Chapitre 28 : Le Vatican

L'île de Ponza baignait dans une tranquillité presque irréelle. Le soleil, bas à l'horizon, peignait le ciel d'or et de pourpre, tandis que la brise marine caressait les falaises abruptes. La végétation luxuriante des collines se mêlait aux vagues qui s'écrasaient en contrebas, créant une mélodie apaisante. Pour Gabriel, connu sous le nom de Dracula, cet endroit représentait plus qu'un simple refuge. C'était un sanctuaire où, aux côtés de Circé et Carrie, il retrouvait un semblant de paix, loin des ténèbres qui avaient jadis enveloppé son existence.

Ce soir-là, alors qu'il contemplait le coucher de soleil, une silhouette s'approcha du chemin menant à la villa où ils résidaient. Un homme en soutane noire, sobre et austère, traversa la cour pavée, ses pas résonnant doucement. Il portait une croix en argent autour de son cou, symbole de son affiliation au Vatican. Son visage était grave, empreint d'une solennité respectueuse, mais aussi d'une certaine crainte.

Gabriel détourna les yeux de l'horizon et se tourna vers l'émissaire. Circé et Carrie, qui se trouvaient non loin, ressentirent immédiatement la tension que l'arrivée de cet étranger amenait avec elle. Elles restèrent silencieuses, observant la scène avec une attention discrète.

L'émissaire s'arrêta à quelques mètres de Gabriel, inclinant légèrement la tête en signe de respect. « Seigneur Dracula… ou dois-je vous appeler Gabriel ? » Sa voix était posée, mais chargée d'un respect prudent. « Je viens au nom du Saint-Père, le Pape François. »

« Le Vatican a pris note de vos actions récentes, » poursuivit l'homme. « Vos efforts pour protéger les innocents n'ont pas été ignorés. Cependant, des doutes subsistent au sein de l'Église. Votre rédemption, bien qu'elle soit louable, n'a pas encore prouvé votre allégeance totale à la lumière. Le Saint-Père veut vous rencontrer et vous offre une épreuve, un test de foi. »

Gabriel, malgré l'irritation qui montait en lui face à la méfiance persistante de l'Église, resta silencieux, attendant d'entendre la nature de cette épreuve.

« Une petite fille, à Georgetown, aux États-Unis, est possédée par un démon ancien et puissant, » expliqua l'émissaire. « Les prêtres qui ont tenté de l'exorciser ont échoué, et la situation est désespérée. Le Saint-Père vous demande d'intervenir. Cette mission sacrée sera non seulement un test de votre force, mais aussi de votre foi. »

Un silence lourd s'installa. Gabriel ferma les yeux un instant, méditant sur la situation. Un exorcisme. Le Vatican demandait au Seigneur des Ténèbres d'accomplir un acte aussi saint. Le paradoxe n'échappait à personne, mais Gabriel comprenait que c'était bien plus qu'un simple test. C'était une manière pour le Vatican de jauger s'il était digne de rédemption.

Circé, qui observait en retrait, croisa brièvement le regard de Gabriel. Elle savait, tout comme Carrie, que cette épreuve ne concernait que lui. Leur présence ne serait pas nécessaire, ni souhaitée. Carrie, les bras croisés, regardait Gabriel avec une inquiétude silencieuse, mais elle comprenait que cette confrontation faisait partie du chemin qu'il devait emprunter seul.

Sans un mot, Gabriel hocha la tête en direction de l'émissaire. « Dites au Saint-Père que j'accepte cette mission. Je prouverai ma valeur, et je sauverai cette enfant des griffes des ténèbres. »

L'émissaire inclina de nouveau la tête, soulagé par la réponse. « Merci. Le Saint-Père vous attend à Rome avant votre départ pour Georgetown. »

Alors que l'émissaire s'éloignait, Circé posa une main réconfortante sur l'épaule de Gabriel. « C'est une épreuve que tu devais affronter tôt ou tard. Mais tu n'es plus seul. Rappelle-toi cela. »

Carrie resta silencieuse, mais son regard trahissait une profonde admiration pour celui qu'elle considérait comme un guide.

Gabriel arriva à Rome le lendemain matin, ses pas résonnant dans les rues pavées anciennes, les échos de la ville éternelle lui rappelant la grandeur et la dévotion qui imprégnaient chaque pierre de cette cité sainte.

Bien qu'il fût accueilli avec respect, l'aura de prudence autour de lui était palpable. L'histoire de Dracula, Seigneur des Ténèbres, pesait encore lourdement, malgré ses actes récents en faveur de la lumière.

Deux prêtres, vêtus de robes sobres, se présentèrent pour escorter Gabriel à travers les couloirs ornés du Vatican, l'air empreint d'encens et de silence solennel. Les murs, recouverts de fresques religieuses, semblaient témoigner de siècles de prières, de croyances et de combats contre les ténèbres. Gabriel se tenait droit, mais même au cœur de cette sainteté, il ressentait encore le poids de ses actions passées. Il savait que cette audience avec le Pape n'était pas une simple formalité.

Enfin, ils arrivèrent devant une vaste salle, le lieu où l'attendait le Pape François. Les portes s'ouvrirent doucement, révélant le pontife assis humblement dans un fauteuil simple, vêtu de sa soutane blanche. Ses yeux étaient empreints d'une bienveillance indéniable, mais aussi d'une gravité nécessaire, compte tenu des circonstances. Il se leva pour accueillir Gabriel, et l'atmosphère, bien que solennelle, ne manquait pas de chaleur.

« Gabriel, » dit le Pape, l'appelant par son nom mortel. « Soyez le bienvenu. »

Gabriel s'inclina légèrement par respect, conscient que cet homme, malgré sa nature humaine, portait sur ses épaules la foi de millions d'âmes. « Saint-Père, je suis ici pour prouver ma rédemption. »

Le Pape le regarda avec une sagesse tranquille, une douceur dans sa voix. « Je le sais, mon fils. Mais la rédemption n'est pas une chose que l'on prouve par des actes héroïques ou des combats contre le mal. Elle est un chemin, un long voyage que chaque âme doit emprunter. Et vous avez choisi un chemin difficile, celui de la lumière après des siècles de ténèbres. »

Un silence s'installa, profond, presque sacré. Gabriel écoutait attentivement, cherchant à comprendre le cœur du message de l'Église.

« Beaucoup au sein de l'Église doutent encore, » continua le Pape, sans détourner les yeux de Gabriel. « Ils doutent parce que vous êtes un être de légende, et les légendes ont souvent des racines profondes dans les ténèbres. Mais moi, je crois en la rédemption. Je crois que même ceux qui ont marché dans les ombres peuvent retrouver la lumière. »

Les mots du Pape frappèrent Gabriel avec une force inattendue. Il avait vu tant de violence, tant de haine, que ces paroles de foi et de pardon avaient un pouvoir presque miraculeux.

« Cette mission, » dit le Pape, « n'est pas seulement un test de votre force. Elle est un test de votre foi, de votre âme. Vous devez vous confronter à un mal ancien, à une entité qui tentera de vous briser de l'intérieur. Mais souvenez-vous, Gabriel : il ne s'agit pas d'un simple exorcisme. Il s'agit de prouver à vous-même que vous êtes capable de servir la lumière. »

Le Pape posa alors sa main sur la tête de Gabriel, offrant sa bénédiction. « Allez avec Dieu. Que sa lumière vous guide, et que vous trouviez en cette mission non seulement la rédemption pour cette enfant, mais aussi pour vous-même. »

Gabriel se redressa, sentant le poids de la tâche à accomplir, mais aussi l'espoir qu'il portait désormais en lui.

Gabriel atterrit à Washington D.C. sous un ciel lourd et couvert, les nuages semblant presser la ville dans une étreinte oppressante. Ses pas le menèrent bientôt à Georgetown, un quartier autrefois paisible, maintenant assombri par la présence d'un mal ancien. La maison de la petite fille possédée se dressait au sommet d'une colline, ses murs recouverts de lierre sombre, ses fenêtres semblant fixer quiconque s'en approchait avec un regard mort et inquiétant.

En arrivant devant la bâtisse, Gabriel sentit immédiatement l'énergie maléfique imprégner l'air. Une froideur surnaturelle régnait, plus glaciale que le vent d'automne qui soufflait ce soir-là. Devant la maison, deux prêtres se tenaient immobiles, leurs visages pâles et épuisés, comme si la simple proximité du démon les avait vidés de toute vitalité. Leurs soutanes étaient en désordre, et leurs yeux reflétaient une peur qu'ils ne parvenaient plus à dissimuler. Ils avaient essayé, encore et encore, de libérer la petite fille, mais Pazuzu, cet ancien démon, s'était révélé trop puissant pour eux.

« Vous êtes... Dracula, » murmura l'un des prêtres avec une hésitation mêlée de respect et de crainte. « Nous avons tout tenté, mais cette chose… elle est plus forte que tout ce que nous avons affronté. »

Gabriel ne répondit pas immédiatement, se contentant de fixer la maison avec une intensité silencieuse. Il ressentait chaque pulsation de la présence démoniaque, comme des battements de cœur noirs résonnant dans les murs mêmes de la demeure. La porte était entrouverte, révélant l'obscurité à l'intérieur, une obscurité qui semblait engloutir la lumière du dehors.

Il entra dans la maison, le bois sous ses pieds émettant un craquement presque sinistre. L'air était épais, saturé d'un malaise tangible, comme si la peur et le désespoir étaient devenus des entités à part entière. Chaque pas qu'il faisait résonnait comme une invitation silencieuse au mal qui habitait les lieux. Des objets flottaient légèrement dans l'air avant de retomber lourdement au sol, tandis que des chuchotements indistincts et des ricanements moqueurs résonnaient depuis les murs.

Gabriel savait que cette mission n'était pas simplement un affrontement avec un démon, mais un test de sa propre foi et de son chemin vers la rédemption.

Il s'arrêta un moment dans le hall, fermant les yeux et méditant sur la situation. Le Vatican voulait voir s'il pouvait affronter ce démon avec la lumière et non avec la violence qui avait autrefois façonné son existence. Il comprenait que cet exorcisme serait plus qu'une confrontation physique. Il devrait affronter les ténèbres à l'intérieur de lui-même pour prouver qu'il était capable de lumière, de foi.

La température dans la maison avait chuté brutalement, et le souffle de Gabriel formait de petites volutes de vapeur dans l'air glacial. Une force invisible semblait peser sur ses épaules, comme une main noire cherchant à l'enfoncer dans les abysses. Mais il resta calme, résolu. C'était ici, dans ce lieu où la lumière avait presque été étouffée, qu'il devait faire ses preuves.

Les escaliers craquèrent sous son poids tandis qu'il montait à l'étage, vers la chambre de la petite fille. Les murmures s'intensifièrent, se transformant en paroles moqueuses et en ricanements sinistres. Le démon savait qu'il arrivait, et il l'attendait. Mais Gabriel ne reculerait pas.

Gabriel poussa lentement la porte de la chambre, son visage calme, bien que son esprit fût en alerte. La pièce était plongée dans l'obscurité, à l'exception d'une faible lumière provenant d'une lampe de chevet vacillante. Au centre de la chambre, dans un lit défait, se trouvait la petite fille. Son corps frêle était prisonnier de lourdes chaînes en fer, qui semblaient à peine capables de contenir l'énergie maléfique qui pulsait autour d'elle. Ses yeux étaient clos, mais sa poitrine se soulevait et s'abaissait de manière irrégulière, comme si quelque chose en elle luttait contre sa propre chair.

L'atmosphère était lourde, saturée d'une malice palpable. Gabriel pouvait sentir le démon, pas seulement à travers la souffrance de l'enfant, mais aussi par la présence qu'il imposait dans la pièce. Les murs semblaient resserrés autour de lui, comme si la chambre elle-même était un piège conçu pour l'enfermer avec le mal. Il respira profondément, fermant brièvement les yeux, sentant son lien avec les ténèbres en lui, un don qu'il maîtrisait à présent, mais qui, par le passé, l'avait défini.

Il n'eut pas à attendre longtemps avant que le démon fasse sentir sa présence. Les yeux de l'enfant s'ouvrirent soudainement, révélant des globes jaunes et inhumains. Une voix rauque et moqueuse s'échappa de sa bouche, déformant l'innocence de son visage.

« Dracula… Seigneur des Ténèbres, chien du Vatican, » ricana le démon à travers la fillette, sa voix semblant provenir des abysses mêmes. « Es-tu ici pour me libérer ou pour quémander la grâce des faibles humains qui t'ont autrefois craint ? »

Gabriel plissa les yeux, reconnaissant instantanément la signature du démon. Il avait traversé des siècles, avait connu nombre de créatures des ténèbres, mais Pazuzu, roi des démons du vent, avait une noirceur unique. Il avait gouverné la peur dans l'ancien monde, apportant mort et destruction sur son passage.

« Je sais qui tu es, Pazuzu, » répondit Gabriel d'une voix calme mais assurée. « Tu n'as pas ta place ici. Cette enfant est innocente. Elle ne te servira pas de vaisseau. »

Le démon éclata de rire, un rire déformé, multiplié par des échos invisibles. Les objets de la chambre se mirent à vibrer, certains flottant dans les airs avant d'être projetés contre les murs avec force. Une chaise vola à travers la pièce et s'écrasa contre la porte derrière Gabriel, mais il ne broncha pas. Il avait déjà affronté bien pire que des meubles volants.

« Innocente ? Personne n'est innocent, Dracula, surtout pas toi ! » cracha Pazuzu avec un sourire tordu, utilisant la voix de l'enfant pour prononcer des mots qui n'étaient pas les siens. « Rappelle-toi, toi aussi, tu as volé l'innocence ! Combien de vies as-tu détruites, Gabriel Belmont ? Combien d'âmes ont hurlé sous ta lame, sous tes crocs ? »

Gabriel resta impassible face aux provocations. Ce démon essayait de le déstabiliser, de faire ressurgir sa culpabilité, une tactique classique des forces des ténèbres. Pazuzu connaissait ses failles et essayait de réveiller en lui la bête qu'il avait été, celle qui tuait sans remords. Mais Gabriel n'était plus cet homme. Il avait traversé la noirceur pour en émerger, portant encore le poids de ses péchés, mais marchant désormais dans la lumière.

Sans un mot, il se redressa et entama des prières anciennes, des paroles qu'il avait apprises bien avant de devenir vampire, lorsque son cœur battait encore pour la Confrérie de la Lumière. Les mots sacrés résonnèrent dans la pièce, tranchant à travers l'air lourd comme une épée de lumière. Le démon grimaça, son visage se contorsionnant de rage alors que la voix de Gabriel gagnait en intensité.

« Tu n'es rien face à la lumière, Pazuzu, » déclara Gabriel avec autorité. « Ton pouvoir ne s'étend pas ici. Je t'ordonne de quitter ce corps innocent au nom du Seigneur. »

Les rires de Pazuzu s'arrêtèrent brusquement. Le visage de l'enfant se tordit, prenant une expression d'une haine pure et inhumaine. L'air devint glacé, et les murs semblèrent se plier sous la pression d'une force invisible. Les ténèbres dans la pièce se solidifièrent presque, comme si l'espace autour de Gabriel se rétractait, cherchant à l'étouffer.

« Tu oses m'invoquer au nom d'un dieu que tu as trahi ? » hurla Pazuzu, sa voix se brisant en plusieurs tonalités à la fois, comme s'il parlait avec mille bouches. « Tu n'es qu'un chien perdu, cherchant un maître ! »

Les objets volants s'intensifièrent, les murs de la pièce commencèrent à se fissurer sous la pression démoniaque. Les meubles se soulevaient dans un chaos de distorsions, et des lames invisibles semblaient lacérer l'air autour de Gabriel. Mais le vampire resta debout, inébranlable.

Puis, Gabriel tendit sa main droite, et une lueur douce et dorée s'éleva de ses doigts. Il invoqua la lumière pure, une manifestation de la grâce divine qu'il avait réclamée après des siècles de rédemption. Une barrière de lumière divine s'éleva autour de lui, brillante et vibrante, repoussant les ténèbres qui cherchaient à le consumer. L'air s'emplit du crépitement de cette énergie sacrée, et Pazuzu recula, hurlant de colère et de frustration.

« La lumière de Dieu te chasse, démon, » dit Gabriel, sa voix maintenant enveloppée d'une puissance indiscutable. « Retourne dans l'ombre d'où tu es venu. »

Pazuzu, bien que furieux, n'était pas encore prêt à abandonner. Mais Gabriel savait qu'il venait de marquer un point dans cette bataille, et que la lumière, aussi ténue soit-elle dans un monde de ténèbres, serait son arme la plus redoutable contre cet ancien roi démoniaque.

Le combat s'intensifiait, la pièce devenant un véritable champ de bataille où la réalité se tordait sous l'influence démoniaque de Pazuzu. Le démon utilisait chaque recoin de la chambre, chaque objet, chaque nuance de l'obscurité pour tenter de dominer Gabriel. Pourtant, Gabriel restait stoïque, entouré de la barrière de lumière divine qu'il avait invoquée. Mais il savait que la vraie épreuve ne venait pas seulement des forces physiques autour de lui.

Pazuzu, le démon rusé, changea de tactique. Il cessa de faire voler les meubles ou de déformer l'espace physique. La lumière de Gabriel avait prouvé sa force contre ces assauts. Au lieu de cela, le démon chercha à pénétrer dans l'esprit même de son adversaire, là où résidaient ses souvenirs les plus sombres, ses échecs, ses trahisons.

« Crois-tu vraiment pouvoir me vaincre, Gabriel Belmont ? » murmura la voix de Pazuzu, résonnant non seulement dans l'air, mais dans l'esprit de Gabriel, comme un poison lent qui s'infiltrait. « Crois-tu que ta lumière effacera tous les crimes de ton passé ? »

Soudain, Gabriel fut submergé par des visions de ses jours les plus sombres, lorsqu'il avait abandonné son humanité pour devenir Dracula, Seigneur des Ténèbres. Il revit le moment où il avait levé son épée contre ceux qu'il aimait, où la corruption avait envahi son cœur, où la soif de sang avait fait de lui une légende de terreur. Il revit aussi la mort de Marie, sa femme bien-aimée, poignardée sous l'influence des machinations de Zobek. Les images étaient si vivides qu'elles lui donnaient l'impression de revivre chaque instant de souffrance, de regret.

« Tu n'es pas un sauveur, Gabriel, tu es un monstre, » poursuivit Pazuzu, sa voix douce mais coupante, comme une lame traversant les souvenirs. « Tout ce que tu as touché s'est éteint. Tout ce que tu as voulu protéger est mort. Marie... Tu n'as pas pu la sauver. Tu ne sauveras pas non plus cette enfant. »

Les mots du démon étaient comme des flèches empoisonnées, chaque syllabe portant une charge d'amertume. La culpabilité de Gabriel menaçait de le submerger. Pendant un bref instant, il sentit les ténèbres en lui, les mêmes qui l'avaient autrefois consumé, ressurgir, comme une vague d'ombre cherchant à l'envelopper.

Mais au plus profond de lui, une voix plus forte résonna, une lumière qu'il avait découvert bien après être devenu Dracula. C'était la voix de Marie, celle de l'espoir, du pardon, de la rédemption. Gabriel savait que son passé le hanterait toujours, mais il avait fait le choix de ne plus être défini par ses erreurs, de ne plus laisser les ténèbres guider ses actions.

« Tu ne me briseras pas, Pazuzu, » répondit Gabriel, d'une voix calme mais puissante, rompant le silence spirituel avec une détermination inébranlable. « Oui, j'ai failli. J'ai sombré dans les ténèbres. Mais je me suis relevé. Et je continue de me relever. C'est cela la véritable force. »

Il éleva ses mains, invoquant de nouveau ses pouvoirs d'Élu de Dieu. Une sphère de lumière pure apparut autour de lui, la Sphère de Lumière Protectrice, enveloppant son corps d'une lueur éclatante. La lumière divine s'intensifia, irradiant à travers la pièce, repoussant les ténèbres comme une marée lumineuse. Les objets volants retombèrent lourdement au sol, et Pazuzu poussa un cri de frustration, sentant son influence diminuer sous la pression de cette énergie sacrée.

« Tes illusions ne m'atteindront plus. Je suis l'instrument de la lumière. Je ne suis plus seulement Dracula, je suis celui qui te renverra aux abysses ! »

Les murs de la pièce semblèrent se dilater sous l'intensité du pouvoir de Gabriel. La statue de Pazuzu, situé au Louvre à Paris se mit à trembler. La présence du démon était liée à cette représentation ancienne, une sculpture qu'il avait lui-même imprégnée de sa puissance il y a des millénaires. Gabriel visualisa la statue, malgré la distance et comprit que cette statue était la clé. Le démon y puisait sa force. Le vampire millénaire porta son attention sur la statue, et dans un geste puissant, invoqua le Rayon de Rétribution Divine. Une lumière concentrée jaillit de ses mains, traversant l'air en une colonne incandescente et se dirigeant directement vers la statue, traversant les kilomètres. Le rayon frappa avec une force incommensurable, et la statue explosa dans une gerbe de lumière et de flammes spirituelles. Les cris de Pazuzu résonnèrent dans toute la maison, des hurlements de douleur et de rage.

Le démon, visiblement affaibli, poussa l'enfant à se contorsionner, ses cris déchirant le silence de la pièce. La forme de Pazuzu commença à vaciller, son emprise sur le corps de la fillette s'effritant sous la lumière divine de Gabriel. Le démon tenta une dernière fois d'atteindre Gabriel, lançant une ultime attaque mentale, mais la lumière de la Sphère Protectrice repoussa ses efforts, rendant l'assaut inefficace.

Pazuzu était maintenant vulnérable. La lumière avait détruit une grande partie de son essence, le forçant à lâcher prise. Mais Gabriel savait que cela ne suffirait pas. Il fallait bannir Pazuzu, non seulement de cette enfant, mais aussi de cette réalité.

« Par la force de Dieu, par la lumière divine, je te renvoie dans les profondeurs des ténèbres, Pazuzu ! Que ton règne prenne fin ici et maintenant ! »

Gabriel leva les bras une dernière fois, canalisant l'énergie sacrée qu'il avait accumulée en lui. Le démon, incapable de résister davantage, fut arraché du corps de la petite fille, son essence maléfique déchirée par la puissance de la lumière.

Les restes de la statue de Pazuzu éclata en poussière alors que le démon était expulsé, sa forme se dissipant dans l'air en un tourbillon de cris et de cendres. Le corps de la petite fille retomba sur le lit, inerte, mais paisible. La chambre, autrefois oppressante et imprégnée de mal, était maintenant baignée dans une lueur apaisante. Le démon avait été vaincu.

Gabriel se tint debout au milieu de la pièce, son souffle lent et régulier, sa mission accomplie. Il ressentait encore le poids de ses actes passés, mais il savait que chaque victoire comme celle-ci le rapprochait un peu plus de sa propre rédemption.

Gabriel, épuisé mais empli d'une nouvelle certitude, franchit à nouveau les portes imposantes du Vatican. Il était revenu, non pas comme un conquérant victorieux, mais comme un homme ayant affronté ses propres ténèbres une fois de plus. Les gardes suisses et les prêtres qui l'avaient accueilli à son arrivée le regardaient maintenant avec un mélange de crainte et de respect. Sa démarche, pourtant toujours empreinte d'une grande force, révélait l'épreuve qu'il venait de traverser.

Guidé à travers les couloirs du Saint-Siège, Gabriel fut introduit dans une grande salle d'audience privée où l'attendait le Pape François. L'atmosphère y était solennelle, imprégnée du poids spirituel que représentait ce lieu. Le Pape, assis dans un fauteuil simple mais majestueux, leva les yeux lorsque Gabriel entra. Un sourire doux mais fatigué se dessina sur ses lèvres.

« Gabriel, je vous attendais. Asseyez-vous, s'il vous plaît », dit-il d'une voix empreinte d'humanité et de bienveillance.

Gabriel s'inclina légèrement avant de prendre place. Il pouvait sentir le regard perspicace du Pape, scrutant au-delà de son apparence, cherchant à comprendre ce qui se jouait dans son âme. Le Seigneur des Ténèbres devenu protecteur se mit alors à raconter sa confrontation avec Pazuzu. Chaque détail était livré avec une sobriété respectueuse, Gabriel n'omettant rien des tentatives de manipulation du démon, ni de la lutte intérieure qu'il avait menée contre ses propres ténèbres.

Le Pape écoutait attentivement, hochant parfois légèrement la tête, mais il resta silencieux jusqu'à la fin du récit. Une fois que Gabriel eut terminé, il y eut un moment de silence dans la pièce. Le Pape François prit alors une grande inspiration et se leva lentement.

« Vous avez fait preuve de courage, non seulement dans ce combat contre le démon, mais aussi contre vous-même, Gabriel », dit-il en s'approchant. « Il n'est jamais facile de faire face à ses propres ombres, mais vous l'avez fait avec une foi que beaucoup croyaient éteinte en vous. »

Le Pape posa une main sur l'épaule de Gabriel, un geste simple mais empli de symbolisme. « Vous portez un fardeau immense, Gabriel, un fardeau que peu d'hommes pourraient supporter. Mais aujourd'hui, vous avez montré que même ceux qui ont traversé les ténèbres les plus profondes peuvent trouver la lumière. »

Gabriel, les yeux baissés, accepta ces paroles avec humilité. Il savait que malgré cette victoire, il restait encore beaucoup à accomplir. Le chemin vers la rédemption était long, semé d'épreuves encore inconnues.

Le Pape recula légèrement et fit un geste de bénédiction, traçant une croix dans l'air devant Gabriel. « Que cette bénédiction vous accompagne dans votre quête. Aujourd'hui, nous avons vu que vous n'êtes plus seulement Dracula, Seigneur des Ténèbres. Vous êtes Gabriel, celui qui lutte pour la lumière. »

Gabriel, touché par ces mots, s'inclina une dernière fois avant de quitter la salle. Alors qu'il traversait à nouveau les couloirs du Vatican, il ne pouvait s'empêcher de penser à la bataille qu'il venait de mener, non seulement contre Pazuzu, mais contre les fantômes de son propre passé. Cette mission, bien plus qu'un simple test, avait été une étape cruciale dans son voyage intérieur.

Lorsqu'il regagna l'île de Ponza, un sentiment de paix mêlé de mélancolie l'envahissait. La mer calme et le soleil déclinant peignaient des couleurs apaisantes sur le paysage, mais son esprit était encore troublé par les souvenirs récents.

Circé et Carrie l'attendaient sur la plage. À leur vue, Gabriel sentit une chaleur familière l'envahir. Ces deux femmes représentaient désormais son ancre, son lien à cette nouvelle existence qu'il s'efforçait de construire, loin des ténèbres qui l'avaient autrefois englouti.

« Tu es de retour, » dit Carrie, sa voix tremblante d'un mélange de soulagement et d'admiration.

« Je savais que tu réussirais, Gabriel, » ajouta Circé, le regard empreint de cette sagesse qui ne la quittait jamais.

Gabriel hocha la tête, mais son expression restait grave. « Ce démon… il a essayé de raviver des souvenirs que je croyais enterrés. Mais j'ai compris que c'est un combat que je devrai mener à chaque instant. La rédemption n'est pas un état, c'est un chemin sans fin. »

Carrie, toujours en quête de compréhension, s'approcha de lui. « Mais tu as prouvé aujourd'hui que tu peux surmonter ces ténèbres. N'est-ce pas ça, la vraie force ? »

Gabriel posa une main réconfortante sur son épaule. « Peut-être. Mais il reste tant à faire. Chaque victoire me rapproche de la lumière, mais les ombres de mon passé ne disparaîtront jamais complètement. »

Le trio marcha en silence le long de la plage, le son des vagues venant apaiser l'esprit tourmenté de Gabriel. Il savait que d'autres épreuves viendraient, d'autres démons à affronter, qu'ils soient extérieurs ou intérieurs. Mais pour l'instant, il pouvait trouver un semblant de paix, entouré de ceux qu'il aimait.

Et tandis que le soleil disparaissait à l'horizon, Gabriel sentit qu'une nouvelle journée l'attendait, une nouvelle opportunité de continuer sur ce chemin qu'il avait choisi. Le chemin de la lumière, malgré les ombres qui persisteraient toujours.