Bonjour à tous ! Pour ceux que ça intéresse, je tiens bon pour le NaNo, bientôt la fin ! ça a sacrément fait avancer la fic, mais je commence à voir les incohérences et les faiblesses. Je vais avoir un gros boulot de réécriture après coup, c'est moi qui vous le dis... Je sens que certaines scènes s'étirent en longueur inutilement. Après, j'entamerai normalement la dernière phase de la partie 3, mais elle me demande beaucoup de recherches, c'est pas gagné ^^'

Allez, au programme aujourd'hui, nos deux petits choupinous apprennent que la communication, c'est important. Leçon qu'ils auront totalement oubliée dans la partie 3, quand la vie les aura malmené xD

RaR des anonymes :

Buck, sur le chapitre 1 : En espérant que tu aies rattrapé ton retard et que tu verras cette réponse ^^ Merci beaucoup pour la review, je suis ravie que cela te plaise, et de te compter parmi les revenants de ce fandom ! Par contre, aucun calendrier de l'avent à l'horizon, plus jamais, navrée ! ça me coûte trop de temps et d'énergie pour une publication trop rapide ^^ Encore merci, et j'espère que la suite te plaira :)

Zaly, également sur le chapitre 1 : Merci énormément pour la review, je suis vraiment ravie que le contexte te plaise, c'est vraiment tout l'important de la fic, créer un décor. C'est une sorte de variation qui répond à la question "et si au lieu de se rencontrer à 35/40 ans, déjà tout abîmé par la vie, John et Sherlock se rencontraient à l'adolescence/début adulte, qu'est-ce que ça changerait à leurs trajectoires de vie ?" et donc pour ça, je dois travailler leur vie, et donc le contexte, et ça me fait très plaisir que ça te plaise, merci beaucoup ! J'espère que la suite ne te décevra pas ! :)


Résumé : John est inscrit en 1ere année de médecine à l'Imperial College of London, fac très réputée. Il y est boursier, et vit dans un petit appartement off campus, contrairement à ses amis, Judith, Peter, Mike, Caitlin et Alec. De manière improbable, il est également devenu le meilleur ami de Sherlock, génie autoproclamé qui rend John plus vivant que jamais. Dans le même temps, il sort avec Neil, une étudiante en médecine de 4e année. Après Noël, John attaque son deuxième semestre de médecine, à la rentrée 1996. Et il vient de rencontrer Mycroft Holmes, grand frère de Sherlock, qui lui a appris que ce dernier vient de fêter ses seize ans, et n'est pas du tout étudiant mais encore lycéen.

Bonne lecture !


Chapitre 12

— Salut.

La voix fit relever les yeux à John, et son cœur bondit dans sa poitrine. Sherlock se tenait devant lui, à la bibliothèque universitaire. Dieu seul savait comment il l'avait déniché, vu la taille du bâtiment. John était installé là depuis deux bonnes heures.

— Tu m'as laissé un mot pour me dire que tu voulais me voir en urgence, mais j'ai pas beaucoup de temps, s'excusa Sherlock. Je te l'avais dit. La situation est compliquée.

Il arrivait, dans la même phrase, à s'excuser et à paraître accusateur, c'était impressionnant. John lui offrit un triste sourire. Il savait parfaitement ce qui était compliqué chez Sherlock, si son frère avait décidé de le surveiller plus attentivement, et que le jeune homme était obligé d'aller au lycée pour donner le change. Ça expliquait sans doute pourquoi il apparaissait à John en fin de journée, et non pas aléatoirement comme d'habitude. John se demandait cependant comment il faisait pour se changer, à la lumière des dernières révélations. S'il n'avait jamais soupçonné qu'il puisse être lycéen, c'était dû à son absence d'uniforme, pourtant obligatoire en Angleterre jusqu'à la fin du secondaire. Sherlock n'avait jamais porté de blazer de ce genre. Dans une journée comme celle-là, où il avait probablement obligé d'aller en cours pour ne rien laisser soupçonner à son frère, il avait forcément revêtu son uniforme, mais ne le portait pas actuellement. Il repassait chez lui se changer ?

— John ! l'interpella Sherlock.

Il était de mauvaise humeur, John pouvait le dire à ses éclats de fureur au fond de ses yeux. John avait rencontré Mycroft quelques jours plus tôt. Il avait laissé dès le lendemain un mot à Sherlock, son seul moyen de le contacter, et ils étaient jeudi soir. Si John ne lui parlait pas maintenant, ils n'auraient assurément pas de contact le lendemain et ce week-end, et ça repousserait d'autant le moment où Sherlock saurait. Et il devait lui dire. Même si ça risquait de le rendre encore plus furieux.

— Désolé, j'étais perdu dans mes pensées, toi plus que les autres, tu peux comprendre ça, non ? répliqua-t-il à voix basse pour ne pas déranger la quiétude des autres travailleurs.

Il baissa le regard sur ses livres, sur le chapitre de révisions interrompu. Ça ne l'arrangeait pas du tout. Il aurait voulu finir ça rapidement, parce qu'il avait rendez-vous avec Neil à dix-neuf heures trente. Il n'aurait probablement pas le temps de finir ET de parler à Sherlock.

Avec un soupir, il sacrifia ses révisions et referma son livre d'un coup sec.

— T'auras intérêt à m'aider à réviser pour me faire rattraper le temps que je vais perdre, indiqua-t-il. Viens. Faut qu'on discute, mais au calme. Trouve l'endroit le plus tranquille le plus proche d'ici sur le plan dans ta tête.

Sherlock acquiesça. Ils connaissaient désormais tous les deux les moindres recoins de l'Imperial, mais John n'avait pas cette capacité de Sherlock à se figurer les plans au millimètre près dans sa tête. Trois secondes plus tard, Sherlock attrapa sa main, John achevant à peine de ranger ses affaires, et le traîna derrière lui. Comme John l'avait prévu, Sherlock était plus intelligent que lui : au lieu de descendre plusieurs étages pour quitter officiellement la bibliothèque (et ensuite trouver un endroit tranquille), comme lui l'aurait fait, le génie l'entraîna vers des portes de service, des passages interdits aux élèves, des passerelles méconnues de tous.

Peu de temps après, ils arrivèrent dans un couloir désert, et Sherlock crocheta à vitesse record la serrure d'une salle de classe qui se trouvait là. Refermant la porte derrière eux, ils étaient totalement seuls, isolés, et à l'abri.

— Alors ? demanda Sherlock, dont la patience n'était pas sa qualité principale.

Il se percha sur une table pour s'assoir bizarrement, comme il était coutumier du fait, et darda un regard noir sur John. Il n'y avait aucun moyen de dire les choses simplement et tranquillement. John vint se planter devant lui. Assis comme Sherlock l'était, et John debout devant lui, leurs yeux étaient à la même hauteur.

— J'ai rencontré ton frère, annonça-t-il distinctement. Plus exactement, c'est lui qui est venu à ma rencontre, parce qu'il a découvert mon existence.

Dire que Sherlock avait l'air surpris était un doux euphémisme. John ne l'avait jamais vu aussi abasourdi, incapable de formuler un mot. Ses yeux étaient écarquillés tellement forts que ça paraissait improbable, disproportionné. Un visage de personnage de dessin animé.

— Il m'a dit des choses à ton sujet, poursuivit John. Je suis désolé, je n'ai rien demandé, il me l'a dit spontanément ! Je suis désolé !

— Désolé ? interrogea Sherlock, sortant de sa torpeur.

— De savoir des choses que tu ne m'as pas dites. Ce n'est pas très juste.

— Je sais rien qu'en te regardant toutes les choses que tu ne dis pas, releva Sherlock sans émotion. Qu'est-ce qu'il a dit, cet horrible fouineur ?

John était soulagé. Sherlock réagissait mieux qu'il ne l'avait pensé. Il avait eu peur qu'il lui en veuille, injustement, sous l'effet de la colère. Au lieu de quoi, il était raisonnablement fâché contre Mycroft, et John préférait ça.

— Que tu avais seize ans. Que tu étais lycéen. Ton nom de famille, aussi.

— Ah, ça. Oui. En effet.

John fronça les sourcils. Il avait cru que Sherlock avait volontairement omis de lui donner ces informations, et qu'il aurait pu être nettement plus fâché que John les connaisse.

— Ça ne te dérange pas plus que ça ?

— Que tu saches mon nom ? Non. Techniquement, tu aurais pu le connaître dès ta première visite à la maison. Il est écrit sur la boîte aux lettres.

— Pourquoi tu ne me l'as jamais dit, alors ?

Sherlock haussa les épaules.

— Tu ne l'as jamais demandé.

— Je ne pensais pas que tu me répondrais. Tu avais l'air de cacher tellement de trucs. Je ne voulais pas me montrer intrusif.

Sherlock posa sur lui un regard surpris, mais bien moins que son visage ahuri précédemment.

— Tu pensais que je te cachais des choses ? demanda-t-il sincèrement.

— Tu ne m'as jamais dit clairement que tu étais mineur ! Et pas étudiant ici !

Il y eut un instant de silence, et John s'en voulut d'avoir crié. Sherlock paraissait réellement surpris.

— Je n'avais pas réalisé que ça avait une telle importance, reprit le génie d'une voix froide. Mon âge et mon statut me rendent indigne de te fréquenter, c'est ça ? Je suis trop jeune, pas assez étudiant ? Tu ne cherches la compagnie que des gens de ton âge, ou plus âgés ?

John se passa la main sur le visage, se frottant les tempes au passage, ne sachant pas vraiment comment ils en étaient arrivés là dans la conversation. Sherlock avait le don de le surprendre.

— Ne dis pas de bêtises ! Ça n'a aucune importance, à ceci près que j'ai la sensation que tu m'as menti ! C'est désagréable !

— Je ne t'ai jamais menti ! répliqua Sherlock en se redressant. Tu ne m'as jamais demandé clairement ces choses !

Il était toujours assis au bord d'un bureau, John debout devant lui, mais ainsi, il devenait plus grand que John, et surtout se rapprochait inconsciemment de lui. Refusant de céder du terrain, l'étudiant en médecine ne recula pas, et resta à quelques centimètres du regard noir de Sherlock, le sien tout aussi agacé.

— Par omission ! Ça revient au même, au final !

— Mais puisque tu dis que tu t'en fiches, quelle importance ont ces éléments ?

Leur dispute était absurde, et ils étaient un peu trop proches l'un de l'autre, et en colère tous les deux. John ferma les yeux, inspira profondément, lentement, puis expira en comptant les secondes. Il parvint à sept, recommença, et réussit à souffler durant dix longues secondes, avant d'ouvrir les yeux.

À sa grande surprise, Sherlock semblait sensiblement calmé lui aussi, comme s'il s'était calé sur la respiration de John, et que cela l'avait apaisé également.

— Temps mort, réclama John.

— Non, répondit le jeune génie. Fin du match, si tu tiens à ta comparaison sportive. Pas de la conversation, précisa-t-il en voyant l'air de John, mais de la dispute. C'était absurde. Je reconnais ne t'avoir jamais donné ces informations, et n'avoir jamais rien fait qui t'aurait permis de les demander, parce que j'ai l'habitude d'agir ainsi, pour gagner en liberté. Les gens réagissent bizarrement quand ils apprennent que je suis mineur, et laisser croire que je suis majeur est plus efficace. Il ne s'agissait pas d'une volonté délibérée de te le cacher, simplement une habitude. Je ne pensais pas que tu le remarquerais, aurais le sentiment que je te cachais quelque chose. Que tu puisses penser que cela était un mensonge par omission...

Il grimaça, mais poursuivit néanmoins :

— Soit, je le conçois. Mais ce n'était pas mon intention. Tu sais à mon sujet des milliers d'informations que personne d'autre ne possède. Je ne t'ai jamais menti, au contraire, tu en sais beaucoup plus que... eh bien que tout le monde.

Sherlock avait une drôle de manière de présenter des excuses. Il n'avait pas dit « je suis désolé » ou « je m'excuse », ce qui était pourtant un minimum, mais bizarrement, John le ressentait, et cela lui réchauffa le cœur. Il lui sourit doucement. Ils étaient toujours bien trop proches, au point qu'ils pouvaient sentir la chaleur dégagée par le corps de l'autre.

— Je suis désolé de t'avoir laissé penser que ton âge pouvait avoir de l'importance, surtout si cela t'a blessé. Je comprends que tu n'aies jamais voulu me mentir, mais à partir de maintenant, on va plus fonctionner comme ça, okay ? T'as jamais eu d'amis, pas vrai, Sherlock ?

John avait murmuré. Le jeune génie acquiesça. Ce n'était pas un secret, pas pour John.

— Mais pour certains trucs, tu raisonnes encore comme si t'étais seul au monde. C'est plus le cas, d'accord ? Tu me dis tout. On est deux, dans une relation, Sherlock, et on doit assumer les choses à deux, et se protéger mutuellement. Donc, pour te protéger, j'ai besoin de tout savoir, tu comprends ? Tu sais déjà tout de moi en me regardant, comme tu l'as si justement fait remarquer.

Sherlock eut un sourire fier et arrogant que le chat du Cheshire n'aurait pas désavoué et qui donna à John envie d'exploser de rire.

— Mais du coup, on se dit tout quand même, d'accord ? Plus aucun mensonge. Et je passe par la porte pour aller chez toi, j'y viens quand je veux, et on emmerde ton frère.

Sherlock eut pour seule réponse le sourire le plus lumineux de la planète, et John perdit quelques battements de cœur dans l'intervalle.

— Donc... dans cette optique, je me dois de t'avouer encore un truc par rapport à ton frère ?

— Qu'il est un horrible prétentieux pédant qui a encore pris du poids à Noël ? Je suis au courant. Maman le gave, c'est indécent.

John tenta de se remémorer la silhouette du frère de Sherlock, ne trouva dans ses souvenirs qu'un costume sur mesure parfaitement coupé, taillant à la perfection une grande silhouette, plutôt fine. Moins que Sherlock, assurément, mais jamais John n'aurait qualifié l'individu de gros.

— Ton frère n'est pas gros, s'étonna-t-il.

— Je note que tu ne contestes pas le reste. Et il ne l'est peut-être plus aujourd'hui, mais il l'a été. Je crois. Je me souviens pas très bien de certains détails de ma petite enfance, même si j'ai des images précises absurdement gravées dans ma mémoire. Puis ensuite, j'ai des tas de souvenirs, mais il n'est plus beaucoup là, parce qu'il était à Eton.

— C'est assez méchant de ta part de te moquer du physique, tu le sais ? Je te l'ai déjà dit. Dans tes leçons d'humanité. Se moquer du physique de quelqu'un, c'est méchant et bas.

Sherlock haussa les épaules, totalement désintéressé de la question.

— C'est mon frère, répliqua-t-il, comme si ça expliquait tout.

D'une certaine manière, c'était le cas. John envoya une pichenette à Sherlock, toujours si proche de lui, et rit doucement avec lui, toute tension envolée. Il ne restait que leur complicité.

— Donc, le truc que je dois savoir à propos de Mycroft ?

— Ah oui. Eh bien, comment dire... il m'a proposé de l'argent. En échange de... je ne sais pas trop quoi, au juste. Devenir son agent, je crois, pour te surveiller, et essayer de te remettre sur le « bon chemin ».

Il mima les guillemets avec ses doigts et attendit la réaction de Sherlock, un peu inquiet.

— Tu as accepté ? demanda Sherlock.

La question n'était pas ce à quoi John se serait attendu.

— Tu crois vraiment que j'aurais pu faire une chose pareille ? s'insurgea-t-il. Et t'en parler tranquillement après, comme si de rien n'était, tout en tenant un grand discours sur la confiance et la réciprocité ?

Il était quand même un peu blessé. Il ne comprenait pas que Sherlock puisse penser une telle chose de lui. Il n'avait même pas pensé à accepter, pas une seule seconde, et pourtant il avait été évident que la rémunération n'aurait pas été anodine, et aurait clairement embelli son quotidien d'étudiant fauché.

— C'est bête, si tu avais accepté, on aurait pu partager ! Extorquer de l'argent à mon frère est un de mes passe-temps préférés ! Si tu savais le nombre de « besoins essentiels à mon épanouissement personnel » que j'ai réussi à lui faire payer ! Un peu de culpabilité, beaucoup de fausses promesses, ça marche très bien !

John le regarda, abasourdi. C'était lui qui se sentait idiot, désormais. Sherlock n'avait pas douté de lui, pas même une fraction de seconde. John eut honte d'avoir cru qu'il pourrait le penser.

— Pourquoi tu veux lui extorquer de l'argent ? T'as tout ce que tu veux, t'as vu ta baraque ? le taquina-t-il.

— C'est la sienne, justement. Quand on voit la taille de la maison, on se demande ce qu'il essaye de compenser...

John éclata de rire, surtout en voyant l'air de malice dans les yeux de Sherlock.

— Une blague à connotation sexuelle, vraiment ? Je t'ai bien formé, faut croire ! J'applaudis !

Il continua de s'esclaffer, tandis que Sherlock le poussait légèrement pour descendre de son perchoir, et esquisser une sorte de révérence ridicule considérant qu'il ne portait pas de robe et qu'il n'était pas une femme, et que cela avait de toute évidence pour but de faire rire John. Ça fonctionna au-delà des espérances de Sherlock, et John continua de pouffer comme un collégien, des larmes au coin des yeux.

Gagné par l'hilarité de son ami, Sherlock se mit à rire lui aussi, sans vraiment de raison, comme tout bon fou rire. Ils mirent un long moment avant de reprendre leur respiration et parvenir à se calmer, les abdos et les zygomatiques douloureux d'avoir tant fonctionnés. Quand l'un parvenait à se calmer, il regardait l'autre et repartait de plus belle, pendant de longues minutes.

— Faut que tu y ailles, non ? finit par demander John. T'as dit que t'avais pas le temps...

— Oh, non. Il n'y a plus d'urgence.

— Pourquoi ?

— Parce que Mycroft sait où je suis.

— Je ne comprends pas.

— Mon problème du moment, c'était Mycroft. Qui travaille de la maison, au lieu de passer sa vie au bureau ou, encore mieux, prendre des avions diplomatiques pour aller dans des pays étrangers et ne revenir qu'une semaine après. Je ne voulais pas lui donner la moindre chance de penser que je n'étais pas l'enfant sage qu'il croit... Mais s'il est venu te trouver, c'est qu'il sait que je viens ici. Donc... que je rentre à l'heure ou non, il sera furieux, et sait que je ne suis pas allé au lycée, alors ça n'a vraiment aucune importance.

— Ça a de l'importance si tu n'es pas allé au lycée.

Sherlock haussa les épaules.

— Je ne vois pas pourquoi.

— Moi oui.

Sherlock le regarda fixement, sans détourner le regard, et John n'osa même plus cligner des yeux.

— Tu comptes m'obliger à aller au lycée ? Me faire la morale ? siffla Sherlock, de toute évidence en colère.

John soupira, brisa leur duel de regard en se détournant en direction du sol.

— Ai-je les capacités de te contraindre à faire quoi que ce soit, de toute manière ?

L'absence de réponses immédiate surprit John. Il s'était attendu à un « bien sûr que non », arrogant et cinglant, mais il n'en était rien. Relevant le regard, il constata que Sherlock le fuyait des yeux. Ce fut à ce moment-là que John réalisa que l'importance que Sherlock avait prise dans sa vie était réciproque : sans savoir comment ou pourquoi, il avait gagné suffisamment d'importance dans la vie du garçon pour qu'il soit prêt à aller en cours, ou du moins écouter John sur le sujet. C'était surprenant, presque grisant d'avoir un tel pouvoir sur un homme aussi intelligent. C'était terrifiant aussi. John avait l'impression d'avoir les codes de l'arme nucléaire, alors qu'il n'avait aucunement les qualifications pour ça.

— Je ne vais pas t'ordonner d'aller au lycée, Sherlock. Ça te regarde. Je pense que c'est mieux pour toi d'y aller, même si je me doute que tu n'aimes pas ça parce que tu dois t'y ennuyer. Tout ce que je veux, c'est que tu ne fasses rien qui pourrait nous empêcher de nous voir.

C'était la réponse la plus honnête que John pouvait lui faire. L'idée de donner des ordres à son meilleur ami lui paraissait plus aberrant que tout.

— Je ne ferai jamais rien en ce sens, répondit Sherlock d'un ton plus doux que précédemment. Tu veux venir à la maison réviser ? Je te ferai bosser. Ça fera les pieds à Mycroft !

John n'insista pas sur cette histoire de lycée, d'assiduité en cours. Il se nota mentalement qu'il obligerait Sherlock à voir l'intérêt de passer ses A-level, ses examens de fins de lycée, au mois de juin, mais rien de plus. Puis, oubliant totalement qu'il avait rencard avec sa copine le soir-même, il accepta la proposition de Sherlock avec bonheur.


Avec un air de défi et de suffisance (pour Sherlock), et un peu de gêne (pour John), ils franchirent la porte principale de la maison de Mycroft Holmes une demi-heure plus tard. Presque aussitôt, un bruit se fit entendre dans les étages, et une porte s'ouvrit.

— Sherlock, c'est toi ? Tu as vu l'heure ? Tu devrais être rentré depuis une...

La voix furieuse de Mycroft, qui augmentait tandis qu'il se rapprochait d'eux en descendant les étages, s'évanouit alors qu'il aperçut John, planté dans son entrée, et le sourire victorieux de son petit frère.

— Bonsoir, John, salua-t-il d'un ton froid.

— Bonsoir, monsieur Holmes.

— J'ai ramené un invité, indiqua de manière superfétatoire Sherlock. J'ai un ami, Mycroft, n'est-ce pas ce que tu as toujours souhaité pour moi ? Nous allons réviser ensemble, comme les élèves sages que nous sommes. Tu viens, John ?

L'étudiant en médecine n'avait jamais entendu une telle variation de théâtre de toute sa vie. S'il ne connaissait pas cet énergumène par cœur, même lui aurait pu s'y laisser berner. Tout y était, l'humilité, l'obédience, la sagesse. Seuls ses yeux trahissaient l'attaque directe lancée à son grand frère, qui fulminait en silence.

Dans la plus grande tranquillité, Sherlock entama la montée vers sa chambre, tout en haut de la maison, John sur ses talons. Ils passèrent devant Mycroft, qui se décala pour les laisser passer sans un mot.

— Avertis-moi en amont si ton ami dîne ici ce soir, petit frère, se borna-t-il à leur indiquer quand ils l'eurent dépassé.

— Bien sûr grand frère, c'est évident, je n'aurais jamais l'impolitesse d'inviter quelqu'un sans te prévenir.

John se mordit les joues pour ne pas exploser de rire, et sentit le goût distinctif de rouille et d'acier du sang : il s'était fait mal, et le petit pic de douleur de sa bouche écorchée lui permit de tenir bon jusqu'à ce qu'ils soient dans la chambre de Sherlock, porte verrouillée, en sécurité.

— Oh mon Dieu ! s'exclama-t-il en pouffant. C'est toujours comme ça, avec lui ? Tu as vu sa tête !

C'était sans doute mal de sa part, et parfaitement impoli, de se moquer de l'homme qui le recevait et le nourrissait à ses dépens, mais dans la bataille entre les frères Holmes, John avait clairement choisi son camp.

— C'est tellement meilleur avec toi ! s'exclama Sherlock.

Il avait l'air tellement extatique, tellement passionné, tellement heureux. John ne l'avait jamais vu aussi. Son cœur rata de nouveaux battements.

— On bosse ? réclama-t-il. Il n'y a qu'un seul génie dans cette pièce, et ce n'est pas moi !


— Salut, John.

Interpellé par une voix, John releva la tête, et son visage se fendit d'un large sourire.

— Neil ! Qu'est-ce que tu fais ici ?

Il venait de sortir de cours avec ses amis, et il était ravi de la voir, sans réfléchir une seule seconde au fait que la jeune femme avait l'air plus furieuse que jamais.

— Oh, je ne sais pas. Au hasard, venir voir si tu es étais vivant, VU LE LAPIN QUE TU M'AS POSÉ HIER !

Elle avait crié tellement fort que des étudiants à l'autre bout du couloir se retournèrent un instant. John se décomposa, tandis que Mike, dans un élan de solidarité, pressa son épaule.

— Condoléances, mec. Si tu nous rejoins pas pour manger, on comprendra. Bon courage.

— Nie tout, chuchota Peter en passant.

Les filles ne lui dirent rien, mais lui adressèrent un sourire moitié de soutien moral, moitié de réprimandes. Par principe, avec le peu d'informations dont elles détenaient, elles avaient plutôt tendance à être du côté de la fille délaissée. Alec n'ajouta rien, et la petite bande quitta les lieux, comme tout le reste des étudiants, laissant le couple seul pour s'expliquer.

Sauf qu'il n'y avait absolument rien à expliquer. John avait purement et simplement oublié son rencard avec sa petite amie. Il avait bossé avec Sherlock durant des heures, et dîné avec les deux frères Holmes, du moins pendant au moins cinq minutes, durant lesquelles Sherlock avait cherché par tous moyens de faire sortir son frère de ses gonds. Puis l'aîné avait reçu un appel sur son portable, avait répondu, et s'était enfermé dans son bureau pour y répondre. Les deux amis avaient fini de dîner seuls, passé une partie de la soirée ensemble, avant que John ne rentre chez lui. Pendant tout ce temps, il n'avait pas pensé une seule seconde à Neil.

— Désolé, s'excusa-t-il, parce que pour cela, il était sincère. Je révisais. J'ai oublié notre rendez-vous.

C'était une forme de vérité. Sherlock lui avait appris que tout bon mensonge contenait toujours une partie de vérité. Manifestement, la jeune femme dut percevoir la véracité de son propos, sans détecter l'omission, puisque son visage s'adoucit un peu.

— Tu bosses trop...

John haussa les épaules.

— Sérieux John, t'es trop sérieux, les cours ont repris depuis une semaine, ça va. Tu peux prendre le temps de respirer aussi. T'as déjà passé tes vacances à bosser.

Il se tendit imperceptiblement. Neil n'avait pas de problème pour payer ses huit années de médecine dans l'une des facs les plus prestigieuses du pays. Elle ignorait que John était boursier, qu'à la première mauvaise note, tout pouvait être remis en cause, qu'il ne pouvait pas se le permettre.

— T'es doué, poursuivit-elle. Sincèrement. Tu vas finir major de promo si tu continues comme ça !

— En quoi ça serait mal ? Moi ça me plairait bien, répondit-il, plus acide qu'il ne l'aurait voulu alors qu'il était le fautif dans l'affaire.

Elle sourit doucement.

— Moi aussi, je le reconnais. Sortir avec un gamin de première année, ça passe seulement si c'est le major de promo. Major de première et quatrième année ensemble, ça aurait la classe, non ?

John était un peu perplexe. Elle ne semblait soudain plus du tout en colère, alors qu'elle était furieuse un instant plus tôt, et il avait du mal à suivre ce changement d'humeur. Il n'aurait pas cru qu'elle puisse s'apaiser autant si rapidement. Dans une réflexion un peu machiste qu'il n'aurait jamais énoncé à voix haute de peur de se faire lyncher, il songea qu'elle avait sans doute ses règles, expliquant ses sautes d'humeur.

— Parce que t'es major, toi ? la taquina-t-il. Aux dernières nouvelles, t'étais seulement quatrième l'année dernière !

— Hé ! J'étais majore de deuxième année, et du premier semestre de troisième !

— Et pourquoi tu l'es plus, hein ?

— Un idiot de garçon m'a tourné la tête ! répliqua-t-elle en lui tirant la langue. Mon idiot d'ex ! Je me suis promis que ça n'arriverait plus cette année !

John porta la main à son cœur dans une posture faussement dramatique.

— Mince alors ! Dois-je comprendre que tu romps avec moi pour éviter que je ne te fasse perdre la tête ?

Elle rit, et il lui sourit.

— Ça devrait aller, si mon petit-ami entend être major de son année, je ne peux pas le décevoir !

— Donc... on révise ensemble ce soir, pour atteindre nos objectifs ?

Elle souriait, et il se rapprocha, sans plus craindre de se prendre une gifle monumentale.

— Ça marche pour moi, décréta-t-elle.

John l'embrassa pour ensuite la faire taire définitivement.

Alors qu'ils révisaient à la bibliothèque, en fin de journée, John n'aperçut pas Sherlock, qui le cherchait, le découvrit accompagné, et repartit. Il ne vit pas le regard blessé de son ami, qui s'interrogeait sur la présence de quelqu'un de sexe féminin à côté de lui.

— Qu'est-ce que tu bosses ? chuchota John en voyant un livre ouvert que sa copine compulsait.

— Psycho-socio et compagnie. C'est pas ce que je préfère.

Comme John, elle avait plutôt des ambitions de chirurgien, ou ce genre de choses. Pourtant, quelque chose dans le bouquin l'attirait.

— C'est où, cette section ? demanda-t-il.

Elle lui désigna distraitement un rayonnage, que John méconnaissait, n'y ayant jamais mis les pieds. Elle était plus concentrée sur ses révisions que la conversation, et elle remarqua à peine qu'il se levait pour aller examiner les bouquins, lui laissant ses affaires à côté d'elle. Il erra un instant dans le rayon, promenant ses doigts sur les dos des livres, à la recherche de il ne savait pas quoi.

En son for intérieur, il savait plus ou moins ce qu'il cherchait, mais n'arrivait pas à se l'avouer à lui-même. Il voulait un bouquin suffisamment précis, récent, mais pas trop encyclopédique non plus. Il voulait juste... mettre un mot, sur le comportement de Sherlock.

John s'était déjà fait la réflexion, plusieurs fois, mais c'était devenu évident suite à la conversation avec Mycroft, et le dîner de la veille. Sherlock n'était pas juste un génie avec un comportement un peu excessif. Il avait... quelque chose. Que John ne savait pas vraiment définir, et qu'il aurait aimé comprendre.

Mais tout en se promenant dans les rayonnages, il se sentait un peu coupable. De vouloir mettre une étiquette sur son ami. Cela changerait-il quelque chose, si la science et la médecine définissaient Sherlock comme bipolaire ou de troubles obsessionnels compulsifs ? (Au demeurant, il ne semblait n'être ni l'un ni l'autre). John se sentait coupable de vouloir comprendre, en même temps qu'il essayait de se convaincre que c'était mieux pour tout le monde. Pour lui. Pour Sherlock. Pour leur relation. S'il le comprenait mieux, il pourrait mieux lui apporter son amitié, non ? Le convaincre sans le contraindre d'aller au lycée, de passer ses examens, de ne pas traîner dans les rues ou Dieu savait où.

— John !

Il sursauta, et devint écarlate en reconnaissant la voix. Bien sûr, il fallait que l'objet de ses pensées se matérialise dans la bibliothèque universitaire, le prenant en flagrant délit. John se sentit aussi coupable d'un adolescent découvrant la masturbation se faisant surprendre par ses parents.

— Sherlock ! Qu'est-ce que tu fais là ? On ne devait pas se voir, aujourd'hui !

Le génie haussa les épaules. John eut le réflexe de regarder sa montre, pour savoir si en théorie, son ami aurait dû être en cours. Il ne connaissait évidemment pas son emploi du temps, mais c'était la fin de l'après-midi. À moins d'avoir des activités extrascolaires (définitivement pas le genre de Sherlock), il devait avoir fini les cours.

— Je m'ennuyais. Je suis venu voir si tu étais dispo. Mycroft part la semaine prochaine pour cinq jours, si tu veux. On sera tranquilles.

Il n'avait pas l'air d'avoir remarqué ou compris les joues vermeilles de John, qui chauffaient tant que même ses oreilles semblaient s'embraser.

D'ailleurs, le jeune génie semblait totalement inconscient de ce qu'il disait, sous-entendait. « Mes parents ne sont pas à la maison, on sera tranquilles », c'était un truc qu'une fille ou un garçon disait à son petit copain petite copine, avec un sous-entendu clair net et précis. Ce n'était pas un truc entre deux garçons qui étaient amis. Mais Sherlock défiait les conventions sociales, comme toujours.

— Je suis pas dispo aujourd'hui, lui répondit John.

— Oui. J'ai vu que tu étais accompagné. C'est pour ça que j'ai attendu.

John fut surpris de constater que Sherlock ne le regardait pas dans les yeux. Il ne savait pas quoi penser du comportement du jeune homme. Pensait-il que John rougissait parce qu'il avait pris en flagrant délit de délaisser son ami pour passer du temps avec sa copine ? Les deux étudiants n'étaient pas flagrants, ne s'étaient pas embrassés ostensiblement en public dans la bibliothèque. Pour le génie, ils devaient cependant être transparents comme de l'eau de roche.

John ne lui avait jamais parlé de Neil, du moins pas en tant que copine. Elle était la fille avec qui il avait eu un rencard quelques jours avant Noël, mais depuis John n'avait pas jugé nécessaire de mettre à jour cette information, et le jeune génie n'avait rien demandé. Quand il était avec Sherlock, ça ne lui paraissait plus si important, et il préférait s'enflammer dans les conversations épiques que seul Sherlock était capable de tenir.

Pas une seule seconde, l'étudiant en médecine ne songea que Sherlock pouvait être blessé par sa relation avec Neil. Surpris, gêné, oui, mais pas blessé.

— Mais la semaine prochaine, je devrais avoir du temps. Quels jours ? demanda-t-il comme si Sherlock n'avait rien dit.

À voix basse, perdus dans un rayonnage oublié où personne ne vint les déranger, ils prévirent leur programme des prochains jours, penchés l'un vers l'autre. Ils se séparèrent, John moins gêné et moins rouge, Sherlock moins blessé, sans réaliser réellement les sentiments qui animaient l'autre.

John retourna à sa place sans avoir trouvé de livres, ayant complètement oublié ce qu'il faisait dans le rayonnage à la base. Neil avait à peine remarqué qu'il s'était absenté.

Il reprit son stylo et se replongea dans son polycopié.


Dans les semaines qui suivirent, John finit par trouver son rythme.

Des soirées, souvent de révisions, avec Neil.

Ses cours, et les moments de partage privilégiés avec sa bande de copains. Peter et Caitlin se tournaient désormais clairement autour, c'était parfois drôle, parfois aberrant à regarder.

Et beaucoup de temps avec Sherlock, il devait le reconnaître. Dans sa chambre, dans les rues de Londres le week-end, chez Leandro qui continuait de les accueillir comme s'ils faisaient partie de sa famille. Sherlock avait une nouvelle marotte : résoudre des énigmes, des meurtres. Il arpentait la ville à la recherche de crime ou d'enquêtes, était attiré comme un papillon par les lumières bleues des gyrophares de la police, mais sans aucun succès jusque-là.

John le suivait généralement en riant, sans vraiment le prendre au sérieux. Sherlock changeait de marotte comme de chemise, ses expériences sur le sol de sa chambre en témoignaient. Ça comme le reste, ça lui passerait.

Même avec son meilleur ami, John révisait beaucoup, et efficacement. Il était difficile de nier le talent évident de Sherlock, et ses méthodes originales d'apprentissage portaient leurs fruits.

La seule bizarrerie dans la vie de John, c'était sa manière de tout compartimenter : Neil ne fréquentait pas ses amis de la fac, bien qu'il soit arrivé qu'elle les croise à plusieurs reprises. John voyait ses amis à elle, avait fait quelques sorties de groupe un soir de relâche, mais il n'avait pas envie de s'intégrer à sa bande. Mike le charriait en disant qu'il gardait la fille de feu pour lui tout seul, ensuite Peter le vannait sur ses performances sexuelles, Judith secouait la tête d'un air désapprobateur, et ils explosaient tous de rire.

Neil, en retour, ne semblait pas éprouver le besoin de fréquenter ses amis. John ne savait pas exactement ce qu'elle lui trouvait. Les résultats étaient tombés, et John était major du premier semestre, à la grande surprise de tous, lui le premier (sauf de Sherlock bien sûr « Enfin John, les autres sont des idiots, évidemment que tu es plus doué, surtout si tu écoutes ce que je te dis »). Neil, en revanche, finissait seulement dixième de sa promo. Elle l'avait félicité, avec un sourire amer, presque jaloux. Après l'avoir presque boudé et méprisé toute la soirée après les résultats, elle semblait satisfaite de parader à son bras, comme si l'intelligence de John rejaillissait sur elle et lui apportait du prestige. Pour John, cela n'avait aucun sens (« Parce que ça n'en a pas, John. Tu veux bien remuer la solution saline ? Je dois l'intégrer au reste de l'expérience », avait asséné Sherlock).

Bien sûr, la jeune femme, après plusieurs soirées à se peloter dans des couloirs sombres de l'Imperial quand il ne restait plus grand monde, seulement des acharnés de révisions qui ne faisaient attention à absolument rien qui n'étaient pas leurs cahiers et leurs livres, avait réussi à virer sa sœur et son amie de leur coloc pour suffisamment longtemps pour leur permettre de donner libre cours à leurs hormones, ce qui avait été satisfaisant et libératoire pour tous les deux.

Et puis, bien sûr, il y avait Sherlock qui ne s'approchait ni de près, ni de loin, à aucun des mondes de John, et qui pourtant, gravitait, toujours présent, voire omniprésent, dans son univers. John passait nettement plus de temps avec lui qu'avec n'importe qui d'autre, y compris sa petite amie. Ils parcouraient la ville, forçaient des cadenas, prenaient des risques, faisaient des expériences dans la chambre de Sherlock, et révisaient beaucoup. John, dans l'ensemble, passait assez peu de temps chez lui, sinon pour y dormir (et encore, il lui était arrivé de tomber de sommeil dans le lit de son meilleur ami, et prier le lendemain matin que personne de la fac ne remarque qu'il portait ses vêtements de la veille).

Sherlock, dans un bel esprit de contradiction, allait en cours presque régulièrement : quand Mycroft le lui ordonnait, il s'y refusait. Maintenant que son frère avait plus ou moins abandonné l'idée de l'y contraindre, et que John ne lui disait pas vraiment de le faire non plus, il s'y présentait nettement plus régulièrement qu'avant.

— C'est amusant, en fait, ricana-t-il un jour. Mycroft trouve encore plus compliqué de gérer mes frasques que mes absences.

John secoua la tête, désespéré. Mais il ne pouvait pas engueuler Sherlock. Il n'était pas crédible, quand il riait aux éclats parce que son ami lui narrait ses derniers exploits en date, finissant invariablement avec le directeur de l'établissement appelant Mycroft pour se plaindre du jeune homme.

Sherlock était intenable.

Ils continuaient également de jouer à leur jeu inventé juste avant les vacances, dans ce qui restait l'un des meilleurs souvenirs de la vie de John. Pour un cartésien convaincu, Sherlock avait une imagination débordante, et leurs Uchronies du futur étaient émaillées de destinées fantastiques et absurdes.

John, souvent, songeait qu'il n'avait jamais été plus heureux de son existence. Il évitait sciemment de penser au futur, qui ternirait tout, et se contentait de vivre, plus heureux que jamais.


Prochain chapitre ! Me 11/12

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