Pardon pour le retard ! voici la suite
Soyons francs, j'en mène pas large. Le mec est une immense armoire à glace. J'ai jamais vu autant de muscles sur un être humain. C'est pas pour rien que j'ai toujours fait attention à ce qu'Emmett Swan soit dans mon camp.
Là, ça va être compliqué de le garder dans mon camp.
«Il est où ce con?»
Je pensais pas être un trouillard, mais là vraiment j'en viens à m'interroger sur ce que je suis. J'ose un: «Là…» digne d'une fillette devant un film d'horreur. Je me décale pour être visible depuis l'entrée du garage. Je m'éloigne de Rose qui me regarde, les sourcils froncés.
Emmett rugit:
«Viens ici que je te pète ta petite gueule de traître! Putain de merde tu mérites tellement que je te fourre dans un trou dans la forêt et que personne ne puisse jamais retrouver ton cadavre bordel!»
Je suis pas bien. Il a l'air tellement furax qu'il serait capable d'oublier qu'on se connaît depuis plus de dix ans, qu'il m'entraîne deux fois par semaine depuis des lustres, qu'on s'est vus l'un l'autre en moule-bite et qu'on en a ri, qu'on a sniffé du chlore en poudre dans les seaux de la piscine et qu'on a fait des concours de rots sous l'eau quand j'étais plus jeune. J'ai l'impression qu'il est capable de tout, là.
Il est capable de me tuer, je le sais, je le sens.
Et là, ma patronne prend le relais.
«C'est qui le gros débile qui gueule comme ça?»
Elle m'a rejoint et se poste devant moi. Plantée sur ses talons aiguille dans son bleu de travail graisseux (jamais vu une mécanicienne aussi sexy), clef à molette à la main, elle a l'air furibard des harpies des temps antiques. S'il y en a bien une qui peut me sauver les miches, c'est elle.
Emmett, stoppé net dans sa diatribe, se tait et la mate, ébahi. Mais il se reprend et s'approche de nous à grandes enjambées, comme un puma qui aurait repéré sa nouvelle proie. Sa colère semble avoir changé en quelque chose de plus froid, plus calculateur.
«Il se passe que ce petit con sait pas tenir sa bite!
- Ce petit con, comme tu dis, est mon petit con d'employé, et il est hors de question que tu poses tes grosses pattes de gros balourd sur lui.»
Elle s'est exprimée d'une voix calme, posée et froide. Je suis tellement reconnaissant qu'elle soit là!
Emmett est planté devant elle: il la mate de haut en bas avec ostentation. Elle cingle:
«Tu te crois où? Chez ta mère?
- Ma mère…
- T'as pas à foutre le bordel dans mon garage, ok? Si tu veux parler à Edward, t'attends gentiment qu'il ait fini sa journée. Là maintenant il a du taff à finir, et il est hors de question que je le paye à se faire fracasser la gueule. Donc tu remballes ta virilité mal placée et tu fous le camp d'ici.»
Il ne me voit plus même si je suis presque en face de lui: il ne voit qu'elle, ça se voit. Il a l'air admiratif, ce que j'ai du mal à comprendre: moi, elle me parlerait comme ça, je me carapaterais tout de suite. Là, il ne paraît pas si impressionné que ça. Il sourit presque, un rictus qui lui remonte les lèvres et lui donne un air prédateur.
«Tu sais que t'es sexy quand tu fais ta mère lionne, Rosie? Je corrige: t'es toujours sexy.»
Je vois le dos de Rosalie se contracter.
«Je t'emmerde, Emmett.»
Ils se connaissent donc. Ils ont dû être au lycée en même temps. Les yeux d'Emmett brillent, son sourire s'élargit. Il a l'air d'un requin qui a repéré des troubles dans l'eau.
«Je promets que j'y touche pas, à ton petit protégé, si t'acceptes d'aller prendre un café avec moi.»
Rosalie se redresse.
«Tu sors de mon garage tout de suite ou j'appelle les flics. Je suis sûre que ton père serait ravi de te mettre à l'arrière de sa voiture de service.»
Il plisse les yeux, cherche à savoir si elle est sérieuse. Ce qu'il doit trouver sur son visage doit lui sembler suffisamment clair pour qu'il recule de deux pas.
«Ok. Je sors. Mais ma proposition tient toujours.»
Je ne sais pas ce qu'il lit sur son visage mais l'air joueur que je lui connais revient sur ses traits.
«Je sais que tu en meurs d'envie.
- Va te faire foutre, Swan.»
Il fait demi-tour et sort en sifflotant. Je respire mieux.
Rosalie se tourne vers moi:
«Eh bien! En un seul jour, j'ai gagné un employé et des emmerdes. Je te remercie pas.»
Elle claque des doigts et on se remet à travailler. J'ai toujours le souffle un peu coincé, mais quand, à la fin de la journée, elle me propose de me ramener chez moi pour éviter qu'Emmett me guette à la sortie, je me dis que vraiment, j'ai une patronne formidable.
