Aie aie aie... j'ai completement oublié de publier mercredi, désolée ! J'ai pas eu le temps de répondre à vos reviews, je ferai tout la prochaine fois !

Chapitre 14

Le lendemain, John se faufila hors de l'appartement rapidement, et très tôt, alors que tout le monde dormait encore. Neil lui avait dit de rester dormir, mais qu'il ne faudrait pas qu'il soit vu. Alors il avait obéi. Au final, il n'en était pas plus mécontent que ça, parce qu'il n'avait pas envie d'un réveil de couple auprès d'elle.

Il ne fut pas spécialement surpris de voir Sherlock au bas de son immeuble, quand il arriva chez lui.

— Salut, Génie, le salua-t-il chaleureusement.

Ça aurait dû être bizarre, de ne pas savoir depuis quand il était là. Est-ce qu'il avait attendu John toute la nuit ? Est-ce qu'il avait déduit l'heure à laquelle il allait rentrer ? Dans tous les cas, c'était étrange, et pourtant John était réellement heureux de le voir. Sherlock lui faisait cet effet-là, quasiment systématiquement.

— Bonjour, John.

Il avait l'air plutôt froid, et il ne rendit pas à John l'étreinte de ce dernier.

— Ça va ? demanda doucement le futur médecin.

— Pas vraiment, grimaça Sherlock.

— Depuis quand t'es là ? Attends, tu sais quoi, ne réponds pas. Viens. On va se mettre au chaud.

Alors même que la simple idée que Neil mette un orteil dans son minuscule appartement le dégoûtait, il entraîna Sherlock dans les escaliers sans la moindre hésitation. Il lui ouvrit la porte, l'obligea à enlever son manteau, et lui fit du thé chaud avec des toasts. C'était à peu près tout ce que John pouvait se permettre comme petit déjeuner, mais vu ce que Sherlock mangeait, ça ne changeait pas grand-chose.

Sherlock n'exprima pas ce qui n'allait pas. Il en fut incapable spontanément, et John se borna à lui indiquer qu'il pouvait lui parler quand il voulait, sans lui poser de questions. Le lycéen lui en fut reconnaissant, parce qu'il n'aurait pas su quoi dire, pour une fois.

Ils se contentèrent d'être là, ensembles, dans leur appartement.

— J'dois bosser un peu, Sherlock, j'suis à la bourre sur une matière. Ça t'embête pas ? Ensuite, on pourra sortir, si tu veux.

Ils passaient une grande partie de leurs samedis ainsi, soit à se balader à travers la ville, soit à réviser chez Sherlock, alors au final, ce n'était qu'un week-end habituel. Il était juste beaucoup plus tôt que d'habitude. Cependant, ici, Sherlock n'avait rien pour s'occuper. D'habitude, John révisait, et lui travaillait à ses expériences, jouait du violon ou pensait, construisant un grand projet mental. Là, il n'avait aucune autre chose à faire que plonger dans son esprit.

— Vas-y, lui lança affectueusement John. Je te sonnerai si j'ai besoin de toi.

John avait appris à le connaître à ce point-là. De savoir quand il allait déconnecter, perdre conscience de la réalité, du temps qui passait. Le savoir, et ne jamais lui en vouloir. Voire l'encourager, à voir ses yeux brillants et son sourire doux.

Il n'y avait que très peu de place, dans l'appartement de John, et ce dernier était installé à son bureau, alors ce n'était pas comme s'il restait beaucoup d'option à Sherlock pour s'installer. Le sol était froid et inconfortable. Le lit était accueillant, la couette douillette, et l'ensemble sentait John. Il s'allongea sur les couvertures et plongea dans sa tête.


John s'étira avec le sentiment du devoir accompli, faisant craquer ses vertèbres et ses phalanges. Il avait rattrapé son retard de révisions, et bien avancé sur le reste. Il était dans les temps, et il ne se sentait pas inquiet pour le deuxième semestre. Cela faisait plusieurs heures qu'il n'avait pas entendu le moindre bruit, mais ça ne l'inquiétait pas vraiment. Il se retourna, et constata que son ami était allongé sur son lit, comme il l'avait prévu. Sauf qu'il ne réfléchissait pas du tout comme John l'avait vu faire des douzaines de fois : il dormait. De l'extérieur, la différence était peut-être subtile, mais John le savait aussi sûrement qu'il savait que le soleil se levait à l'est et se couchait à l'ouest chaque jour. Une absolue certitude que rien ne saurait remettre en cause.

Pire, le spectacle du jeune génie endormi dans son lit avait quelque chose de douloureux, une fissure dans son cœur, étrange et inexpliquée. Ça paraissait trop beau pour être vrai. Sherlock avait l'air si jeune, dans son repos. Il faisait réellement ses seize ans, quand il n'essayait pas de prendre l'air trop sérieux et plus intelligent que tout le monde, qu'il avait dès qu'il avait les yeux ouverts et la langue assassine. Son visage s'apaisait, ses traits se détendaient, et même son corps se relâchait dans l'inconscience du sommeil.

Ça ne rappelait que trop douloureusement à John que quelques heures plus tôt, c'était à côté d'un autre corps qu'il avait passé la nuit, qui n'avait absolument rien en commun avec Sherlock. Neil ne rajeunissait pas dans son sommeil, au contraire. Elle gardait ses trois ans de plus que John, et c'était tant mieux. Il aimait sa maturité, son assurance de femme adulte.

— Hey, Sherlock, le secoua-t-il doucement en s'approchant de lui.

Sherlock grogna, geignit, et s'agita. John se retint de rire.

— Tu dors, Sherlock, commenta-t-il.

— Non, grommela ce dernier sans ouvrir les yeux. Je réfléchis.

— Absolument pas. Tu dors.

— Non.

— Si. Quand tu réfléchis dans ta tête, tu ne baves pas et tu ne ronfles pas, s'amusa John.

Cela eut au moins le mérite de faire s'outrer Sherlock, qui ouvrit grand les yeux.

— Je ne ronfle pas ! s'insurgea-t-il.

— Si tu le dis ! Allez, j'ai fini de bosser pour un moment, on fait quoi aujourd'hui ?

Sherlock bondit du lit, parfaitement réveillé. Londres les attendait.


Comme à leurs habitudes, ils errèrent, crochetèrent des serrures, franchirent les limites de la légalité, Sherlock déduisit des gens et John alla leur demander si c'était vrai, ils firent plusieurs parties d'Uchronies du futur, passèrent voir Leandro, aidèrent le vieil homme à faire ses comptes. Il n'avait plus besoin de ses yeux pour cuisiner, mais pour lire des colonnes et des colonnes de chiffres, c'était plus compliqué.

Ils atterrirent chez Sherlock en fin de journée, pillèrent le frigo à une heure qui n'était pas ni le dîner, ni le déjeuner, ni même un goûter, et se firent réprimander par Mycroft, qui annonça dans la foulée qu'il partait pour deux jours, et claqua la porte sans leur adresser la moindre salutation.

Ils finirent dans la chambre tout en haut de la maison. John reprit ses révisions au son du violon de son ami, qui s'arrêtait régulièrement pour griffonner des croches et des noires sur une partition vierge. John aurait été bien en peine de dire ce qu'il composait : il n'avait aucune oreille musicale.

Puis finalement, quand la nuit fut tombée, ils se glissèrent par la fenêtre, et grimpèrent sur le toit. Sherlock, plus agile, habile et habitué que John, emmena avec lui une couverture et une couette, ainsi qu'un thermos de thé chaud. Ils se retrouvèrent ainsi, couchés sur le toit, à observer les étoiles, pelotonnés aussi au chaud que possible.

— J'ai une Uchronie, annonça John. Je suis devenu astronaute, parce que c'était mon rêve depuis toujours. Je m'apprête à partir pour ma première mission dans l'espace, à bord de la station de l'ISS, pour six mois.

— Je suis ingénieur pour la NASA, répondit Sherlock aussitôt. On se rencontre parce que je serai ton interlocuteur privilégié avec la Terre pendant les prochains mois...

Ils déroulèrent leur scénario en riant. John n'y connaissait pas grand-chose en astronomie, et avait une vision très théorique et totalement erronée de la vie de l'espace, grandement nourrie par les films de SF. Sherlock, en soupirant, corrigeait chacune de ses incohérences scientifiques. Mais, tout génie qu'il était, il semblait n'avoir aucune idée des notions de base de l'astronomie, au grand amusement de John. Non seulement il ne reconnaissait pas la Grande Ourse ou la Petite, mais en plus, quand John lui déclara avec emphase « Mon Vieux Théâtre M'a Joué Souvent Une Nouvelle Pièce », il ne comprit absolument rien.

John éclata de rire, et entreprit de lui expliquer les neuf planètes[1] de leur système solaire, sans avoir l'assurance que Sherlock retenait quoi que ce soit, tant il semblait n'en avoir rien à faire.

— Je ne vois pas comment ça pourrait m'être utile sur la moindre enquête, John. Ça ne sert absolument à rien.

John rit de nouveau. C'était la plus belle journée de sa vie, comme toutes celles qu'il passait avec Sherlock.


Le temps fila. Il s'engueula avec Neil qui lui reprocha d'être parti comme un voleur, alors que c'était elle qui le lui avait explicitement demandé, et ils se réconcilièrent deux jours plus tard.

Alec brisa le cœur de deux étudiantes en médecine en refusant leurs avances.

Mike tenta sa chance avec une condisciple, qui ne se montrait pas indifférente à ses charmes.

Judith resta égale à elle-même, bienveillante avec ses amis.

Peter envisagea que, peut-être, mais vraiment peut-être, il faudrait qu'il envisage éventuellement de demander à Caitlin si elle voulait hypothétiquement un rencard avec lui, par hasard. Ses amis ricanèrent devant le nombre de suppositions qu'il arrivait à caser dans une seule phrase, mais rien ne changeait depuis.

Ils finirent chacun plusieurs stylos Bic, arrivés à court d'encre pour cause de prises de notes.

Le soleil commença à pointer un nez discret sur l'Angleterre, et il leur arrivait plus souvent qu'avant de passer du temps sur les pelouses de l'Imperial, révisant ensemble, avant de finir dans un café du campus pour se réchauffer.

Et Sherlock et John passèrent le maximum de temps ensemble. John n'arrivait pas à se lasser de son ami, de ses connaissances phénoménales. Il avait abandonné l'idée de rentrer chez lui les soirs de week-end, et dormait désormais régulièrement chez son ami, tant que Mycroft ne s'y trouvait pas. Bizarrement, l'idée que l'aîné des Holmes puisse dormir sous le même toit que lui le terrifiait. De toute manière, John n'arrivait pas à conjuguer dormir et Mycroft dans la même phrase, tant cela semblait abscons.

— Et puis, il pourrait venir m'assassiner dans mon sommeil, avait-il asséné à un Sherlock perplexe.

L'amitié de Sherlock était exigeante. Elle prenait du temps. L'avantage de John, c'était qu'il tenait tous les pans de sa vie séparés. Ainsi, il pouvait prétendre à ses amis qu'il passait du temps avec Neil, et à Neil qu'il passait du temps avec eux. Il avait à peine la sensation de mentir.

Et puis surtout, il n'aurait pas su se passer de sa présence. Des heures passées à réviser avec lui, au son du violon, de ses étranges expériences de chimie, de ses claquements de langue désapprobateurs quand John faisait des erreurs. John ne lui avait pas demandé s'il retournait sérieusement au lycée, et Sherlock ne disait rien non plus, alors ils faisaient comme si. Ils étaient très fort pour ça.

John avait perdu le nombre d'Uchronies du futur qu'ils avaient inventées. Il était probable que Sherlock sache avec précision ce qu'il en était, mais n'était pas un génie qui voulait.

La plupart des inventions de leur jeu était absurde. Ils se voyaient astronautes, policiers, pompiers, inventeurs, musiciens. Une de leur plus glorieuse réalisation était celle où ils s'étaient projetés en dieux grecs. Ils avaient beaucoup ri, avec celle-là.

Mais souvent, les Uchronies étaient plus sérieuses. John y était médecin, et Sherlock était détective, et ils se figuraient leurs vies quand ils seraient adultes, à trente ans. Quand John sera titularisé, quand Sherlock serait indépendant de son frère.

C'était Sherlock qui, le premier, avait timidement suggéré l'idée d'une Uchronie où ils vivraient ensemble. Timide et Sherlock étaient pourtant deux mots qui se conjuguaient très mal ensemble, d'ordinaire. Dès l'instant où il avait prononcé les mots du bout des lèvres, John avait su que c'était important. Ce n'était pas un « si ». Ce n'était pas un fantasme, une impossible résolution comme lorsqu'ils déliraient que John était un extraterrestre et Sherlock l'astronaute qui découvrait cette nouvelle forme de vie sur une planète lointaine.

C'était une proposition, une envie, une véritable possibilité. Pas pour aujourd'hui, ni même pour demain, mais pour un jour. Et John n'avait pas hésité une seule seconde avant de répondre.

— Mais carrément ! On vivrait ensemble en coloc, à Londres !

Le conditionnel était toujours de mise, parce qu'officiellement, ils jouaient toujours. Mais ils savaient tous les deux que c'était plus que ça. Une forme de promesse. Un engagement scellé par un sourire, et des yeux qui se regardaient le cœur gonflé de joie. Le cœur serré d'angoisse, pour l'un, terrifié de mentir, pour l'autre. Mais incapables l'un et l'autre de ne pas se jeter à pieds joints dans cette espérance.

Les Uchronies ne comportaient jamais Neil. Ni personne d'autre que des amis, parfois. John adorait un scénario où c'était Mike qui les présentait l'un à l'autre, dans un labo à Saint Bart. Sherlock avait reniflé en disant que lui vivant, jamais il n'aurait la moindre relation avec Mike.

John avait conscience que ne pas inclure sa relation avec la jeune femme dans toutes ces versions plus ou moins absurdes de leur futur n'était guère de bon augure pour sa relation avec elle, mais il ne parvenait pas à penser différemment. Il l'aimait beaucoup. Mais quand il se figurait son futur, il ne pouvait s'empêcher d'y inclure Sherlock, et personne d'autre.


— 'Fait froid, grommela John. Foutu printemps anglais.

Personne ne lui répondit, ce qui était rassurant, considérant que son appartement, dans lequel il venait de rentrer, était vide. Sherlock avait promis sur ce qu'il avait de plus sacré de ne jamais forcer la serrure de John, et de ne jamais aller chez lui en son absence. Il avait tenu parole. En même temps, ils n'étaient presque jamais dans le minuscule studio de l'étudiant en médecine, préférant la grande maison de Mycroft Holmes et le bazar de la chambre de son cadet.

Ce jour-là, John n'avait pas vu Sherlock, et après ses cours de la matinée, était rentré déjeuner chez lui. Il devait repartir pour l'Imperial dans moins d'une heure, mais il avait oublié un classeur pour son cours de l'après-midi, et n'avait pas eu le choix que de repasser par chez lui. Sa bande de copains lui avait dit en riant que c'était juste une excuse pour ne pas les voir à déjeuner, et ils avaient ri ensemble.

Il devait voir Neil le soir-même. Ces derniers temps, la jeune femme était nerveuse, parfois agressive et distante. Les examens qui approchaient dans deux mois n'y étaient sans doute pas étrangers, mais ils n'expliquaient pas tout.

La sonnerie du téléphone déchira soudain le silence de la petite pièce, au grand étonnement de John. À sa connaissance, personne ne l'appelait jamais. En même temps, entre les cours, les révisions, les sorties avec sa copine et ses week-ends avec son meilleur ami, il passait assez peu de temps chez lui, et il n'avait pas de répondeur.

Ce n'était pas non plus comme s'il y avait beaucoup de personnes qui avaient son numéro. Neil et ses amis n'en disposaient pas, notamment. Seuls l'administration de l'Imperial, Sherlock, une autre administration à laquelle John ne voulait pas vraiment penser, et probablement le pouvoir assez illimité et flippant de Mycroft Holmes avaient ce numéro.

— John Watson ? décrocha John avec bonne humeur.

Et sa famille. Il l'avait momentanément oublié, mais sa famille aussi avait ce numéro. Toute sa bonne humeur s'envola aussitôt.


Personne ne répondait à la grande porte en bois, et John sentait les clés avec lesquelles il jouait au fond de sa poche le brûler. Il n'avait pas été capable de faire autre chose que de quitter son appartement, cherchant par tous les moyens à fuir. Mais il ne pouvait pas fuir son propre esprit, sa mémoire. Il avait couru au seul endroit où il se sentait en sécurité : chez Sherlock.

Sauf que personne ne répondait, et la porte restait close.

Mais John avait les clés. Il connaissait le mécanisme de sécurité. Sa clé serait reconnue par la porte, et cela ne déclencherait pas l'alarme de celle-ci. Ensuite, il fallait désactiver l'alarme lié au détecteur de mouvements dans la maison, et John en connaissait le code. Pour plus de challenge, comme Sherlock le faisait parfois, on pouvait aussi se déplacer en évitant avec une précision diabolique chaque zone balayée par l'alarme, et ainsi se déplacer sans rien déclencher, mais c'était un jeu absurde qui n'amusait que le jeune génie.

Le troisième système d'alarme était au niveau des fenêtres, et John ne prévoyait pas de se jeter à travers l'une d'elle. Il était écrasé par la douleur, mais pas suicidaire pour autant.

La clé de la porte se retrouva sous sa paume. Mycroft lui avait dit, quand il lui avait donnée, que John devait se sentir libre de l'utiliser quand il en aurait envie. Il ne l'avait jamais fait. Il n'avait jamais eu envie d'être là alors que Sherlock n'y était pas.

Du moins, jusqu'à aujourd'hui. Il éprouvait le besoin de se sentir dans un lieu rassurant, un foyer. Cette chaleur qu'il n'avait jamais connue dans sa maison, il la ressentait quand il était dans la chambre de son meilleur ami, dans son fouillis organisé, dans son lit aux couvertures chaudes.

Et puis, avec un peu de chance, Sherlock était quand même là, mais il dédaignait la sonnette de la porte. Ou ne l'entendait carrément pas. Sa chambre était située si loin de la porte d'entrée.

Avec une pointe d'appréhension, John arrêta de réfléchir et fourra sa clé dans la serrure, déverrouillant la porte d'entrée avec un cliquetis satisfaisant.

Le hall d'entrée paraissait sombre et désert, tandis que John entrait prudemment, mais ça ne voulait pas dire grand-chose. Parfois, Mycroft était dans son bureau, et Sherlock dans sa chambre, et il n'y avait pas la moindre vie dans le bas de la maison, que John remplissait joyeusement de sa cacophonie d'humain descendant des marches, pillant un frigo et des placards, et faisant la vaisselle pour se faire pardonner.

L'alarme au mur clignotait en vert, et John ouvrit le boîtier de plastique qui révéla le clavier de saisie. Sherlock, à sa demande, lui avait expliqué les différentes lumières. L'alarme était enclenchée. Ça voulait dire que Mycroft n'était pas chez lui, ni la femme de ménage, ni la gouvernante, qui désactivaient tous systématiquement le système de sécurité.

Sur la présence de Sherlock, cependant, cela ne présumait rien. Le détecteur de mouvements ne concernait pas sa chambre, et il pouvait très bien être entré ou sorti par sa fenêtre, et quand même être là.

John tapa rapidement la suite de chiffres sans logique qu'il avait appris à retenir par cœur, et la machine émit un bip long et satisfaisant, avant d'éclairer sa diode en rouge, puis s'éteindre tout à fait. John pouvait se déplacer librement.

Refermant la porte derrière lui soigneusement, il n'hésita pas une seule seconde avant de se jeter à corps perdu dans l'ascension de l'escalier, pour enfin atteindre le dernier palier, et se retrouver devant la porte vernie de l'antre de Sherlock.

Il n'hésita pas non plus, le cœur battant, pour attraper la poignée et l'abaisser avec force.

Pour ne rencontrer que la cruelle désillusion du verrouillage. La poignée s'abaissa, mais ce fut tout. Comme toujours quand il était absent, la porte de la chambre de Sherlock était verrouillée, et John n'avait ni la clé, ni aucun moyen de l'ouvrir.

Il n'était que seul, dans une maison qui n'était pas la sienne, l'âme en peine, le chagrin et la culpabilité le rongeant.

— Sherlock, putain... marmonna-t-il. T'es jamais au lycée aux heures où tu devrais, tu passes ta vie dans cette piaule, et juste quand j'ai besoin de toi, t'es pas là, merde...

Il parlait au vide, et ce n'était pas comme si sa colère était fondée. Il aurait plutôt dû être content que pour une fois, son ami soit probablement en cours à une heure où tous les lycéens d'Angleterre devaient l'être.

L'idée de repartir effleura John, mais il la repoussa aussitôt. Il n'avait ni envie d'aller à l'Imperial, où il était actuellement en train de sécher un cours, ni de rentrer chez lui dans son appartement où l'angoisse lui collait à la peau.

Il était peut-être seul, et pas exactement où il aurait voulu être, mais il était quand même plus en sécurité et heureux dans cette maison que n'importe où ailleurs.

Lentement, il redescendit les marches jusqu'aux salons du rez-de-chaussée. Il existait beaucoup de pièces dont John ignorait l'utilité, et des portes fermées sur les paliers de l'escalier qu'il n'avait jamais ouvertes, et il n'entendait pas fouiner. L'idée de découvrir la chambre de Mycroft avait quelque chose de choquant.

Mais le grand salon du bas, John le connaissait. Sherlock pouvait dire ce qu'il voulait sur l'immense bibliothèque (de snob, affirmait-il) qu'elle contenait, John y avait trouvé quasiment tous les classiques anglais possibles et inimaginables, et l'intégralité d'Oscar Wilde et William Shakespeare, et il appréciait d'y passer du temps.

Il y avait aussi un canapé grand et confort, et un plaid qui tenait chaud. À défaut de l'odeur de Sherlock dans ses draps, ça ferait l'affaire, et John se pelotonna dans la couverture, se laissant sombrer dans le confort du canapé.

Ses muscles tendus se relâchèrent, et tomba dans un sommeil léger et cotonneux.


Il se réveilla en sursaut, quelques temps plus tard, brutalement tiré du sommeil par une main posée sur son épaule. Sa réaction fut nettement plus violente que cela ne le méritait, et les muscles bandés et le regard fou, il atterrit sur ses pieds, les yeux exorbités et les pupilles dilatées.

— John ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Sherlock vit distinctement le moment où la brutale tension se relâcha chez John, au moment où il le reconnut, et cessa de se sentir en danger. Ses poings fermés se desserrèrent, ses épaules retombèrent, et ses jambes fléchirent légèrement. Sherlock n'avait aucune idée de comment réagir. Personne ne lui avait jamais fourni un guide de l'amitié avec un chapitre spécial « amis en détresse ». Si un tel livre existait, Sherlock aurait eu nettement moins de problèmes au cours de son existence. À défaut de pouvoir tout apprendre par cœur, Sherlock comptait tout le temps sur John, qui lui apprenait toutes ces choses et ne semblait jamais gêné de ses inaptitudes sociales.

Cette fois, pourtant, il devait faire quelque chose, et il ne savait pas quoi.

— John, tu vas bien ? demanda-t-il maladroitement.

Il savait que John avait une clé, bien sûr. Mycroft le lui avait dit. Mais jamais son ami ne l'avait utilisée jusqu'à présent.

Fort heureusement, John était plus doué que lui pour les relations sociales, et il lui tomba dans les bras, le serrant contre lui, dans un geste aussi inattendu que nécessaire. Instinctivement, Sherlock referma ses bras autour du corps plus petit de son ami, le pressant contre lui. Ce n'était pas comme si ça ne leur était jamais arrivé, et pourtant le geste semblait revêtir une dimension plus importante. Même s'il essayait de le contrôler, John tremblait, et Sherlock le poussa doucement en arrière, l'obligeant à se rassoir sur le canapé qu'il avait quitté plus vite qu'un diablotin jaillissait hors de sa boîte.

— Quelle heure est-il ? marmonna John. Oh, merde, j'ai raté tout mon aprem de cours, je vais être tellement en retard, Seigneur, je suis foutu, gémit-il.

— Il est un peu plus de seize heures trente, répondit Sherlock, terre-à-terre, et tu ne vas pas échouer. Je ne le permettrai pas. Tu es déjà meilleur que tous ces idiots que tu oses encore nommer des condisciples.

Son arrogance naturelle et la sincérité évidente de ses propos apaisèrent John, qui sourit sans raison. Sherlock ne doutait jamais de lui, et ne doutait pas de John non plus. Quand il affirmait que l'étudiant était meilleur que ses camarades, c'était qu'il le pensait, et qu'il avait probablement raison. Parce qu'il avait toujours raison.

— Tu me feras rattraper mon retard quand j'aurai récupéré les cours auprès de Mike ? interrogea John.

— Évidemment, trancha Sherlock.

Il était soulagé de voir la tension quitter le visage de John, et un sourire éclairer ses traits. Il n'avait pas réalisé jusqu'à ce jour combien il s'était habitué au sourire de John Watson, et combien il en avait besoin dans son existence. L'idée que quelqu'un ou quelque chose puisse détruire le bonheur et la joie que John exprimait si naturellement était au-delà de sa conception. Il détruirait avec pertes et fracas quiconque se mettrait en travers du chemin du bonheur de John.

Et pour cela, il devait savoir, même si cela impliquait d'affaisser ce sourire pour les minutes à venir.

— Pourquoi es-tu là ? demanda-t-il sans ambages. Que s'est-il passé ?

Sherlock ne précisa pas qu'il avait été surpris (et c'était un euphémisme) de la violence de la réaction de John à son réveil, quand il l'avait simplement secoué doucement par l'épaule. Le dire ne serait que superfétatoire, parce que Sherlock ne pouvait pas totalement déduire ce qui s'était produit, mais il en comprenait suffisamment pour savoir que c'était grave.

Comme prévu, le faciès de John perdit de sa bonhommie, et il baissa les yeux. Ses mains accrochèrent le plaid retombé sur le canapé, et il se mit à jouer avec les ourlets, machinalement. Assis à côté de lui, Sherlock patienta. Ce n'était pas dans sa nature, mais pour John, ça ne lui posait aucun problème.

Puis soudain, John s'appuya contre lui, posant sa tête sur son épaule. Sherlock le laissa faire. Le contact de John ne lui posait plus aucun problème.

— Mon père a appelé.

Quatre petits mots et toute la tension revint dans le corps de John, se transmettant à celui de Sherlock, qui se raidit.

— Chez moi, je veux dire. Il... Harry est partie.

— Partie d'où ? demanda Sherlock sans la moindre délicatesse.

— De chez eux. Elle y vivait, officiellement, même si elle n'était pas souvent là-bas, elle vivait encore chez mes parents.

John ne parlait jamais de ses parents, et très peu de sa sœur Harry, mais il savait qu'il n'avait pas besoin de donner des précisions à Sherlock. Il était évident qu'il avait déduit tout ce qu'il y avait à savoir sur sa famille.

— Elle lui a annoncé qu'elle déménageait avec sa copine, qu'elle ne voulait plus jamais les voir, a balancé à mon père que c'était un connard homophobe, raciste, misogyne et alcoolique. Elle a claqué la porte, et elle est partie.

John soupira. Sherlock fronça les sourcils. C'était certes embêtant, mais il ne voyait pas trop pourquoi cela pouvait provoquer une telle angoisse chez John. Les qualificatifs dont Harriet Watson avait affublé son père semblaient à peu près tous fondés, pour ce que Sherlock en savait.

— Il appelait pour savoir si elle était chez moi, poursuivit John dans un filet de voix. Il a dit que si elle venait, je devais le prévenir. Et il a dit qu'il la tuerait de ses propres mains.

Sherlock savait que ce n'était biologiquement pas possible, mais il eut quand même la sensation que la température corporelle de John (et la sienne avec, puisqu'il était appuyé contre lui) venait de chuter brusquement.

— Je lui ai dit que j'avais pas de nouvelles de Harry, ce qui était vrai, au demeurant. Et que je savais rien de sa copine, j'avais pas d'adresse, de nom ou quoi que ce soit à lui fournir, alors qu'il insistait ! Mais... j'ai osé lui dire que si elle venait se réfugier chez moi, je la protégerai, parce qu'il était hors de question qu'il la touche. Qu'il lève la main sur elle, d'une quelconque manière.

— Il l'a déjà fait ? demanda Sherlock.

— Frapper Harry ? Pas que je sache. Mais... il en est capable.

John ne précisa rien de plus. Il n'avait pas besoin de dire que lui en avait reçu plus d'une fois, des coups. Ça datait, pourtant. Son père n'avait plus levé la main sur lui depuis des années, quand l'adolescent avait été suffisamment fort pour riposter.

— Harry... elle a prévenu les services sociaux en le dénonçant comme abusif et alcoolique. Y'a plus de mineur d'impliqué, alors ça n'ira sans doute pas plus loin, la plainte sera classée. Mais elle l'a fait, juste pour l'emmerder, et ça l'a rendu fou. Il avait bu. Plus que de raison.

Doux euphémisme. Richard Watson buvait toujours plus que nécessaire.

— Et que je m'oppose à lui, ça l'a fait exploser. Il a dit qu'il viendrait et qu'il me détruirait moi aussi. Je... j'ai eu peur, avoua John à mi-voix. Ils connaissent mon adresse, bien sûr. Même si... enfin bref, ils sont sur les papiers du bail. Lui et ma mère. J'étais mineur, au début, y'avait pas le choix. Ils s'en foutaient mais ils avaient signé. Évidemment qu'ils connaissent mon adresse. J'ai eu peur d'être chez moi.

L'aveu lui coûtait, clairement, et sa voix n'était plus qu'un mince filet. Sherlock avait une bonne ouïe, heureusement. Malheureusement, il n'avait aucune solution tangible à proposer. Il avait parfaitement conscience que les solutions diplomatiques n'auraient aucun effet sur le père de John, et que les solutions violentes seraient refusées par son ami. Ça expliquait cependant sa terreur, au réveil, avant de voir que ce n'était que Sherlock. Son inconscient devait être terrifié qu'il put s'agir de son père. Une question s'afficha dans l'esprit de Sherlock, qui la rangea pour plus tard : il ignorait parfaitement si, plus jeune, John avait pu être réveillé en sursaut par son père pour de très mauvaises nouvelles.

— Tu peux rester ici aussi longtemps que nécessaire, offrit Sherlock sans même y avoir réfléchi.

C'était, au final, la seule chose qu'il pouvait offrir sans aucun doute à John. Un abri. Un lieu sûr. Là où il serait en sécurité. Mycroft était probablement un psychopathe, mais il tenait à sa tranquillité, et la maison était ce qui se faisait de plus sécurisé à des kilomètres à la ronde, à l'exception sans doute de Buckingham Palace. Et encore, c'était uniquement parce que Mycroft n'avait pas (encore) les moyens d'affecter un gardien en permanence à la surveillance de sa demeure.

— Il y a de la place, si tu veux ton espace, poursuivit Sherlock. Il doit y avoir pas moins de trois chambres inutilisées, si tu le souhaites.

Ça lui brisa le cœur qu'il ne possédait pas de s'efforcer de prononcer ces mots. L'idée que John soit ailleurs que dans son espace lui faisait mal. Mais il pouvait le concevoir.

John, cependant, secoua la tête.

— Je ne vais pas emménager ici, Sherlock, refusa-t-il. Je dois vivre chez moi.

— Pourquoi ?

— Pour des tas de raisons. Et puis ici, ce n'est même pas chez toi. Tu ne peux pas m'imposer à ton frère comme ça.

Sherlock balaya l'argument de la main. Tout ce qui pouvait rendre Mycroft furieux était bon à prendre.

— Tu veux qu'on demande à Mycroft de sécuriser ton appartement ? demanda Sherlock avec répugnance.

— Non, rit John.

Et ce son léger et joyeux apaisa l'ambiance alourdie de la pièce.

— Je suis sûr que ça te tuerait d'avoir une dette envers ton frère, poursuivit John avec plus de joie que nécessaire.

Il était narquois, mais Sherlock était très sérieux.

— Je le ferais pour toi, répliqua-t-il.

— Sauf que je ne te le demande pas, répondit John immédiatement. À vrai dire, je te demande même de ne pas le faire. Mon père connaît mon adresse, mais il n'a pas mes clés. J'ai une porte et un verrou. Je... j'ai réagi instinctivement, et j'ai eu besoin de quitter mon appartement, mais ce n'est pas rationnel. Je ne peux pas fuir ou me cacher éternellement, je rentrerai chez moi... demain ? Si c'était possible, que je reste ici ce soir ?

En semaine, cela ne leur arrivait pas souvent. John passait régulièrement ses vendredis et samedis soirs ici, avec Sherlock, et il avait abandonné l'idée de se faire violence pour partir quand il était fatigué : il s'étendait dans le lit de Sherlock et dormait tandis que ce dernier vaquait à ses occupations. Il avait une brosse à dents dans la salle de bains privative de Sherlock et plus ou moins une serviette de toilette à lui.

Mais demain, John devait retourner à l'Imperial pour suivre ses cours, et rattraper ceux ratés du jour, et Sherlock devait en théorie aller en cours, si toutefois il fréquentait son lycée. Ce qui, considérant qu'il n'était pas le moins du monde en uniforme (et qu'il y avait peu de chances qu'il soit rentré, changé et seulement après ait réveillé John) était peu probable, mais l'espoir faisait vivre.

— Bien sûr, accepta Sherlock. Ce n'est pas un problème. Je crois que Mycroft est absent, ce soir.

— À quelle heure tu te lèves, demain ? Et à quelle heure tu pars ? Je commence seulement à neuf heures et demie...

Sherlock eut l'air de ne pas comprendre.

— Pour aller au lycée, Sherlock, insista John. Parce que tu vas au lycée, bien sûr, hein ?

Sa voix ne tremblait plus, et il avait repris du poil de la bête. Suffisamment pour regarder Sherlock d'un air sévère.

— Je reconnais peut-être ne pas y être allé cet après-midi... rien de bien grave, marmonna Sherlock.

— Sherlock ! se lamenta John.

— Mais c'était un cours de chimie ! Ça n'a aucun intérêt !

John n'avait pas grand-chose à opposer à cela. Il était clair depuis des mois que Sherlock aurait pu soutenir une thèse en chimie et s'en sortir avec les honneurs. Les cours d'un niveau lycée n'était qu'ennui pour lui, c'était certain. John soupira.

— Tu dois aller au lycée, Sherlock, s'te plaît... J'aimerais pas que Mycroft nous interdise de nous voir, ou de faire ce qu'on veut le week-end, parce qu'il te punira si tu vas pas au lycée...

Sherlock souleva un sourcil avec une petite moue aristocratique. Dans ces moments-là, John se demandait toujours s'il répétait ses poses devant un miroir, ou si c'était naturel pour lui d'exsuder tant de mépris en une variation de sourcil.

— Mycroft peut dire ce qu'il veut et me punir comme il l'entend, je continuerai de faire ce que je veux, asséna le jeune génie.

John soupira derechef. Le problème était que Sherlock était parfaitement sérieux, et qu'il avait totalement raison. Il était très difficile d'avoir la moindre prise sur lui. Il se moquait de tout et tout le monde. À vrai dire, John était la seule personne qui avait du pouvoir sur le jeune homme. Il en avait conscience, et cela le mettait mal à l'aise. Il détestait user de cette confiance absolue que le génie avait placé entre ses mains sans qu'il comprenne pourquoi et comment il avait gagné sa place à ses côtés.

— Et si moi je dis que je refuse de te voir si tu ne vas plus au lycée ? demanda John à mi-voix.

Il n'assumait qu'à moitié sa menace, détournant le regard et s'éloignant sensiblement de la grande silhouette, se privant de sa chaleur. Ça lui semblait toujours peu naturel de s'éloigner de Sherlock comme ça, de mettre de la distance entre eux.

— Tu n'oserais pas ! répliqua Sherlock, horrifié.

Ce n'était pas une question, et il avait raison : John n'oserait sans doute pas. Pourtant, le jeune génie doutait légèrement de son assertion. John pouvait le dire rien qu'à la lueur de panique qui assombrissait ses yeux si clairs. S'il y avait bien une chose que John ne pouvait pas tolérer, c'était que Sherlock souffre et être à l'origine de cette souffrance. Il semblait déjà avoir connu son lot de difficultés dans sa vie, et John voulait le protéger de la souffrance à venir, pas lui en infliger. Trop souvent, il oubliait que c'était un môme de seize ans et que John approchait de ses dix-neuf. Sherlock paraissait bien plus âgé, la plupart du temps.

— Non, reconnut-il en ramenant son regard dans celui de Sherlock. Je n'oserais sans doute pas. Mais j'aimerais réellement que tu ailles au lycée, tu le sais bien.

— Oui, oui... marmonna Sherlock. Je ferai des efforts. Même si je ne comprends pas pourquoi tu y tiens tant. Je n'apprends rien, là-bas.

Ce n'était pas une promesse, mais c'était mieux que rien. Et puis cela avait eu le mérite de les détourner de la difficile conversation à propos du père de John, et c'était un avantage incomparable.

— Je sais que tu n'y apprends pas grand-chose, mais un professeur ou deux pourraient te surprendre. Et puis, tu dois passer tes exams de fin de lycée, et j'suis pas sûr que ton proviseur te laissera t'y inscrire sous l'égide de son établissement si tu as trop d'absentéisme.

— Oh si, assurément. Il ne sera que trop ravi que je les réussisse tous et que cela soit valorisant pour son établissement. Au demeurant, je ne compte de toute manière pas aller à la fac, alors quel intérêt ?

John secoua la tête, amusé par l'arrogance de son ami.

— Ça te donnera le choix, tout simplement. Si au final tu décides d'y aller, même en dilettante. T'as l'air de bien aimer l'Imperial, quand même. Et puis ça te donnerait l'occasion de dire merde à OxBridge, et je suis sûr que Mycroft en ferait une syncope et que ça te ferait beaucoup rire.

— Pas faux, reconnut Sherlock avec un sourire en coin.

— Et moi, je veux que tu ailles au lycée pour savoir que tu es là où tu dois être, en sécurité, et pas en train de traîner dans un bar avec des gens qui montent des affaires illégales. D'accord, Leandro est adorable, et d'accord, il fait les meilleures pâtes au pesto du monde, mais j'ai comme dans l'idée que si on te laissait faire, tu t'attirerais les pires ennuis du monde à rester dehors. Donc, le lycée, conclut-il.

Sherlock haussa les épaules avec un vague mouvement d'acceptation. John s'en contenta.

— Bon, on monte ? décréta John en bondissant sur ses pieds. On n'a jamais passé autant de temps dans ce salon, ça fait trop bizarre.

Sherlock hocha la tête avec un grand sourire, et en riant, ils s'élancèrent dans l'escalier qui menait tout en haut.


[1] Oui, neuf, parce qu'à cette époque, Pluton est une planète !

Prochain chapitre le Me 08/01/2025 ! Bonnes fêtes de fin d'année à tous !

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