. L'aube approchait, une nouvelle journée s'annonçait, mais dans son cœur, la nuit n'était pas encore terminée.