Chapitre 36 : Normandie

Gabriel se tenait dans la pénombre de son sanctuaire temporaire, ses pensées obscurcies par les rapports qu'il venait de recevoir. Des rumeurs de villages normands assiégés par des soldats morts-vivants circulaient dans les cercles occultes qu'il surveillait. Ces créatures, portant encore les uniformes du Troisième Reich, réapparaissaient dans les régions où les combats les plus féroces de la Seconde Guerre mondiale avaient eu lieu. Les récits étaient clairs : des villages terrorisés, des attaques nocturnes, des silhouettes décomposées surgissant des ténèbres pour détruire tout sur leur passage.

Gabriel, se tenant face à une grande carte de la Normandie, laissait son regard errer sur les plages historiques du Débarquement. Chaque région marquée sur cette carte avait un passé sanglant, où des milliers de vies s'étaient éteintes pour libérer l'Europe du joug nazi. Pourtant, aujourd'hui, une autre menace surgissait de ces mêmes terres, une menace née de la perversion de la science et de la magie noire.

Dracula ferma les yeux, se remémorant ses propres batailles contre l'humanité, son passé de conquérant, et les guerres dans lesquelles il s'était engagé. Il avait vu de ses propres yeux les conséquences de la guerre : des villages brûlés, des familles décimées, et des champs jonchés de cadavres. Cependant, ce qui se produisait en Normandie allait au-delà de la simple brutalité de la guerre. Les récits qu'il avait reçus parlaient d'une abomination née d'un mal ancien, ressuscité par des extrémistes cherchant à raviver les ténèbres du Troisième Reich. La fusion entre la science pervertie et la nécromancie nazie représentait une horreur qu'il ne pouvait ignorer.

« Ils n'ont jamais abandonné, » murmura-t-il pour lui-même, serrant les poings. « Même dans la mort, ils cherchent encore à imposer leur folie sur ce monde. »

Gabriel savait qu'il devait intervenir. Les morts-vivants nazis n'étaient pas de simples créatures issues de rituels occultes ; ils incarnaient un mal qui refusait de mourir. Ce mal était profond, un poison qui avait infecté les âmes de ceux qui cherchaient à conquérir le monde sous la bannière d'une idéologie monstrueuse. Et maintenant, ces forces obscures, endormies pendant des décennies, avaient été réveillées par un groupe d'extrémistes qui manipulaient la magie noire dans l'espoir de ressusciter les horreurs du passé.

Il s'écarta de la carte et se dirigea vers la sortie. Gabriel savait que la Normandie ne lui offrirait pas de refuge. Il n'avait pas d'alliés là-bas, pas de sanctuaire où se reposer. Mais cela n'avait pas d'importance. Son devoir, sa mission, était d'affronter ces forces, même s'il devait se battre seul. Les ténèbres étaient son domaine, et il savait comment y naviguer. Cette nouvelle menace n'était qu'un écho de toutes les batailles qu'il avait menées contre les ténèbres. Mais cette fois-ci, les ombres de la guerre revenaient hanter le présent.

« Je dois les arrêter avant que ce fléau ne se propage davantage. Ils ne peuvent pas être autorisés à reprendre vie. Pas cette fois. »

Dracula se détourna, enveloppé dans son manteau noir, disparaissant dans la nuit.

Dracula arriva en Normandie à la tombée de la nuit, son manteau sombre se fondant dans l'obscurité environnante. Le village qu'il atteignit, niché non loin des plages où le Débarquement avait eu lieu des décennies auparavant, portait les cicatrices d'une terre meurtrie par la guerre. Mais ce n'étaient pas les souvenirs de la guerre qui hantaient ces lieux aujourd'hui, c'était autre chose, un mal plus ancien et plus pernicieux qui rôdait.

L'atmosphère du village était oppressante. Les quelques villageois qu'il croisa se dépêchaient de rentrer chez eux avant que la nuit ne tombe complètement. Leurs visages, marqués par la peur, trahissaient une angoisse viscérale. Des volets claquaient sous le vent, et chaque porte qui se fermait semblait le faire avec une urgence presque désespérée. Dracula sentait cette peur, elle flottait dans l'air comme une ombre prête à engloutir quiconque oserait défier l'obscurité.

« Ils sont revenus... », murmurait une vieille femme en traversant la place du village, ses yeux fixant un horizon invisible. « Les fantômes de la guerre... Ils ne nous laisseront pas en paix. »

Gabriel observa les lieux, ressentant l'énergie sombre qui émanait de la terre même. Il connaissait cette sensation — une empreinte occulte, quelque chose de mauvais, nourri par la mort et la haine. Cela faisait écho à ce qu'il avait appris avant de venir ici. Les soldats nazis morts-vivants, ressuscités par un rituel macabre, hantaient ces terres, traquant les villageois la nuit, les forçant à revivre des cauchemars longtemps enterrés.

Dracula quitta le centre du village pour explorer les vestiges des anciennes fortifications. Les bunkers de béton, rouillés et rongés par le temps, se dressaient toujours comme des sentinelles silencieuses des batailles passées. Mais aujourd'hui, ils étaient autre chose. Transformés en repaires pour les morts-vivants, ils exhalaient une énergie maléfique presque palpable. Chaque pas qu'il faisait dans ces lieux l'amenait à ressentir plus intensément l'ombre qui imprégnait ces ruines.

Il s'arrêta à l'entrée d'un bunker partiellement effondré, son regard balayant les alentours. Le vent portait des murmures sinistres, et il perçut distinctement des sons étranges — des bruits de bottes marchant dans l'obscurité, là où personne ne devait être. Ces sons ne venaient pas des vivants, il le savait. Les âmes de ces soldats, piégées dans un cycle éternel de violence, refusaient de se reposer.

Un vieil homme s'approcha lentement, appuyé sur une canne, ses yeux fatigués reflétant une vie marquée par les horreurs de la guerre. Il leva les yeux vers Dracula, le scrutant un instant avant de parler.

« Vous avez senti leur présence, n'est-ce pas ? » Sa voix était basse, presque un murmure. « La nuit, on entend leurs pas... Les bottes... Elles résonnent dans les rues comme avant. Mais ce ne sont plus des hommes, pas comme nous. Ce sont des monstres, des fantômes... Ils sont venus pour nous finir, pour réclamer ce qu'ils ont perdu. »

Dracula ne dit rien. Il savait déjà que ce qu'il entendait n'était pas seulement une vieille légende de villageois superstitieux. Ce qu'il avait ressenti dans ces ruines prouvait que les forces qui animaient ces soldats n'étaient plus humaines.

Il tourna les yeux vers l'horizon, les ruines se découpant contre le ciel sombre. « Ils sont revenus, en effet. Mais cette fois, ils ne trouveront pas de victoire ici. »

La tension dans l'air s'épaississait à mesure que la nuit s'installait, et Gabriel savait que le véritable affrontement approchait. Les morts-vivants qui hantaient cette terre n'étaient que des pions d'un mal plus grand, un mal qu'il devait détruire avant qu'il ne consume davantage d'âmes.

Alors que la nuit s'épaississait autour des bunkers abandonnés, un silence pesant s'installa. Dracula avançait prudemment, ses sens aiguisés captant les moindres fluctuations dans l'air. Il ressentit un froid surnaturel, une énergie maléfique qui s'approchait. Soudain, un bruit métallique résonna, comme des bottes frappant le béton, suivies de râles gutturaux. Puis, ils apparurent.

Les soldats nazis morts-vivants émergèrent des ombres, leurs uniformes en lambeaux portant encore les insignes du Troisième Reich. Leurs visages décomposés étaient un mélange grotesque de chair pourrissante et d'os exposés, des orbites vides où brillaient une lueur surnaturelle. Leur marche était mécanique, précise, dépourvue de toute conscience. Ces créatures étaient devenues de simples instruments de guerre, animées uniquement par la volonté de tuer.

Dracula les observa avec une froide détermination. Il n'y avait plus rien d'humain dans ces soldats. Ce n'étaient plus des hommes, mais des monstres façonnés par la magie noire et les expériences abominables du passé. Pourtant, il sentait en eux un pouvoir ancien, un mal bien plus grand que leur simple existence.

« Vous n'êtes plus des soldats... », murmura-t-il en les fixant, « juste des vestiges d'une folie que je vais détruire. »

Sans un mot, les soldats nazis se lancèrent à l'assaut. Leur charge était brutale, dépourvue de stratégie mais remplie d'une force implacable. Le premier se jeta sur Dracula, brandissant une baïonnette rouillée. Le coup fut rapide, mais Gabriel l'esquiva avec une grâce surnaturelle. D'un mouvement vif, il saisit le soldat par la gorge et, dans un geste de pur pouvoir vampirique, brisa son cou d'un coup sec. Le corps du soldat s'effondra, mais aucun cri de douleur ne s'échappa de lui. Même dans la mort, ces créatures n'étaient que des carcasses sans âme.

Un autre soldat attaqua, cette fois avec un fusil d'époque, tirant à bout portant. Dracula sentit la balle percer son épaule, mais la douleur fut presque insignifiante. Il arracha la balle d'un geste, son corps régénérant presque immédiatement. Avec une vitesse fulgurante, il fondit sur le tireur, le soulevant dans les airs avant de le projeter contre un mur de béton. Le choc fit éclater les os déjà fragiles du mort-vivant, dispersant des fragments de son corps dans l'air nocturne.

Le combat continuait de manière acharnée. Les soldats attaquaient en masse, tentant de submerger Dracula par leur nombre. Ils ne ressentaient ni fatigue ni douleur, et leurs mouvements étaient mécaniques, comme s'ils suivaient une programmation invisible. Gabriel, utilisant toute sa force surnaturelle, ripostait avec une brutalité calculée. Il arrachait des membres, brisait des colonnes vertébrales, pulvérisait des crânes avec une efficacité implacable.

Pourtant, à chaque soldat abattu, il savait que cela ne résolvait pas le véritable problème. Ces créatures étaient animées par quelque chose de plus grand, une force qui ne serait pas arrêtée simplement en détruisant ces corps ressuscités. Il devait comprendre ce qui les ramenait à la vie, et surtout, qui était derrière cette résurrection.

Dracula repoussa un dernier assaillant avec un coup violent qui lui broya la cage thoracique, et le mort-vivant s'effondra dans un amas de chair et de métal. Le silence retomba dans le bunker. Le sol était jonché de corps mutilés, mais Gabriel savait que ce n'était pas terminé. Ces créatures n'étaient que les pions d'un mal plus profond.

Il se redressa, observant les restes des soldats éparpillés autour de lui. Leurs visages décomposés gardaient cette expression vide, comme si la mort les avait libérés de toute émotion. Pourtant, cette vision déclencha en lui une réflexion sur la guerre et ses horreurs, sur les vies sacrifiées, et sur les âmes perdues dans le tumulte de la violence. Ces soldats, autrefois humains, avaient été réduits à des machines de guerre sans conscience. Cela rappelait à Gabriel les batailles qu'il avait lui-même menées contre l'humanité, et les atrocités commises en son nom ou par sa main.

Il serra les poings, déterminé. Ces soldats nazis morts-vivants n'étaient que le premier obstacle. Le véritable mal se cachait ailleurs, dans les tréfonds de ces terres autrefois baignées de sang.

« Cette abomination prend fin ce soir », se jura-t-il en quittant le bunker, ses pas résonnant dans l'obscurité croissante.

Il savait que la prochaine confrontation l'amènerait face à l'origine de ce mal, et cette fois, il serait prêt à détruire la source même de cette résurrection impie.

Dracula avançait prudemment à travers les ruines effondrées, ses sens en alerte face à l'aura maléfique qui imprégnait cet endroit. Devant lui, se dressait l'entrée d'un ancien bunker nazi, à moitié enfoui sous des tonnes de béton et de terre, une relique maudite d'une époque où la science pervertie et la magie noire s'étaient fusionnées dans une tentative insensée de créer des soldats immortels. La puanteur de la mort s'en échappait, mélangée à une énergie occulte palpable dans l'air.

Gabriel s'aventura plus loin, pénétrant dans les entrailles de cette forteresse souterraine, ses pas résonnant faiblement contre les parois métalliques du bunker. À chaque pas, l'atmosphère devenait plus lourde, presque suffocante, comme si l'air lui-même était empoisonné par les rituels qui avaient eu lieu ici des décennies plus tôt. Les murs, couverts de poussière et de moisissures, portaient encore les marques de l'horreur qui s'y était déroulée : des inscriptions en latin et en allemand gravées avec précision, décrivant des rituels de nécromancie et de sacrifices humains.

À la lueur de quelques torches que Dracula alluma avec une simple incantation, il put lire les textes anciens. Des phrases évoquant le pouvoir de la mort sur la vie, des invocations adressées à des entités obscures, et des promesses d'un Reich éternel. Ce bunker n'était pas simplement un centre militaire, c'était un sanctuaire de la mort, un lieu où les nazis avaient cherché à maîtriser les forces occultes pour prolonger leur domination.

« Ils ont vraiment tenté de manipuler les forces qu'ils ne comprenaient pas... » murmura Gabriel en parcourant les inscriptions.

Il s'arrêta devant un autel primitif, placé au centre de ce qui semblait être la salle principale du rituel. Sur l'autel, une pierre noire imprégnée de sang séché. Tout autour, des artefacts nazis étaient disposés avec soin : des croix gammées gravées dans des médaillons, des calices faits d'ossements, et des bougies noircies par des années de rituels impies. L'odeur de mort et de pourriture s'intensifiait, renforcée par la magie noire qui émanait de chaque objet.

Dracula approcha de la pierre sacrificielle, sentant immédiatement la puissance ténébreuse qui s'en dégageait. Cette pierre était le cœur du rituel qui maintenait les soldats morts-vivants dans leur état actuel. Il la scruta avec attention, remarquant des symboles gravés tout autour, des symboles occultes utilisés pour lier les âmes des morts à leurs corps pourrissants.

« Ce n'est pas simplement de la nécromancie », se dit-il à voix basse, « c'est une tentative désespérée de contrôler la mort elle-même. »

Les nazis, dans leur arrogance, avaient cherché à déjouer la mort, à faire renaître leurs soldats dans une forme plus puissante et plus immortelle. Ils avaient transformé des hommes en bêtes, sacrifiant leur humanité sur l'autel de leur idéologie monstrueuse. Dracula sentit une vague de dégoût monter en lui. Il connaissait la guerre, il avait vu et participé à des batailles où l'humanité était sacrifiée pour des causes douteuses, mais ce qu'il observait ici était bien plus abominable.

Ses doigts glissèrent le long des gravures, cherchant à comprendre la portée de ces rituels. Ses connaissances des arts occultes lui permirent de reconnaître la plupart des incantations : des sorts de contrôle de l'esprit, des invocations pour sceller des âmes, et des rituels de résurrection. Mais quelque chose dans ces inscriptions le dérangeait profondément. Il y avait une obsession dans les mots, un fanatisme malsain, comme si les nazis étaient prêts à sacrifier tout pour atteindre un pouvoir absolu sur la vie et la mort.

Gabriel repensa aux guerres qu'il avait traversées. Les horreurs qu'il avait vues, et même commises, n'étaient rien en comparaison de cette folie. Lui, un être maudit, avait connu la violence sous bien des formes, mais jamais une telle perversion de la vie et de la mort ne lui était apparue. Ces soldats n'étaient plus que des armes, leur humanité effacée, tout comme leur âme, ne servant plus que des intérêts diaboliques.

Il s'accroupit près d'une série d'objets rituels éparpillés autour de l'autel. Une dague sacrée, tachée de sang séché, attirait son attention. Cette dague avait certainement été utilisée pour les sacrifices nécessaires à ce rituel. Il la prit en main, analysant son poids et les runes gravées sur sa lame. C'était un instrument de mort utilisé dans des centaines de sacrifices, des âmes innocentes offertes à une cause qui refusait de mourir.

« Les nazis n'ont pas seulement voulu conquérir le monde... » murmura Dracula avec un regard sombre. « Ils ont voulu enchaîner la mort elle-même à leur volonté. »

Cette pensée le plongea dans une réflexion plus profonde. La guerre elle-même était une abomination, mais ce qui s'était passé dans ce bunker, et ce qui continuait encore à se produire, était une violation de l'ordre naturel, une tentative délibérée de défier les lois fondamentales de la vie et de la mort. Même lui, un être immortel, respectait ces lois. Il voyait la mort comme une étape inévitable, une force indomptable que même lui ne pouvait nier. Mais ces soldats nazis... ils avaient été arrachés à ce cycle, leur existence pervertie dans une quête d'immortalité forcée.

Dracula se releva, déterminé à détruire cet endroit et à rendre ces âmes tourmentées à leur repos éternel. Mais il savait qu'il ne pouvait pas se contenter de briser les objets occultes et de détruire les soldats morts-vivants. Il devait attaquer la source, détruire ce rituel à sa racine et éliminer celui qui l'avait orchestré.

Il s'avança vers une grande porte scellée à l'autre bout de la salle, sentant la présence d'une entité encore plus sombre derrière elle. Le cœur de cette opération occulte l'attendait, et avec lui, l'officier nazi responsable de ce carnage. Gabriel sentit l'air s'alourdir, comme si la terre elle-même voulait l'arrêter, mais il était prêt à aller jusqu'au bout.

« Ce mal prend fin ici. »

Il poussa la porte avec une force calculée, révélant une vaste salle souterraine illuminée par des torches vacillantes. Au centre de cette salle se trouvait un autel de pierre noire, entouré d'inscriptions gravées profondément dans le sol, des runes qui palpitaient d'une énergie maléfique. La pierre sacrificielle, noyée dans le sang des victimes innocentes, brillait d'une lueur rougeâtre. Mais ce n'était pas tout.

Un homme se tenait près de l'autel, vêtu de l'uniforme noir caractéristique de la Waffen-SS. Son visage, bien que défiguré par la mort, restait étrangement charismatique, et ses yeux brillaient d'une lueur de fanatisme pur. Il portait fièrement son insigne nazi, comme s'il se tenait encore au cœur du Reich. Son corps, pourtant mort depuis des décennies, dégageait une force surnaturelle, une puissance noire qui semblait émaner de la pierre sacrificielle elle-même.

" Dracula..." la voix de l'officier résonna dans la salle comme un grondement profond. "Tu arrives trop tard. Nous avons déjà ressuscité la gloire du Troisième Reich."

Dracula le fixa, impassible, mais intérieurement en proie à une colère froide. Cet homme, ou plutôt ce qu'il en restait, incarnait tout ce qu'il méprisait. Il n'était plus qu'un fantôme d'une idéologie brisée, ressuscité par des moyens impies pour semer à nouveau la terreur.

"Ton Reich est mort avec toi," répondit Gabriel d'une voix sombre. "Tu n'es qu'un vestige du passé, un monstre piégé dans une illusion. Ta soif de pouvoir n'a mené qu'à la destruction."

L'officier SS éclata d'un rire sinistre. "Mort? Peut-être. Mais la mort elle-même s'incline devant nous. Nous avons triomphé de la chair et de l'esprit. Nous sommes les immortels, les vrais héritiers de ce monde. Notre Reich est éternel. La pureté de notre race est indomptable. Nous n'avons besoin que d'un temps, et bientôt, nous reprendrons ce qui nous revient de droit."

Le regard de Dracula se durcit. Il voyait dans cet homme le symbole même de l'arrogance humaine, ce fanatisme aveugle qui refusait d'accepter la défaite. Cet officier, même dans la mort, restait fidèle à une idéologie destructrice, incapable de reconnaître les horreurs qu'il avait engendrées.

"Vous êtes morts dans la haine et la folie," rétorqua Gabriel. "Et aujourd'hui, vous ne faites que prolonger une existence maudite. Ton âme est condamnée."

L'officier SS dégaina une dague imprégnée de magie noire, et sans prévenir, il lança l'assaut. Ses mouvements étaient rapides, brutaux, dénués de toute humanité. Il n'était plus un simple soldat, mais une abomination, un réceptacle de pouvoir démoniaque. La dague créa une traînée d'énergie noire dans l'air, un éclat surnaturel qui fendit l'espace autour de lui.

Dracula esquiva avec agilité, ses réflexes vampiriques en éveil. Il para les coups de l'officier avec sa propre force surnaturelle, mais il sentait la puissance noire à l'œuvre derrière chaque attaque. Le sol tremblait sous leurs pieds alors que les deux titans s'affrontaient dans un tourbillon de violence. Le métal contre le marbre, la chair contre les ténèbres.

L'officier SS éclata de nouveau d'un rire morbide alors qu'il intensifiait ses assauts. "Tu ne peux pas me battre, Dracula. Je suis l'aboutissement de la force arienne, le soldat parfait. Tu ne fais que retarder l'inévitable."

"Parfait? Tu es une marionnette. Un pantin au service d'un mal que tu ne comprends même pas," répondit Gabriel avec froideur. Il envoya une vague d'énergie pour repousser son adversaire, usant de son pouvoir de contrôle des ombres pour submerger l'officier dans une tempête de ténèbres.

Mais l'officier ne se laissa pas submerger. Il invoqua à son tour une puissance noire plus dense encore, créant une barrière d'énergie sombre autour de lui. Ses yeux flamboyants brillaient d'un éclat dément, signe de son profond fanatisme. Il tendit une main vers l'autel, puis prononça des incantations dans une langue ancienne.

Soudain, des éclairs noirs jaillirent du sol, formant des chaînes de magie qui s'enroulèrent autour de Dracula, cherchant à l'immobiliser. Gabriel se débattit, sentant la pression de la magie maléfique essayer de le soumettre.

"Je vais t'écraser sous la volonté du Reich éternel !" hurla l'officier en approchant, sa dague prête à percer le cœur de Gabriel.

Cependant, Dracula ne céda pas à la pression. Il savait que la véritable source du pouvoir de cet homme n'était pas sa force physique, mais cette maudite pierre sacrificielle. Il fallait la détruire. Avec un dernier effort, il libéra ses mains des chaînes magiques et plongea dans sa poche pour saisir l'artefact de lumière que Circé lui avait confié avant son départ.

Un éclat aveuglant emplit la salle. La lumière pure de l'artefact inonda la pièce, brisant les ombres qui entouraient Dracula et affaiblissant le pouvoir du commandant SS. L'officier cria de douleur, sa peau déjà décomposée se fissurant sous l'intensité de cette lumière sacrée.

"Non !" hurla-t-il, réalisant que son pouvoir diminuait.

Dracula profita de ce moment de faiblesse. D'un bond, il se précipita vers la pierre sacrificielle et, avec l'artefact en main, il frappa la pierre de toutes ses forces. Un craquement terrifiant résonna dans la pièce tandis que la pierre commençait à se briser, fissurée par l'énergie lumineuse. Une onde de choc parcourut la salle, secouant les fondations du bunker.

"Non ! Pas ça ! C'est impossible !" hurla l'officier, tentant désespérément de s'approcher de l'autel pour empêcher la destruction.

Mais il était trop tard. La pierre éclata en morceaux sous l'assaut final de Gabriel. Une explosion de lumière blanche engloutit la salle, désintégrant instantanément l'officier SS et ses restes décomposés. Son cri d'agonie résonna brièvement avant d'être emporté par le souffle lumineux qui déferla dans tout le bunker.

Dracula recula, essoufflé mais victorieux, observant la disparition du corps de l'officier et la dissipation de toute énergie maléfique dans la pièce. Le rituel était défait, et avec lui, l'armée de morts-vivants nazis qui terrorisait la région.

Gabriel, debout au milieu des ruines du bunker, leva les yeux vers le plafond effondré, sentant pour la première fois depuis son arrivée une paix relative dans l'air lourd. Mais derrière cette victoire, il savait qu'une menace plus vaste persistait encore, une organisation occulte prête à ramener les ténèbres sur le monde.

Dracula fouillait les vestiges de la planque nazie, ses sens surnaturels en alerte. Alors qu'il se déplaçait à travers les débris et les restes des rituels occultes, il repéra une vieille malle en acier, presque intacte, cachée sous un tas de décombres. Elle portait l'emblème de la Waffen-SS, gravé profondément dans le métal, témoin d'un passé effroyable. Avec une force démesurée, il arracha le couvercle, révélant une pile de dossiers poussiéreux et des documents manuscrits, soigneusement conservés malgré les ravages du temps.

En parcourant les feuillets, il trouva des plans détaillés d'expériences macabres, des essais visant à ressusciter les soldats tombés au combat, à recréer une armée éternelle pour un Troisième Reich qui n'accepterait jamais la défaite. Mais ce n'était pas tout. Un nom revenait sans cesse dans les documents : Millenium. Le cœur de l'organisation semblait avoir survécu à la chute de l'Allemagne nazie, et maintenant, ils prévoyaient leur vengeance. Des mentions cryptiques parlaient d'une mission visant l'Angleterre, un projet diabolique destiné à plonger le monde dans une nouvelle ère de terreur.

"Millenium..." murmura Dracula en lisant les mots avec une gravité froide. "Ils ne se contentent pas de ressusciter le passé. Ils cherchent à réécrire l'avenir avec le sang de millions."

Un plan de bataille complexe était décrit, avec des cibles spécifiques en Angleterre, une vengeance qu'ils prévoyaient depuis des décennies. Dracula rangea les documents dans sa longue veste noire. Ces informations devaient être étudiées et partagées avec ceux capables de contrer cette menace.

Après avoir pris tout ce dont il avait besoin, Dracula s'éloigna alors que le sol tremblait sous ses pieds. Le bunker commençait à s'effondrer, incapable de soutenir la destruction de la pierre sacrificielle. Des fissures apparurent sur les murs, et des pans entiers de la structure s'effondraient dans un vacarme assourdissant. Dracula accéléra le pas, sentant le sol céder sous lui. Quelques instants plus tard, il émergea à la surface, le bunker enseveli sous les décombres.

L'aube se levait sur les terres normandes, baignant la campagne d'une lumière douce et dorée. Le contraste entre la sérénité du paysage et les horreurs qu'il venait d'affronter était saisissant. Il se tenait immobile un instant, observant les premiers rayons du soleil traverser la brume matinale, et sentit un poids s'alléger légèrement sur ses épaules.

Les villageois, qui avaient passé les derniers jours terrés dans leurs maisons, commencèrent lentement à sortir. Ils hésitaient d'abord, jetant des coups d'œil craintifs autour d'eux, mais bientôt ils comprirent que la menace avait disparu. Certains remercièrent Dracula d'un simple signe de tête, tandis que d'autres se mirent à murmurer des prières de gratitude. Un vieil homme, l'ancien combattant qui lui avait parlé des bruits de bottes fantomatiques, s'approcha lentement.

"Vous les avez vaincus..." dit-il, la voix tremblante. "Ces monstres... Vous nous avez sauvés."

Dracula acquiesça d'un mouvement de tête silencieux, sans prononcer un mot. Il n'était pas là pour les honneurs ni pour les louanges. Son devoir était simple : protéger ce qui restait de ce monde des forces des ténèbres.

Alors qu'il s'éloignait du village, ses pensées se tournèrent vers les horreurs de la guerre. Il avait été témoin des pires facettes de l'humanité au fil des siècles, et cette résurrection des nazis morts-vivants ne faisait que raviver des souvenirs de batailles sanglantes et d'atrocités commises sans raison. La guerre, qu'elle soit menée par des mortels ou des monstres, ne changeait jamais. Les ténèbres trouvaient toujours un moyen de s'infiltrer, peu importe la forme.

"Les morts ne devraient jamais être dérangés..." pensa-t-il, son esprit vagabondant dans des réflexions sombres. "Le passé appartient aux morts, mais il semble que certaines forces refusent de l'accepter."

Cependant, ce qui le préoccupait encore plus, c'était la découverte de Millenium. Cette organisation, enfouie dans les décombres de l'Histoire, nourrissait encore un rêve tordu de domination mondiale. Et maintenant, ils visaient l'Angleterre. Dracula savait que cette bataille n'était que la première d'une guerre plus vaste, une guerre dont il ignorait encore les contours exacts.

"Je dois me rendre à Londres," murmura-t-il pour lui-même. Il savait que la capitale anglaise, avec ses mystères occultes et ses forces magiques, serait la prochaine cible de Millenium. Mais il ne serait pas pris au dépourvu. Dracula se préparait déjà à affronter cette nouvelle menace, conscient que chaque victoire ne faisait que retarder l'inévitable.

Alors qu'il se fondait dans les ombres, Dracula sentait une inquiétude croissante grandir en lui. Les forces de Millenium étaient bien plus vastes et dangereuses qu'il ne l'avait d'abord pensé. Mais il était déterminé à ne pas laisser ce mal se propager.

L'avenir restait incertain, mais une chose était claire : la guerre contre les ténèbres ne faisait que commencer.