Chapitre 5:
-Charlotte, regarde!
Sa voix fluette est accentuée d'un sourire. Une tornade aux boucles brunes fait son apparition dans le salon. Elle tient dans ses mains une maquette de bateau. Son sourire s'agrandit encore lorsque je la félicite. Il lui manque deux dents.
Je me souviens de cette journée. On était chez notre oncle, juste après l'enterrement de Papa. Notre dernière journée ensemble...
Je lui rends son sourire, avant d'apercevoir la créature derrière elle. C'est un oiseau noir, les plumes aussi tranchantes qu'un couteau, deux yeux jaunes fixant ces proies. Une stryge.
-Terry...Attention!
Je la pousse sur le côté. L'oiseau manque de me crever un œil. Ma petite sœur pleure. Je lui prends la main, et nous nous enfuyons dans la nuit.
Mais la créature n'était pas seule. Elles nous ont encerclés, nous griffant de tous les côtés. Je tentais de les repousser, mais je commençais à fatiguer.
Et puis...il est arrivé.
Un homme avec une cicatrice qu'on n'oublie pas. Ses mèches blondes volant en désordre. Ses yeux verts menaçant nos ennemis.
Il s'appelait Lucas. Un fils de Némésis. Il nous a aidé, mais à quel prix?
Le lendemain, il m'a enlevé ma sœur. Je me souviens encore de son visage effrayé, me suppliant en silence de l'aider.
Mais je n'ai rien fait.
J'avais 10 ans à l'époque, et elle 8. Je me suis retourné, et j'ai filé chez mon oncle. Je l'ai abandonné.
Depuis, la culpabilité me ronge.
Oh Teresa...ma petite Terry...
Je jure sur le Styx de te sauver.
Plus personne ne nous séparera.
Alors s'il te plait...lutte de toute tes forces pour la liberté.
Je ne t'abandonnerai pas.
Plus jamais!
Je me suis réveillé dans un train. En face de moi se trouvai Nico di Angelo et Will Solace. Je m'en voulais un peu de les avoir entrainés là-dedans. Mais bon...avoir un fils d'Hadès et un fils d'Apollon avec moi serait un atout. Tremblez, ennemis, devant le trio redoutable! Mourrez sous les coups des squelettes et de mes vagues! Et des flèches de Will!
Waouh! Décidément, j'ai bien fait de m'inscrire au cours d'arts dramatiques de M. D! Je suis même remonté dans son estime. La preuve, il m'a appelé «Charlène Braor». C'est un bon début, non?
Bref, le train était sensé nous emmené proche de la baie de l'Hudson.
Enfin, la douce musique annonçant l'arrivée retentit. La même voix que les précédentes fois – celle d'un homme – m'interpella.
«Chers passagers, nous vous prions de rejoindre la sortie. Notre wagon subit des dommages électriques, il y aura donc un contrôle de sécurité. Merci de votre compréhension!»
Un flot de grognements répondit à la voix. Tous se dirigèrent néanmoins vers la sortie indiqué par un panneaux vert. Will réveilla Nico, affalé sur lui.
-Hé, Prince de mes nuits, on est arrivé.
Je souris aux sentiments qu'ils éprouvaient. Bon sang, qu'ils étaient mignons! Moi aussi, je voudrais trouver ma moitié...
Le train s'était arrêté dans une ville en Louisiane. La gare était plutôt rustique, avec ses murs en bois et ses grandes fenêtres.
Nous achetâmes des pâtisseries dans une boulangerie. On était bien, ne se souciant de rien.
«Excusez-moi, puis-je vous parlez?»
Une femme me faisait face. Elle avait des fossettes espiègles, des lunettes à grosse monture et des cheveux noirs frisés relevés en un chignon décontracté. Elle portait un jean bleu et une chemise à carreaux vert kaki avec des baskets noirs.
«Pardon?!»
Ok, pas très galant mais pour ma part, on m'a toujours appris à me méfier des personnes, même les adultes.
La nouvelle venue s'exaspéra.
«Je. Souhaite. Vous. Parlez.» dit-elle d'une voix posée, s'adressant à moi comme à une enfant.
Devant mon air ahuri, elle soupira d'agacement. Sur ce, elle m'attrapa la main, et me mena vers le local à entretien.
A l'intérieur, je fus sidérée. Deux telchines, des horribles monstres marins, nous attendaient. Pourtant, ils ne bronchèrent pas.
«Voilà, on peut causer tranquille.»
En me retournant, je vis que la femme portait maintenant un chiton grec. Une couronne de palourdes était accrochée dans ses boucles.
«Mais qui êtes-vous?!» dis-je, espérant ne pas trop trembler, tout en levant une petite dague, dont les reliures formées de jolies fleurs de corail. Cadeau D'Annabeth. Il faudra que je la remercie. Si je rentre un jour. (Pas de pensées pessimistes, Charlotte!)
La déesse – à en jugeait son apparence, elle n'était pas une simple comédienne: elle dégageait une aura des plus mystiques – s'esclaffa. D'un geste de la main, mon arme s'envola pour se cogner avec fracas sur le mur. Un des telchines la ramassa.
Ok, j'étais désarmée.
Option 1: m'enfuir en courant. Mais la déesse bloquait le passage.
Option 2: faire la conversation.
Heureusement, je n'eus pas à commencer.
La demoiselle s'avança, promenant ses doigts sur l'étagère des produits ménagers. Comptait-elle me faire disparaitre d'un coup d'éponge? Non, elle se contenta juste de dire:
«Mon enfant, je suis Keto, mère des monstres marins.»
Explosion mentale. La bombe qu'elle vient de lâcher! une minute, ça veut dire que les telchines derrière moi sont ses...vous savez quoi? Ne finissons pas cette phrase.
«Tu te demandes sûrement ce que je veux» continua-t-elle.
Rah c'est pas vrai! Les dieux qui ramènent tout à eux. M'énerve! Ils ont un de ses égos surdimensionné!
«A dire vrai, je ne suis qu'une messagère. Mon maitre souhaite simplement récupérer son dû.» poursuivit Keto.
Je tressaillis. Ce taré n'avait-il pas compris la leçon? Il fallait croire que non.
«Je ne suis – ne serais jamais – le dû de quelqu'un.» soupirais-je. N'en avait-il pas assez?! «D'ailleurs, je ne vous pensais palourde à ce point!»
Ma petite blague l'exaspéra encore plus. Ah, mais c'est que je suis passé maitre dans cet art! Mais ma jubilation fut de courte durée.
«Charlotte? Tu es là?»
C'était la voix de Will. Que faire. Une idée me vint en tête. Folle, oui. Insensée, peut-être. Mais c'était ma seule chance.
Je pris un air profondément navré. Je secouais la tête, me plongeant encore plus dans mon idée.
«Keto, Keto, Keto. Ne me dites pas que vous n'êtes pas au courant?»
La jeune femme parut troublée. Elle ne s'attendait pas à ça. Et pour être honnête, à sa place aussi j'aurais réagi comme ça.
« Au courant de quoi?»
Continuant mon manège, je lui dis:
«Aie. Il ne vous a rien dit, je suppose?»
Je fis semblant de réfléchir.
«En fait, ça ne me surprend pas. Pourquoi vous l'avoir dit? Oubliez ma mégarde.»
La déesse parut de plus en plus intéressée.
«Qu'est-ce qui se passe? De quoi parles-tu, mortelle?!»
«Rien, rien. Laissez tomber. C'est seulement un secret entre lui et moi.» dis-je, secouant la tête.
«Qu'aurais bien pu te dire Océanos, Titan de l'océan et mon maitre, à toi et non à sa fidèle lieutenante? Parle!»
Océanos. C'est donc à lui que ma chère mère a passé un marché (ou devrais-je dire vendu? c'est un peu flou dans ma tête...). Très puissant.
Je déglutis devant ses crocs dévoilés.? Jouant la nonchalance, je constatai:
«S'il ne vous l'a pas dit, alors ça veut dire que tu n'es pas dans la confidence. Tant pis!»
Keto buvait mes paroles comme du petit-lait, sans être portant rassasiée.
«Mais bon, je pense que je peux vous le dire...» ajoutais-je
La femme exulta sa joie.
«Oui, petite fille, dis-le-moi!»
Devenant sérieuse, je lui murmurais à l'oreille:
«D'abord, il faut que je prenne l'air. Il fait tellement chaud ici.»
Keto fronça les sourcils, méfiante.
«N'essaye pas de m'embrouiller, petite. Sinon...»
«Oui, oui! Tenez, je vous donne même un indice: il s'agit d'un objet permettant à votre (j'insistais sur ce mot) maitre de garder le contrôle sur les mers.»
La partie la plus compliqué. De petites gouttes de sueur perlaient mon front.
Allait-elle tomber dans le panneau?
Bizarrement, oui. Elle m'ouvrit la porte. La place était déserte. Je vis Nico me cherchait dans une allée de boutiques. Il tourna la tête vers moi, et ses yeux s'écarquillèrent de stupeur.
Vite, je sortis en trombe, avant d'enfermer la mère et les enfants dans le local.
Oui, je sais, c'est pas très gentil d'enfermer des gens, mais que voulez-vous? Le monde des dieux est différent de celui des mortels. Ne le prenez pas mal, hein.
Je me précipitais sur Nico, le faisant presque tomber à la renverse.
«Pas le temps d'expliquer!» lançais-je, voyant sa bouche s'entrouvrir.
Puis, lorsque Will nous rejoignit, je repris.
«Tu peux nous transporter per vol d'ombre?»
Il acquiesça, et nous disparurent sous les yeux stupéfiés d'une charmante déesse marine.
Même si elle manque cruellement d'humour.
