III. L'intérêt supérieur de la division et de la justice
Remus dimanche 3 novembre
"Tu prends donc la tête d'une équipe spéciale ?", je questionne alors qu'on s'est couchés dans la chambre d'ami de Ted et Androméda. Les jumeaux dorment au bout du couloir, dans la chambre d'enfant de Dora. Elle doit repartir à l'aube pour des manœuvres politiques que je ne mesure qu'en partie. Mais dormir ici, chez ses parents, donne à ce week-end écourté un air de vacances, qui fait presque oublier que demain est lundi.
"Je ne sais pas ce que va en dire Scrimgeour — ou ses conseillers ; tous ne nous portent pas dans leur cœur, Kingsley et moi. Je ne prends pas de paris", me confie tout bas ma Dora. "Mais on les voit demain."
Je dresse mentalement la liste des Aurors ou ex-Aurors qui peuvent jouer un rôle dans cette affaire. Le premier est certainement Abundus Crickerly, lieutenant historique de Scrimgeour, qui l'a suivi quand il est devenu Ministre pour devenir son premier conseiller politique. Historiquement, il a essayé et échoué à faire de Dora une alliée, mais je pense qu'il la considère toujours comme une porte d'entrée intéressante vers les Réformateurs, incarné par Albus Dumbledore. Crickerly n'est pas obligatoirement son allié, mais il ne souhaite pas s'en faire une ennemie déclarée. Il a officiellement soutenu son retour à la Division, sans doute parce qu'il savait mieux que d'autres la nature des arrangements entre Scrimgeour et nous.
Mais il faut aussi compter avec Jeremy Berrycloth, dont Dora a pris la suite comme premier lieutenant identifié, après une période où les équipes ont fonctionné sans coordination autre que celle assurée par Shacklebolt lui-même. Le départ de Berrycloth, heureusement pour nous avant l'affaire du XIC, a été le dernier avatar du conflit de vision qui l'opposait fondamentalement avec Kingsley — une vision que ma Dora incarne à plus d'un titre. Après quelques mois au Département d'application des lois, il a négocié un poste de conseiller auprès de Scrimgeour et il sera certainement consulté dans l'affaire.
Moins directement, je me dis qu'il faut tenir compte de ce qu'un Miles Podmore pourra dire : il avait tout pour devenir le second de la Division au départ de Berrycloth, mais a préféré une mission au Département de la Coopération. Podmore reste influent politiquement et il est plutôt proche de Kingsley. Je ne sais pas ce qu'il pense réellement de Dora, mais il est plutôt sur une ligne politique compatible. Plus que John Dawlish en tout cas, réfugié au Département d'Application des Lois Magiques depuis que Kingsley a été nommé Commandant. De son poste de liaison entre les différents services, Dawlish a déjà fait preuve de son potentiel de nuisance. Même s'il est moins influent que les trois premiers auprès de Scrimgeour, il a ouvertement fait campagne contre la nomination de Dora au rang de lieutenant après le départ de Podmore. Il a soutenu Edward Bell — ce qui n'aurait pas été un choix stupide si ce dernier n'avait pas décidé qu'il était temps de combiner ses compétences professionnelles et ses passions et d'aller monter une boîte de sécurité pour les événements sportifs — essentiellement le Quidditch.
"Mais Kingsley pense quoi ?", je questionne parce que les équilibres me semblent bien incertains.
"Kingsley pense que Scrimgeour veut reprendre la main dans cette affaire, qu'il veut mettre les Aurors, son corps d'origine, en avant, qu'il veut que l'opinion l'associe à plus de sécurité et de justice et que le justicier inconnu est tout ce qu'il n'aime pas."
"Et toi, non ?", je vérifie.
"Moi, je me dis que si la solution que Scrimgeour choisit, c'est de me mettre en avant comme le petit prodige politique qui en remontre à la Brigade, derrière sa mèche grenat, c'est un cadeau bien empoisonné pour un premier lieutenant depuis à peine trois semaines."
J'opine, impressionné de son analyse que j'ai vu grandir et s'affirmer, sans entamer au fond son empathie. Elle prend un ton gouailleur pour ajouter avec davantage d'impertinence : "Quelque part, la Justice bafouée et moi, on fait nos premiers pas en même temps et on marche sur un chemin bien étroit, l'une et l'autre !"
"Et Kingsley te donne tort ?", je creuse.
Dora hausse les épaules. "Il dit que c'est le jeu. Que l'important, c'est de répondre aux attentes du Ministère de notre mieux. Que la Brigade est malheureusement habituée à être considérée comme pas totalement à la hauteur... Que je ne peux pas sauver tout le monde tout de suite", elle sourit. Son ton redevient sérieux pour expliquer : "J'essaie de le convaincre de plaider auprès de Scrimgeour pour que la Brigade soit associée formellement à cette enquête et non mise de côté comme une bande d'incapables. On verra demain s'il a le courage de le faire."
"Je ne t'avais jamais entendu douter du courage de Kingsley !", je note.
"Je ne doute pas vraiment de son courage", elle soupire. "Mais il est moins sensible que moi à la question de la place de la Brigade. Il pense qu'ils devraient nous être assujettis, purement et simplement. Et c'est une solution un peu facile selon moi. Bref, si Scrimgeour a besoin d'un coupable, il ne les défendra pas."
"Et Carley dit quoi ?", je m'informe, parce qu'on est bien dans ces équilibres subtils que j'ai appris à mesurer en écoutant mon épouse en parler, mais mon expertise est limitée. Rien ne me prépare à ce que j'entends.
"Carley en profite pour faire l'affranchi qui ne voudrait pas avoir l'air soumis à sa copine d'école..."
"Pardon ?"
"Il râle parce que Kinsgley tient compte de ma journée de repos. Il essaie de me coller Hopkirk comme adjoint sur l'affaire de la Justice et, comme ça ne marche pas, il file l'astreinte pour la première fois à Nydia sous contrôle de Peredur Kahn — sans mentir, tous ceux qui étaient là se sont demandé comme ça allait finir ! Au final, ça n'a pas dégénéré autant que je le craignais, mais globalement, s'il voulait dire au monde qu'il n'est pas là pour me passer les plats, il y réussit assez bien."
L'agacement est monté crescendo dans sa voix pendant son énumération amère.
"Vous... tu n'as pas eu le temps de lui parler", j'imagine prudemment.
"Non et je ne compte pas aller le supplier de m'expliquer ses chaleurs pour l'instant. Ma priorité, c'est l'affaire que Kingsley m'a refilée. Le reste attendra."
"Tu te prives de son avis qui est souvent de bon conseil", je remarque malgré le risque qu'elle le prenne mal.
"Tu sais ce que dit Kingsley sur le sujet ? Qu'il faut que j'arrête d'attendre le soutien inconditionnel de Carley à tout moment, que j'accepte qu'on ne sera pas toujours d'accord — parfois parce que j'ai raison et parfois parce qu'il aura raison. Et que même qu'on ait quelques conflits est sain."
"Il veut que tu assumes ta place", je réalise. On ne peut pas dire que je n'aie jamais eu de conflits avec Severus après tout, ni que ces conflits ne m'aient pas fait grandir, me donnant parfois plus d'assurance et parfois de quoi réfléchir à ma position. Reste que leur duo encouragé par Shacklebolt est ce qui explique leur carrière rapide — voire fulgurante.
"Sans doute est-il temps", elle soupire suivant ses propres pensées.
"Mais avoir des conflits ou t'imposer ne veut pas dire te priver de ses conseils", je souligne.
"Mais il faudrait qu'il soit en mesure de donner des conseils. Aujourd'hui, crois-moi, ça n'était pas le cas", elle estime froidement - mais ça n'a pas l'air d'être contre moi.
"Tu t'es disputée avec lui ?", je questionne en espérant qu'elle ne prenne pas mon enquête comme trop paternaliste.
"Pas encore, mais crois-moi, s'il continue sur le même balai... ça sera difficile de ne pas répondre."
L'amertume est là, patente, et nous avons maintenant trop d'années de vie commune pour que je n'en mesure pas pleinement les conséquences.
"Un conflit public ?", je vérifie parce que pour l'instant leurs éventuelles oppositions ont été très privées. Elle hausse les épaules. "Si je peux me permettre un conseil : choisis ce conflit avec soin, Dora. Il ne faut pas qu'il dégénère. Il faut que tu sois dans ton bon droit et en mesure de lui laisser des portes de sortie..."
Elle se retourne pour me regarder dans les yeux : "J'ai davantage à perdre que lui à la confrontation, j'en suis convaincue, Remus. Être la victime est exactement ce qui peut lui arriver de mieux."
"Je suis désolé", je commente avec sincérité. "Tu vas en parler avec Dawn ?", je poursuis parce que ne pas aller jusqu'au bout serait pire sans doute. Pour elle comme pour moi.
"Kinsgley prétend que Dawn restera neutre et objective... telle une belle Thémis, plus sage que les hommes et les dieux, qu'elle verra l'intérêt supérieur, celui de la Division et de la justice", elle sourit avec une certaine amertume.
"Et tu l'espères", je conclus, sans lui dire que toute évocation de la justice les yeux bandés me fait penser aux statuettes d'accompagnement des cycles de la Lune sur lesquelles Harry a travaillé l'année dernière à Genève. Tous mes fils semblaient d'accord pour dire que le poids symbolique de la forme de ces statuettes était décisif pour expliquer leur efficacité magique. Est-ce que Dawn a la capacité d'incarner la Division et son intérêt supérieur ?
Loin de mes questionnements tortueux, Dora souffle contre mon épaule que oui, elle espère ne pas perdre ses amis. Faute de meilleure idée, je la serre dans mes bras. Je suis bien placé pour tenir comme important de ne pas être trahi par ses amis.
Lundi 4 novembre, Dora
Nous sommes dans le bureau de Rufus Scrimgeour avant la livraison de la Gazette du lundi matin. En uniformes, Kingsley comme moi. Tout un symbole.
J'ai laissé Remus rentrer avec les jumeaux à Poudlard et mes parents s'inquiéter de mon rythme de travail ou du dévouement de mon époux. J'ai laissé une partie de ma vie et de mon identité du même coup. Quoi qu'en pense ma mère, je ne l'ai pas fait le cœur léger. Je leur dois que ça vaille le coup - c'est ça que je me répète alors que Kingsley et Scrimgeour se serrent la main.
Sans surprise, derrière notre Ministre, il y a le lieutenant Abundus Crickerly, son principal conseiller politique, et le lieutenant Jérémy Berrycloth, dont le départ de la Division est la cause directe de ma propre promotion. Je suis la seule femme, la plus jeune, et tous ont été ou sont mes chefs.
"Vous avez quelque chose ?" est la question de Scrimgeour. Il la pose en me regardant. En me jaugeant, je le vois bien.
"Tonks va te raconter", répond Kingsley choisissant totalement la camaraderie Auror. Est-ce le bon choix ? Mon cœur n'arrive pas à être calme et mon esprit à être analytique et distant.
Scrimgeour a un geste de la main qui nous invite à nous asseoir. On s'exécute tous alors qu'il montre l'exemple. Je me force à respirer à fond pendant que le bruit des chaises m'offre une couverture. "Nous t'écoutons, Tonks", confirme Scrimgeour quand nous sommes tous installés.
En le regardant lui, et uniquement lui, j'expose l'analyse préalable de ma petite équipe des points communs entre les différents crimes ou criminels exposés par la Justice Bafouée : tous ont eu lieu dans les quartiers artisans autour du Chemin de Traverse ; aucun n'a fait l'objet d'une plainte parce que les victimes initiales étaient toutes issues des milieux traditionnels et méfiantes du Ministère.
En support de mon discours, j'étale la carte de l'ensemble des crimes découverts par la Justice Bafouée que nous avons dressée. Pendant que tous l'observent d'un air pensif, même Kingsley, je dépose les rouleaux des analyses individuelles des différentes affaires, "avec les éléments que nous avons pu réunir", je souligne.
Abundus Crickerly est le premier à se pencher sur les analyses individuelles des crimes. Berrycloth finit par l'imiter avec un infime soupir qui me rappelle toutes les fois où je lui ai tordu le bras pour l'amener à prendre en considération ma vision d'une affaire. J'essaie de me rappeler qu'il ne m'a pas toujours donné tort. Scrimgeour, lui, ne regarde rien. Il a l'air perdu dans ses pensées.
"Rufus", se lance Kingsley. "C'est une bonne occasion de... tendre la main à cette communauté..."
"Évidemment", commente Scrimgeour. "J'étais sur une ligne de pensée similaire. Reprendre la main sur cette affaire, montrer que le Ministère ne laisse pas toujours tomber les communautés traditionnelles... Très bien. J'imagine que tu voudrais que Tonks continue de mener cette enquête ?"
"Je pense que les lieutenants chefs d'équipe peuvent supporter la charge supplémentaire temporaire", formule Kingsley. Une façon subtile de rappeler la réorganisation qu'il a menée en prenant la Division. Ça n'a pas l'air de réellement émouvoir Scrimgeour. Il se tourne vers Crickerly et Berrycloth avec une question muette.
"Ça me paraît tenir la route, Rufus", juge Abundus. "Et Dora est une bonne personne pour incarner un Bureau des Aurors qui défendrait les petits artisans et les magies traditionnelles. On pourrait même dire que Poudlard tend lui aussi la main."
Je fais de mon mieux pour rester totalement stoïque. J'imagine que Remus n'aurait rien à redire d'être présenté comme quelqu'un qui potentiellement ouvre grandes les portes de Poudlard. Reste ce sentiment ancien face à Crickerly qu'il ne voit en moi que la femme de mon mari, lui-même protégé de Dumbledore. Au moins Berrycloth me considère d'abord comme une Auror, je le sais.
"Je n'ai pas d'objection sur les orientations de l'enquête et sur le fait que Tonks la mène", affirme d'ailleurs ce dernier. "Les dimensions politiques sont multiples et devront être suivies comme telles", il rajoute en regardant Kingsley, parce que c'est sans doute là que leurs visions peuvent s'opposer.
"Je vais dire à la Brigade de vous transmettre leurs dossiers", conclut Scrimgeour, visiblement content du front uni présenté.
Sauf que pour moi, toute l'objection est là. Dans les mots mêmes de notre Ministre. J'ai plaidé hier et ce matin auprès de Kingsley pour qu'il défende une autre position et qu'il profite de l'opportunité de tendre la main aussi à la Brigade. Hier comme aujourd'hui, Shacklebolt m'a opposé qu'on savait, lui et moi, combien Scrimgeour tenait les policiers comme une force de maintien de l'ordre qui ne devrait mener aucune enquête. Dans cette vision, l'affaire de la Justice Bafouée était la preuve inutile du manque de vision d'ensemble de nos collègues.
J'ai tenu aussi bon que possible, répétant que s'aliéner la hiérarchie de la Brigade ne serait jamais un gain ni pour le Département ni même pour lui — parce que je n'ignore rien des ambitions ultimes de mon ancien mentor. Commander le Bureau des Aurors n'est qu'une étape dans son esprit, je le sais. Je n'ai d'ailleurs pas évoqué mon opinion personnelle profonde qui est qu'en la matière Kingsley souffre à peu près du même complexe de supériorité que Scrimgeour. J'exagère peut-être parce que ce matin, pendant notre petit déjeuner stratégique avant de venir voir le Ministre, il a laissé entendre qu'il allait défendre ma position s'il voyait une ouverture.
"Le transfert lui-même demande de prendre... la mesure des enjeux", commence d'ailleurs Kingsley avec comme résultat que Scrimgeour le fixe sévèrement et Berrycloth a l'air aux anges. Ok, ça part mal. "Ce transfert va être pris comme un désaveu de ta part de la Brigade, à la fois par nos collègues et par l'opinion publique."
"Ce n'est pas autre chose", estime Scrimgeour, avec une sérénité ostensible. "Franchement, et sans minimiser ton travail, Tonks, ils auraient pu se poser la question de ce qui animait cette Justice Bafouée, ou de comment elle pouvait même être au courant des crimes, non ?"
"Tu leur as posé la question ?", enquête Kingsley avec ce calme apparent que je lui envierais sans doute toujours, surtout qu'elle est portée par cette belle voix grave qui lui donne du poids et de l'assurance.
"Non. Je leur ai demandé s'ils avaient une idée de l'identité de ce pseudo-justicier et tout ce qu'ils m'ont répondu est : "Non, Monsieur le Ministre, malheureusement". Voilà, tout ce que Clearglow a à nous dire !", s'échauffe notre Ministre.
Le fait est que toutes mes interactions avec le colonel Finn Oscar Clearglow tendent à donner une crédibilité certaine à la position de Scrimgeour. Clearglow est prompt à nous refiler toute enquête un peu complexe et à laisser tomber ses troupes quand elles manifestent un peu d'initiative.
"Clearglow est intouchable", estime Berrycloth, d'un ton définitif. "C'est un héros de la guerre, un de nos relais privilégiés sur les terres irlandaises. Il n'a peut-être pas autant d'initiative qu'on pourrait le souhaiter, mais il a un sain respect pour la prééminence des Aurors. Je pense qu'être dessaisi de l'affaire le soulagera. Au fond."
Crickerly ne semble pas juger opportun de commenter et Kingsley hausse les épaules. Je me prépare donc mentalement à ce qu'il lâche l'affaire au nom du réalisme politique, mais quand mon toujours mentor reprend la parole, c'est pour reprendre, verbatim ou presque, un de mes arguments : "Je ne pense pas qu'on soit collectivement gagnant si on prend l'affaire sans eux. Il sera facile de nous demander pourquoi on a mis tant de temps à nous saisir de l'affaire si eux n'en faisaient rien."
"Si nous devions nous mêler de tout", répond Berrycloth, mais l'argument est faible, tout le monde dans le bureau du Ministre s'en rend compte.
"Qu'est-ce que tu proposes, Kingsley ?", s'enquiert lentement Scrimgeour. Son ton est moins défiant qu'il pourrait l'être. Je décide de ne pas regarder ce que Crickerly ou Berrycloth pourraient en penser.
"Moi ? À ce stade, j'ai tendance à écouter mon premier adjoint", prétend Shacklebolt en se tournant vers moi.
Dire que les trois autres ex-Aurors me regardent avec suspicion est inutile. Reste à faire face.
"Je pense qu'il faut aller les voir et leur montrer ce qu'on a trouvé et leur demander s'ils ne veulent pas — pour une fois — envisager une enquête conjointe. Ils ont des choses à apporter, notamment une connaissance plus grande que la nôtre des milieux artisans", je me lance donc bravement.
"Je vois que tu n'envisages pas de juste leur donner les pistes, Tonks", souligne Berrycloth avec cet air entendu qui m'agaçait déjà quand il était l'adjoint de Kingsley.
"Le risque est qu'ils te disent non, mais enquêtent de leur côté", estime Crickerly, choisissant un ton moins paternaliste, mais tout aussi subtilement critique. "Et de tout faire foirer."
J'en suis à me demander ce que je peux leur opposer. Puis-je affirmer que je saurais m'imposer à Clearglow et ses premiers adjoints ? Que je saurais les convaincre ou les empêcher de me contourner ? Certainement pas.
"Peut-être qu'il faut leur laisser moins de choix", intervient alors Scrimgeour, avec ce ton de décision que tous ici ne peuvent que reconnaître. "Je peux leur intimer de déléguer une équipe connaissant les milieux artisanaux à Tonks sauf s'ils veulent que je les désavoue publiquement en donnant l'enquête aux seuls Aurors. Je vois bien ton idéal de coopération volontaire et bien comprise, Tonks. Il t'honore, mais je n'y crois pas réellement en l'état. Si cette enquête donne le résultat positif que l'on espère, il sera sans doute possible de l'exploiter pour leur faire entendre qu'ils auraient eu intérêt à vous saisir avant."
C'est tellement clairement ce que je peux espérer de mieux comme conclusion hiérarchique à court comme à moyen terme que, de nouveau, je ne sais pas quoi dire.
Kingsley s'autorise un sourire en coin pour affirmer : "Elle ne va pas te décevoir, Rufus."
Je me dis que si Carley était là, il en rigolerait bien et dirait que je me suis encore mis dans un truc pourri. Mais il n'est pas là. Et personne ne rigole.
NOTES
Colonel Finn Oscar Clearglow
Intendant Loman Cedar
Major Alec Picketham (Poufsouffle)
