CHAPITRE 15 – Courage
Where there is desire, there is gonna be a flame
Where there is a flame, someone's bound to get burned
But just because it burns doesn't mean you're gonna die
You've gotta get up and try, try, try
Gotta get up and try, try, try
Gotta get up and try, try, try
P!nk – Try
— Incendio.
Accroché aux rebords de l'évier, Olivier ne détachait pas ses yeux des flammes. Elles étaient hypnotisantes, surtout après les douze dernières heures. Elles valsaient et s'entremêlaient dans une danse ensorcelante. Olivier se perdait dans la chaleur qu'elles dégageaient, emportant avec elles les affreux souvenirs de cette nuit atroce.
Plus tôt, Violet et lui avaient transplané de l'enceinte de Poudlard. Ils n'avaient pas eu la force de rejoindre Pré-au-Lard et la rupture des barrières protégeant le château leur avait permis de ne pas s'épuiser plus. Ils avaient atterri devant l'entrée de leur immeuble. Ils avaient retrouvé l'appartement dont ils n'avaient pas mis un pied depuis presque dix mois.
Il se tourna vers la salle de bain. L'eau coulait depuis plus de vingt minutes. Il craignait que Violet ait choisi de se noyer sous la douche. Il soupira. Comment devait-il s'y prendre? Que devait-il lui dire?
Olivier serra le rebord de l'évier. Il contempla les flammes s'épuiser jusqu'à ce que tout ne devienne cendres.
— Evanesco.
Dans la salle de bain, il constata que Violet n'avait pas tiré le rideau de douche. Elle était assise, les genoux relevés contre sa poitrine et entourés de ses bras. Son regard était perdu dans le vide. L'eau ruisselait sur sa peau. Violet ne bougeait pas, comme paralysée.
Oliver s'agenouilla près d'elle. Il saisit le gant de toilette le plus proche et l'humidifia. Il le passa sur le visage de Violet pour enlever toute trace de sang. C'était bien assez insupportable comme ça.
— Je t'ai apporté de nouveaux vêtements, chuchota-t-il. J'ai brûlé les autres.
Elle ne réagit pas. Violet ne cligna même pas des yeux. Il passa aux mains de Violet où du sang avait séché, il dut frotter plus fort. Olivier avait une vague idée de ce qu'elle avait subi, d'après ce que Lee lui avait raconté et d'après ce que Lee avait déduit.
Elle était toujours figée, mais il aperçut ses lèvres bouger.
— Est-ce que c'est réel, Olivier?
— Oui, répondit-il.
— J'aimerais que ce ne le soit pas, dit-elle, sans émotion.
— Je sais… J'aimerais moi aussi.
Enfin, elle leva la tête. Son regard n'avait jamais été aussi sombre. Ils étaient un ciel nuageux. Aucune étoile n'y brillait. Elles s'étaient éteintes.
— Teddy, réalisa-t-elle. Je dois voir Teddy.
— Tu vas finir de te doucher, puis j'irai. On ira le voir après, d'accord? Ça va aller.
Elle acquiesça et replongea dans ses pensées. Il se releva. Avant de fermer la porte de la salle de bain, il se retourna vers elle. Elle était telle qu'il l'avait trouvée. Il était plus que peiné. Elle n'était pas la Violet dont il était tombé amoureux, il craignait qu'elle ne soit morte avec les autres.
Réel. Il se répéta ce mot. Ce mot lui donnait un coup à chaque fois qu'il le pensait. Il en était terrassé. Remus. Tonks. Fred. Erine. Cet enfant qui ne serait jamais le leur. La rage montait, mais il ne pouvait pas craquer. Pas si proche de Violet.
Il se rendit dans la bibliothèque et lança un sort d'insonorisation avant de s'écouter. Olivier renversa les armoires. Il brisa chaque cadre qui s'écrasait au sol dans des fracassements violents. Réel.
— ÇA NE PEUT PAS ÊTRE REEL! rugit-il.
Il donna un coup de poing dans le mur le plus proche. Une douleur vive brûla dans sa main. Quel idiot. Réel.
— NON.
Il s'effondra au sol et cogna sa tête contre le mur. Réel.
Il aurait tant aimé que tout ça ne soit qu'un épouvantable cauchemar. Ça ne devait pas se passer ainsi.
Ils devaient défendre Poudlard. Pas mourir. Ils ne devaient pas tous partir. Pas eux.
Olivier regrettait d'avoir évacué ce surplus d'émotions, car il était plus difficile de retrouver le calme. L'angoisse de ne pas réussir à reprendre ses esprits le saisissait et accentuait son mal être. Il craignait que Violet ne le trouve. Elle n'avait pas besoin de ça. Non.
De toute sa volonté, il s'accrocha à Violet. Pour elle, il devait s'apaiser. Il inspirait et expirait. Il effaçait ses larmes à chaque percée. Progressivement, Olivier réussit à être de nouveau lui-même. Il passa ses mains sur son visage et sortit sa baguette pour nettoyer tous les dégâts. Bien.
Maintenant, il devait prendre soin de Violet.
Après sa douche qui – il devait l'admettre – lui avait fait énormément de bien, il retrouva Violet sur le lit de la bibliothèque. Elle avait son menton posé sur les genoux. Ses cheveux étaient encore mouillés et des gouttelettes s'écoulaient sur ses vêtements. Il s'approcha et marcha malencontreusement sur un cadre qu'il avait oublié. Il ne fit pas attention à la photo tant il était perturbé.
— Reparo, prononça Violet.
Rien ne se produisit. Pas un crépitement. Olivier releva la tête. Elle posa sa baguette.
— Je suis fatiguée.
Il ne pouvait qu'espérer que ce soit le cas, car il ne pouvait imaginer l'autre raison. Il lança lui-même le sortilège avant de lui proposer:
— On y va?
Elle hocha la tête et s'agrippa à la main qu'il lui tendait.
Ils arrivèrent chez les Tonks par la cheminette. Olivier observa Violet avancer sans un mot, alors qu'Andromeda apparaissait, un millier de questions dans son regard. Violet n'en fut pas réceptive, elle marchait simplement d'un pas lourd.
— Je peux voir Teddy? demanda-t-elle.
Du doigt, Andromeda lui désigna l'étage. Violet reprit son chemin. Andromeda et Olivier la regardèrent monter les marches une à une. Quand elle disparut en haut de l'escalier, Andromeda pivota vers lui :
— Tu devrais t'asseoir, mon garçon.
Olivier s'installa sur la première chaise qu'il vit. Il avait besoin de souffler. Il prit son visage entre les mains. Un mal de tête le guettait. Les émotions commençaient à le submerger petit à petit. Et il était fatigué. Non. Epuisé. Ses émotions s'estompèrent quand Andromeda annonça :
— Je n'ai pas eu de nouvelle.
Olivier releva la tête. Vif. Andromeda désigna du menton un journal sur la table. Celui-ci annonçait la fin de la guerre et la défaite de Voldemort, mais il n'y avait probablement pas plus d'informations. Bien sûr, personne n'avait répertorié tous ces morts. Andromeda ne savait pas. C'était à lui de lui annoncer.
— Je suis vraiment désolé, Andromeda. Tonks… Tonks est morte.
La tristesse traversa le regard d'Andromeda, mais – comme une exemplaire Serpentard, une Black de plus est –, son visage resta figé. Aucun signe supplémentaire, pas même une fêlure dans sa voix. Andromeda demeurait de marbre. La posture droite, les traits stricts.
— Je suppose que…
— Remus aussi, termina Olivier.
Une boule envahit sa gorge. Sa déglutition devint difficile, douloureuse. Il ne pouvait pas encore craquer, pas maintenant. Le refoulement n'était pas bon, cette boule en était un parfait exemple. Il leva les yeux vers l'étage.
— Est-ce… Est-ce qu'ils avaient donné des directives pour Teddy? On pourrait le garder avec nous, il n'y a pas de souci, proposa-t-il.
— C'est très honorable, Olivier, sourit douloureusement Andromeda. Mais ne t'en fais pas. Remus et Dora nous en avaient demandé d'avoir la garde… Mais nous aurions besoin de vous. Le temps que Ted se rétablisse.
— On le prendra rapidement que vous puissiez avoir du temps pour vous.
Elle acquiesça et s'assit face à lui, d'un air compatissant.
— J'aimerais bien…, ajouta-t-elle. Si tu as besoin de raconter, Oliver… Tu le peux.
Olivier hésita. Il était encore trop tôt et Andromeda n'avait sûrement pas besoin d'entendre les horreurs. Mais lui en avait le besoin. Peut-être arriverait-il à prendre mieux soin de Violet s'il extériorisait cette nuit, les pertes. Andromeda s'avança, elle était ouverte à la discussion. Ce n'était pas de la politesse.
— Il y a eu beaucoup de morts, Andromeda. On a perdu Tonks, Remus, et nos amis… Fred et Erine.
— Fred Weasley? s'horrifia Andromeda (Il hocha la tête). Erine Green? La marraine de Teddy?
Merlin! Il avait complétement oublié ce détail! Erine était la marraine de Teddy. Erine ne l'avait jamais rencontré et Teddy ne la connaîtrait jamais. La boule dans sa gorge se transforma en cognard. Voldemort avait détruit bien des vies. Pauvre Teddy. Il avait à peine vécu, déjà tant perdu.
— Et Violet? l'interrogea Andromeda. Comment va-t-elle?
— Je ne sais pas, avoua-t-il, bien désemparé et il ne souhaitait pas dévoiler tout ce qu'ils avaient vécu ce matin. Je ne sais pas… Je sais juste que je dois être présent pour elle, pour George… Je dois être là pour eux.
Andromeda et lui partageaient ce devoir. Il devait tenir bon pour George et Violet. Andromeda le devait pour Teddy.
— Peu de temps avant la bataille, Remus est venu me parler alors que Dora dormait avec Teddy. Il m'a demandé que nous soyons présents pour Violet – si quoi que ce soit lui arrivait –, de ne pas l'abandonner. Je sais qu'il avait fait cette même demande auprès de Ted. Nous comptons bien tenir cette promesse. Pour lui. Pour Sirius. Mais surtout pour elle.
En haut des marches, Violet perçut un long sifflement. Celui d'une personne qui combattait pour respirer. Il était aigu, intense. Violet l'ignora. Elle se dirigea vers la chambre de Tonks. Elle n'avait en vue que le berceau. Teddy était réveillé, si calme. Ses cheveux étaient blonds comme les siens. Des étrangers auraient pu penser qu'il était vraiment son frère. Violet posa la main sous la nuque de Teddy et le blottit contre elle. Ce corps chaud sur sa poitrine était reposant. Il était si petit, ce petit être si innocent.
Elle refoula toutes ses pensées qui menaçaient de l'abattre. Elle ne pouvait pas penser à son père, ni à Tonks, ni à Fred, encore moins à Erine. Non. C'était trop douloureux. Penser à eux l'étouffait. Violet perdait pied.
Seul Teddy comptait, il avait besoin d'elle.
— Je serai toujours là pour toi, Teddy. C'est promis.
Elle caressa les cheveux fins de son petit frère et le berça. Occultant le monde qui tournait autour d'eux. Violet l'aimait déjà énormément.
Des bras s'enroulèrent autour d'elle et de Teddy. Des bras réconfortants qui l'enveloppaient pour les protéger. Elle leva les yeux et croisa ceux d'Olivier. Il était là lui aussi.
— On fera tout pour lui, Violet.
De retour à leur appartement, Olivier resta stoïque. Violet s'assit sur le canapé pour retrouver la même position qu'elle avait quittée. Elle n'était plus qu'une marionnette, manipulée par des fils qui menaçaient de l'abattre. Olivier aurait aimé l'étreindre et se poser auprès d'elle. La fatigue pesait. Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi? Mais il avait une dernière chose à faire. Il s'agenouilla près d'elle et chuchota:
— Ecoute, mon cœur. Je dois aller voir si mes parents sont rentrés à Dauphy's Sea, sinon j'irai chez mon oncle et ma tante. Je dois les voir et leur dire que nous allons bien, d'accord?
— Je ne peux pas Olivier, répondit-elle à peine audible.
— Je sais, je sais. Je vais y aller seul, je ne pars pas longtemps. Ça va aller? s'assura-t-il.
— Je vais rester là.
Il l'embrassa sur le front, culpabilisant de ne pas rester auprès d'elle. Elle ne méritait pas d'être seule après toute cette nuit, mais il n'avait pas le choix. Ses parents devaient être très angoissés. Un dernier regard vers elle, l'inquiétude monta en flèche: qu'allait-elle devenir?
Une nouvelle fois, il prit le chemin de la cheminette. Il allait retrouver Dauphy's Sea. Ce havre comme l'appelait Holly. Tout serait différent maintenant. Sa maison serait à jamais différente. Pendant dix mois, ils avaient vécu tous les six dans cette maison. Désormais, plus jamais il ne verrait deux d'entre eux.
Un peu poussiéreux, il entra dans le salon de Dauphy's Sea. Ses parents devaient l'attendre, car sa mère se jeta à son cou. Elle posa les mains sur ses joues. Elle l'inspecta, à la recherche d'une quelconque blessure. Olivier baissa les yeux. Sa mère n'en trouverait aucune. La seule blessure qu'il avait n'était pas visible à l'œil nu. Elle était trop profonde et discrète, plus douloureuse aussi.
— Oh, Oli, mon chéri! s'exclama sa mère, les larmes aux yeux.
Le visage de sa mère était marqué par le temps, comme si des années s'étaient écoulées.
— Tu vas bien! reprit-elle. Et Violet? Où est Violet?
Le soulagement de sa mère s'évanouit aussitôt. Olivier devait vite faire fuir la pensée qui traversait sa mère. Son père arriva. La tête d'Olivier tourna. Il vacilla. Il devait s'asseoir. Maintenant.
Son père lui attrapa le bras et le guida jusqu'au canapé. Olivier observa autour de lui. Ses parents devaient être revenus depuis peu. Rien n'avait changé. Tous les meubles étaient contre les murs, les uns sur les autres. Les affaires des jumeaux traînaient un peu partout. Les boîtes de jeux de société étaient encore sous la table. Les livres des filles reposaient sur l'accoudoir du canapé.
Tout était comme avant, comme s'ils n'étaient jamais partis. Un masque de la réalité.
Il reposa son regard sur ses parents. Tous les deux ne s'approchaient pas, craignant son annonce. Olivier s'autorisa à laisser couler les larmes qu'il retenait depuis leur arrivée chez Andromeda. Ici, il avait le droit.
— Elle est à l'appartement, lâcha-t-il.
Il ne répondit qu'à la dernière question de sa mère. Il aurait pu dire que Violet allait bien, mais ça aurait été mentir. Violet allait tout, sauf bien. La réponse rassura ses parents. Ils s'adressèrent un regard qu'Olivier crut comprendre. Ils avaient craint pour Violet, mais aussi pour lui. Ils avaient craint l'impact de la disparition de Violet sur lui. Ils ne croyaient pas si bien dire…
— Je voulais juste que vous sachiez que nous ne sommes pas blessés et que nous allons…
Le «bien» resta coincé dans sa gorge. Il n'avait pas envie de mentir.
— Ça va, termina-t-il. Je vais devoir repartir.
Ses parents s'assirent côté de lui. Leurs bras s'enroulèrent autour de lui. Olivier était, à nouveau, leur petit garçon. Celui qui venait de faire un cauchemar. Il n'était juste plus un petit garçon et le cauchemar était réel.
Ses jambes tremblèrent, de nervosité sans doute.
— Tu peux tout nous dire, mon grand.
La voix de son père était d'un grand réconfort. Olivier prit conscience qu'il en avait besoin. Il avait vraiment besoin de leur raconter cette nuit et le tumulte présent dans son esprit.
— J'y suis allé pour aider, commença-t-il. Parce que je m'étais engagé dans l'Ordre. Je ne voulais pas le monde qu'on nous imposait. Je devais me battre, mais… Je – Je ne pensais pas… J'étais loin d'imaginer ce qui nous attendait.
Il souffla. Molly avait eu raison de se battre pour qu'ils restent en-dehors de tout ça. Ils étaient tous trop jeunes. Mais n'était-ce pas leur meilleure décision? Il n'avait pas à regretter. Ils avaient été courageux et y avaient laissé une partie d'eux.
Il tenta de récupérer l'air qui lui manquait. Rien n'entrait. Le cognard l'en empêchait. Olivier frotta ses mains contre son pantalon. Les larmes dévalaient ses joues et s'écrasaient dans son cou. Ça grattait. Il expira et posa des mots sur la réalité. Durs. Nécessaires. Il devait les prononcer. Il devait les entendre.
— On a tout perdu. J'ai tout perdu.
Un sanglot s'échappa. Ses jambes accélèrent leur mouvement. Pourquoi souffrait-il autant?
— Comment ça, Oli? chercha à comprendre sa mère. Tu as toujours Violet et elle t'a toi.
Il échappa un éclat de rire. Sa mère aurait pu ajouter le Quidditch et tout le cliché qu'il était aurait été mis en valeur. Olivier, sa Violet et son Quidditch. A croire que ça suffisait à le faire garder en vie. Car, là, était tout le problème.
Son entourage était persuadé que son monde ne tournait qu'autour de Violet et du Quidditch. Lui aussi l'avait toujours cru. Jusqu'à peu. Il n'y avait pas que le Quidditch dans la vie, ça aurait été plus simple. Il aurait presque préféré qu'ils aient tous raison.
La vérité était qu'il avait des amis et une famille. Il avait des amis qui l'embêtaient et le faisaient rire. Des amis qui l'avaient toujours accepté tel qu'il était. Lui et son Quidditch. Des amis qui avaient toujours eu confiance en lui. Des amis, une famille, qui n'existait plus. Tout était brisé autour de lui. Et Violet… Sa Violet avait perdu toute une famille, celle dans laquelle elle était née. Maintenant, elle avait perdu celle qu'elle s'était construite.
Oui, il avait toujours Violet et elle l'avait toujours lui. Mais leur histoire d'amour ne se résumait pas à eux deux. Ça n'avait jamais été le cas. Leur histoire avait toujours été bien plus.
— Non c'est… Le père de Violet est mort.
Ses parents étouffèrent un «oh» de surprise. Ce n'était que le début. Ils ne savaient pas encore qu'ils allaient aussi être touchés, directement.
— Elle a perdu tous ses parents…
Ses parents s'observèrent, s'interrogeant. Ils hochèrent la tête, comme s'ils se mettaient d'accord. Olivier ne comprenait pas.
— Teddy n'a plus de parent, ajouta-t-il.
Il réalisa que ses parents ne savaient pas qui était Teddy.
— Teddy est le fils de Remus et… Tonks et lui…
— Calme-toi, Oli, dit sa mère en frottant son dos. Respire. On sera toujours là pour Violet, Oli. On sera là pour elle.
— Je sais, mais…
Olivier souffla. Encore. Les yeux embués, la gorgé étranglé. Il devait leur dire, ses parents devaient savoir. Mais plus il y pensait, plus il prenait conscience, plus la douleur était fugace. Ses doigts tremblotèrent. Il devait être courageux, il était courageux.
— J'ai le sentiment d'avoir tout perdu. Erine et Fred… Je ne peux pas y croire.
— Oh non, Oliver…, s'affligea sa mère
— On est désolés, enchaîna son père pour combler la détresse dans la voix de sa mère.
Sa mère le serra contre elle. Olivier avait de la chance d'avoir ses deux parents, présents pour lui. Il ne s'était jamais révolté contre ses parents. Il s'était toujours senti bien avec eux et ils avaient toujours été très présents.
Mais aujourd'hui, il réalisa que c'était une réelle chance.
Il en était reconnaissant, car il avait tant à leur dire. Il était déchargé d'un poids à chaque mot. Il avait besoin de parler et ils l'écoutaient. Malgré la peine qu'ils éprouvaient et l'humidité déformant leur visage, ils écoutaient. Ils avaient mal eux aussi, ils aimaient Erine et Fred comme leurs propres enfants. Mais ils écoutaient.
— Violet est morte dans mes bras, j'ai vraiment cru la perdre, craqua-t-il, revivant le pire souvenir de toute sa vie. Je n'aurais jamais pu le supporter… Et… Et elle est revenue. Je – Je ne sais pas comment, mais… Elle est revenue. C'était tellement horrible, j'ai cru perdre la meilleure partie de moi.
Son père colla sa tête contre lui pour l'apaiser.
— Et après, elle s'est évanouie. Madame Pomfresh a dit qu'elle était enceinte et… On l'a perdu.
Il ne pouvait regarder ses parents. Ses yeux étaient baissés vers le sol, il n'arrivait pas à les décrocher.
— Je me sens tellement mal, tellement… Mais je ne n'ai pas le droit de craquer, je ne peux pas, s'encouragea-t-il d'une voix ferme. Violet est une coquille vide et George n'est plus que l'ombre de lui-même… Ils ont besoin de moi… Je dois être fort pour eux, mais c'est dur.
— Ils ont besoin de toi, oui, confirma son père. Ils ont surtout besoin de ta présence, tu as le droit de craquer. C'est normal.
— NON. JE NE PEUX PAS ! On a encore trop à vivre!
La nervosité le vainquait. Ses jambes claquaient entre elles. Non. Il n'avait pas le droit de craquer, pas une deuxième fois. Il devait tenir bon. Olivier se leva d'un coup, espérant que l'angoisse tombe avec la gravité. Son père le suivit et lui tint les épaules. Il le rattrapait. Son père refusait qu'il ne s'effondre.
— Pour prendre soin des autres, tu dois d'abord prendre soin de toi, Olivier.
— Je… Il faut que je retourne à l'appartement, déclara-t-il. Je ne peux pas la laisser seule plus longtemps.
— On comprend, mon grand…, le rassura son père. Vous pouvez venir à la maison quand vous voulez, vous aurez besoin d'air frais.
— Oui, papa. Merci… Je… Une dernière chose.
Il se tourna vers eux. Il avait omis une information. Ils en avaient déjà entendu parler, il en était certain. L'annonce avait été transmise dans le monde entier. Mais ils devaient avoir la vérité de sa propre bouche.
— L'enfant cachée des Potter, celle dont la Gazette parlait, Elizabeth Potter. C'est bien elle. C'est Violet. Elle est la fille des Potter. Remus était son parrain. Elle a vraiment tout perdu.
— Olivier…, murmura sa mère.
— Je vous raconterai tout plus tard, la coupa-t-il. Je voulais que vous le sachiez. Je dois y aller maintenant.
Avant de le laisser partir, ses parents l'enlacèrent et l'embrassèrent. Lui promettant qu'ils étaient là. Toujours.
Violet n'avait pas quitté le canapé. Olivier doutait qu'elle n'ait bougé. Elle était si… si absente. Presque inexistante. La seule différence était la baguette de Violet qu'il retrouva entre le salon et le cuisine.
— Elle ne fonctionne plus.
Violet répondit à la question qu'il allait lui poser. Il la regarda, peiné. Il était impossible que sa baguette ne fonctionne plus. Le problème était tout autre. Il n'avait pas le cœur à lui en faire part.
Il s'allongea sur la méridienne du canapé et la fit basculer posant sa tête sur son torse. Violet ne résista pas. Tout doucement, il lui caressa les cheveux. Il huma la cerise. Ça eut le don de l'apaiser, comme souvent. Certaines choses ne changeaient pas.
Leur instant de calme fut perturbé par des crépitements. Olivier ferma les yeux espérant que personne ne vienne les déranger. Ils avaient besoin de se reposer. Ils ne pourraient supporter du mouvement supplémentaire.
— Est-ce que je peux dormir chez vous? Je ne sais pas où aller.
George était plus translucide que les fantômes de Poudlard. Après toutes ces années passées avec Fred et George Weasley, Olivier eut mal au cœur. Fred et George Weasley avaient toujours ce grand sourire railleur et ce regard malicieux.
Mais Fred Weasley avait disparu, emportant avec lui grand sourire railleur et regard malicieux.
Il n'y avait plus que George Weasley.
— Bien sûr, oui, accepta Olivier.
C'était une évidence.
George s'allongea proche de Violet. Il enleva sa cape et leur tendit deux petites fioles.
— Maman nous a fait une potion. Elle tient à ce qu'on la prenne.
Violet et lui avalèrent la potion. Aucun d'eux n'aurait voulu expliquer à madame Weasley pourquoi ils ne voulaient pas la prendre. De toute manière, ils n'avaient pas la tête à débattre. Olivier se rallongea. La voix blanche de Violet le redressa d'un mouvement brusque.
— Harry veut que je sois Elizabeth Potter.
Il se tourna vers George, aussi surpris que lui. Eux-mêmes n'avaient pas envisagé ce que la fin de la guerre signifiait pour elle. Pour eux, elle serait toujours Violet Hope Lupin, sauf si elle en décidait autrement. Violet resta figée, les yeux posés vers le fond de la pièce ou vers le vide, c'était difficile pour Olivier d'être précis.
— Et toi, que veux-tu? lui demanda-t-il, car c'était ce qui importait le plus.
— Je ne sais plus.
Sa réponse était brève, mais elle suffit à la faire agir. La tête de Violet retrouva son torse et il l'embrassa sur le front. Il n'avait rien à dire. Tout ce qu'il ressentait ne l'aurait pas aidé. Il était épuisé. Il était triste. Il était en colère. Il était angoissé. Tant d'émotions négatives.
Il aurait dû profiter de Dauphy's Sea pour voler et retrouver les dauphins. Peut-être demain.
George posa sa tête sur l'épaule de Violet. Progressivement, les effets de la potion envahirent Olivier. Par chance, il se retrouva plongé dans un profond sommeil.
Comment allez-vous ? :)
Ce chapitre vous a-t-il plu ?
Je pense que c'est la première fois qu'on a un chapitre 100% POV d'Olivier (bon ok, 99% car on a une micro partie de Violet). Est-ce que vous avez aimé ? On aura aussi beaucoup d'Olivier dans le prochain chapitre.
Comment avez-vous trouvé ses réactions (vis à vis de Teddy, Andromeda, ses parents) ? Va-t-il vraiment craquer à un moment ? Le Quidditch avant tout n'a jamais fonctionné au final... Qui veut lui faire un câlin ?
En parlant de câlins, qui veut en faire à Andromeda et Ted ? Ruth et Sebastian ?
Et notre Violet... ? :( Et Georgie ?
Au prochain chapitre "Veni, vidi, vixi" : Après la guerre, il est l'heure de la reconstruction. Olivier se rend à Poudlard pour réparer les ruines de son ancienne école où le chagrin marque les esprits, animant des conflits.
