Chapitre 7 :

Je l'ai frappé.

Ne soyez pas surpris, s'il vous plaît.

Ce type a enlevé ma sœur en pleine nuit, sans laisser le moindre mot ou indication pour la retrouver. Il nous a séparé de force, et j'ai été contraint de m'exiler à New-York, vu que mon oncle ne croyait pas un mot de ce que j'avançais. Résultat, il m'a pris pour folle (comme la moitié des habitants de son village), et m'a foutu dehors.

Alors j'ai A-DO-RE mon pied dans se parties génitales. Surtout quand il s'est plié de douleur...

C'est seulement après que j'ai remarqué qu'on se trouvait dans un hangar. De grosses caisses en bois étaient collés au mur, et, à part de la peinture grise dans un coin, c'était la seule chose dans ce bâtiment. Nulle trace de Nico et Will.

Je les imaginais soudain, aux prises avec un Titan, ou pire... morts, entourés de poissons malodorants. J'ai toujours eu une grande imagination, mais là, je préférerais ne pas en avoir. Cependant... la première option me rassurait, car cela voudrait dire qu'ils sont vivants.

Tout en marchant dans le « repaire » de Lucas, mon pied buta sur un objet. Je baisse les yeux et trouve un paquet de lettres, jaunis par le temps. Une vague image d'un vieil homme suffit à me faire comprendre. Dans ces lettres, une prophétie m'attendait.

Je ramasse les enveloppes, et en ouvre une au hasard avec un petit canif, trouvé sur une des caisses en bois. L'enveloppe se déchire en un craquement, et je jurerais entendre mon cœur tambouriné plus fort, de minute en minute.

A l'intérieur, ma main en sort un petit billet, contenant un unique mot écrit en lettres rondes: FILLE. Je regarde les autres lettres : j'en compte 15. Armé de mon canif, je les ouvre une par une. Les alignant dans un bon ordre, on peut y lire :

LA FILLE DES TEMPÊTES,

CHERCHANT SON TRÉSOR.

AU COURS DE LA NUIT FATIDIQUE,

IL REPRENDRA SON DU.

D'accord...

Donc, une prophétie pour moi.

J'imagine que « la fille des tempêtes », c'est bibi... et que le « trésor » n'est autre que Terry. Alors... « il » est Océanos. Su-per.

MAIS POURQUOI, MONDE CRUEL ?!

QU'AIS-JE FAIS ?!

POURQUOI POURQUOI POURQUOI ?!

Veuillez me pardonner. Je suis sur les nerfs, ces derniers temps.

Bref...

Je décide de voir Lucas, pour ne trouver qu'une carte au sol. D'une écriture penchée et calligraphiée, deux petits mots sont marqués à l'encre noire :

Derrière-toi.

Je me retourne, et esquive juste à temps le plat d'une épée.

Je rends coup pour coup, avec mon petit canif. Je prends un malin plaisir à attaquer mon agresseur, jusqu'à ce qu'une troisième personne se joigne dans la bataille. Les deux hommes es battent dans un corps-à-corps endiablé, m'ignorant complétement. N1 (mon agresseur) frappe à la mâchoire N2 (mon « sauveur » ?). La lumière tamisée du hangar m'empêche de bien voir, si bien qu'il me semble voir N2 prendre le dessus. N1 titube, tombe au sol, et roule à 4 mètres de l'autre. N2 me rejoint en courant, et me hisse sur son épaule, comme un sac.

Je parviens à voir les yeux verts de Lucas, et je maugréais intérieurement.


Il me dépose plus loin, dans une ruelle froide, à l'extérieur du hangar. Je discerne tout juste sa silhouette.

Quant à Lucas, il a l'air d'aller bien. Sa lèvre est un peu fendue, ce qui lui donne un air de racaille. Lorsqu'il me regarde d'un drôle d'air, je me demande soudain s'il ne m'a pas surpris en train de l'observer.

« Non mais à quoi tu pensais en l'affrontant ? » se contenta-t-il de me dire, avec un ton de reproche.

Je le fixe de mes yeux bleus émeraudes.

« Affronté qui ? » lui demandais-je, en m'efforçant de paraître innocente.

« Sérieusement ?! T'as de la chance que je sois arrivé... » dit-il en secouant la tête, « L'Eventreur ne fait jamais de cadeaux... »

J'en fus toute retournée. Nico m'en avait parlé, le peu de temps qu'on avait passé ensemble. Ce fils d'Arès, le dernier sang-mêlé ralliait à Cronos, trucidait toute forme de vie.

« Je... je ne savais pas que c'était lui. » bredouillais-je.

Lucas soupira, et se remit en marche.

« Je sais. Comme tu ne savais pas que j'ai sauvé ta sœur. Mais bon, c'est du passé... »

J'aquiesçais en silence, et le suivais docilement. Puis je m'arrêtais soudain, me rappelant ses paroles.

« Comment ça, tu as sauvé ma sœur ?! Tu l'as enlevé ! »

Nullement déconcerté, Lucas continua d'avancer, m'expliquant toutefois sa version des faits (et donc la « vérité » ?) :

« C'était après l'attaque des oiseaux. Vous étiez faibles, toutes les deux, surtout toi après avoir invoqué autant d'eau... »

« Mais... je n'en été pas capable, avant ! » le coupais-je

« Tu en as toujours été capable. Cette nuit-là, la moitié des oiseaux sont morts noyés. C'était impressionnant. »

Je rougis, et le laissais reprendre son récit.

« Au bout d'un moment, je me suis assoupi. J'ai ensuite été réveillé par des déflagrations. Et je t'ai vu. On était proche d'un lac, et tu ne contrôlais pas totalement tes pouvoirs... Tereza était coincée dans le lac. Si je n'avais pas réussi à l'extirper de là... les Parques seules sauraient se qui aurait pu se passer. J'ai donc jugé préférable de l'emmener avec moi. Puis Tereza a rejoint un des refuges pour demi-dieux, même si elle est juste lucide. Mais c'était plus... je ne sais pas trop... convoquable ? »

Je ne l'écoutais déjà plus.

J'avais failli tuée ma petite sœur.

Je ne me le pardonnerais jamais.

Les mots de la prophétie tournaient en boucle dans ma tête. IL REPRENDRA SON DU.

Jamais.

Je sauverais Terry.

Et après, on verra.

A partir d'aujourd'hui, je reprends ma vie.

Personne d'autre que moi ne décidera de mon destin.