CHAPITRE 11 : ÉCHEC...

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— Donc, à ce moment là, vous ne saviez pas où se trouvait Adams ?

— Non, personne ne le savait, dit Gillian. Excepté l'avocat de Marshall. Nous pensions à ce moment là qu'il était un complice de l'affaire, mais cela restait encore à prouver…

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Flash-Back…

Cal et Gillian quittèrent l'hôpital et s'empressèrent de tout expliquer en détail à Reynolds des derniers éléments récoltés. L'agent du FBI comprit que Cox pouvait être la clé de toute l'affaire et s'empressa de conduire les deux experts en mensonge jusqu'au bureau de l'avocat pour un interrogatoire musclé. Ils jalonnèrent d'un pas martial les couloirs de l'agence de Cox et débarquèrent sans autorisation dans le bureau de celui-ci. L'avocat arbora une expression de surprise à cette entrée fracassante alors qu'il était en plein classement de ses dossiers.

— M. Cox, agent Reynolds, FBI ! proclama Ben, en présentant son badge.

D'un calme sidérant, Cox reprit son rangement et demanda platement :

— Que puis-je faire pour vous, agent Reynolds ?

— Ne jouez pas les innocents Cox, pas avec moi, répliqua Cal revêche. Où est Adams ?

— Même si je le voulais, Dr Lightman, je ne pourrais rien vous dire puisque je suis tenu par le secret professionnel.

— Adams n'est pas votre client, réfuta Gillian.

— Maintenant… si, rétorqua-t-il en agitant un document devant leurs yeux.

— Vous vous servez de cette close seulement quand cela vous arrange, s'agaça Cal, par ce jeu perfide que s'employait à jouer Cox.

— J'honore ma profession en tant que procureur. Je ne vous permettrais pas de m'insulter, Docteur, le rappela à l'ordre Cox en insistant sur son titre honorifique.

— Je peux demander un mandat en cinq minutes pour fouiller tout votre bureau Cox, le prévint Reynolds avec son téléphone en main.

— Et bien… faites ! Car pour le moment, je ne vous dirais rien, certifia-t-il en grattant machinalement son avant bras.

— Attendez, fit Cal perplexe avec un geste de la main. Lorsque je suis entré, comment saviez-vous qui j'étais ? Je n'ai même pas dit mon nom et on ne s'est jamais rencontrés...

— Je suis l'avocat de M. Marshall. Je me dois de savoir tout ce qui le concerne. Il est normal que je me sois renseigné sur votre société.

Cal laissa parcourir son regard sur Cox et nota que celui-ci continuait de se gratter son avant bras.

— Problème de peau ? l'interrogea-t-il avec suspicion.

Surpris par la remarque, Cox arrêta immédiatement de se démanger.

— Une allergie, je suis parti à la campagne ce week-end… répondit-il.

— À la campagne hein ? répéta Cal, absolument pas convaincu par cette réponse.

— Soulevez votre manche M. Cox, exigea Gillian.

— Écoutez, j'ai encore beaucoup de travail qui m'attends donc si c'est pour vous écouter me commander des choses farfelues, je préférais que vous sortiez immédiatement d'ici.

— M. Cox, c'est un agent du FBI qui vous le demande, ordonna Reynolds. Alors, soulevez immédiatement votre manche, si vous ne voulez pas que je le fasse moi-même.

L'avocat contracta sa mâchoire et retroussa contre son grès la manche de sa chemise pour dévoiler un tatouage à la forme triangulaire. Cox était cerné. La justice s'était retournée contre lui et il savait que plus personne ne pourrait le sauver.

— Nouveau tatouage ? railla Cal, d'un haussement de ses sourcils.

— Je sais ce que vous pensez mais… commença à dire Cox.

— Ce n'est pas ce que nous croyons... On connait la chanson, pesta Cal.

— Vous possédez le même tatouage que le clan des Marshall, ajouta Foster.

— Je…

— C'est fini Cox, décréta Reynolds. Si vous voulez sauver votre peau, je vous conseille de nous dire où se trouve Adams.

Cox passa une main nerveuse dans ses cheveux. S'il passait aux aveux, il voulait une garantie.

— Si je vous le dis, je veux être protégé, répondit-il.

— Ils ont tous peur ou quoi ? s'exclama Cal, interloqué.

— Vous ne savez pas à quel point ils sont puissants, Dr Lightman, répliqua l'avocat avec sévérité.

— Le FBI, vous protégera, accorda Ben. Vous serez tout même mis en examen et radié du barreau.

— Je m'y attendais…

— Alors, Adams ?

— Il est dans un bâtiment abandonné, pas loin d'ici. Il campe dans un garage à louer, révéla Cox en donnant à Lightman un papier où était inscrit l'adresse en question.

De ses yeux d'experts, Cal vit que Cox disait la vérité et échangea un regard entendu avec Reynolds.

— On va intercepter Adams, dit Reynolds. Tiger vous embarquez Cox aux bureaux, ordonna Ben à un agent fédéral qui les avait accompagnés.

— Bien Monsieur, attesta l'agent.

— Je vais contacter des équipes pour nous rejoindre. Le problème, c'est qu'ils n'arriveront pas à temps. On est trop loin du QG…

— Nous n'avons pas le temps de les attendre, signala Cal avec empressement. Adkins sait qu'on le cherche, il doit déjà être en train de faire ses bagages.

— Ok… Bon, alors on y va, accepta Ben en regardant Cal acquiescer d'un bref signe de tête.

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— L'agent Reynolds vous a emmené sur un lieu non sécurisé et ce, sans équipe de terrain pour attraper un fugitif ? répéta Dall ahuri.

— Et bien… On ne pouvait pas attendre que l'équipe arrive, exposa Gillian. Adams pouvait s'enfuir à tout moment.

— Vous êtes des civils. Reynolds n'aurait pas dû vous emmener, objecta-t-il, les sourcils froncés.

— Nous n'avions pas le choix. Le lieu était bien trop grand pour qu'il puisse le fouiller tout seul.

— L'agent Reynolds vous a laissés seul, répliqua Dall sévèrement pour clore cette conversation.

Gillian ne sut quoi répondre à cette remarque et poussa un soupir.

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Flash-back…

Rues désertes, immeubles abandonnés, place bétonnée, c'était le paysage industriel que les deux experts en mensonge ainsi que l'agent du FBI devaient fouiller pour retrouver Adams. L'homme ne devait pas se trouver loin. Dans la pénombre de la nuit, l'équipe de recherche, à l'affut du moindre mouvement suspect, était en quête des garages précédemment énoncés par Cox. Menant la marche, Reynolds garda son arme en joue en cas d'attaque, mais aussi pour protéger les deux civils qui l'accompagnaient. Le froid de la nuit appât les deux experts en mensonges qui sentirent leurs mains s'engourdirent. De l'air chaud sortait de la bouche de Cal à chacune de ses respirations tandis que Gillian frottait ses mains pour retrouver un peu de chaleur. La peur de se retrouver face à Adkins ne les perturbèrent pas. Au détour d'un croisement, Cal pointa du doigt les garages qui se trouvaient à quelques mètres. Les trois protagonistes coururent d'un même chef jusqu'aux locaux pour chercher le numéro de location d'Adams. Avec l'accord de ses accompagnants, Reynolds s'était détaché des deux experts en mensonge pour fouiller un autre secteur et ainsi couvrir plus de surface. Le silence de la nuit ne faisait qu'accroître son adrénaline. Il arpenta en silence, avec son Beretta 96 en avant, les garages à la recherche du fugitif ciblé. Le souffle court, l'agent tenta de calmer sa respiration pour se concentrer sur sa mission. Il progressa lentement alors que son instinct lui criait de continuer sur ce chemin. Puis à l'angle d'une ruelle, il aperçut un homme avec un sac à dos fermer la porte d'un garage. Il ne pouvait s'agir que d'Adams. Ben décida de viser le suspect avec son arme de service et d'enlever le cran d'arrêt de sécurité.

— Adams ! FBI, restez où vous êtes !

Au cri de l'agent, l'interpellé pivota vivement sur lui-même et sortit expressément son pistolet pour tirer aléatoirement sur Reynolds. Ben évita les coups de justesse. Il se plaqua contre un mur et répliqua. Adams esquiva à son tour l'attaque. L'échange de coup de feu s'arrêta. Le fugitif en profita pour courir et échapper à son poursuivant. L'agent du FBI lâcha un juron et quitta sa cachette pour se mettre à la poursuite de l'individu armé. Il tenta en vain de le retrouver, mais l'épaisse obscurité le fit perdre sa trace.

Au loin, les deux experts en mensonge entendirent les coups de feux et prièrent pour que rien ne soit arrivé à Ben. D'un instinct protecteur, Cal ordonna à son associée de rester en arrière en cas de litige. Ils marchèrent à une allure constante en faisant attention au moindre bruits suspects. Rien n'était à signaler. Cal avança d'un pas puis il entendit une voix glaçante parvenir jusqu'à ses oreilles vigilantes :

— Levez vos mains en l'air et ne criez surtout pas ou je la bute.

Cal se retourna lentement. Une expression dépitée apparut sur son visage lorsqu'il découvrit sa meilleure amie prisonnière dans les bras d'Adams avec une main sur sa bouche et un pistolet sur sa tempe. L'expert en mensonge n'avait aucune chance de tenter une approche offensive. Résigné, il leva ses mains en l'air en signe de défaite.

— Adams, vous savez que le FBI vous cherche, vous n'avez plus aucune issue, l'informa Cal.

— Je sais que le FBI n'est pas encore sur les lieux et qu'il n'y a qu'un agent sur le terrain. Alors voilà ce qu'on va faire, vous allez gentiment me suivre sans faire de frasque ou croyez moi que je n'hésiterais pas à lui faire un trou dans la tête… compris ?

Cal hocha lentement sa tête.

— Avancez, ordonna sèchement Adams.

Cal avança à la vitesse du meurtrier qui obligea ses deux victimes à monter sur le toit d'un immeuble abandonné. En montant les volés d'escaliers, Cal profita de leur ascension pour envoyer discrètement un message sur son portable, et ce, sans que Adams ne s'en aperçoive. Une fois qu'ils avaient atteint le toit, Adams agita son arme pour indiquer à Cal de se placer au centre en gardant toujours la psychologue comme otage. Une peur sans nom se lisait dans le regard de Cal et de Gillian.

(Losing Hold - Esterly, Austin Jenckes)

— Un geste brusque et je la descends, menaça Adams.

— Qu'est-ce que vous voulez Adams ? réclama Cal amer.

— Vous ! affirma-t-il, en pointant son arme sur lui.

— Moi ? Ça n'a aucun sens.

— Oh que si, cela en a un. Vous avez détruit toute mon œuvre.

— Votre œuvre ? ricana Cal. Tout ce que vous avez fait c'est suivre les indications de Marshall pour assouvir vos pulsions meurtrières.

— Je me suis battu pour une cause. Une grande cause.

— Je suis désolé, mais pour moi tuer des innocents j'appelle ça être un meurtrier.

— Ils devaient mourir.

— Pourquoi ? À cause de leurs couleurs de peau ?

— Je suis et je me battrais à jamais pour la fraternité.

— Vous me faites pitié. Vous n'êtes même pas capable d'affronter un homme sans arme.

— Vous me croyez stupide ? ragea Adams en agitant son arme. Vous n'arriverez pas à me déstabiliser en m'attaquant sur mes faiblesses. J'ai lu vos livres, s'agaça-t-il en raffermissant son emprise sur Gillian.

— C'est comme ça que vous avez su qui j'étais ?

— Pas besoin. J'étais en contact permanente avec l'avocat de Marshall. Il me disait tout sur ce qui pouvait le concerner.

— Vous vous croyez intelligent ? Vous êtes sur un toit. Vous n'avez plus aucune chance de sortie. Le FBI va vous retrouver.

— Je sais, attesta-t-il avec un grand sourire. Mais j'ai compris une chose… même si je tentais de me cacher, la police m'aurait retrouvé. Ce qui signifie… que contrairement à vous je n'ai plus rien à perdre.

— Vous voulez me tuer ?

— Vous êtes intelligent dites moi, répliqua Adams sarcastique.

— Allez-y, tirez ! Qu'est-ce que vous attendez ? s'écria Cal en écartant ses bras pour faciliter la tache à Adams.

L'expert en mensonge était prêt à tout pour éloigner ce malade de Gillian. À tout...

— Ooh non, ça serait bien trop facile et pas assez spectaculaire.

— Et quoi ? cracha-t-il. Vous-voulez que je saute dans le vide ?

— Mmh…pourquoi pas ! C'est une bonne idée.

— Dans ce cas, il faudra m'y forcer. Parce que je ne le ferai pas de mon plein grès.

— Vous êtes sûr ? répliqua-t-il en appuyant fortement le canon de son arme sur la tête de Gillian terrifiée.

Cal sentit son cœur battre à vive allure, mais dissimula son angoisse derrière un regard meurtrier.

— Écoutez, je vais être généreux, déclara Adams avec fougue. Voilà le deal, je ne tue pas votre petite-amie, si vous sautez du toit.

— Vous êtes un psychopathe, vociféra Cal.

La folie se lisait dans le regard d'Adams. L'assassin était en nage et arrivait à peine à rester sur place.

— Et vous psy' ! Qui est le plus fou de nous deux ? Celui qui les étudie ou celui qui ne réprime pas sa vrai nature ? Vous mentez sur ce que vous êtes. Moi, je vis ce que je suis. À réfléchir, votre job n'existerait pas si des personnes comme nous n'étaient pas là. Étrange n'est-ce pas ? Le pire révèle le meilleure et vice versa. Tout extrême à son opposé. Comme mon génie révèle votre stupidité.

— J'ai comme un doute sur ce point là, lança Cal, en faisant référence au lieu où ils se trouvaient.

— Avouez-le Lightman, vous aimez autant que moi ce petit jeu. Sinon vous n'auriez jamais intégré cette prison. Vous aimez faire le méchant parce c'est votre vrai nature. Alors que choisissez vous ? cria Adams.

L'ultimatum donné, Cal crispa les mâchoires et laissa ses yeux glisser sur le visage terrorisé de sa meilleure amie. À vrai dire, son choix avait déjà été pris, mais le dire reviendrait à renoncer. Vivre ou mourir ? Sans dire un mot, Cal accepta le marché proposé. À partir de là, tout s'enchaîna très vite. Foster tenta de se débattre dans les bras d'Adams qui força Cal à s'approcher au bord du toit.

— Montez sur la rambarde, exigea son assaillant.

— Cal ne fait pas ça, le supplia Gillian en pleur.

— Ta gueule ! Sautez Lightman !

Telle une marionnette, Cal grimpa par dessus la barrière de sécurité.

— Cal ! l'appela Gillian avec désespoir.

— Faites-le Lightman ou j'la tue ! hurla l'assassin, son arme contre la tempe de la psychologue qui tentait vainement de se débattre dans ses bras.

— Cal ! s'écria Gillian. Je t'en prie ne fais pas ça !

— La ferme ! cria Adams.

L'expert en mensonge était perché sur le toit de l'immeuble, surplombant voitures et habitants du soir. Le vide semblait l'appeler à en finir. D'un va et vient entre la terre et les étoiles, il n'aurait jamais cru un jour faire le choix d'un tel dilemme.

— Pense à Em' ! cria Gillian. Tu ne peux pas laisser ta fille sans père !

Son cœur battait de manière anarchique. Était-ce la peur de mourir ou celle de savoir qu'au plus profond de lui-même, elle disait la vérité. Avait-il le choix ? Est-ce que finalement la vie était déjà écrite et qu'importe nos choix, on finirait tout de même comme elle en avait décidé.

— Cal ! Ne fais pas ça, il y a d'autres solutions !

— T'en vois une ? Parce que là, moi j'en vois pas ! s'écria Cal, le regard penché dans le vide.

— Si, tu sais qu'il y en a une…

— N'y pense même pas, réfuta-t-il, en plongeant son regard menaçant dans celui attristé de son amie.

— Tu as une famille, je n'ai personne !

— Tu m'as moi !

Les deux amis s'échangèrent un long regard douloureux. Cela ne pouvait pas s'arrêter ainsi. Pas ici, pas aujourd'hui... Cal contracta ses tempes à plusieurs reprises sans quitter son amie des yeux. Il songea à toutes les erreurs qu'il avait commises, à toutes les peines qu'il avait infligées, à tous les mensonges prononcés, à tous les secrets et les non-dits jamais dévoilés… Peut-être que T-Bag avait finalement raison. Peut-être que les personnes aux histoires tristes finissaient comme elles… Il inspira et s'imprégna de chaque sensation de sa présence sur cette terre avant de rejoindre les abysses des enfers. Il ouvrit ses yeux pour contempler le tableau nocturne et ancra une toute dernière fois son regard désolé dans celui de Gillian. L'expression vite analysée, Foster eut un air effaré lorsqu'elle comprit qu'il venait de prendre sa décision et que plus aucun retour en arrière n'était possible…

— Vous la laisserez en vie ? demanda sèchement Cal en s'adressant à Adams.

— Oui, affirma le ravisseur avec un rictus.

— Tu sais qu'il ment ! s'écria Gillian en se débattant.

— Foster, la rappela son ami à l'ordre.

— J'ai dit la ferme ! cria Adams. Sautez Lightman et elle restera en vie. C'était le deal.

Son regard, ses yeux, son visage… Il voulait toute garder d'elle en mémoire avant de se laisser tomber dans le vide. C'était la fin qu'il avait choisie. Une vibration se répandit dans ses jambes, puis il souffla avec un air navré :

— Je suis désolé.

— Non ! Cal ! cria-t-elle.

— SAUTEZ ! hurla Adams.

Il ne savait pas quelle vérité l'attendait de l'autre côté, mais la seule chose dont il était sûr c'était qu'il n'en reviendrait pas. Ce qu'il s'apprêtait à faire n'était pas une question d'héroïsme ou d'altruisme. Non, c'était le fait de penser que ça vie avait moins d'importance et qu'il lui devait tout… Un pied dans le vide, il se sentit partir en avant. Il l'entendit hurler son nom, où encore plongé entre deux mondes, il tentait de savoir le moment où il rejoindrait les bas-fonds.

À SUIVRE... Muhaha je suis diabolique XD